Fondation – Foundation Saison 1 épisodes 1 & 2

Créateurs : David S. Goyer, Josh Friedman

Showrunner : David S. Goyer

Scénaristes : Josh Friedman, David S. Goyer, d’après « Fondation » d’Isaac Asimov

Réalisation : Rupert Sanders

Directeur de la Photographie : Steve Annis

Montage : Skip McDonald, Neil Smith

Musique : Bear McCreary

Superviseur des Effets Visuels : Chris MacLean

Chef Décorateur : Rory Cheyne

Direction Artistique : William Cheng, Conor Dennison, Adorjan Portik, Jens Löckmann

Production : Robyn Asimov, Adam Banks, Leigh Dana Jackson, Victoria Morrow, Bill Bost, Josh Friedman, Cameron Welsh, David Ellison, Dana Goldberg, David S. Goyer, Marcy Ross

Pays : USA

Durée : 1h09

Diffusion sur Apple TV+ le 24 septembre 2021

Acteurs Principaux : Jared Harris, Lou Llobell, Lee Pace, Reece Shearsmith, Laura Birn, Terence Mann, Leah Harvey, Alfred Enoch

Genre : Science Fiction

Note : 4/10

« Faut-il donc que je me paie un abonnement chez Apple juste pour voir le cycle de Fondation? ». Le bon docteur Asimov aurait probablement été indifférent à une adaptation de son oeuvre la plus politique, mais il apparaît que le temps était venu, alors soit (de toute façon, nous n’y pouvons pas grand chose). Une adaptation cinématographique aurait été impossible sans de sérieuses retouches en raison de la construction de l’histoire, qui présente des événements clés liés à différents héros « historiques », sur plusieurs siècles. Une série était plus adaptée, tant soit peu que la télévision puisse mettre sur la table un budget assez pharaonique pour rendre crédible ce monument de science-fiction. Game of Thrones est passée par là, et les plateformes peuvent désormais surenchérir, dont acte d’Apple TV+. Vous voyez donc que le temps était venu (mais si!). En rotation depuis 4 ans, la série se pose sur la chaîne du GAFAM comme produit d’appel pour damer le pion à Netflix, Amazon Prime et Disney + et sérieusement challenger « la qualité HBO ». Le cycle de Fondation arrive pourtant un peu après la bataille, tout comme Dune, autre monument de la S.F dont les hasards du calendrier ont fait sortir le même mois au cinéma. Pléthore de romans, de films et de séries ont été inspirés par Fondation, et on peut même dire que les trois ouvrages écrits au tout début des années 1950 par Isaac Asimov ont constitué le socle de ce que serait le space opera politique, genre auquel appartiendraient les Star Wars. La série s’expose donc à être accusée, à tort, de copiage de tous ces héritiers. La bonne nouvelle est que bien peu d’entre eux – avec la modestie de l’auteur, qui n’a pas vu et lu toute la S-F de ce monde – ont atteint la finesse politique et l’intelligence du cycle de Fondation. David S. Goyer (co-scénariste de la trilogie Batman de Nolan et showrunner) et Josh Friedman (qui a commis la série Snowpiercer, mais c’est pas grave, il n’est déjà plus showrunner) ont avancé avec la caution de Robyn, la fille du bon Docteur, et le premier épisode est visiblement fidèle au déroulement du premier livre du premier roman « Fondation », au point qu’on aurait pu le baptiser plus simplement « les psychohistoriciens ». Alors je le paie tout de suite mon abonnement ? La réponse est « Attends un peu quand même ».

1×01 « The Emperor’s Peace »

Comme pour toute adaptation, il y’a des petites originalités et il y’a des choix qui pèseront forcément sur ton choix de t’abonner à Apple TV pour suivre cette puissante saga qui a pour ambition de dérouler le cycle en 80 épisodes. Goyer et Friedman ont visiblement eu à coeur de rendre palpable l’univers dans lequel tout a démarré, celui de la planète Trantor, quitte à broder sur le canevas proposé par Asimov. Ce premier épisode est spectaculaire sur toute sa durée, ce qui le place déjà au dessus de bon nombre de séries tévés, mais il a un peu le goût d’un fourre-tout. Il n’oublie pas le plus important – le procès Seldon – et il explique avec suffisamment de pédagogie le principe de la psychohistoire, cette science qui permet de prédire la chute des empires à partir de données empiriques et d’un échantillon suffisamment grand. Mais il manque de peu de noyer cet événement important dans de nombreux détails dans des éléments de contexte trop importants. L’idée de clôner l’empereur (Lee Pace) à différents âges de sa vie est intéressante, car elle implique que la succession des mêmes modèles a contribué à la décadence de l’Empire. C’est un des éléments clés des calculs d’Hari Seldon et ce triumvirat peut-être un analogie avec les démocraties modernes déclinantes et à ses leaders interchangeables. Mais s’attarder autant sur cet empereur à trois têtes élude l’importance déterminante de l’aristocratie dans le système politique décrit par Asimov.

Dans le même ordre d’idée, le background de Gaal Dornick, future disciple de Seldon et élément d’identification du lecteur/télespectateur, est bien trop lourd. On comprend qu’il y’ait un besoin de s’attacher en peu de temps à ce témoin majeur de l’Histoire, mais était-il nécessaire d’en faire une héroïne moderne – échappée de l’oppression de sa terre natale, tellement exceptionnelle et méritante (elle est à son jeune âge la plus grande mathématicienne de l’univers alors que la science est bannie de sa planète) qu’elle paraît presque irréelle. Quoi qu’il en soit, le premier épisode de cette adaptation fleuve rassure par sa volonté de suivre le cours des événements, et il donne envie de voir la suite. Avoir choisi un acteur de la trempe de Jared Harris connu des amateurs de séries de qualité (Chernobyl, The Terror, The Expanse) pour incarner Hari Seldon et la jeune et talentueuse Lou Llobell pour lui donner la réplique sont un petit plus sur lequel on ne pourra plus compter pour la suite. Tous les paris sont encore ouverts, et c’est une bonne chose, car nombre d’adaptations récentes de titres de qualité (Preacher, Locke & Key, Snowpiercer…) se sont prises les pieds dans le tapis dès leur pilote.

1×02 « Preparing to live »

Le défi d’Isaac Asimov lorsqu’il a écrit Fondation n’était pas seulement de rendre plausible qu’une science – la psychohistoire – puisse prédire l’avenir, mais aussi de mettre cette science à l’épreuve du réel. Il a choisi d’illustrer cette mise à l’épreuve par des confrontations d’idées, Fondation étant avant tout un jeu d’échec entre Hari Seldon et l’Histoire, avec le lecteur comme observateur. A mesure que le jeu progresse, Seldon dévoile plus ses coups pour avancer avec la complicité nécessaire des acteurs du terrain, mais il le fait avec parcimonie, car ce qui est caché est un élément déterminant. En effet, la psychohistoire ne fonctionne que si les sujets de cette science ne savent pas (c’est pour cela qu’il fera disparaître les psychohistoriens pour l’avenir). A mesure que le jeu progresse, nous voyons aussi l’application d’une autre règle, qu’on pourrait appeler le contrôle des probabilités. Lorsqu’une crise se profile, les personnes qui la vivent doivent lutter avec les armes de leur époque, mais ils doivent éviter d’intervenir avant que la crise soit déclarée. S’ils le faisaient, ils feraient dévier le champ des calculs de Seldon. Avec ces deux règles en tête, on devine très bien que les évènements qui ponctuent et concluent cet épisode ont été pensés par Hari Seldon et qu’ils échappent aux acteurs qui les vivent – dans le meilleur des cas. Dans le pire des cas, Fondation est déjà reniée dès son deuxième épisode.

Allant contre la nature de l’oeuvre adaptée, le showrunner a choisi de s’appesantir dans ce deuxième épisode, sur une époque non racontée dans le livre, celle du voyage vers la Fondation. Le but est de nous présenter les événements avec la vue de ses deux disciples, qui sont tombés amoureux. Lors de l’épisode, nous voyons contestés les calculs de Seldon et on nous questionne sur l’importance de connaître l’Homme derrière ces calculs. Ces considérations évacuent d’un revers de main le but (affiché) de la Fondation, qui est d’éviter des siècles d’obscurité, pour plaquer des schémas moraux très actuels. Quel est l’intérêt d’évaluer la moralité de l’Homme alors que le sujet de l’oeuvre adaptée est sa science? Pourquoi mettre en avant les sentiments individuels alors que la psychohistoire ne prend pas en compte cette variable? Cet épisode 2 aligne les poncifs de l’individualité contre la tyrannie des maths ou du collectif, réduisant les enjeux au moment présent. Gaal Dornick est quand à elle passée d’une mathématicienne hors pair ayant grandit dans la crainte des autres à une jeune femme socialement épanouie et très normale. Dans l’optique mannichéenne très à la mode à notre époque, elle est la figure de perfection adaptable – très peu réaliste – jetée au spectateur, à laquelle s’opposent les autres personnages (y compris Seldon) qui devront subir un jugement moral. Ces éléments suspects laissent présager que Goyer a détourné cette figure pour préfigurer la manipulation des futurs politiciens de la Fondation, si persuadés de tout savoir, mais aveuglés par une vue tronquée qui ne reflète que leur époque. Le spectateur a l’impression d’avoir raison en la suivant, mais Seldon a une longueur d’avance sur les siens et son assassinat fait partie du plan. Mais en quoi le faire mourir brutalement, et non par la maladie, servirait sa cause ? En quoi cryogéniser Gaal Dornick aurait une importance alors que les individus ne sont pas le centre de la théorie de Seldon ?

La série a eu l’audace qu’il fallait pour s’émanciper dès le deuxième épisode, mais elle en est déjà à un point critique. Hors de ces questionnements, cet épisode est bien fade, tellement vide qu’il fait un peu peur. L’absence de réponse à ce niveau (le livre les apportait très vite) prêche à elle seule pour un certain pessimisme, qui explique ce 4/10. Soit cet épisode 2 dissimule autre chose et Goyer est sur la bonne voie, soit il est à prendre au premier degré, et la série a déjà reniée l’oeuvre qu’elle prétend adapter pour prendre le chemin d’une grande platitude auto-satisfaite, dans le giron du récent Transperceneige.

La partie consacrée à l’Empire peut, quand à elle – se voir comme une variation peu inspirée sur du Star Wars. Lee Pace a beau se démener, les actions de l’Empire ne sont clairement pas le noeud du problème et le conflit intérieur du plus vieux (le « frère du Soir ») est au final anecdotique dans le plan global, car à ce niveau, la chute de l’Empire est admise. A moins qu’il soit question de montrer en parallèle le déclin de l’Empire et l’ascension de la Fondation. Mais cette prétention serait bien démesurée, alors même qu’on a pas encore eu la preuve que le socle de base a été compris. A suivre.

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