La Vengeance est à moi – 復讐するは我にあり

Réalisation : Shôhei Imamura

Scénario : Masaru Baba, Shunsaku Hikeata, d’après le roman de Ryûzô Saki

Directeur de la Photographie : Sinsaku Himeda

Montage : Keiichi Uraoka

Musique : Shinichirô Ikebe

Chef Décorateur : Akiyoshi Satani

Casting : Nobuaki Murooka

Production : Hisashi Iino, Kazuo Inoue, Toshiyuki Mizorogi, Shinji Soshizaki, Kunio Takeshige, Takashi Tsukinoki

Pays : Japon

Durée : 2h20

Sortie française le 24 novembre 1981. Reprise le 11 mai 2022 (The Jokers/Les Bookmakers)

Acteurs Principaux : Ken Ogata, Rentarô Mikuni, Chôchô Miyako, Mayumi Ogawa, Mitsuko Baishō, Nijiko Kiyokawa

Genre : Polar, Drame

Note : 8/10

En 1979, Shôhei Imamura – réalisateur de la Nouvelle Vague japonaise – sort de huit ans de productions télévisuelles. La Vengeance est à moi sortira le réalisateur de cette longue période de vaches maigres, pour le conduire vers un nouveau sursaut. Quatre ans plus tard, il obtiendra sa première palme d’or à Cannes pour la ballade de Narayama.

Imamura s’est fait connaître de la critique des années 60 pour sa propension à filmer le sordide, le fait divers dans sa dimension documentaire et sociale. Il n’hésite pas à représenter les pulsions incontrôlables et à filmer ses congénères comme des animaux. le roman de Ryūzō Saki sur la cavale de l’escroc et tueur en série Akira Nishiguchi avait tout pour le séduire. D’abord raconté à la façon d’une reconstitution documentée – du point de vue des policiers – son adaptation quitte très vite ce chemin pour embrasser une plongée dans la vie du tueur, et dans la vie des femmes qu’il croisera au cours de sa cavale. Imamura le décrit comme un être froid et vicieux, mais qui semble mû par un besoin qu’il a lui-même du mal à saisir. Cette élément rationnellement inexplicable – même par des facteurs sociaux – guide le rapport ambigu qu’il entretient avec son père, homme religieux qu’il qualifie ironiquement de « saint ». On peut même dire qu’elle le magnifie, car chaque face à face entre le père (Rentarô Mikuni) et le fils (Ken Ogata, impressionnant) est chargé d’une tension jamais réellement formulée, et entretenue par une rivalité amoureuse toujours « en suspens » l’accentue encore. Les deux acteurs sont au diapason, tout comme le casting féminin qui le jonche.

Alors que le film de tueur en série n’a pas encore donné ses premiers soubresauts, Imamura lâche sa bête au milieu d’une horde d’humains imparfaits et il observe. Les cinq meurtres que ce démon a commis sont loin d’être la finalité de ce que le réalisateur cherche à montrer. Sa force est de nous amener très souvent là où on ne l’attend pas et de construire – au milieu des rapports bestiaux – des échanges forts entre des personnages. Aucun de ceux qui sont présentés ne s’apparentent à des faire-valoir du tueur ou de la chair à canon. Il y’a toujours une (ou plusieurs) scènes qui mettent en valeur une caractérisation particulière, une individualité, une authenticité. La meilleure preuve en est ce personnage de vieille femme, le dernier qu’on aurait imaginé avoir des points communs avec le monstre que nous suivons. Le temps d’un échange, les deux tueurs se jaugent et jouent subtilement le rapport de force. Ken Ogata impose sa prestance et une présence maléfique qui décrit bien l’ombre que cet homme a porté sur toutes ces vies qu’il a croisés. Il faut croire le réalisateur coréen Bong Joon Ho quand il loue la force de ce film (il fut une des influences de Memories of Murder), et se précipiter en salles pour ne pas le louper dans sa version restaurée. Merci au passage aux Bookmakers pour cette resortie.

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