Runaway Train

Runaway Train représente un compromis idéal entre film d’action hardboiled mené à cent à l’heure et un cinéma d’auteur viscéral, et figure parmi les meilleurs films d’action jamais réalisés.

Réalisation : Andrei Konchalovski

Scénario : Djordje Milicevic, Paul Zindel & Edward Bunker, d’après une histoire d’Akira Kurosawa, Ryuzo Kikushima & Hideo Oguni

Assistants réalisateur : Jack Cummins, Michael Pariser

Directeur Photo : Alan Hume

Montage : Henry Richardson

Bande Originale : Trevor Jones

Chef Décorateur : Stephen Marsh

Direction Artistique : Joseph T. Garrity

Pays : USA

Durée : 1h51

Sortie en salles le 21 mai 1986, en version restaurée le 4 septembre 2013, en Bluray le 26 juin 2018 (ESC)

Acteurs Principaux : Jon Voight, Eric Roberts, Rebecca De Mornay, Kyle T.Heffner, John P. Ryan

Production : Yoran Globus, Menahem Golan, Richard Garcia, Robert A. Goldston, Henry Weinstein, Robert Whitmore

Genre : Action

Note : 8,5/10

La Cinémathèque Française démarre sa saison 2020/21 sur une rétrospective Andrei Konchalovski, cinéaste russe appartenant à la vague 60’s de laquelle viennent Andrei Tarkovski ou Elem Klimov. Après un Grand Pris à Cannes pour Siberiade à la fin des années 70, Konchalovski s’exile aux Etats-Unis. Il croise le chemin de la Cannon sur le poignant Maria’s Lovers. Un film intimiste pas si atypique pour l’écurie de Menahem Golam et Yoram Globus, rompus à la série B testostéronée qui met les pieds dans le plat (notamment le Portés Disparus de Chuck Norris), mais qui récupérait à ses heures quelques auteurs reconnus. Le film suivant de Konchalovski avec la Cannon, Runaway Train, épouse le genre de prédilection de ses producteurs. Runaway Train raconte l’histoire d’un détenu, Manny, (Jon Voight) isolé pendant plusieurs années dans une prison en Alaska par un geolier très autoritaire (Kyle T.Heffner), qui en finirait bien avec lui si le système n’accordait pas des droits au prisonnier. Il le pousse à l’évasion pour un affrontement direct. Véritable légende vivante dans la prison, Manny s’évade avec un jeune co-détenu (Eric Roberts) et cause des émeutes. Ils embarquent dans un train à grande vitesse. Mais le chauffeur est terrassé par une crise cardiaque au départ du train et les deux ne peuvent pas arrêter sa course mortelle. Runaway Train cadre parfaitement avec la ligne de la Cannon, avec ses héros aux muscles saillants qui ponctuent toutes leurs phrases par un « fuck », mais il représente un compromis idéal entre film d’action mené à cent à l’heure et un cinéma d’auteur viscéral, et figure parmi les meilleurs films d’action jamais réalisés.

Ce résultat unique n’est probablement pas un hasard, mais une synthèse de nombreux contributeurs. D’abord le talent de Konchalovski pour filmer les paysages d’Alaska, comme il savait déjà dépeindre ceux de sa Russie natale. Le réalisateur parvient à insuffler un souffle intimiste et lyrique à son histoire sans jamais se départir de sa fonction première : Filmer de l’action hard boiled qui fait monter l’adrénaline. Runaway Train bénéficie d’un scénario qu’Akira Kurosawa devait tourner au début des 70’s, mais retravaillé pour l’occasion, entre autres par Edward Bunker. L’auteur « d’aucune bête aussi féroce », ancien taulard, célèbre écrivain et Mr Blue du Reservoir Dogs de Quentin Tarantino, aura sans doute apporté sa patte à la description très rude de la prison au début du film, en plus d’incarner le rôle de Jonah. Cette prestigieuse paternité se double d’un score à se damner de Trevor Jones, épaulé dans le climax par le Gloria de Vivaldi. Le dernier ingrédient est le duo d’antagonistes composé par Jon Voight, charismatique à souhait dans une incarnation animale de l’idée de la liberté, tandis que John P.Ryan incarne l’idée de l’ordre avec délectation. Ces deux opposés, arrachés au commun des mortels et destinés à une fin hors norme confèrent cette étincelle qui fait s’embrasser toutes ces contributions contradictoires en un seul et même bloc. Ce final lyrique, incomplet, difficilement reproductible, achève de placer le personnage de Voight comme une incarnation plus que comme l’être humain qu’il est. S’il ne soufflera peut-être pas tout le monde, chacun pourra se rattraper sur la tension d’un très bon film d’action à échelle humaine, une qualité qui semble venue d’un autre temps.

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