Shorta

Réalisation : Anders Ølholm, Frederik Louis Hviid

Scénario : Anders Ølholm, Frederik Louis Hviid

Directeur de la Photographie : Jacob MØller

Montage : Anders Albjerg Kristiansen

Musique : Martin Dirkov

Production : Morten Kaufmann, Signe Leick Jensen

Pays : Danemark

Durée : 1h48

Sélection Reims Polar 2021. Sortie en salles le 23 juin 2021

Acteurs Principaux : Jacob Hauberg Lohmann, Simon Sears, Tarek Zayat, Dulfi Al-Jabouri, Issa Khattab, Abdelmalik Dhaflaoui, Özlem Saglanmak

Genre : Polar Social

Note : 8/10

L’hospitalisation de Talib, un adolescent noir de 19 ans suite à des blessures en garde à vue crée la tension dans une banlieue de Copenhague. Ce matin-là, Jens apprend qu’il va devoir faire équipe avec Mike, un flic plus expérimenté, mais visiblement borderline. Il le fait à contrecoeur. Lorsque le décès de Talib est annoncé, la tension se transforme en émeutes et les deux équipiers sont pris en chasse dans la cité. Ils devront se frayer un chemin pour leur échapper, et surtout survivre dans cette zone de guerre.

Présenté dans la section Sang Neuf du Festival Reims Polar 2021, Shorta est le premier film des réalisateurs danois Anders Ølholm & Frederik Louis Hviid, deux noms qu’il faudra retenir, tant cette petite claque a l’air de tout, sauf d’un premier essai. Déjà 20 ans que Nicolas Winding Refn a désinhibé les cinéastes de genre danois avec sa trilogie Pusher, et on peut regretter qu’il n’y ait eu que quelques suiveurs, une grande partie d’entre eux étant issus du Dogme. Shorta établit une relève excitante, qui semble avoir trouvé un juste milieu entre l’immersion et le recul. Le sujet des tensions entre la police et les jeunes des cités est brûlant et il entretient toutes les polarisations, mais les deux réalisateurs parviennent à jouer les funambules, tout en n’oubliant pas de proposer un polar hard boiled qui fait beaucoup plus que son boulot. La montée de la tension entre les deux flics et dans le quartier est réelle bien avant la création de la « zone de guerre », et l’embrasement créé une atmosphère d’urgence qui ne baissera pas jusqu’à la dernière image. Chaque moment de Shorta remue et nous fait ressentir chacune des micro-décisions prises par des personnages de plus en plus isolés. Un véritable survival sans aucun temps mort.

Cet enfermement physique est doublé d’un enfermement mental constant, état des lieux très réel d’un monde de plus en plus polarisé. « A force d’être traité comme ce qu’on est pas, on finit par le devenir », dit une mère qui a recueilli un Mike alors qu’il était blessé. Cette phrase qui s’applique au fils celle qui l’a prononcée peut très bien s’appliquer à Mike. Le flic en colère qui s’est replié sur son instinct de caste et un racisme rassurant n’est pas si éloigné des jeunes qui le détestent, et inversement. Cette propension à catégoriser chaque individu s’autonourrit en permanence dans un monde où il n’y a pas vraiment d’arbitre pour rapprocher chacun des camps. La presse s’emploie même à monter en épingle les oppositions alors que le conflit est prêt à éclater. Shorta endosse ce rôle de médiateur vacant dans la limite du raisonnable. Dès que l’occasion se présente, les réalisateurs-scénaristes n’hésitent pas à faire enfiler à chacun des camps le costume de l’ennemi et ils tentent des rapprochements. Mais créer un lien est long, et chaque prise de conscience arrivera au terme d’un parcours personnel fort. Aussi vaillant soit le choix final de chacun des protagonistes, il ne sera pas forcément récompensé. Sous ses dehors musclés, Shorta est au final un film humaniste car il ajoute une touche de lumière à un constat terrifiant et sans solution facile, sans se parer d’oeillères. La réalité des acteurs de ses affrontements n’ayant pas le privilège d’un tel recul, il reste une belle bouteille à la mer. On ne peut que lui souhaiter une sortie en salles dans nos contrées.

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