Amigo

Réalisation : John Sayles

Scénario : John Sayles

Directeur de la Photographie : Lee Meily

Montage : John Sayles

Musique : Mason Daring

Chef Décorateur : Rodell Cruz

Direction Artistique : Dwight Gaston

Casting : Debra Zane

Production : Arleen Cuevas, Mario Ontal, Margie Templo Parks, Maggie Renzi, Joel Torre

Pays : USA, Philippines

Durée : 2h04

Sortie le 14 juillet 2010 aux USA. Inédit en France. Diffusé le 20/10/2021 et le 08/11/2021 dans le cadre du cycle John Sayles

Acteurs Principaux : Joel Torre, Garrett Dillahunt, DJ Qualls, Yul Vasquez, Lucas Neff, James Parks, Dane DeHaan

Genre : Historique, Drame

Note : 8/10

Du 20 octobre au 13 novembre, la Cinémathèque Française emboîte le pas du FIFIB (Festival International du film Indépendant de Bordeau) pour une rétrospective quasi-intégrale des films de John Sayles. Le réalisateur/scénariste/monteur/acteur américain est un cas marginal à Hollywood car il a réussit à conjuguer une carrière entièrement indépendante, en partie grâce à ses contributions à un cinéma plus mainstream. D’abord écrivain, il rejoignit l’écurie de Roger Corman en tant que scénariste dans les années 70, ce qui l’amena à contribuer notamment au Piranha de Joe Dante, puis à Hurlements du même réalisateur. Un de ces scénarios, Night Skies, devint le le E.T de Steven Spielberg. Mais lorsqu’il réalise, John Sayles aime avoir les coudées franches, une certaine liberté qui lui permet de parler de façon documentée et en détails des « oubliés » de l’Amérique, ceux qui ont subi et continuent de subir l’Histoire, ou bien de remettre dans la lumière des évènements qui ont été enfouis. Son assise de scénariste et de script doctor (polisseur de scénarios pour les gros projets) dans le cinéma de genre lui a permis de jongler, tout au long de sa carrière de réalisateur, avec une grande palette de genres – western, conte, fantastique, film sportif etc…- qu’il détourne admirablement, sans toutefois les éluder. Si la France est d’ordinaire friande de cinéastes américains indies, une grande partie des films de John Sayles reste encore inédite dans nos contrées. Ce qui rend cette rétrospective exhaustive – en sa présence – d’autant plus précieuse.

Avant-dernier film en date de John Sayles (il est sorti en 2010 aux USA), Amigo fait partie de ses films inédits en France. En 1900, pendant la guerre américano-philippine, une unité américaine s’installe dans le village dirigé par Rafael. Celui-ci se présente à l’occupant comme « Amigo » pour épargner son peuple d’un massacre probable. Il devra composer avec les exigences de cette unité d’occupation sans trahir les insurgés établis dans la forêt, qui comptent dans leurs rangs son frère et son fils… L’insurrection des Philippines (1899-1902) fait suite au soutien américain apporté aux révolutionnaires phillippins pour s’émanciper de l’occupation espagnole. Le traité de Paris – que les Etats-Unis signèrent avec l’Espagne – coupa court à cette émancipation puisqu’elle leur permit d’acheter l’archipel aux anciens colons. Il s’en suivit une guerre d’une grande violence qui dura près de près de 15 ans et fut la première manifestation des visées impérialistes des Etats-Unis – qui après avoir conquis leur territoire, voyaient désormais leur positionnement international. Cette guerre peu glorieuse n’est pourtant pas le sujet le plus abordé par le cinéma américain, ou même dans les cours d’Histoire, ce qui a probablement incité Sayles à écrire sur le sujet, puis à réaliser ce film. Amigo est à ce jour le seul film à raconter ces événements du point de vue des phillippins. Il a été tourné en grande partie en tagalog (la principale langue locale) et sur site, aux Philippines, avec des acteurs locaux. Ces parti-pris aide à s’immerger dans les coutumes et la vie quotidienne du village et a permis une plus grande implication des acteurs, qui se réappropriaient un peu leur Histoire en se mettant dans la peau de ceux qui avaient vécu ce drame. Le résultat est une authenticité visible et une immersion quasi-indolore. Il suffit de se laisser glisser dans l’atmosphère et le quotidien du barrio. De l’autre côté du fusil, l’unité américaine – menée par un Garrett Dillahunt (Raising Hope, No Country for Old Men) rare dans un rôle aussi sérieux – s’intègre aussi peu à peu aux coutumes locales. Dillahunt est accompagné de beaux seconds couteaux des années 2010 qui ont depuis pris de la bouteille, parmi lesquels Dane DeHaan, DJ Qualls et Lucas Neff. L’allié de longue date du réalisateur, Chris Cooper, endosse le rôle du haut-gradé impitoyable, héritier de la conquête de l’Ouest.

L’angle d’attaque de John Sayles est aussi peu commun. Alors qu’il aurait pu se satisfaire de traiter des assauts des insurgés et de les suivre dans l’organisation de leurs plans en prenant le village comme toile de fond, il laisse le point de vue de Rafael prendre le pas sur tous les autres. Le chef du barrio est considéré comme un collaborateur par certains des insurgés, bien qu’il se retrouve dans la position intenable de celui qui doit protéger les siens tout en laissant espérer un départ de la nouvelle force d’occupation. Ce traitement dénué de romantisme de l’occupation permet de prendre de la hauteur sur un point de vue unique, qui tend à rejoindre sans conditions celui des résistants/insurgés. Sayles enfonce le clou lors de la présentation du film en insistant sur la portée universelle de son récit, qui renvoie à d’autres peuples occupés, dont la France lors de la deuxième guerre mondiale. Le script doctor a du savamment travailler cette résonance, car Amigo parvient à parler au spectateur et à installer une complicité, en dépit de son aspect lointain et malgré les questions difficiles qu’il aborde. Il ne donnera pas de réponse toute faite, se bornant à rendre compte de l’impasse dans laquelle se trouve Rafael et une conclusion sans réponse, une peu sybiline « Comment le chef du barrio et son fils insurgé peuvent-ils tout deux avoir raison? ». Joel Torre excelle, tout en nuance, à porter cet homme tranquille dans l’acceptation de la peur quotidienne et d’un destin peu enviable. En marge du film de guerre classique, Amigo possède une facture très 80’s, de par son traitement anti-spectaculaire et humaniste, et très documenté, d’un sujet d’ampleur (qu’on a pu retrouver à l’époque chez Peter Weir), mais aussi de par sa narration au long cours, sa photographie et son montage. Elle rappelle que son artisan a fait ses armes à cet époque. Mais elle a pu être un obstacle dans la réussite internationale du film pour un public dont les attentes sont plus tournées vers l’action et des résolutions simples.

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