Les Oiseaux de passage – Pájaros de verano

Réalisation : Ciro Guerra, Cristina Gallego

Scénario : Maria Camilla Arias, Jacques Toulemonde, Vidal & Ciro Guerra, sur une idée de Cristina Gallego

Directeur Photo : David Gallego

Monteur : Miguel Schwerdfinger

Bande Originale : Leonardo Heiblum

Chef décorateur : Angelica Perea

Pays: Colombie

Budget : Inconnu

Sortie le 17 avril 2019

Production : Cristina Gallego, Katrin Pors, Blonde Indian Films, Bord Cadre Films, Ciudad Lunar Producciones, Pimenta Films, Films Boutique, Snowglobe Films

Genre : Drame, Gangster

Acteurs : José Acosta, Carmiña Martinez, Natalia Reyes, José Vincente, Jhon Narvaez

Note : 7,5/10

Les oiseaux de passage débute au coeur d’une tribu amérindienne Wayuu, lors d’une cérémonie à l’issue de laquelle Zaida deviendra une femme. Les traditions Wayuu sont décrites comme le ferait un ethnologue, observées dans ce qu’elles ont de plus purs et lointaines. Mais le ver est déjà dans la pomme. le jeune Rapayet est de retour dans sa tribu et bien décidé à épouser Zaida. Afin de payer la dot, il décide avec son associé Moises de troquer sa vente de café contre celle de la majijuana, à des hippies américains, puis à un gros exportateur. Des alliances vont se former entre les clans et l’argent va couler à flot, amenant les drames qu’on connaît.

Marier les coutumes des Wayuu et le film de gangster n’est pas qu’une idée déconnectée de toute réalité car les années 70 n’ont pas été qu’un grand boom pour la constitution de l’empire d’export de cocaine de Pablo Escobar. Dans cet époque pré-cartels, le commerce de la drogue aux gringos a déjà innervé toute la Colombie, et probablement impacté beaucoup de populations indigènes. Ces oiseaux de passage du titre contiennent l’esprit des ancêtres et ils se présentent quand la parole, l’honneur ou le prestige de la tribu ont été bafoués, exigeant une réparation pour éviter la guerre et le sang. Le film joue de la frontière poreuse entre film de gangster et tragédie d’un peuple sacrifié sur le grand autel de l’argent, superposant imagerie des films de narcotrafiquants, onirisme et étendues mystiques des anciens peuples d’Amérique. Le plus troublant de ces mélanges est ce palais apparaissant à l’issue d’une ellipse de dix ans tel un artéfact de magie noire, et dont la chute sera aussi celle de la tribu.

Si les plus vieux des chefs de clan veillent et se méfient, leurs coutumes ancestrales ne sont pas construites pour accueillir le capitalisme. Dans ce contexte d’opulence et de recherche du pouvoir par l’argent, la fierté de leur peuple est une arme à double tranchant. Ainsi l’esprit de commerçant de Rapayet allié à son respect pour les traditions construiront un pragmatisme plus adapté à la survie des différentes parties tandis que la matriarche Ursula défendra bec et ongles la famille, quitte à excuser ses torts. Naturellement et comme tout bon film du genre, la tragédie sera inévitable . Mais l’enfermement presque exclusif sur le territoire Wayuu et ses clans cousins permet de mettre l’accent sur le pourrissement et l’implosion de l’intérieur plus que sur les effets de la drogue et son commerce (ce que la série Narcos fait très bien), portant la grandeur et la chute du gangster vers la tragédie antique. Une sorte de malédiction lancée par les esprits sur une grande famille qui a fauté. Même s’il ne parvient pas toujours à acquérir le souffle narratif de certains fleurons du genre qu’il cite ouvertement (on pense à Gangs of Wasseypur ou La cité de Dieu) le film de Ciro Guerra et Cristina Gallego a pour lui ce côté hybride qui le place d’entrée de jeu hors compétition. Un OVNI esseulé dans un paysage de films de gangsters, comme les restes de folklore de ces tribus dans une globalisation rampante.

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