Le Charlatan – Nightmare Alley

Réalisation : Edmund Goulding

Scénario : Jules Furthman d’après le roman de William Lindsay Gresham

Directeur de la Photographie : Lee Garmes

Montage : Barbara McLean

Musique : Cyril J. Mockridge

Direction Artistique : J. Russell Spencer, Lyle R. Wheeler

Décors : Thomas Little

Production : George Jessel, Darryl F. Zanuck

Pays : USA

Durée : 1h50

Sortie en salles aux USA le 28 octobre 1947. En France le 14 juillet 1948. Disponible en DVD.

Acteurs principaux : Tyrone Power, Coleen Gray, Helen Walker, Taylor Holmes, Mike Mazurki, Ian Keith, Julia Dean

Genre : Film Noir

Note : 8/10

Bonimenteur dans un cirque itinérant, l’ambitieux et arrogant Stanton Carlisle se rapproche de la diseuse de bonne aventure Zeena et de son compagnon Pete. Ils avaient autrefois connu une grande carrière à duper les esprits naïfs grâce à un code leur permettant de faire croire qu’ils pouvaient lire dans les esprits. Mais un jour, Pete a disparu et il est revenu alcoolique. Carlisle parvient à récupérer le fameux code et il part pour la ville avec la jeune Molly, qui tenait une attraction de « femme électrique » et dont il est tombé amoureux. Alors que le couple commence à avoir du succès avec son numéro du « Great Stanton », Carlisle songe à transformer leur spectacle en escroquerie. Il fait alors la connaissance du Dr. Lilith Ritter, psychiatre de riches clients. Carlisle voit en elle une alliée pour plumer le très fortuné Ezra Grindle. Ignorant les signes que sa chance pourrait bientôt basculer, il propose à sa femme de pousser encore plus loin le canular.

Nightmare Alley est sorti en 1947 sous l’égide de la 20th Century Fox, un an après la publication du roman de William Lindsay Gresham dont il est l’adaptation. C’est l’acteur Tyrone Power, interprète de Stanton Carlisle, qui convainquit le chef du studio Darryl Zanuck d’acheter les droits du bouquin et de produire le film pour lui. Star de nombreux cartons de la Fox lors de la décennie qui le présentaient sous son meilleur jour, telles que le Signe de Zorro et le Cygne Noir, Power avait suffisamment d’influence pour obtenir ce rôle qui lui permettrait d’écorner un son image. Devant la caméra d’Edmund Golding, il se tournait vers un rôle à l’opposé du spirituel Larry Darrell de son dernier film, Le Fil du Rasoir, où Golding l’avait déjà dirigé. Et il le ferait avec charme, prestance et un cynisme grinçant qui transparait dans chacune de ses scènes de Nightmare Alley. L’acteur est on ne peut plus crédible dans la peau de ce froid arriviste guidé par l’odeur de l’argent et si certain de sa supériorité. Le récit de son ascension est aussi passionnant qu’atypique, à la fois dense et fluide, transportant le spectateur du monde de pauvreté des carnies (immortalisés vingt ans plus tôt par le Freaks de Tod Browing) aux cercles mondains de la grande ville. Nightmare Alley exploite avec brio toutes ces ambiances et les codes du film noir tout en osant écorner le mythe du self made man.

Et il le fait avec patience, enroulant subtilement une corde invisible autour du cou de son anti-héros : le spectre de la reproduction sociale, l’inévitable répétition qui rattrape d’autant plus vite celui qui se pense le plus à l’abri, le couperet du film noir. L’ironie finale est d’autant plus poignante que la conviction du protagoniste a été sans faille. Elle est d’autant plus sans appel qu’on se surprend à le prendre en pitié. Le Charlatan ménage ses révélations, il distille son angoisse et il a aussi pour lui un beau trio d’actrices, chacune représentant à merveille un archétype, bon ou mauvais ange de Stanton Carlisle. Le flop du film était à prévoir, le public étatsunien d’alors n’étant pas encore prêt à recevoir un héros charismatique au visage familier et rassurant, s’élevant avec autant de cynisme, en somme une parfaite incarnation d’un show business qui ne voulait pas s’admettre comme le descendant plus vicieux de tous ces spectacles de freaks itinérants. Nightmare Alley disparut de la circulation, mais il eut droit à une seconde chance au début de ce siècle, dans un monde plus cynique qui avait – pour ainsi dire – normalisé les « mentalistes » escrocs comme Stanton Carlisle. Son impact n’en est pas pour autant amoindri.

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