Dune

Réalisation : Dennis Villeneuve

Scénario : John Spaihts, Dennis Villeneuve, Eric Roth,d’après Frank Herbert

Directeur de la photographie : Greig Fraser

Montage : Joe Walker, Theo Green

Musique : Hans Zimmer

Chef Décorateur : Patrice Vermette

Direction Artistique : Tom Brown, Tibor Lazar, Gergely Rieger, David Doran, Samy Keilani, Karl Probert

Réalisateur seconde équipe : Tom Struthers

Ingénieur du son : Théo Green

Monteur Son : Mark Mangini

Superviseur des effets spéciaux : Gerd Nefzer

Costumes : Jacqueline West, Bob Morgan

Pays : USA

Durée : 2h36

Sortie en salles le 15 septembre 2021

Production : Mary Parent, Dennis Villeneuve, Cale Boyter, Joseph M. Caracciolo Jr., Tanya Lapointe, Joshua Grode, Herbert W. Gains, John Spaihts, Thomas Tull, Brian Herbert, Byron Merritt, Kim Herbert, Richard P. Rubinstein, John Harrisson

Acteurs Principaux : Timothée Chalamet, Rebecca Ferguson, Oscar Isaac, Jason Momoa, Stellan Skarsgard, Josh Brolin, Javier Bardem, Zendaya, Dave Bautista, Charlotte Rampling, Stephen McKinley Henderson, Chen Chang, Sharon Duncan-Brewster

Genre : Science Fiction, Aventures

Note : 7/10

Pour l’auteur de ces lignes, le blockbuster le plus attendu de l’année n’était pas Kaamelott, ni même Mourrir peut attendre, mais bien cette nouvelle adaptation du Dune de Frank Herbert. Un petit détour de l’Etrange Festival était donc de mise pour savourer ce premier chapitre en Dolby Cinema 3D, dans des conditions qui puissent lui faire honneur. L’occasion de deux tristes constats : le prix de la place de cinéma a franchi la barre des 20 euros (merci Pathé), ce qui devrait encore aider les plateformes à se développer. De façon probablement liée, il y’avait bien peu de monde dans la salle pour une journée d’ouverture d’un film de cette carrure.

Dune a été publié en 1965 et il est à ce jour le récit de science fiction le plus vendu au monde. Il se situe en l’an 10191 après la fondation de la Guilde Spatiale qui mit fin à une lourde période de règne de l’intelligence artificielle sur la Galaxie. Pour pallier les machines désormais proscrites, les humains ont mis en place un système féodal comprenant différents ordres possédant des capacités mentales hors du commun. L’Epice, une mystérieuse substance qui a la capacité de stimuler les capacités cérébrales, a beaucoup aidé à faire perdurer ce Système. Mais on ne peut pas la synthétiser et elle n’est trouvable que sur la planète Arrakis, surnommée Dune par ses autochtones, les Fremens. En 10191, Dune est sous la gérance de la Maison Harkonnen depuis plusieurs années. Mais l’Empereur Shaddam IV a décidé de la confier à la Maison des Atréides, ennemi héréditaire des Harkonnen, et plus particulièrement au duc Léto Attréides. Cette décision a pour but de piéger et supprimer Léto, dont la popularité grandissante peut lui faire de l’ombre. Obéissant à l’ordre impérial, le duc quitte son fief de Caladan avec son fils Paul et sa concubine Jessica. Paul est un jeune homme très spécial qui a hérité des dons de contrôle de sa mère, mais qui semble aussi pouvoir prédire l’avenir grâce à ses rêves. Jessica a désobéi à son Ordre, les Bene Gesserit, qui prévoyaient qu’elle engendre une fille, dans l’optique de la réalisation d’une prophétie sur la venue d’un homme doué de préscience, un « élu » issu de leur lignée, le Kwisatz Haderach. Par là-même, elle a précipité la Prophétie et lancé un engouement religieux pour Paul au sein des populations endoctrinées par leur religion. Une pression incroyable sur de frêles épaules, alors même que les Harkonnen s’apprêtent à lancer une attaque fatale sur sa famille, aidés par un traître dans son entourage. Le destin exceptionnel de Paul est en marche.

Très descriptif et doté d’un univers très dense, Dune est peu facile d’accès. Il a pourtant très tôt attiré le milieu du cinéma. Au milieu des années 70, le feu vert fut donné à Alejandro Jodorowsky, qui rassembla une armée de créatifs sans précédent pour créer une sorte d’idéal de film. Les studios impliqués sont effrayés par la mégalomanie du réalisateur et le projet n’aboutit pas. Mais il est immortalisé dans le sympathique documentaire Jodorowsky’s Dune. Le producteur Dino de Laurentiis achète ensuite les droits pour confier le projet à Ridley Scott. Celui-ci le quittera pour tourner Blade Runner, et pour sécuriser les droits, l’oeuvre échouera à David Lynch, auréolé du succès d’Elephant Man. A la fois concis et singulier, le film de Lynch sorti en 1984 possède bien des qualités. Bien que Lynch n’ait pas eu le director’s cut de son film, il bénéficie de son talent exceptionnel pour les scènes oniriques et d’un bon travail sur les personnages, mais il semble arriver trop tôt pour décrire de façon réaliste l’univers de la planète. En 2000, sous la houlette de la chaîne SciFi, John Harrisson réalise une mini-série Dune, plus académique mais convaincante, suivie du segment les Enfants de Dune. Après des années de Game of Thrones, on aura compris que Warner a flairé que l’audience était mûre pour une « grande » franchise Dune, tant le roman de Frank Herbert semble avoir irrigué l’univers de George R. Martin. Il comporte également en filigrane un parcours du héros digne de ce nom qui peut rivaliser avec celui de Luke Skywalker, de Frodo Baggins ou de Néo. Le dernier élément est l’émergence de Dennis Villeneuve, réalisateur très doué dans la création d’univers et d’atmosphères sombres et mystiques qui a démontré avec Premier Contact et Blade Runner 2049 que sa patte était intacte lorsqu’il s’attaquait à des blockbusters. La filiation indéniable entre Ridley Scott et Villeneuve rendait le projet intéressant.

Sans grande surprise, cette première partie (qui en connaîtra une seconde si le film est un succès) est à la fois du Dennis Villeneuve et du Frank Herbert – un récit enveloppant et malsain plutôt fidèle à l’oeuvre dont il s’inspire. Le réalisateur a pris à bras le corps tout ce que David Lynch n’avait pas pu faire au début des années 80. L’ampleur de la planète Arrakis vit sous nos yeux, entre ses immensités, ses tempêtes et ses vers des sables sur-dimensionnés. Il apporte aussi son talent dans la création de sons distordus et dans le mixage sonore, conférant à son film une aura froide et lourde. Il parvient aussi à insuffler à Dune un ton Moyen-Oriental qui lui fait retrouver ses sources, Herbert ayant notamment puisé dans le parcours de Mahomet. Dans cet univers foisonnant, Villeneuve et ses scénaristes privilégient le point de vue de Paul (Lynch se dispersait déjà un peu plus) tout en focalisant sur la portée shakespearienne et classique de l’oeuvre.

On se retrouve avec un film d’aventure teinté d’intrigues qui tente de s’éloigner des standards du blockbuster de par son rythme inhabituel, mais qui comporte tous les attributs fastidieux d’un premier volet. Il sait mettre en valeur les scènes clés, mais dilue beaucoup de l’univers proposé. C’est peut-être le tribut à payer à une adaptation cinématographique en plusieurs parties, mais toute adaptation a aussi sa pierre à apporter. David Lynch avait quelque peu modifié l’ouvrage et donné un temps de présence plus important à l’antagoniste Feyd Harkonnen (incarné par Sting), à la princesse Irulan, dont il avait fait sa narratrice et à l’empereur lui-même, qui n’est ici qu’une ombre. Ces personnages forts apportaient un équilibre sain, absent de ce premier film. Le charisme simple de Timothée Chalamet sait porter le film, et il est plutôt bien entouré, mais du fait que seul son parcours – qu’on a déjà vu des dizaines de fois- intéresse vraiment, il s’installe très vite une certaine routine dans l’enchaînement des événements, surlignée par la bande son aussi routinière de Hans Zimmer. Villeneuve trouvait déjà une partie de ses limites dans la suite de Blade Runner, oeuvre froide, métaphysique et entière qui semblait déjà détester les ruptures de ton, mais qui proposait un canevas plus original. Qui a aimé se laisser porter dans l’atmosphère de ce dernier film sera aux anges à la vision de Dune. Ceux qui s’y trouvaient un peu abandonnés et souhaitaient un peu plus de vie et d’incarnation le seront aussi un peu sur ce premier volet. Mais ils devraient être rassurés sur la suite.

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