Soul

Autant le dire d’entrée de jeu, « Soul » consolide le retour de PIXAR en terre d’excellence. Ce nouvel opus jazzy saura inspirer positivement la plus jeune âme comme pour la plus blasée

Réalisateurs : Pete Docter, Kemp Powers

Scénario : Pete Docter, Mike Jones, Kemp Powers

Directeurs Photo : Matt Apsbury, Ian Megibben

Montage : Kevin Nolting

Bande Originale : Trent Reznor, Atticus Ross, Jon Batiste, Cody Chestnutt (interprète), Abi Bernadoth (interprète)

Chef Décorateur : Steve Pilcher

Direction Artistique : Paul Abadilla

Concepteur Storyboard : Kristen Lester

Superviseurs animation persos : Michael Comet, Junyi Ling

Pays : USA

Durée : 1h40

Diffusé sur Disney + à partir du 25 décembre 2020

Production : Jaclyn Simon, Dana Murray, Kiri Hart, Dan Scanlon, Michael Warch

Voix américaines : Jamie Foxx, Tina Fey, Graham Norton, Rachel House, Alice Braga, Richard Ayoade, Angela Bassett, Phylicia Rashad

Voix françaises : Omar Sy, Camille Cottin, Ramzy Bedia

Genre : Fantastique, Aventure, Comédie

Note : 8,5/10

Il semble s’être passé une éternité depuis que le dernier PIXAR « En avant » est sorti sur nos écrans. C’était pourtant bien en 2020, peu avant le premier confinement. « Soul » devait sortir en salles une poignée de mois plus tard, pour être reporté ensuite à novembre, et finalement se trouver relégué comme produit d’appel de Noël pour la plateforme Disney +. Les seuls chanceux à avoir pu le découvrir sur grand écran auront été les spectateurs du Festival Lumière, au sein duquel il fut diffusé en avant-première. Autant le dire d’entrée de jeu, « Soul » consolide le retour de PIXAR en terre d’excellence. Alors que les années 2010 n’avaient donné que peu de films originaux, le cap pour les années 2020 est de ne plus capitaliser sur les suites. Toy Story 4 fermait en beauté cette parenthèse moyenne (à l’exception de Coco et Vice Versa) et en ouvrait une autre avec le génial « En avant ». Ce nouvel opus parle aussi de la mort, mais d’une façon beaucoup plus fantaisiste, avec plus de groove et des vibrations qui vous donneront envie de vous lever et de danser. Car nous sommes dans le territoire du jazz.

Nous suivons Joe Gardner, professeur de musique passionné de piano qui va bientôt réaliser son rêve. Alors que le destin le confinait dans son poste ingrat, un ancien élève lui propose de venir jouer pour une pointure. La chanteuse de jazz est séduite par le talent d’improvisateur de Joe et elle l’engage à l’essai. Trop heureux, Joe ne voit pas la bouche d’égout ouverte à la sortie et…Il entre dans la deuxième dimension. Aussitôt, son âme est séparée de son corps, prête à voyager dans l’au-delà. Mais le musicien refuse de suivre le chemin et il atterrit dans une sorte de jardin d’enfant pour âmes en devenir. Il est bientôt flanqué d’une âme élève revêche qui a désespéré tous ses célèbres mentors et qu’il a été chargé d’inspirer. Le passeport pour la Terre de l’élève pourrait bien être le retour vers la vie du professeur, qui n’a pas une minute à perdre pour participer au concert de sa vie. Ce simple résumé suffit à se rendre compte que la boîte à idées est grande ouverte, et ce n’est encore que le premier acte. S’il met quelques temps à trouver sa magie, il ne se gêne pas pour nous envoyer dans toutes les directions, nous faire voyager entre les univers, de la Terre à un purgatoire en 2D (!), en passant par un entre-deux auquel accèdent les vivants connaissant des états de transe. Pete Docter (auteur de là-Haut, Monstres & Cie et accessoirement le meilleur réalisateur/scénariste PIXAR) et Kemp Powers s’éparpillent même un peu, mais il faut du temps pour tout introduire. Progressivement, l’histoire trouve son tempo et son âme. Elle arrive quelque part durant l’échange terrestre qui a lieu entre l’élève et le professeur, sans crier gare, car la dynamique de buddy movie, l’humour et la beauté des images (la ville est bluffante, au point que les personnages 2D introduits sur Terre ont l’air de se balader dans un film live) ont déjà acquis la complicité du spectateur.

Faut-il aimer la musique, et plus particulièrement le jazz pour aimer Soul? On peut dire que le rôle des animateurs est de vous faire aimer la musique comme l’aime Joe Gardner, même si c’est pas trop votre tasse de thé, un peu comme Ratatouille était parvenu à faire aimer la bonne cuisine. La bande originale est très diverse, portée tantôt par les ambiances de Trent Reznor et Atticus Ross, tantôt par le son jazzy de Jon Batiste. Mais ce sont surtout les scènes de transe qui transcendent le film, les instants durant lesquels les personnages sont inspirés par des détails, un geste, une musique. Faire ressentir ces moments est un peu le défi de « Soul » puisqu’il se donne pour mission de recentrer les perfectionnistes obsessionnels et les monomaniaques sur la vie. Il pourrait passer pour un éloge de la médiocrité s’il ne servait pas un propos plus complexe. Chacun trouve sa voie, mais ce n’est pas forcément être le meilleur dans une discipline. Si le plaisir ressenti en portant un art à sa perfection est réel, il ne faut pas s’en contenter au point de se couper du monde. C’est un peu aussi ce qui fait l’art de PIXAR, une forme de perfection formelle, mais qui ne fonctionne que grâce à ce rapport de proximité au monde qui donne l’âme de ses meilleurs films. Soul est autant un parcours de révélation pour Joe et le spectateur plus vieux, qu’un parcours d’initiation pour l’élève 22 et le jeune spectateur, l’un interagissant constamment pour nourrir l’autre. Les mots de la fin transportent comme de la magie pixarienne, pour retomber aussitôt dans une étrange frustration. On aurait tant aimé les entendre dans une salle de cinéma, puis en sortir pour profiter de chaque instant dans la rue, à l’air libre. En n’attendant pas quelques mois pour nous faire découvrir « Soul » dans les meilleurs conditions, Disney s’est totalement coupé du message de son film, et n’en a probablement rien à foutre. Ce petit jazz inspirant au goût post-COVID rate de peu le titre de meilleur film de l’année, qui échoue à « En avant ».

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