AK vs AK

Rien de sérieux dans cet affrontement méta-fictionnel entre une star de Bollywood et un réalisateur controversé, qui se révèle être une haletante comédie noire jouant de l’image de l’un et de l’autre

Réalisateur : Vikramaditya Motwane

Scénariste : Avinash Sampath, Vikramaditya Motwane, Anurag Kashyap

Directeur photo : Swapnil Sonawane

Montage : Bunty Bhansali

Bande Originale : Alokananda Dasgupta

Décorateur : Prashi Deshpande

Producteurs : Anurag Kashyap, David Taghioff

Pays : Inde

Durée : 1h48

Diffusé en France le 24 décembre 2020 sur Netflix

Acteurs Principaux : Anil Kapoor, Anurag Kashyap, Yogita Bihani, Sonam Kapoor, Harshvardhan Kapoor, Boney Kapoor

Genre : Comédie noire, Film méta

Note : 7,5/10

Produit par Netflix India, AK vs AK oppose deux personnalités très différentes du cinéma indien. Le premier AK est Anil Kapoor, star du Bollywood des années 80 et 90 qui fut le présentateur du « Qui veut gagner des millions? » de Slumdog Millionaire et a joué dans Mission Impossible : Protocole Fantôme. Kapoor a réussi à imposer sa dynastie au coeur du cinéma indien. Le second AK est Anurag Kashyap, réalisateur des excellents Gangs of Wasseypur et du très bon Ugly, réalisateur outsider qui oeuvre aux marges du cinéma classique bollywoodien, dans un registre noir et violent plus proche du polar américain. Un clash a lieu dans un talk show où ils sont tous deux invités. Lorsque le réalisateur jette son verre d’eau sur l’acteur, l’industrie de Bollywood prend parti contre lui et censure ses projets. Désespéré, Kashyap décide de kidnapper Sonam Kapoor, la célèbre fille d’Anil, dans un film réalité dans lequel Anil sera le héros. Suivi par le réalisateur et une assistante caméraman dans la confidence, l’acteur est engagé dans une course contre la montre pour sauver sa fille, que le réalisateur fera exécuter à l’aube.

En 2020, un film méta comme ce AK vs AK n’est plus une surprise. Vikramaditya Motwane ne joue d’ailleurs pas sur le premier degré en clamant la réalité des faits. Il convoque l’effort du spectateur pour accepter cette fiction comme une réalité. Il profite clairement de la célébrité de ses deux protagonistes, mais pour les transformer en deux archétypes à mi-chemin entre l’image que chacun d’entre eux transmet aux médias/spectateurs indiens et des personnages façonnés pour les besoins dramatiques du film. Le Anil Kapoor du film joue un père aux abois qui se rend peu à peu compte de sa responsabilité dans l’enlèvement de sa fille. Anurag Kashyap joue le réalisateur sadique avec d’autant plus de délectation qu’il a produit le film, et participé à son écriture.

La question centrale, lancée dans le talk show qui ouvre les hostilités, est : qui de l’acteur ou du réalisateur porte vraiment un film? Elle est légitime dans le contexte indien actuel. Si Hollywood a en partie quitté le système de l’acteur star, il est toujours très prégnant dans le cinéma indien (le film le montre d’ailleurs très bien). La première partie de AK vs AK joue sur l’humiliation que le réalisateur raté inflige à l’acteur roi. S’il se laisse aller à jouer le rôle de héros qu’il a joué pendant toutes ces années pour les spectateurs, Anil Kapoor obéit au script à la « Taken »de Kashyap et avoue la suprématie du réalisateur. Sa célébrité est à double tranchant. Tantôt il n’est pas cru lorsqu’il clame que l’homme qui le suit est un kidnappeur. Tantôt il joue d’elle pour obtenir des informations. Mais nous ne serions pas dans un film d’Anurag Kashyap (même fictivement) s’il n’y avait pas quelque chose de plus complexe, un retournement de situation qui fait dévier le film vers quelque chose de plus noir et glauque. Au final, pas tant que ça. Car il faut prendre cet affrontement pour ce qu’il est : une pochade faite pour divertir, et qui le fait plutôt bien. Rien de sérieusement métaphysique dans ce jeu méta, juste près de deux heures haletantes dans Bombay, dans le territoire d’un cinéma qui représente beaucoup pour la population indienne, en compagnie deux acteurs/réalisateurs qui prennent à un grand plaisir à jouer de leur image. Le néophyte pourra participer à ce jeu sans trop être largué, le contexte étant suffisamment clarifié dès les premières minutes du film.

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