Mank

David Fincher revient avec un film méticuleux sur le fond comme sur la forme, mordant et attachant. Un véritable hommage à Herman Mankiewicz et aux scénaristes en général.

Réalisation : David Fincher

Scénario : Jack Fincher

Assistants Réalisateurs : Richard Goodwin, Samantha Smith McGrady

Directeur Photo : Erik Messerschmidt

Monteur : Kirk Baxter

Bande Originale : Trent Reznor & Atticus Ross

Chef Décorateur : Donald Graham Burt

Direction Artistique : Chris Craine & Dan Webster

Coordinateurs des effets spéciaux : Frank Ceglia, Josh Hakian

Casting : Laray Mayfield

Pays : USA

Durée : 2h11

Diffusé sur Netflix depuis le 4 décembre 2020

Production : Cean Chaffin, William Doyle, Peter Mavromates, Andrea McKee, Eric Roth, Douglas Urbanski

Acteurs Principaux : Gary Oldman, Amanda Seyfried, Lily Collins, Tom Pelphrey, Tuppence Middleton, Charles Dance, Arliss Howard, Joseph Cross, Charles Troughton, Ferdinand Kingsley, Tom Burke

Genre : Biopic, Comédie Dramatique

Note : 8,5/10

David Fincher se fait rare ces dernières années, et cela risque de durer pour ceux qui n’ont pas Netflix. Depuis la sortie de Gone Girl en 2014, il a showrunné et réalisé quelques épisodes de la très bonne série Mindhunters et participé à la production de Love, Death and Robot. « Mank » est l’occasion de sceller sa relation de longue date avec la plateforme (c’est lui qui fourni « House of Cards », la première série Netflix) pour un contrat de 4 ans. Le bras de fer de Fincher avec les studios ne date pas d’hier. Ce dernier film, scénarisé par son père Jack Fincher, devait voir le jour à l’origine après la sortie de The Game avec Kévin Spacey et Jodie Foster. Mais la volonté de le tourner en noir et blanc avait fait reculer le studio Polygram. Il a donc fallu attendre 20 ans et la carte blanche de Netflix pour voir « Mank » sur le petit écran, avec Gary Oldman et Amanda Seyfried au générique et un crédit à titre posthume au père du cinéaste. Pour ce nouveau film, Fincher met la lumière sur Herman J. Mankiewicz, scénariste renommé dans le Hollywood des années 30 qui fut entre autres, à la tête du département scénario de la Paramount. L’homme est désormais moins connu que son plus jeune frère Joseph, mais c’est la renommée du grand frère qui permit au futur réalisateur de Cléopatre d’entrer dans le sérail des studios. Non crédité sur la plupart des scénarios qu’il a fourni et corrigé, comme c’était souvent le cas aux débuts du cinéma parlant, il peut compter notamment à son palmarès « le Magicien d’Oz » et « Citizen Kane ».

C’est au chef d’oeuvre d’Orson Welles que « Mank » s’intéresse puisque Fincher y décrit la maturation du scénario de « Citizen Kane » par Mank-iewicz alors qu’il était en isolement forcé. A travers une série de flashbacks, nous suivons une partie des pérégrinations de ce Mank (Gary Oldman), personnage atypique dans le Hollywood des années 30, alcoolique notoire sans aucun filtre vis à vis de son milieu et doué d’un humour ravageur. Les Fincher s’attardent en particulier sur ses relations avec la RKO sous David O’Selznick (Toby Leonard Moore), avec Louis B.Mayer (Arliss Howard) et Irving Thalberg (Ferdinand Kingsley), dirigeants de la Métro Goldwyn Mayer, mais aussi avec William Randolph Hearst (Charles Dance), grand magnat de la presse qui inspira officieusement le personnage de Charles Foster Kane ,et sur sa relation particulière avec l’actrice Marion Davies (Amanda Seyfried), qui fut la maîtresse de Hearst pendant de longues années. Tous ces éléments recollant peu à peu les pièces du puzzle que constitue Citizen Kane.

Si vous êtes perdus dans tous ces noms, Mank va vous demander une certaine exigence. Les Finchers s’abtiennent d’exposition pour entrer dans cette ère importante de l’Histoire du cinéma, celle où des palanqués de jeunes scénaristes et écrivains reconnus étaient autant de main d’oeuvre enfumant les studios hollywoodiens pour donner son mordant au nouveau cinéma parlant. Il passe peu de temps dans les présentations et sur le contexte. Il le rend même encore plus opaque en ajoutant une couche politique et des flashbacks en pagaille. Mais puisqu’on parle du scénario d’un film basé sur des flashbacks qui demandait une certaine exigence aux spectateurs des années 40, l’effort peut être fait et il en vaut la chandelle. La reconstitution de l’époque est effectuée dans le fond comme dans la forme. Fincher fait appliquer les procédés et les standards filmiques de l’époque, jusque dans les codes, l’image et le son avec la maniaquerie qui le caractérise. Il s’amuse à plaquer des indications de scénario pour flouter la réalité et le récit sorti de l’esprit du scénariste Mank, car la frontière est partout poreuse dans ce monde en représentation permanente. Vu comme un jeu, ce mimétisme ne vampirise jamais le film. Il lui confère même un cachet élégant et participe de son rythme interne.

Gary Oldman électrise ce petit ballet avec sa maestria habituelle. Il rend un bel hommage à Herman Mankiewicz, le présentant de façon entière et le rendant instantanément attachant. Il offre à Amanda Seyfried un rôle à la hauteur de son charisme, prouvant qu’elle est capable du meilleur avec un bon directeur d’acteurs. Mank est un bel hommage aux scénaristes par un réalisateur qui n’a jamais scénarisé lui-même ses films, et qui reconnaît la valeur de leur apport. Mais il décevra ceux qui attendent un match entre Orson Welles et Herman Mankiewicz. La controverse a toujours existé sur la paternité de « Citizen Kane », mais elle n’est pas le sujet du film. Tout au plus un bonus dans sa dernière partie, Orson Welles oeuvrant dans l’ombre et ne se voyant accorder qu’une seule scène (mais quelle scène!). « Mank » prouve que 2020 peut encore accoucher de grands films. On ne peut que regretter de ne pas pouvoir le voir en salles.

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