Becker

Créateur : Dave Hackel

Scénaristes principaux : Dave Hackel, Marsha Myers, Michael Markowitz, Ian Gurvitz, Russ Woody, David Isaacs, Matthew Weiner

Réalisateurs principaux : Andy Ackerman, Ken Levine, Darryl Bates, Chris Brougham, Gail Mancuso, Will Shriner

Directeur Photo : Gregg Heschong

Montage : Darryl Bates

Bande Originale : Bruce Miller

Pays : USA

Durée : 129 x 22 mn

Diffusé sur CBS du 2 novembre 1998 au 28 janvier 2004. En France sur Série Club à partir du 5 septembre 1999. Disponible en intégrale DVD Zone 1 depuis le 6 juin 2017

Production : Dave Hackel, Tim Berry, Ian Gurvitz, Russ Woody, Michael Markowitz, Matthew Weiner

Acteurs Principaux : Ted Danson, Hattie Winston, Shawnee Smith, Alex Désert, Terry Farrell, Saverio Guerra, Nancy Travis, Jorge Garcia

Genre : Sitcom

Note : 8/10

20 mai 1993. A l’issue du dernier épisode de la série Cheers, les USA deviennent orphelins de leur barman préféré, Sam Malone, incarné 11 années durant par Ted Danson. Des personnages de Cheers apparaitront parfois (dont Sam Malone, une seule fois), au fil des 11 années de vie de Frasier, la série dérivée sur le psychiatre Frasier Crane. Mais il faudra attendre cinq ans pour que Danson se décide à rempiler en personnage principal d’une nouvelle sitcom. Malin, l’acteur a choisi un rôle aux antipodes du tombeur sympathique qui a fait la renommée de Sam malone : Celui d’un médecin généraliste misanthrope et râleur qui exerce dans un petit cabinet du Bronx. Diplômé d’Harvard et chercheur pendant quelques années, John Becker a consenti à tout laisser tomber pour aider la multitude de patients qui envahissent sa vie, et il le fait de bon gré, avec beaucoup d’investissement, en dépit des plaintes dont il inflige quotidiennement sa secrétaire dévouée Margaret, la réceptionniste Linda, la nouvelle patronne (et serveuse) du dinner d’à côté Reggie et son « meilleur ami » Jake, un non-voyant qui tient le kiosque. Un groupe auquel viendra très vite se joindre le perturbant Bob.

La série Becker conte durant cinq saisons et demie (la dernière est tronquée) le quotidien du praticien, ses états d’âme sur le monde, les choses auxquelles il se heurte et les conséquences de sa franchise incontrôlable. Elle développe aussi très graduellement les relations entre les différents personnages. D’abord cantonnés à des lieux distincts (le dinner de Reggie, le cabinet de Becker), ils viendront à se mélanger et à intégrer les histoires des uns et des autres. Mais cette inter-pénétration sera toujours faite par touches, sans grands éclats. Tout comme Friends qui lui est contemporaine, Becker est une série du quotidien, mais contrairement à celle de Rachel, Ross et cie, la vie des personnages de Becker n’évoluera que peu en cinq ans. Les scénaristes refusent de construire la série sur des grandes étapes type construction de couple, rupture, retour de flamme, mariage, enfants, autant de recettes qui ont su faire le sel de grandes sitcoms. Le « héros » a déjà connu plusieurs divorces, il a dépassé ce type de parcours initiatique. Le propos est de relater la vie des personnes qui ont certes trouvé un moyen de s’intégrer à la société, mais qui ont abandonné leurs rêves et partagent le même quotidien tiède. Un Cheers qui aurait intégré la vie professionnelle d’un de ses personnages, en somme.

Tout cela n’est pas très drôle, me direz-vous. C’est là qu’intervient la qualité d’écriture des personnages, qui peut permettre de développer n’importe quel sujet anodin en une intrigue de vingt minutes et donner envie de revenir la semaine suivante. Dave Hackel n’a pas créé les personnages les plus inoubliables des sitcoms des 90’s, mais ils sont une fondation, une matière première suffisamment forte pour que les scénaristes puissent épuiser les variations, user d’un humour de décalage, de répétition et développer un quotidien qui est une fin en soi. La bonne formule a été trouvée puisque la série a bien fonctionné jusqu’au départ de Reggie (Terry Farrell) en fin de saison 4. La chaîne voulut alors un peu remuer l’intrigue. L’arrivée de la pétulante Nancy Travis entrainait un virage plus sentimental qui ne fut pas validé par les téléspectateurs. Une relocalisation du show sur la case du dimanche l’acheva alors complètement.

Avec John Becker, Ted Danson prouve qu’il a acquis un talent comique remarquable. Une grande partie de l’humour de ses interventions repose sur la répétition, mais il parvient à surprendre à chacune de ses répliques. Outre la sympathie acquise du public de Cheers, il fallait du doigté et un talent certain pour rendre attachant un personnage comme celui-ci, une figure anti-héroïque alors très neuve dans l’univers des sitcoms. Si cette figure est contrebalancée par les seconds rôles, elle ne trouve pas vraiment d’opposé politiquement correct. Becker est gentiment moqué par les autres personnages, il a parfois le revers de sa mauvaise foi, mais sa vision du monde et son choix de s’en foutre complètement de heurter la sensibilité des autres n’est jamais condamné. On ajoute à cela qu’il n’a pas toujours tort et qu’une balance est constamment entretenue entre ses certitudes et la réalité. Quelques années plus tard, la série Dr. House reprendra à son compte l’idée d’un médecin misanthrope, mais Gregory House a peu de zone de gris et une empathie quasiment inexistante. La particularité de John Becker est justement cette zone de gris, sa lutte contre l’hypocrisie et son altruisme. Elle permet de considérer qu’une personne non politiquement correcte n’est pas obligatoirement un sociopathe, ou même un réactionnaire, mais que le problème vient parfois du monde dans lequel il vit. Il paraît peu probable qu’un tel personnage puisse s’épanouir dans une sitcom en 2020 sans être constamment repris. En cela, le re-visionnage de ces cinq saisons et la bienveillance désintéressée qui s’en dégage (tous les personnages sont traités avec le même égard, sans jamais tomber dans la complaisance) est une bouffée d’air frais. Dans le même ordre d’idée, si des sujets politiques sont abordés, ils le sont toujours à hauteur d’homme et sans imposer de vision.

Comme beaucoup de séries des années 90, Becker fut un tremplin pour quelques talents prometteurs. Le plus remarquable est le producteur-scénariste Matthew Weiner, qui fut recruté dans la foulée sur les Sopranos et devint plus tard le showrunner de Mad Men. On peut aussi retrouver dans le rôle de Linda l’actrice Shawnee Smith, future élève du Jigsaw dans la série des Saw, ou même Jorge Garcia (Hurley de Lost) qui vient compléter les réguliers sur les derniers épisodes de la série. Avec les années, cette série a rejoint la grande liste de sitcoms américaines qui auront toujours leurs fans aux Etats-Unis, mais condamnées à rester peu connues dans le reste du monde. Le visionnage régulier de Becker sur Série Club au tournant des années 2000 me permis d’en garder d’excellents souvenirs, qui furent validés quotidiennement à l’occasion de ce marathon de confinement. Le show n’est pas parfait, la réalisation peut avoir vieillie, mais les rires sont toujours là.

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