Coup pour coup – Los Favoritos de Midas – The Minions of Midas

Créateurs : Miguel Barros & Mateo Gil

Scénario : Mateo Gil, Miguel Barros, Arantxa Cuesta, David Munoz, d’après la nouvelle « Coup pour coup » de Jack London

Réalisation : Mateo Gil

Directeur Photo : Esteve Birba

Montage : Leire Alonso, Miguel Burgos, Raquel Marraco

Bande Originale : Lucas Vidal

Production : Miguel Angel Faura, Adrian Guerra, Nuria Valls

Pays : Espagne

Durée : 6 x 55 mn (mini-série)

Diffusé sur Netflix à partir du 13 novembre 2020

Acteurs Principaux : Luis Tosar, Marta Belmonte, Guillermo Toledo, Carlos Blanco, Goize Blanco, Marta Milans, Jorge Andreu, Daniel Holguin

Genre : Thriller

Note : 7,5/10

En 1901, Jack London publiait la nouvelle Coup pour Coup, récit de l’extorsion organisée par un groupe de prolétaires, les spadassins de Midas, qui déclaraient la guerre aux capitalistes. Ils exigeaient d’un magnat des tramways une somme de 20 millions de dollars, et s’il ne payait pas, ils assassinaient une personne au hasard. Ainsi appliquaient-ils à l’extrême les règles d’une société qui avait rejeté leur talent car ils ne possédaient pas un capital suffisant. Si Jack London a plus que jamais le vent en poupe en 2020 (l’adaptation italienne de Martin Eden et celle, hollywoodienne, de l’Appel de la forêt), c’est que ses observations sur la société du début du XXème siècle résonnent particulièrement avec notre époque, à la recherche d’une boussole morale qui n’existe plus. Chez London, il n’y avait pas de vertu inhérente à la lutte des classes et le pouvoir de l’argent était tel qu’il pouvait bien détourner un combat politique juste pour un coffre de beaux dollars. Dans cette adaptation de Coup pour coup en mini-série au coeur d’une Espagne contemporaine, Miguel Barros et Mateo Gil ont réussi à capter cette défaite globale du sens moral et de la civilisation face à l’argent.

Alors que des émeutes sociales sévissent partout dans le pays, Victor Genoves (Luis Tosar, dans un rôle similaire à celui d’Appel Inconnu) hérite contre toute attente de la présidence d’une des plus grandes groupes de presse du pays. Idéaliste, il n’hésite pas à défendre bec et ongles la vérité contre les intérêts des actionnaires. Un jour, il reçoit une lettre des spadassins de Midas, qui lui soumettent le même chantage que dans la nouvelle de Jack London. Genoves refuse de céder et appelle la police à l’aide. Les assassinats se suivent, plus ou moins au hasard, et il se retrouve de plus en plus isolé, contraint de faire face à la pression liée à ses fonctions et à la responsabilité de tous ces morts.

En apparence un thriller correct porté par de bons acteurs, Coup pour coup ne dévoile son potentiel dramatique que sur sa durée. En plus d’avoir réalisé le très recommandable western crépusculaire Blackthorn, Mateo Gil est le co-scénariste de nombreux films d’Alejandro Amenabar, dont le puissant Agora où il relatait la chute d’Alexandrie. Il n’y a donc pas de surprise à le voir réinvestir le sujet de la chute d’une civilisation éclairée étouffée par ses ambiguités. Mais cette fois-ci il s’agit de notre civilisation. On peut difficilement ne pas penser aux manifestations des gilets jaunes en voyant ces images d’émeutes et on ressent bien la tension entre des mondes qui s’éloignent de plus en plus. Mais ce contexte n’est que le symptôme. Les causes du malaise sont révélées par la progression de l’intrigue mieux que n’importe quel discours ne pourrait le faire.

Il y’a d’un côté un système sans règles qui ne cesse de monter les paliers, jusqu’à considérer des personnes comme des données dans une négociation. Ce système est celui dans lequel est entré Victor Genoves et qu’il combat avec peine, l’effort moral qu’il doit fournir s’exerçant à la fois contre les siens (ses proches profitant de ce pouvoir ont intérêt à ce qu’il s’intègre dans le système), contre le cynisme de ceux qu’il côtoie et contre le poids des morts que les spadassins de Midas lui font endosser. Cette société secrète étant au final un une image de l’inéluctabilité. Le non-violent supportant la responsabilité de crimes qu’il n’a pas commis pourra t’il tenir longtemps sans devenir lui-même un tueur? Peut-on conserver sa conscience quand celle-ci n’est qu’un poids mort qui ne peut plus faire de différence ?

De l’autre côté, il y’a ceux qui pourraient l’aider à combattre, policiers ou journalistes, et qui d’une façon ou d’une autre, détourneront le regard pour se protéger ou protéger les leurs. Cette apathie défensive était montrée comme un des maux des villes modernes dans Seven à la veille des années 2000. Elle est désormais, avec le cynisme, le meilleur atout du système, de sorte que toute personne souhaitant s’y opposer devra combattre seule et le paiera de sa vie. Et si aucun de ceux qui détiennent une part de pouvoir ne s’y oppose, la réponse toujours plus violente des perdants du système ne fera que progresser le chaos. Cette voie sans issue, Coup pour Coup se garde bien de la résoudre. C’est en cela une belle réappropriation de la nouvelle adaptée et un thriller qui en a bien plus dans le ventre qu’il ne veut bien le montrer au premier abord.

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