Vortex

Réalisation : Gaspar Noé

Scénario : Gaspar Noé

Directeur de la Photographie : Benoît Debie

Montage : Denis Bedlow, Gaspar Noé

Chef Décorateur : Jean Rabasse

Directrice Artistique : Anna Prat

Production : Toufik Ayadi, Christophe Barral, Serge Catoire, Arnaud Chautard, Brahim Chioua, Lucille Hadzihalilovic, Frédéric Jouve, Jean-Rachid Kallouche, Vincent Maraval, Michel Merkt, Patrick Quinet, Edouard Weil

Pays : France

Durée : 2h22

Sortie en salles le 13 avril 2022

Acteurs Principaux : Dario Argento, Françoise Lebrun, Alex Lutz, Kylian Dheret

Genre : Drame

Note : 8/10

Il y’a 20 ans, Irréversible démontrait que « le temps détruit tout » en racontant à l’envers le récit d’un paradis qui se transformait en enfer, en une soirée. Vortex reprend à sa manière cette phrase en racontant de façon chronologique et scrupuleuse les derniers jours d’un couple qui se fâne, et disparaît peu à peu du monde. L’homme (le réalisateur Dario Argento) est historien du cinéma et il prépare un livre sur le rêve et le cinéma sur sa vieille machine à écrire, entouré de ses notes et d’une bibliothèque pleine à ras bord. Sa femme (Catherine Lebrun, connue pour son rôle dans la Maman et la Putain de Jean Eustache) était psychiatre, elle erre maintenant une grande partie du temps dans la confusion, victime de son Alzheimer. Gaspar Noé vend la mèche lorsqu’il les réveille au début du film, alors qu’en fond, une interview de Boris Cyrulnik parle du processus de deuil, du tabou autour de la mort et de la mémoire. Trois notes d’intention du réalisateur sur ce à quoi il cherche à nous confronter. Le temps détruit tout, effectivement, et c’est une raison suffisante pour graver dans le marbre les derniers moments de ces deux personnes.

Sur une histoire proche du Amour de Haneke, Vortex diffère un peu dans son traitement, mais pas comme on l’aurait pensé. Gaspar Noé raconte le cauchemar ordinaire dans ce qu’il a de plus viscéral, comme il s’en est fait le chantre depuis Seul contre Tous. Mais cette fois, il le fait avec une dignité et une retenue étonnante, même dans les moments qui pourraient porter à dramatiser – et même beaucoup de mélancolie. Cela ne signifie pas que l’impact du film est moindre que ses films coup de poing. Il infuse juste lentement, et agit de façon diffuse. D’abord, le réalisateur représente la dissociation du couple – comme un premier lien détruit – en divisant son écran dans un split-screen qui se poursuivra sur une grande partie du film, chacun évoluant dans sa bulle, même à proximité de l’autre. Un procédé doublement bien employé car il requiert une grande attention du spectateur sur une action paradoxalement proche de l’inertie. Les détails de l’appartement occupent une place plus grande à mesure des allées et venues mécaniques des époux, on retient la topologie pour guetter les croisements, puis on accepte le lieu comme l’incarnation de deux vies. Lorsqu’Alex Lutz entre en scène en bon fils qui assure malgré de gros problèmes personnels, une dynamique à trois prend le relai sans casser ce qui a été patiemment installé sur les deux personnages. On explore alors dans une certaine pudeur le passé familial, et on rêve d’un futur hypothétique. Dans cette fausse routine cauchemardesque qui s’instaure, le risque est toujours là et malgré les tentatives du fils de conjurer le sort, il avance comme mû par une force irrésistible. Vortex marque bien après la séance grâce à sa vérité et sa sincérité. Il sait tant faire illusion qu’on a l’impression que ces deux personnes ont existé, et que le monde a perdu quelque chose. Grâce à ce film bien plus important qu’il n’en a l’air, on a pu aussi vivre de l’intérieur durant plus de deux heures un des plus grands tabous du monde occidental, et pourtant quelque chose de terriblement universel.

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