Brother – The Brother From Another Planet

Réalisateur : John Sayles

Scénario : John Sayles

Directeur de la Photographie : Ernest R. Dickerson

Montage : John Sayles

Musique : Mason Daring, Martin Brody

Cheffe Décoratrice : Nora Chavooshian

Directeur Artistique : Stephen J. Lineweaver

Production : Peggy Rajski, Maggie Renzi

Pays : USA

Durée : 1h50

Sortie le 7 septembre 1984 aux USA. Sortie Française en DVD le 4 octobre 2016

Acteurs Principaux : Joe Morton, Caroline Aaron, Alvin Alexis, David Babcock, Edward Baran, Dee Dee Bridgewater, Thomas M. Wright, John Sayles, Bill Cobbs, Maggie Renzi, David Strathairn, Fisher Stevens

Genre : Comédie, Drame, Science Fiction

Note : 7/10

En août 1983, dans un entretien accordé aux Cahiers du Cinéma, John Sayles confiait qu’il souhaitait écrire sur Harlem « Je cherche un moyen de faire entre un Blanc dans Harlem, sans qu’il soit aussitôt traité en outsider. Sachant que je suis moi-même un outsider – je ne peux pas raconter Harlem de l’intérieur – j’ai imaginé de prendre un alien qui serait noir. Les autres Noirs le traiteront comme l’un d’entre eux, et en même temps il verra les choses comme un étranger peut les voir« . Ainsi naît ce Brother quelques mois plus tard, croisement de l’ambition déjà affichée du réalisateur de ne pas laisser un point de vue de côté et de celle d’aborder le quotidien ceux qui sont trop souvent exclus de l’Amérique. L’arrêt brutal de la production de Matewan -après le retrait des investisseurs du projet- pousse John Sayles à se tourner vers un projet plus rentable et moins coûteux, pour capitaliser ces fonds. Brother tombe à point nommé car au début des 80’s, ces histoires d’aliens qui se mêlent aux humains sont dans l’air du temps. Le réalisateur ne le sait que trop bien car il a lui-même contribué à les rendre populaires, en signant la première mouture du scénario qui deviendrait E.T L’extraterrestre, nommé alors Night Skies. Il peut avancer avec une certaine sérénité, qui ne sera pas démentie puisque le projet rapportera plus de dix fois son budget de 350 000 euros.

Comme le met en exergue sa note d’intention, Brother est bien plus qu’une comédie S-F centré sur un alien visitant le quartier de Harlem. Sayles ne saurait faire un film centré sur un seul personnage. Ce cheval de Troie incarné avec charisme par Joe Morton est l’alter ego le plus évident du réalisateur John Sayles dans l’ensemble de sa filmo. Dès la première scène, les deux caractéristiques principales de cet alien sont le mutisme – bien qu’il peut comprendre le langage humain, il ne peut pas communiquer avec des mots, de quoi découle une écoute attentive du point de vue des autres – et une empathie extrême – il ressent le passé des lieux qu’il visite, ce qui nous met en contexte avec le passé du quartier. Un peu plus tard, nous apprenons qu’il peut déplacer son oeil pour filmer des événements. A l’issue de son aventure et des rencontres qu’il aura faites, il se servira des images recueillies par cette caméra incorporée pour mettre un businessman responsable de la hausse du commerce des drogues dans le quartier (la société américaine?) face à ses responsabilités. Le cinéma de John Sayles est très bien résumé dans toutes ces caractéristiques, et il semble que cette légitimité fictionnelle à pénétrer Harlem que lui ont conféré le corps et l’esprit de cet alien, l’aient désinhibé. Il n’y a rien qui ressemble à une mise à distance de précaution ou à un syndrome de culpabilité blanche dans ce film. Les rencontres se suivent dans une grande authenticité, et permettent de cerner la somme des individus qui composent le quartier, dans leurs défauts comme dans leurs qualités, dans leurs lieu de prédilection. Ce lieu étant bien souvent le bar du coin (comme tant d’autres films de John Sayles), cela aura valu à Brother d’être vendu comme un Cheers à Harlem, ce qui est un bien beau compliment quand on sait avec quelle authenticité et quel talent la série Cheers a mis en avant les « derniers de cordée » de Boston.

S’il est le véhicule idéal pour le réalisateur, Brother est avant-tout un film de genre qui ne se prend pas au sérieux né dans une époque de films de genre décomplexés. Le duo d’inspecteurs de l’immigration alien composé par John Sayles lui-même et son acolyte David Strathairn joue sur un registre tellement outrancier qu’il ne peut décocher que des sourires. Tout le background S-F, plutôt minimaliste, s’intègre dans le fil des rencontres avec une certaine fluidité. Le final plutôt cheap et expéditif est lui-même une alternance de grotesque et de poésie. Bref, ce Brother from Another Planet fait passer un bon moment.

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