Homicide Life on the Street – Saison 2

Créateur / Showrunner : Paul Attanasio

Scénario : David Simon, David Mills, Paul Attanasio, James Yoshimura, Noel Behn, Tom Fontana

Réalisation : Stephen Gyllenhaal, Chris Menaul, John McNaughton

Chef Opérateur : Jean De Segonzac

Montage : Cindy Mollo

Musique : Chris Tergessen

Chef Décorateur : Vincent Peranio

Direction Artistique : F.Dale Davis, Susan Kessel

Pays : USA

Durée : 4 x 45 mn

Diffusée sur NBC du 6 au 27 janvier 1994. En France sur Série Club à partir du 3 avril 1998. Disponible en dvd zone 2 UK depuis le 26 février 2007 (coffret saison 1)

Production : Barry Levinson, Tom Fontana, Jim Finnerty, Gail Mutrux, Debbie Sargent, Henry Bromell

Acteurs Principaux : Daniel Baldwin, Ned Beatty, Richard Belzer, Andre Braugher, Yaphet Kotto, Melissa Leo, Jon Polito, Kyle Secor, Robin William, Julianna Margulies, Zeljko Ivanek

Genre : Polar

Note : 8,5/10

4. En sursis

Le 6 janvier 1994, Homicide est de retour sur NBC, toujours en remplacement de mi-saison et plus que jamais en sursis. Les audiences très moyennes de la saison 1 ont poussé la chaîne à ne diffuser, pour cette saison 2, que les quatre épisodes supplémentaires commandés l’année précédente. Mais le PDG de NBC Entertainment Warren Littlefield est décidé à offrir à ces quatre épisodes les meilleures conditions de diffusion. Il déplace la série le mardi à 22h, derrière les deux locomotives de la chaînes, Seinfeld et Frasier. Homicide prend ainsi le créneau polar du jeudi 22h, qui était occupé par Hill Street Blues (Capitaine Furillo), puis repris son successeur L.A Law (La loi de Los Angeles) depuis 1987.

Homicide était partie pour changer régulièrement de réalisateur. De ce fait, Barry Levinson estima qu’un chef opérateur plus expérimenté que Wayne Ewing était nécessaire pour garantir une homogénéité des épisodes. Il engagea le chef opérateur Jean de Segonzac pour le remplacer. L’arrivée de la chaîne NBC à la production de la série pouvait la pousser dans le sens d’une réalisation moins stylisée. De Segonzac demanda au laboratoire de rendre les couleurs plus claires. De leur côté, Barry Levinson et Tom Fontana acceptèrent de bon gré de réduire le nombre d’histoire par épisodes pour être plus viewer friendly. Il ne s’agissait pas de fondre Homicide dans le moule des autres séries policières, mais de pouvoir mieux se concentrer sur l’histoire mise en avant. Fort de ces liftings, la série est fin prête pour affronter quatre semaines de vérité durant lesquels les nerfs des acteurs seraient mis à rude épreuve.

5. Bop Gun

Warren Littlefield a conservé un gros atout dans sa manche en décidant d’ouvrir la saison sur l’épisode Bop Gun qui devait originellement la conclure. La raison de ce changement est le nom de Robin Williams.

Cet épisode pour le moins singulier raconte le meurtre d’une touriste devant sa famille par un gang de jeunes de Baltimore. Aussitôt, l’affaire devient un red ball médiatique, comme le fut celle d’Adena Watson. Comme les huiles de Baltimore ont besoin de prouver qu’on ne tue pas une touriste impunément, Giardello doit mobiliser toute son unité sur le cas. Robin Williams interprète le mari de la victime, Robert Ellison, ballotté avec ses enfants de la salle des inspecteurs aux audiences du tribunal, au sein d’un système qui lui donne trop peu d’explications et de détectives qui semblent un peu trop oublier qu’il vit un drame. L’homme est visiblement perdu et poursuivi par sa culpabilité de ne pas avoir pu protéger sa femme. Il fallait un acteur de la stature du héros du Cercle des Poètes Disparus pour renverser le point de vue après une saison à suivre nos inspecteurs. Une tâche qu’il a accepté par égard envers Barry Levinson, qui l’a dirigé sur Good Morning Vietnam et Toys, mais aussi par attachement à la série. Williams est bouleversant dans un registre dramatique, entre nuance et explosions. Il est, il faut l’avouer, très bien servi par un scénario qui lui accorde de nombreux moments pour briller, signé de David Simon (le même qui a écrit Homicide : A year on the killing streets) et David Mills (futur collaborateur de Simon sur ses séries). Un autre nom au générique attire l’attention, celui du réalisateur Stephen Gyllenhaal, qui fit tourner pour l’occasion son fils Jake Gyllenhaal dans le rôle du fils de Robert Ellison, sept ans avant que Jake ne devienne Donnie Darko.

Robert Elisson (Robin Williams) et son fils (Jake Gyllenhaal)

Le point de vue de la détective Kay Howard rétablit la balance cotés criminelle dans la seconde partie de l’épisode. L’enquêtrice mène une quête un peu vaine pour prouver l’innocence du de Vaughn, le jeune accusé du meurtre, qu’elle pense condamné à tort. Nous y voyons l’environnement du jeune homme, que rien ne destinait à ce crime. Belle réflexion sur le pouvoir des armes, Bop Gun voit large et ratisse un peu sur les terres de Law and Order (New York : Police Criminelle), mais il ne trahit jamais le mantra de la première saison : l’immersion dans l’humain. Il se permet également un peu plus d’incursions pop, dont un titre de Seal en ouverture. En plus d’un Emmy Award à Robin William, l’épisode offre sa meilleure audience à Homicide : 33 millions de téléspectateurs, mais ne la met pas pour autant à l’abri de l’annulation.

Kay Howard, une femme dans un monde d’hommes

6. « Un Homicide redéfini »

Sans star pour les défendre, les trois autres épisodes de cette saison recherchent un équilibre qui puisse contenter à la fois les critiques qui ont loué les débuts de Homicide et les téléspectateurs décontenancés par la saison 1. L’épisode See No Evil marque la difficulté dans le traçage de cette ligne. Les enquêteurs se trouvent forcés de passer devant une psychologue spécialisée dans leur métier pour travailler leur sensibilité. Nous ne verrons qu’une poignée d’entre eux sur le divan, pour des scènes consensuelles qui ne font que répéter ce que nous savions déjà d’eux le mettre en perspective, probablement pour prendre ce nouveau public par la main et lui apporter une hauteur sur des personnages dont la noirceur peut gêner. La psychologie devient un facilitateur, au même titre que l’éditorialisation de sujets de société borne les épisodes, là où ils étaient plus insaisissables lors de la saison 1.

Si See No Evil peine à aborder le sujet de l’euthanasie sans certaines maladresses, le cas de Charles Cox, un jeune de Baltimore non armé, abattu dans le dos en pleine rue vraisemblablement par un policier sauve l’épisode. Une affaire qui se poursuivra sur l’épisode Black and Blue. Les discussions pour couvrir le policier auteur du crime – qui sont récurrentes dans l’épisode – ont provoqué la colère des vrais détectives de Baltimore. Vingt d’eux d’entre eux signèrent une lettre de protestation à destination de la production de la série, dénonçant le préjudice qu’elle leur faisait. Une attaque qui avait de quoi fait réfléchir Levinson et Fontana sur le fait de continuité à tourner dans la ville, alors que la presse avait déjà souligné la mauvaise pub que le « body-count » de leur série lui faisait. L’affaire est pourtant inspirée d’une des grandes affaires du livre duquel la série est tirée, une sorte d’épée de Damoclès sur le dos du détective Donald Worden. Le cas réel dépeint par David Simon était autrement plus froid et à charge des institutions que le traitement qu’en a tiré Homicide.

Pembleton, prêt à faire la leçon à Giardello

Loin du procès à charge, l’épisode met surtout à jour la difficulté de garder la raison lors d’une affaire en enjeux trop politiques. Entre les quartiers qui menacent de s’enflammer contre les policiers, la police qui veut sauver ses meubles et Giardello qui met en avant la solidarité entre flics, il devient quasiment impossible de faire du travail de détective. Alors que son soupçon envers les policiers qu’il a interrogé est plus fort, le détective Pembleton  – responsable de l’affaire- est tiraillé entre sa condition de noir et sa vocation de flic, deux allégeances en forte contradiction. Il les conciliera dans la douleur, dans une scène d’interrogatoire dont lui seul a le secret. En bon commercial, il vend la culpabilité à un suspect qui ne l’est pas pour montrer à son commandant le ridicule de la situation. L’épisode aurait pu s’arrêter là dans la saison précédente, mais les scénaristes choisissent de résoudre l’affaire avec un vrai coupable. Cette tiédeur n’amoindrit pourtant pas un épisode puissant qui révèle une fois de plus Andre Braugher et offre un petit rôle à Isaiah Washington. Il porte une forte résonnance avec le traitement médiatique passionné qui se développe actuellement sur la question sécuritaire en France .

Bolander / Munch : Une affaire d’équilibre….

La dynamique Bolander/Munch continue d’irriguer cette mini-saison pour offrir un sympathique clou du spectacle. Bolander pourrait bien avoir retrouvé l’amour avec une jeune serveuse (interprétée par Julianna Margulies, qui serait très bientôt l’infirmière Hattaway d’Urgences, et plus tard l’héroïne de The Good Wife), avec qui il forme un beau duo musical. C’est le moment où la relation en montagnes russes que Munch entretient avec la dénommée Felicia se termine. Dans le tandem, la dynamique s’inverse entre le misérable et l’enthousiaste. Munch est bien décidé à ne pas laisser passer cette période de bonheur dans la vie de son équipier, même si pour cela il doit demander au commandant d’intercéder ou gâcher un dîner décisif. A Many Splendor Things réalisé par John McNaughton (Henry, Portrait of a Serial Killer), conclut la saison sur cette note typique de la saison 1, et il réserve aux autres couples de détectives des affaires de meurtres liés à de curieux fétichismes, qui leur révèlent une fois de plus, beaucoup d’eux-mêmes.

Un peu en retrait sur cette saison, Crocetti et Lewis concluent sur une affaire de meurtre pour vol de crayon !

L’équilibre semble avoir été regagné, et Homicide a réussi à battre les audiences de La loi de los Angeles sur son créneau. Cette dernière se retrouve annulée dans la foulée. Mais la série de Barry Levinson et Tom Fontana ne conservera pas pour autant les jeudis soir. Elle reste sur des résultats moyennement convaincants et dans l’ombre de la nouvelle venue d’ABC, NYPD Blue, dont la liberté de ton et le côté plus trash ravissent à la fois les critiques et le public. Alors qu’Homicide est déplacée au vendredi, la tranche horaire qu’elle occupait voit arriver à une nouvelle série qui partage avec elle de nombreux points communs : E.R (Urgences).

Une nouvelle époque est bien lancée pour les séries tévés.

(à suivre…)

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