The Outsider

La grande qualité de The Outsider est de dissimuler son étrangeté, partant sur la base d’un polar très réaliste, décrivant les procédures judiciaires ainsi que les états d’âme des protagonistes comme le ferait un bon récit du genre.

Créateur / Showrunner : Richard Price

Scénario : Richard Price

Réalisation : Jason Bateman

Directeur Photo : Igor Martinovic

Montage : Leo Trombetta

Bande Originale : Daniel Bensi & Saunder Jurriaans

Durée : 10 x 57 mn

Pays : USA

Diffusé sur HBO Depuis le 12 janvier 2020

Visible en France sur OCS à partir du 13 janvier 2020

Acteurs Principaux : Ben Mendelsohn, Bill Camp, Jeremy Bobb, Cynthia Erivo, Jason Bateman, Julianne Nicholson, Mare Winningham, Paddy Considine

Production : Richard Price, Jason Bateman, Andrew Bernstein, Mark Bowen, Ben Mendelsohn, Michael Costigan, Jack Bender

Genre : Polar

Note : 6/10

Cherokee City. Etat de Georgie. Le corps du jeune Frank Patterson est découvert dans une forêt. C’est la consternation dans la bourgade, d’autant plus que toutes les pistes du détective Ralph Anderson se referment sur Frank Maitland, le coach de base-ball local, qui semble avoir tout fait pour se faire serrer. Mais Maitland persiste à clamer son innocence, bientôt corroborée par des preuves irréfutables, tout autant que celles l’inculpant. Les prémisses laisseraient penser à un nouveau Broadchurch, mais The Outsider opte pour un traitement moins mélodramatique que la célèbre série anglaise, en dépit de son sujet (le meurtre sauvage d’un enfant). Dès le pilote, le montage va dans le sens de la retenue, abordant le thème du deuil par pointillés pour se concentrer sur l’enquête, mieux déconstruite pour que le téléspectateur condamne les agissements du détective Patterson, puis adopte progressivement sa position et celle du district Attorney. Mais la suite mettra encore à mal ces conclusions.

Autant vendre la mèche : The Outsider est la dernière Stephen Kingerie du moment (le roman est paru en 2018). Et de l’étrange, il y’en aura probablement, du moins dans ce qu’annoncent ces deux premiers épisodes. Mais la grande qualité de The Outsider est de dissimuler son étrangeté, partant sur la base d’un polar très réaliste, décrivant les procédures judiciaires ainsi que les états d’âme des protagonistes comme le ferait un bon récit du genre. La présence de Richard Price à la tête du projet n’y est pas pour rien, puisque le monsieur est un écrivain/scénariste reconnu pour écrire sur des sujets difficiles à cent lieux des territoires du fantastique (Kiss of Death pour le cinéma, il fut une des têtes pensantes de The Wire, puis bossa sur The Night Of). Sa patte est bien présente dans les deux premières heures de la série, et elle se marie bien avec ce qu’on imagine être la partie de King : la description des habitants d’une bourgade sonnés par l’irruption d’un élément étranger. Une brochette d’acteurs avec de la bouteille et du talent est menée par Ben Mendelsohn, très convaincant en flic fatigué sans trop en faire, et ce réalisme descriptif permet de se tenir à distance suffisante tout en partageant une certaine empathie avec chacun, ce qui fait que tous les écueils des dernières adaptations de King sont pour l’instant évités. Les personnages vivent au-delà des archétypes Kingiens et le surnaturel s’immisce en prenant son temps, annoncé par les nappes inquiétantes d’un score au cordeau. Le bémol s’insinue par la suite lorsque le surnaturel occupe clairement le terrain, dépossédant le détective rationnel et ramenant l’enquête vers des questionnements mystiques déjà vus chez l’auteur et autre part. Dans la déception de se revirement, restent les interactions entre les personnages et une atmosphère toujours efficace.

Le troisième épisode laisse toujours la part belle aux personnages, et particulièrement à une nouvelle venue, la détective Holly Gibney. Pendant mystique au très cartésien Ralph Anderson, elle dépasse pourtant l’archétype qu’on aurait pu nous vendre. Ses quelques scènes donnent envie de suivre la dynamique qui se créera entre les deux personnages. L’autre centre d’intérêt est la famille de Terry Maitland, qui évolue malgré le deuil. Le fantastique met désormais des coudées plus franches, au risque de redécouvrir des figures caractéristiques de Stephen King (le personnage de Jack Hoskins notamment) et de ne plus retrouver la froideur des deux premiers épisodes. Les épisodes suivants choisiront définitivement leur camp, transférant peu à peu le récit vers le fantastique quasi mystique et dépossédant le héros rationnel. Les interactions entre les personnages resteront le point fort de la série, mais au sein d’une intrigue plus balisé qui envoie un peu voler les ambitions prometteuses du polar.

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