L’Echine du Diable – Edition Coffret Ultra Collector

Réalisation : Guillermo Del Toro

Scénario : Guillermo Del Toro, Antonio Trashorras, David Munoz

Directeur de la Photographie : Guillermo Navarro

Montage : Luis de la Madrid, Guillermo Del Toro

Musique : Javier Navarette

Chef Décorateur : César Macarron

Effets Visuels : David Marti

Production : Agustin Almodovar, Pedro Almodovar, Rosa Bosch, Guillermo Del Toro, Bertha Navarro, Michel Ruben

Pays : Espagne, Mexique

Durée : 1h46

Sortie en salles le 8 mai 2002. Edition coffret ultra collector sortie le 24 novembre 2021 (Carlotta)

Acteurs Principaux : Fernando Tielve, Frederico Luppi, Marisa Paredes, Eduardo Noriega, Inigo Garces, Irene Visedo, Junio Valverde

Genre : Drame, Historique, Fantastique

Note : 10/10

L’avènement de Franco est proche en Espagne, mais la guerre civile se poursuit. Fils d’un républicain exécuté par les milices, le jeune Carlos est confié par son tuteur à l’orphelinat dirigé par Carmen et le docteur Casares, qui sert de planque pour l’or des opposants de Franco. A peine débarqué dans les lieux, Carlos entre en contact avec le fantôme de Santi, un des orphelins disparu le jour où une bombe est tombée (sans jamais exploser) dans la cour. Depuis, la bombe se dresse, immobile, comme un motif en suspens. Alors que la République semble chaque jour de plus en plus compromise, Jacinto – ancien pensionnaire qui travaille désormais à l’orphelinat – cherche à voler l’or des résistants. Le fantôme de Santi prévient Carlos qu’un événement tragique est sur le point de survenir.

Deux ans après la sortie de l’édition ultra collector de Donnie Darko, l’éditeur Carlotta rend hommage à un autre chef d’oeuvre du début du siècle sorti en nos contrées au premier semestre de l’année 2002, grande année cinématographique s’il en fut. Comme le film de Richard Kelly, L’Echine du Diable était sorti en catimini dans les salles françaises, précédé d’un bon accueil critique et de quelques prix au festival du fantastique de Gérardmer – un accueil incomparable avec le succès qu’il connut dans les pays hispanophones. Cette sortie si tardive fit que le film suivant de Guillermo Del Toro, le blockbuster atypique Blade 2, le talonna d’un mois, faisant découvrir de façon surréaliste à la presse cinéma française les capacités de grand écart du réalisateur mexicain. Pour l’auteur de ces lignes, la découverte de l’Echine du Diable en salles fut une déflagration, pas aussi puissante que celle présente dans le film, mais une expérience bouleversante qui ne cessa de mûrir. Dix neuf ans et demie plus tard, le film que Guillermo Del Toro décrit comme son premier vrai film (le premier sur lequel il a eu un vrai contrôle, grâce au soutien inconditionnel des frères Almodovar) reste l’un des deux films parfaits de sa carrière, ex aequo avec son magnifique Hellboy, réalisé un an plus tard. Notre amoureux des monstres était alors à l’apogée d’un équilibre unique dans sa synthèse de pléthore d’influences très bien digérées, d’une forme travaillée amoureusement, de personnages profonds et d’une histoire taillée pour les révéler. Ces deux derniers éléments s’effacèrent peu à peu sur la suite de sa carrière, toujours remarquable, mais d’une beauté plus froide et calculée. La Forme de l’Eau ne réussissait que partiellement à les retrouver, mais il y’a beaucoup à espérer de Nightmare Alley, sa première incursion dans le film noir, qui sort cette semaine aux USA, et le 19 janvier 2022 dans les salles françaises.

L’Echine du Diable peut se définir comme un mélodrame historique teinté de western, avec un (ou plusieurs) fantômes plus que comme un film de fantômes. Un mélodrame fait de contrastes, qui ose miser sur le désespoir complet pour faire ressortir des moments de grâce. Le fantastique est intégré naturellement à un contexte d’un grand réalisme, qui n’hésite pas à décrire la violence, les blessures corporelles et la cruauté humaine dans ce qu’elles ont de plus cliniques. La beauté visuelle des plans et ce réalisme magique sont magistralement rendus par le scan en 2K du négatif que propose cette édition, ainsi qu’un étalonnage qui restitue visiblement les contrastes. On côtoie dans la dernière partie la pureté visuelle conjuguée d’un western italien et d’un John Ford. Le soin maniaque apporté au son par Guillermo Del Toro – ici soutenu par un scénario qui sollicite en permanence l’oreille (le chuchotement, la perte de l’ouie, les émotions induites par la musique) – est aussi mis à l’honneur. Le film fait autant de mal, et aussi autant de bien, qu’au premier jour.

Le livre de près de 200 pages qui abrite le DVD et le BluRay, Ritournelles gothiques en terres hispaniques achève de rendre cette édition indispensable. Ecrit par Guy Astic et Charlotte Largeron (autrice de Guillermo Del Toro, des Hommes, des Dieux et des Monstres), cet ouvrage passionnant rend en tout point justice à la densité d’un film mûri pendant quinze ans par son auteur. Il est aussi intéressant dans sa contextualisation historique, indissociable de son approche de la figure du fantôme. L’Echine du diable est avant tout un film sur les fantômes du franquisme. Le Docteur Casares (incarné par l’acteur argentin Frederico Luppi) y symbolise les vertus révolues de la République, chassé de l’Histoire par le renversement progressif des valeurs en faveur de la religion et de l’idéal de virilité dans l’action de la nouvelle dictature (ce qu’est visiblement Jacinto), il erre comme une anomalie dans la nostalgie du passé. De façon subreptice, Del Toro imprime ce renversement pernicieux des valeurs accompli sur la durée qui fait voir le film sous un autre angle, dans un contexte où ces penchants se révèlent de nouveau en Europe. Mais il y’a aussi l’ombre des fantômes à venir qui hantent encore l’Espagne, le Pacte du Silence établi à la fin de la dictature sous la forme d’une loi promulguée par Franco lui-même, empêchant d’inquiéter quiconque a participé à sa dictature (…). Le film est analysé dans ses composants espagnols et ses composants mexicains, comme dans l’influence que l’Espagne a eu sur Guillermo Del Toro. Les quelques bonus du dvd et du bluray, plus classiques, complètent intelligemment ce flot d’informations, en particulier une interview carrière intéressante menée par le toujours enthousiaste Fabrice Du Welz. Cette édition est en somme une des plus belles réussites de la collection de Carlotta. Assurément le cadeau idéal pour tout(e) inconditionnel(le) de Guillermo Del Toro.

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