Un Jour sans Fin – Groundhog Day

Réalisateur : Harold Ramis

Scénario : Danny Rubin, Harold Ramis

Directeur de la Photographie : John Bailey

Montage : Pembroke J. Herring

Musique : George Fenton

Chef Décorateur : David Nichols

Direction Artistique : Peter Landsdown

Production : Trevor Albert, C.O. Erickson, Harold Ramis, Whitney White

Pays : USA

Durée : 1h41

Sortie française le 28 juillet 1993

Acteurs Principaux : Bill Murray, Andy MacDowell, Chris Elliott, Stephen Tobolowski, Michael Shannon, Hynden Walch, Harold Ramis

Genre : Comédie Fantastique

Note : 10/10

29 ans après sa sortie, Un Jour Sans Fin est toujours à l’épreuve du temps et des visionnages. Son réalisateur aimait répéter que dès sa sortie, le film avait reçu des réactions de personnes de toutes les confessions religieuses et spirituelles qui se revendiquaient de son esprit. Le temps est un concept universel et le scénario génial de Danny Rubin contient en son sein une mine d’or sur l’appréhension du temps qui passe. Lorsque l’histoire de Phil, cynique présentateur de la météo coincé dans une journée qui se répète à l’infini atterrit entre les mains d’Harold Ramis, il saisit aussitôt le potentiel d’un concept inédit (ce qui est rare, déjà à cette époque) et d’un script qui va aux fondamentaux du cinéma fantastique, en réussissant à faire passer une multitude de sentiments humains universels intraduisibles par les mots. Mais un Jour sans Fin est avant tout la meilleure comédie romantique qu’il vous sera donné de voir, peut-être même la meilleure comédie, et sûrement un des meilleurs films fantastiques.

Phil Connors excelle dans le contrôle du temps, il peut savoir de quoi seront fait vos lendemains, quand surviendra la dépression ou l’anticyclone mais il pose sur le monde un regard cynique et satisfait. Comme chaque année au 2 février, il doit couvrir le jour de la marmotte dans le village de Puxatawney, événement qui fait de son homonyme Phil la marmotte le prédicateur du temps à venir pour le printemps. Coincé au beau milieu des « bouseux » et des superstitions qu’il méprise, le météorologue souhaite fuir dès son travail accompli. Mais le temps se dérègle, envoyant voler les premières certitudes du personnage qui ne voit plus son salut que dans la journée prochaine. Au lendemain, Phil découvre qu’il revit le jour de la Marmotte. Chaque marqueur temporel de la première journée (le réveil, les personnes croisées, la célébration avec sa musique insupportable, le soir à l’hôtel) nous est présenté de manière à ce qu’on découvre simultanément, jour après jour, l’inéluctabilité du sort du héros. Il est prisonnier d’une boucle.

A l’origine, le scénario de Rubin commençait alors que Phil était déjà enfermé, au moment où il frappait Ned Ryerson, l’agent d’assurances. L’habile modification du réalisateur nous conduit à plonger dans le fantastique aussi progressivement que le héros, d’abord incrédule (Bill Murray excelle à rendre cette découverte comique), puis forcé de se soumettre à l’idée qu’il n’est plus dans son monde. Briser la continuité du temps revient à faire voler toutes les certitudes de Phil Connors. Comment cela a-t-il pu arriver ? Phil Connors est-il un rat de laboratoire, le jouet d’un Dieu facétieux qui aurait voulu placer le poisson hors de l’eau (et même très loin sur la terre ferme) pour le regarder s’agiter rien que pour lui donner une bonne leçon ? Serait-ce Phil la marmotte qui a prévu un mauvais coup et qui prendrait le pouvoir face au monde rationnel de Phil l’humain ? Ce vil rongeur n’a-t-il pas prédit un mauvais temps pour les jours à venir ? (et puis le titre original du film n’est-il pas « Le Jour De La Marmotte », d’où le contrôle ?).

Là ce ne sont que les suppositions tirés du cerveau qui cogite sec (même pendant les comédies) de votre serviteur car il n’y a pas plus de maître du temps dans le calvaire de Phil que de journée ensoleillée. L’ingéniosité du scénario de Rubin est d’éluder la question du pourquoi, qui devient très vite une fatalité autant pour le personnage que pour le spectateur. Son but n’est pas non plus de montrer un homme qui revit sans arrêt le même jour, ce qui nous mettrait devant une intrigue circulaire et répétitive. Le postulat fantastique de départ sera le cadre de l’évolution de Phil. Chaque matin, il se réveillera dans le même lit, à la même heure, par le même I Got You Babe de Sonny & Cher. La journée comportera toujours les mêmes données. Ramis nous fait cependant vite comprendre (notamment en abusant des ellipses et en cantonnant les personnages secondaires au temps parallèle) : la seule variation à cet éternel recommencement sera celle qui vient de Phil. Dès lors, le récit n’est plus guidé que par le parcours intérieur de son héros qui ne sera plus le même au terme de cette aventure.

La première étape du changement est la prise de conscience de la prison. Phil Connors finit la journée dans un bar où il se lamente devant deux camarades d’infortune. L’un d’eux lui répond que se réveiller le matin et revivre le même jour indéfiniment, c’est toute l’histoire de sa vie. Une scène qui dévoile avec sous un voile comique l’envers de la métaphore : la routine dans laquelle l’homme s’enferme au point d’en être prisonnier, c’est le vrai jour sans fin. Dès lors, le spectateur connecte mieux avec le désarroi de Phil. La scène montre un personnage sincère, dépouillé de ses certitudes, qui entre finalement en contact avec les gens. C’est à l’issue de ce contact que le présentateur météo comprendra qu’il faut supprimer la routine et qu’il entamera son premier progrès. Il découvrira aussi que si chaque jour se répète à l’infini, alors tous les liens de cause / conséquence sont coupés. Voilà un fantasme rêvé par nombre d’adultes qui regrettent d’avoir perdu l’insouciance de leur jeunes années, lorsqu’ils ne pensaient pas au lendemain. Phil saute sur l’occasion et cette journée devient un immense terrain de jeu, une répétition gigantesque de la pièce dont il est le héros. Brillant calculateur, il se sert des connaissances acquises le jour précédent pour attirer les jeunes femmes dans son lit ou voler un sac de billets en toute impunité. Chacun de ses gestes est toujours dicté par son égocentrisme.

Les jours défilant, Phil découvre son intérêt pour sa productrice, Rita, et tente de la séduire de la même manière. Il parvient à vivre un jour merveilleux en sa compagnie, mais il finit par le gâcher lorsqu’elle découvre que tout était calculé. Dès lors Phil ne parviendra plus à reproduire cette journée et il sombrera au fil du temps dans une dépression symptomatique de ses propres limites. Sous le regard inquiet de la productrice et du caméraman (qui ne voient pas sa progression dans leur temps parallèle), il vit sans le savoir les cinq étapes de la mort : déni, colère, dépression, marchandage et résignation. Elles sont ici symboles du passage de l’ancien Phil au nouveau Phil. L’étape du marchandage se concrétisant lorsqu’un jour il décide de kidnapper la marmotte et d’en finir par un suicide conjoint. Ce suicide sera prolongé de dizaines d’autres de toutes les manières possibles et imaginables et se soldant toutes par sa résurrection le jour suivant.

Et si Dieu savait tout ce qu’il sait juste parcequ’il l’a déjà vécu ? Les innombrables suicides de Phil l’ont conduit à se résigner à ce monde d’où il ne peut plus sortir et qu’il ne peut plus convertir à son image. La révolution interne est en marche.

La troisième étape de l’évolution de Phil Connors est la prise de conscience de la toute- puissance de son rôle au sein du monde (de la journée) qui lui est offert(e). Cette responsabilité le pousse à se confier à Rita pour en faire sa complice le temps d’un jour, puis à envisager les choses sous un autre angle lorsqu’il se rend compte de son amour pour elle. Tout le monde sait qu’un grand pouvoir implique de grandes responsabilités (surtout depuis 2002) et suivant l’adage de l’oncle Ben, le seul qui peut agir sur cette journée commence à se sentir responsable de son monde. Le Phil négatif se transforme en Phil positif. Suite à un incident inévitable, il se rend compte des limites de sa toute-puissance. Il décide alors de se consacrer au bien-être de la communauté dans la limite du temps qui lui est imparti et de se tourner vers des activités qui ouvriront sa perception (la création, le piano).

C’est ainsi que la quatrième étape est franchie. Le héros est devenu quelqu’un d’authentique et d’altruiste qui pourra vivre en récompense sa journée parfaite. Ramis s’amuse de la scène du bal de la Marmotte dans laquelle le héros est félicité par tous. Ainsi dans le regard de la productrice, une journée devient le théâtre d’un bouleversement total chez Phil, comme si elle ne l’avait jamais vraiment connu, il joue du piano à la perfection le même jour qu’il a commencé à en apprendre et il devient la coqueluche d’une ville dans laquelle il est arrivé la veille. La comédie joue sur le registre du décalage des temps, décrivant l’achèvement du parcours le plus court dans l’évolution d’un homme. Dans le même temps nous assistons avec émotion au parcours le plus long du point de vue de Phil. Selon Harold Ramis, dix ans ont passé entre cette journée et le début du film. L’émotion n’est pas loin quand on voit cette scène à travers les yeux du héros comme la récompense ultime de plusieurs années dédiée aux gens de Puxatawney.

Alors, Un Jour Sans Fin c’est quoi ?

Une parabole qui place l’authenticité comme idéal de vie et puissant médicament contre la morosité de la routine, avec le cachet un peu naïf mais authentique qu’on retrouve chez Frank Capra.

  • Une métaphore philosophique sur le temps, qui décrit le changement dans la permanence. Ainsi ce changement serait-il possible chez le pire des cyniques, mais Rome ne s’étant jamais faite en un jour, toute évolution ne peut-être que le fruit d’un long travail sur soi-même.
  • C’est aussi une idée géniale depuis reprise dans différentes séries (dont l’épisode Lundi de la saison 6 de X-Files) ou films (Edge of Tomorrow) mais jamais égalée.
  • Une réalisation énergique qui porte le film au-delà des espérances. Le travail de reconstitution des journées au fil du temps est d’ailleurs aussi bluffant que celui effectué sur la trilogie Retour Vers Le Futur.
  • Une comédie délirante et innovante qui joue de son sujet très original pour détourner en une situation comique chacune des phases de la progression du héros. Bill Murray, dans sa meilleure prestation à ce jour, excelle dans chacune de ces situations. Qu’il soit détestable, au fond du trou ou qu’il renaisse, il s’attire à tous les coups la sympathie de l’audience.
  • Une comédie romantique qui fonctionne sur un duo épatant (impossible de ne pas tomber amoureux d’Andy « Rita » McDowell), héritier des couples de l’âge d’or hollywoodien des 40’s / 50’s. Leur histoire révèle des moments magiques et diablement cinématographiques qui convertiront les cœurs les plus fermés.
  • Porté par la superbe musique de Barry Fenton qui transporte une part d’irréel, Un Jour Sans Fin lorgne souvent du côté de la fable, une fable moderne sur le temps réajustée par l’authenticité des situations et par le naturel des acteurs.

Le final achève de nous convaincre que nous avons assisté à un de ces contes qui touchait notre inconscient étant enfant, mais qui ne peut vraiment nous parler qu’avec nos yeux d’adultes. Alors on comprend qu’autant de gens aussi différents aient pu être touchés par ce récit si difficile à catégoriser. Comme une poignée de films exceptionnels qui ont marqué le septième art, Un Jour Sans Fin est définitivement intemporel.

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