BAC Nord

Réalisation : Cédric Jimenez

Scénario : Cedric Jimenez, Audrey Diwan, Benjamin Charbit

Directeur de la photographie : Laurent Tangy

Montage : Simon Jacquet

Musique : Guillaume Roussel

Assistant Réalisateur : Fabien Vergez

Chef Décorateur : Jean-Philippe Moreaux

Production : Hugo Sélignac, Vincent Mazel

Pays : France

Durée : 1h44

Sortie en salles le 18 août 2021

Acteurs Principaux : Gilles Lellouche, Karim Leklou, François Civil, Adèle Exarchopoulos, Kenza Fortas, Cyril Lecomte

Genre : Polar urbain

Note : 7,5/10

Vous vous souvenez peut-être du scandale qui toucha à l’automne 2012 une brigade anti-criminalité du nord de Marseille. Dix-huit policiers d’une même unité se sont retrouvés en garde à vue, durant 4 jours. Certains furent placés en détention provisoire pour corruption, racket, trafic de drogue et enrichissement personnel. L’affaire ne fut jugée qu’en avril dernier en première instance et n’a conduit qu’à quelques condamnations à de la prison avec des peines avec sursis et des relaxes, en dépit du barda médiatique autour de ces arrestations. BAC NORD prévient dès son ouverture qu’il n’est qu’une fiction, inspirée d’un fait réel, et qui n’a aucune volonté d’influer sur un procès en cours. Cédric Jimenez aurait du grossir cinq fois le carton pour ceux du fond.

Dans le doute, il accentue encore la note d’intention. Dramatisé, affublé d’un trio de flics/cow-boys aux contours volontairement taillés pour l’empathie, mais qui demeure réaliste, et d’un point de vue volontairement subjectif, puisque tout entier vécu du point de vue des trois flics, BAC NORD est bien une fiction, en dépit de son origine. Et comme toute fiction, il sert d’abord à divertir et à immerger efficacement. A ce titre, le film de Cedric Jimenez est un bon polar urbain – d’une efficacité rare dans l’hexagone – qui joue de la gâchette et qui ménage quelques moments tendus, intenses et inspirés tout en tenant son point de vue du début à la fin. Il enfonce ce clou sur ce point de vue en opérant une longue ellipse sur l’instruction de l’enquête, accentuant ainsi le sentiment de perte des repères, d’un étau qui se resserre sur chacun des trois flics. Malin, il avait déjà administré quelques doses de cet enfermement dans la très efficace séquence de l’assaut dans la cité, un avant goût d’un autre affrontement sans filet de sécurité. Au niveau de la montée de la tension, BAC NORD est inattaquable, et justifie entièrement son parti pris. Sur son trio de flics, il vogue entre deux eaux (Karim Leklou est sans surprise le maillon fort, Lellouche et Civil sont plus ou moins convaincants selon les registres), mais l’alchimie des trois acteurs parvient à transmettre naturellement l’esprit de camaraderie qui a cours dans ces unités, au travers de quelques soupapes de décompression très bien intégrés au reste du film.

BAC NORD ne manquera pas d’être comparé aux Misérables, ne serait-ce que pour cette scène d’assaut qui fait écho au film de Ladj Li, mais pour cette question de point de vue et une volonté nettement plus visible de coller au genre, il n’abordera jamais son sujet dans le même esprit documentaire. Cela ne signifie pas qu’il ne raconte rien et qu’il a pris cette affaire au hasard. Il se présente même singulièrement comme l’autre face des Misérables. Moins centré sur la bavure – le financement de l’indic par la drogue, il expose sa banalité (elle est dé-dramatisée), son contexte (la loi des chiffres, la montée de la tension dans la cité, un contexte fort en adrénaline) et sa caution implicite par la hiérarchie, pourvu qu’elle offre des résultats. Le spectateur se trouve placé au coeur de ce système, dos au mur avec les personnages, et bien forcé d’admettre que les réponses de ces acteurs du terrain ne pourront pas être aussi limpides que les débats présentés sur les chaînes infos. BAC NORD parvient à faire ressentir le poids de la chaîne de dé-responsabilisation de l’Etat et l’impact psychologique de ces non-dits – comme autant de parasites dans une expérience dans les limites sont déjà peu claires. Mais il présente avant tout 1h40 qui se vivent plus qu’elles ne « disent ». Encore une belle démonstration que notre polar est bien plus en forme que notre cinéma d’horreur.

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