Le Malin – Wise Blood

Aidé d’un Brad Dourif impressionnant en prédicateur de fortune d’une religion sans Dieu, John Huston décrit le vide existentiel de l’Amérique et du monde occidental moderne avec une rare acuité.

Réalisateur : John Huston

Scénario : Michael & Benedict Fritzgerald, d’après l’oeuvre de Flanney O’Connor

Directeur Photo : Gerry Fisher

Montage : Roberto Silvi

Assistant Réalisateur : Tom Shaw

Bande Originale : Alex North

Casting : Stratton Leopold

Décoratrice : Sally Fitzgerald

Pays : USA

Durée : 1h41

Sortie française le 24 octobre 1979. ressortie en version restaurée 4K le 7 octobre 2020 (Carlotta Films). Disponible en dvd.

Production : Michael Fitzgerald, Kathy Fitzgerald, Hans Brockmann, Wolfgang Limmer

Acteurs Principaux : Brad Dourif, Harry Dean Stanton, Amy Wright, Dan Shor, Ned Beatty, John Huston, Mary Nell Santacroce, William Hickey

Genre : Drame

Note : 8,5/10

Ce 7 octobre, Carlotta Films a mis les petits plats dans les grands en proposant la ressortie en 4K de deux grands films de la dernière partie de carrière de John Huston. Un grand merci au cinéma le Champo, toujours dans les bons coups et seul à répondre à l’appel. Plus heureusement, les spectateurs semblent suivre en dépit des restrictions sanitaires et de la suppression des séances de début de soirée. Le premier de ces films est le Malin, sorti en 1979 après la période de faible activité en tant que réalisateur qu’il connut suite à l’Homme qui voulut être roi. Wise Blood est une adaptation fidèle de la Sagesse dans le sang, premier roman de l’auteure Flannery O’Connor. Nous suivons Hazel Motes, combattant de la guerre du Viet Nam démobilisé qui retrouve son Tenessee natal. Ou plutôt ce qu’il en reste, des demeures laissés à l’abandon. Il décide de quitter les lieux, qui ont autrefois habité d’autres traumas liés à un grand-père prédicateur abusif. Hazel a décidé de faire ce qu’il n’a « jamais fait avant ». Débarquant en ville, il fait la connaissance d’un pasteur aveugle, en fait un escroc, et de sa fille, Sabbath Lilly, bien décidée à le séduire. Il se fait également tourner autour par Enoch Emory, jeune homme esseulé et naïf qui tente tout pour devenir son ami. Guidé par sa colère et sa haine du christianisme, il s’improvise lui même prédicateur pour une Eglise sans Christ, qui n’a d’autre chose à proposer que de montrer la vérité. le début d’un chemin semé de bien d’autres désillusions.

C’est un parcours d’auto-destruction que filme John Huston, une quête désespérée de la vérité au cours de laquelle Hazel se heurte constamment au chaos urbain et à l’absence de repère de la fin des 70’s propre à générer tout ce que l’Homme fait de plus vil pour survivre. Face à ces murs, le prédicateur s’enferme et combat ses moulins à vent, se condamnant à une vie de rejet des autres, de colère et de solitude profonde. A force de cotoyer ce monde vide de réponses, il pourrait bien devenir le martyr illuminé qu’il a tant cherché à combattre, l’unique défenseur d’une idée qui n’existe que pour être utilisée pour tromper le chaland. Le réalisateur est coutumier des paumés irrécupérables, mais le traitement fait toujours la différence. Etsi le Malin ne ressemble à aucun autre film – son déroulement imprévisible, presque littéraire, laisse une impression unique – il est bien un film de loser hustonien. Le réalisateur ne juge pas, se contente de regarder son personnage se débattre à mesure de ses rencontres, noyé dans ses propres contradictions et dans un déni certain. Il n’en fait pas pour autant un personnage antipathique. Il est difficile d’évoluer aux côtés de cet être froid et dont la colère menace d’exploser à chaque instant. Mais le magnétisme de Brad Dourif est tellement saisissant qu’on ne peut le quitter des yeux, et sa colère est souvent compréhensible. La galerie de losers présentée par Huston, tous à la recherche de quelque chose qu’ils ne pourront pas avoir, est aussi au diapason, haute en couleur et cynique à souhait. Le réalisateur choisit de distiller des éléments de comédie, un peu d’évasion et de décalage via le personnage d’Enoch, mais il s’intègre tellement au pathétique global qu’ils ne donneront pas plus d’échappatoire. Un bien triste constat qui réussit quand même à être emballé avec classe.

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