El Reino

Réalisation : Rodrigo Sorogoyen

Scénario : Rodrigo Sorogoyen & Isabel Pena

Directeur Photo : Alejandro de Pablo

Monteur : Alberto de Campo

Bande originale : Olivier Arson

Directeur Artistique : Miguel Angel Rebollo

Directeur de casting : Arantza Velez

Ingénieurs du son : Robert Fernandes & Alfonso Raposso

Décorateur : Ana Muniz

Pays : Espagne

Sortie le 17 avril 2018

Production : Gerardo Herrero, Mikel Lejarza, Mercedes Gamero, Tornasol Films SA, Atresmedia Cine, Le Pacte, Mondex Films

Budget estimé : 4 M€

Genre : Thriller politique

Acteurs : Antonio de la Torre, Monica Lopez, Josep Maria Pou, Nacho Fresneda, Francisco Reyes

Note: 8,5/10

Ha la corruption politicienne! Profiter de belles subventions pour vivre la grande vie sur un yoat avec les potes du partis. Manuel Lopez Vidal a vécu pendant près de quinze ans à l’abri de tout soucis et il s’apprête à obtenir un poste haut placé. Mais quand un scandale vient à s’ébruiter, il est choisi comme bouc-émissaire par la direction nationale du parti. Manuel refuse de voir sa tête tomber alors que d’autres vont avoir leur place au soleil. Un choix lourd de conséquences qui va peu à peu l’enfermer dans une lutte pour sa survie. Cet enfermement progressif, le réalisateur Rodrigo Sorogoyen sait diablement nous le faire ressentir. Auteur du remarquable polar Que Dios Nos Perdone (2016), il nous saisit d’entrée de jeu pour nous plonger dans le monde de ces happy few arrogants qui pourraient bien être de grands industriels. En tête de parade, cet homme que nous avons suivi de dos depuis l’extérieur sans jamais savoir le rattraper. La politique,n’est-ce pas toujours avoir une longueur d’avance? Dès cette présentation, l’électro d’Olivier Arson prend la mesure des strass qui entourent Manuel Lopez Vidal. Mais bientôt, ce tempo routinier plaqué sur un montage « détaché » de son quotidien se rapprochera de plus en plus de l’homme, comme pour épouser les battements de son coeur malmené.

L’extraction du milieu est brutale. Il y’a de la négociation, de la violence, mais pas de résignation, d’où la nécessité de sortir du mode confort pour entrer dans l’action. De longues scènes d’exposition placées là pour faire ressentir la normalité des pratiques de corruption, nous assistons à l’isolement du cador et nous le regardons se débattre, parfois via des alliances qui soulignent le réveil de l’animal politique qu’il est, souvent dans une agitation qui bloque son discernement. Pris dans l’engrenage du personnage, le spectateur parvient lui aussi de moins en moins à prendre de la hauteur sur les événements. Il est difficile de cerner le moment où l’enfermement aux côtés de Manuel Lopez Vidal se produit, mais il est définitif. L’interprétation habitée d’Antonio de la Torre (présent dans le récent Companeros et dans le premier film de Sorogoyen), parfait compromis entre charisme et « normalité », aide à entreprendre ce plongeon bien malgré soi.

La dernière partie du voyage sera encore plus éprouvante, chaque décision devant être pesé rationnellement en un temps très restreint pour donner lieu à des actions de plus en plus rapides. L’amosphère devient suffoquante, l’issue plus incertaine à mesure que le cadre se resserre et que la temporalité s’étire. Nous aboutirons à un affrontement différent de ce à quoi on pouvait s’attendre, un dernier round qui mène à se poser et à analyser, pour répondre à une question essentielle assénée sans ambages, qui ressort brutalement le film des enjeux du thriller. Ce climax calculé fait l’effet d’une bombe et sort définitivement Manuel Lopez Vidal du rôle qu’il s’était assigné. L’ingéniosité du réalisateur a été de rester sur ce dernier plan évocateur. Après Vice, le haut du palmarès de cette année restera donc encore un peu dans les sphères politiques. El Reino est bien à la hauteur des nombreux Goya qu’il a raflé et de son prix du public acquis au Festival de Beaune 2019. Il confirme que le cinéma de genre espagnol est toujours en forme et que Rodrigo Sorogoyen en a dans le casque.


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