Les Coulisses de l’Exploit – Eight Men Out

Réalisation : John Sayles

Scénario : John Sayles, d’après le livre « 8 Men Out » d’Eliot Asinof

Directeur de la Photographie : Robert Richardson

Montage : John Tintori

Musique : Mason Daring

Cheffe Décoratrice : Nora Chavooshian

Direction Artistique : Dan Bishop

Assistant Réalisateur : Gary Marcus

Production : Sarah Green, Maggie Renzi, John Sloss, Harold Welb

Pays : USA

Durée : 1h59

Sortie aux USA le 2 septembre 1988

Acteurs Principaux : John Cusack, Don Harvey, Bill Irwin, Perry Lang, John Mahoney, Michael Rooker, Charlie Sheen, David Strathairn, D.B Sweeney, Christopher Lloyd, Michael Lerner, Michael Mantell, Kevin Tighe, Gordon Clapp, Richard Edson, John Sayles, Maggie Renzi, Nancy Travis

Genre : Drame

Note : 7,5/10

En 1919, huit membres de l’équipe de base-ball des Black Sox de Chicago acceptèrent la proposition d’un syndicat de joueurs mené par un des boss de la mafia juive New-Yorkaise de l’époque, Arnold Rothstein : Alors au sommet de leur jeu, ils devaient saboter le World Series en perdant intentionnellement tous leurs matchs. L’affaire mena à un scandale qui remodela les instances de contrôle et changea profondément le monde du base-ball. Bien qu’il ait acquis avec Matewan un savoir-faire indéniable sur un film d’ampleur, John Sayles se retrouve en 1987 avec un gros défi lorsqu’il s’attelle à l’adaptation du livre d’Eliot Asinof Eight Men Out: The Black Sox and the 1919 World Series (1963) . Beaucoup se sont cassés les dents sur le sujet ces dernières années. S’il requiert un budget conséquent pour adopter le cachet réaliste nécessaire, il peut difficilement montrer une facette acceptable d’un sport qui a toujours été la fierté des Etats-Unis. Mais le réalisateur/scénariste – qui ne sera pas monteur sur ce film contrairement à son habitude – a de quoi s’accrocher à un tel sujet. C’est un bon moyen d’opposer une fois de plus le pouvoir de destruction de l’argent et de ceux qui le détiennent sur le travail des petites mains, sujet qui était au centre de Matewan. Car si le scénario de 8 Men Out ne passe pas sous silence l’appât du gain et le côté roublard de certains des joueurs impliqués, il met plutôt l’accent sur le retrait des combinards lorsque les choses tournent au vinaigre alors que l’étau se resserre autour des joueurs.

Ainsi la culture du pari et du profit – une autre fierté américaine – vient-elle gripper sans aucune subtilité , sous le regard des professionnels et des fans – un sport que tous pensaient au delà de tout soupçon. Le film est en trois parties : La construction de la combine, la combine en action et ses conséquences. Pour le centre de son film, Sayles a décidé de (presque) tout montrer des rencontres litigieuses, pour faire de 8 Men Out un film de sport classique un peu déviant. Le suspens du film de sport se porte habituellement sur la victoire de l’équipe supporté. Le réalisateur le dévoie légèrement pour le porter sur le niveau d’implication de chaque joueur, traduit dans les choix qu’ils adoptent lors du jeu, dans une absence d’action ou dans des regards. Il fait preuve d’une grande aisance pour filmer ses joueurs dans ces moments de vérité et pour faire transparaître le poids porté sur leurs épaules à chaque instant. Le français non rompu aux règles du base-ball aura peut-être un peu plus de mal à entrer dans son jeu, mais lorsque la répétition des rencontres produit ses effets, on peut enfin comprendre les réactions des spectateurs et commentateurs sportifs face à une supercherie aussi visible.

Les moments de suspens des matchs – paradoxalement les plus intimistes du film – tranchent avec la première partie qui déroule la viralité de la combine avec une légèreté héritée des films de gangsters, à peine écornée par les états d’âmes de quelques joueurs. La troisième partie, le film judiciaire, rejoint un peu la première dans cet aspect irréel, avec son armée d’avocats comparés aux joueurs et les coups portés par chacun des parties. C’est donc trois jeux truqués qui sont démontés l’un après l’autre. John Sayles a pris de la hauteur pour embrasser l’étendue du fiasco, ce qui l’a obligé à laisser un peu de l’empathie qui débordait de ses premiers films pour une veine un peu plus absurde, mais toute autant teintée de drame. Il dirige néanmoins avec acuité une belle équipe d’acteurs comprenant des jeunes valeurs montantes (John Cusack, Charlie Sheen, D.B Sweeney, Michael Rooker), les habitués de la première heure (le fidèle David Strathairn en tête, mais aussi Gordon Clapp), tous battant des coudes pour rendre visible les différentes couches de leur personnage, et apporter un peu d’humanité à cette gigantesque farce. Dans la gestion de tous ces personnages et de leurs interactions, John Sayles s’en sort avec les honneurs, sans renier une forme plutôt classique. Ce terrain de jeu lui aura sans doute conféré suffisamment d’assurance pour tenter les récits éclatés de City of Hope.

2 commentaires sur “Les Coulisses de l’Exploit – Eight Men Out

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