Adopt a Highway

Variation sur la liberté précaire d’un ancien taulard, Adopt a highway est une juxtaposition de moments, de rencontres, d’échanges qui sonnent tous justes.

Réalisation : Logan Marshall Green

Scénario : Logan Marshall Green

Directeur de la Photographie : Pepe Avila del Pino

Musique : Jason Isbell

Montage : Claudia Castello

Chef Décorateur : Emma Rose Mead

Production : Ethan Hawke, Jason Blum, Beatriz Sequeira, Couper Samuelson, Adam Hendricks, John H. Lang, Ryan Hawke, Zac Locke, David Grove, Churchill Viste, Donald Tang, Greg Gilreath

Pays : USA

Durée : 1h21

Sortie VOD en France le 16 mars 2020. Disponible sur OCS

Acteurs Principaux : Ethan Hawke, Elaine Hendricks, Chris Sullivan, Christopher Heyerdahl, Anne-Marie Johnson

Genre : Drame social

Note : 7,5/10

Russell Millings a plongé pour 21 ans pour possession de marijuana, la faute à une loi aberrante condamnant fortement les multi-récidivistes. Depuis, la loi a été abrogée, mais le temps passé derrière les barreaux l’a coupé de ses meilleurs années. A sa sortie, il découvre un monde où internet s’est généralisé et où un grand nombre de choses a changé. Il parvient à conserver un emploi de plongeur en attendant de mettre totalement une croix sur son passé. Un soir, il trouve un bébé dans une poubelle et il décide de le ramener chez lui pour s’en occuper. A partir de là, un enchainement d’événements vont mettre en danger le cocon qu’il s’est créé pour résister à ce monde hostile. Adopt a Highway est un film Blumhouse atypique, qui s’aventure très loin du cinéma d’horreur qui fait encore les beaux jours de la célèbre société de production. Il aborde le sujet bien peu glamour de la réinsertion des anciens détenus, et il le fait avec une originalité et une finesse qui forcent le respect. Il est une juxtaposition de moments, de rencontres, d’échanges qui sonnent tous justes au sein d’un chemin qui n’est jamais vraiment tracé. Le chemin d’un anti-héros dans sa solitude amené à faire des choix de moins en moins rationnels à mesure qu’il se trouve confronté à des codes qu’il ne maîtrise pas.

L’acteur Logan Marshall-Green (la très bonne série Quarry, The Invitation) a eu beaucoup de chance d’avoir le parrainage d’Ethan Hawke pour ses débuts derrière la caméra. Plutôt discret, Hawke peut s’enorgueillir d’une carrière qui présente un sans-faute, dans des genres très différents et loin des blockbusters que beaucoup d’acteurs plus chevronnés considèrent comme un passage obligé. Il apporte à ce quadra renfermé une proximité immédiate avec le spectateur. Nous connaîtrons quelques miettes de son histoire, mais ses réactions face au nouveau né et son attachement à son père disparu alors qu’il purgeait sa peine suffiront à ressentir une empathie profonde qui ne se tarira pas sur les quatre vingts minutes du film. Le choix de ne pas l’opposer systématiquement à ses interlocuteurs apporte une nuance bienvenue qui place avant tout l’absurdité dans le système, et moins dans ses pions. Adopt a Highway est un film mélancolique qui possède une bienveillance qui sait dénoncer sans caricaturer, qui sait jouer sur le décalage des époques sans tomber dans la franche comédie, qui sait aussi amener hors des sentiers battus alors qu’on pensait le destin de Russell scellé. Il est surtout traversé par ce sentiment de précarité constante de celui pour qui la liberté ne tiendra toujours qu’à un fil, un concours de circonstances ou une incompréhension. L’acte de désintéressement final n’en est que plus poignant. Un premier essai plein de promesses.

Lords of Chaos

C’est dans une réalisation énergique et chronologiquement que Jonas Akerlund déroule les origines du black metal norvégien, donnant à son film un cachet de biopic barré aux allures de thriller

Réalisation : Jonas Akerlund

Scénario : Jonas Akerlund, Dennis Magnusson d’après le roman de Michael Moynahian, Didrick Soderlind

Directeur Photo : Pär M. Ekberg

Assistant Réalisateur : Andrasz jet

Montage : Jonas Akerlund

Bande Originale : Sigur Ros

Direction Artistique : Csaba Lodi

Chef Décoratrice : Emma Fairley

Production : Danny Gabai, Jim Gzarnecki, Ezna Sands, Vice Films, Insurgent Media, Chimney Poland, Eleven Arts, RSA Films Ltd

Pays : Suède, Angleterre

Durée : 1h57

Sortie en DVD le 1er octobre 2019

Acteurs Principaux : Rory Culkin, Emory Cohen, Jack Kilmer, Sky Ferreira, Valter Skarsgard, Anthony De la Torre, Sam Coleman, John Oigarden

Genre : Thriller dramatique, Biopic

Note : 7,5/10

Fin des années 90 en Norvège. Le groupe de black metal Mayhem, fondé en 1984 aborde une page qui fera entrer dans l’histoire le black metal norvégien. Le leader Euronymous trouve avec un jeune Suédois fasciné par la mortqui se fait appeler Dead l’élément qui fera exploser son groupe dans des prestations scéniques très gores. Lords of Chaos raconte la fin dramatique de Dead, la transformation de Mayhem en emblème du black metal, la création de l’inner black circle et surtout l’entrée en scène de Varg Virkernes. D’abord impressionné par Euronymous, le créateur de Burzum va vite s’émanciper pour mener l’incendie de huit églises en bois norvégiennes. La montée de la compétition au sein du groupe entraîne une surenchère qui terminera dans le sang. Qui connaît l’histoire de Mayhem connaît la fin, mais Rory Culkin, qui incarne fort bien Euronymous dans le film n’en fait aucun mystère. Il finira assassiné par Vikernes. Le film Lords of Chaos se donne la lourde tâche de mettre en image l’ouvrage « Lords of Chaos : The Bloody Rise of the Satanic Undergound ».

C’est Jonas Ackerlund qui s’y colle, réalisateur suédois qui s’est fait connaître avec des clips de Madonna (Ray of light), Prodigy (Smack my bitch up) ou Moby, mais qui connaît bien le milieu du black metal pour avoir fait partie très brièvement – à ses débuts – du groupe suédois Bathory, duquel Mayhem s’était inspiré. Akerlund rend un film documenté, qui n’hésite pas à montrer la violence mais qui est loin d’être un manifeste pro-blackmétal. L’ambiguité d’Euronymous qui traite tout le monde de poseur alors qu’il en est clairement un, l’incohérence des croyances de Vikernes, les origines traumatiques des actes de Dead ou de Faust. La légende d’une musique pure et politique est plus qu’écornée. Mais c’est surtout l’irruption intempestive de titres aux antipodes du black metal qui surprendra, en première ligne The Host of Seraphim de Dead Can Dance, annonciateur inattendu de la conclusion du film. On sent la volonté de toucher plus loin que la niche. Cette volonté fut bien évidemment perturbée par la violence intrinsèque du film, qui retarda longtemps sa sortie en vidéo (elle fut portée par du financement participatif). Pourtant c’est dans une réalisation énergique et chronologiquement qu’Akerlund déroule l’histoire de cette poignée d’allumés, donnant à son film un cachet de biopic barré aux allures de thriller qui n’aurait pas eu à rougir d’une exploitation en salle. Pour qui n’a pas peur du gore, il comporte de bons moments de cinéma, en tête le suicide de Dead, et il se nourrit très bien de l’affrontement larvé d’Emory Cohen (Varg Vikernes) et de Rory Culkin (Euronymous). A (re)découvrir depuis peu sur OCS.

Wrong Cops

Wrong Cops pourrait se résumer à une suite de situations nonsensiques s’il ne possédait pas une forme malgré lui, une arythmie assez unique qui fonctionne parfaitement en tant que telle.

Réalisation : Quentin Dupieux

Scénario : Quentin Dupieux

Chef Opérateur : Quentin Dupieux

Montage : Quentin Dupieux

Musique : Mr Oizo (Quentin Dupieux)

Chef Décorateur : Joan Le Boru

Direction artistique : Zach Bangma

Production : Diane Jassem, Joseph Lieck, Sergei Selyanov, Daniel Gorochko, Gregory Bernard

Pays : France, USA, Russie

Durée : 1h23

Sortie française le 19 mars 2014. En DVD/Bluray le 4 novembre 2014 chez UFO distribution. Diffusé actuellement sur OCS

Acteurs Principaux : Mark Burnham, Eric Judor, Steve Little, Eric Wareheim, Arden Myrin, Marylin Manson, Grace Zabriskie, Ray Wise, Eric Roberts, Jon Lajoie, Brandon Beemer

Genre : Comédie, absurde

Note : 8,5/10

Nous sommes en septembre 2013, et l’Etrange Festival dévoile une petite bombe. Quentin Dupieux, Mr.Oizo et réalisateur de Steak, Rubber et Wrong, revient avec une nouvelle déclaration d’amour au non-sens : A Los Angeles, une bande de flics sévit au-delà des limites de la loi. Dealer d’herbe par rats interposés, le flic Duke tire accidentellement sur son voisin. Il demande à un de ses collègues qu’il fournit d’achever le pauvre homme. Pendant ce temps, un autre utilise sa fonction pour obtenir d’étranges faveurs des jeunes femmes, une quatrième s’improvise maître chanteur et un cinquième s’est mis en tête de percer dans la musique. Wrong Cops est la prolongation en long-métrage du court-métrage Wrong Cops Chapter I qui déroulait l’intrigue du flic incarné par Mark Burnham (déjà apparu dans Wrong). Ici nous aurons d’autres intrigues parallèles avec d’autres flic ramassés du bulbe. Débarrassé des à-coté métas de Rubber, le cinéaste a pu se lâcher dans un absurde et un humour noir plus immédiatement jouissifs. Il laisse se prolonger une scène surréaliste lors d’un enterrement, ose filmer une demande de rançon contre un magazine porno, une démonstration musical traumatisante ou la confrontation entre un nabab de l’industrie du disque, un type mourant et un flic borgne, le tout dans un esprit frondeur et jusqu’au-boutiste, et unique en son genre.

Wrong Cops pourrait se résumer à une suite de situations nonsensiques s’il ne possédait pas une forme malgré lui, une arythmie qui fonctionne parfaitement en tant que telle. Son miracle tient en partie dans le fait que Dupieux laisse évoluer ses personnages dans leurs intrigues respectives pour mieux les croiser, les uns devenant pour un temps les personnages secondaires des intrigues des autres. Excellant dans la direction d’acteurs, Dupieux propose un casting  aussi parfait qu’improbable composé entre autres de Marylin Manson, Steve Little, Eric Roberts, Eric Judor et Jon Lajoie. Il paye ouvertement son tribut à David Lynch par les apparitions de Ray Wise et Grace Zabriskie, parents de Laura Palmer dans Twin Peaks. Le génial Mark Burnham nous offre un personnage mémorable qui fait fi de toutes règles, centre de ce ballet des uniformes qui s’apparente à un Pulp Fiction de l’absurde. A ce jour, et même après Au poste! et le Daim, le film le plus abouti et le plus drôle de Quentin Dupieux. A (re)découvrir d’urgence.

Hellboy 2019

Le but était visiblement d’en mettre plein les yeux, peu importe le fond et la forme. Malheureusement Hellboy, c’est un peu plus que ça.

Réalisation : Neil Marshall

Scénario : Andrew Crosby & Christopher Golden d’après l’oeuvre de Mike Mignola

Directeur Photo : Lorenzo Senatore

Chef Monteur : Martin Bernfield

Bande Originale : Benjamin Wallfish

Directeur Artistique : Alexei Karagyaur

Chef Décorateur : Paul Kirby

Maquilleurs : Maria Stankovitch, Yana Stoyanova, Don Lanning

Budget : 50 M$

Pays : USA

Durée : 2h01

Sorti le 8 mai 2019

Production : Millenium Films, Dark Horse Entertainment, Lloyd Levin, Lawrence Gordon, Marc Helwig, Mike Mignola

Genre : Reboot dispensable

Acteurs Principaux : David Harbour, Milla Jovovitch, Ian McShane, Sasha Lane, Daniel Dae Kim, Thomas Haden Church, Stephen Graham, Douglas Tait, Brian Gleeson, Penelope Mitchell

Note : 4/10

Il y’a 15 ans, Guillermo Del Toro était au top de sa maturité artistique. Après le sublime l’Echine du Diable et le shakesparien Blade 2, il livrait sa version du Hellboy de Mike Mignola, déclaration d’amour aux monstres, récit d’aventure crépusculaire et mélancolique teinté d’occultisme, de comédie et de romance. L’impressionnante beauté plastique de cette première adaptation se doublait d’un score magique de Marco Beltrami. Le deuxième volet autorisait Guillermo Del Toro à livrer un film de potes teinté de fantasy, un film d’action un peu plus éloigné de la lettre des comics. Mike Mignola ne digéra pas cette direction et Del Toro partit vers d’autres horizons. L’auteur des comics Hellboy est associé à ce reboot, mais il semble difficile d’évaluer sa contribution. Le film de Neil Marshall a peut-être un esprit plus rentre dedans qui expose un héros plus proche – physiquement et mentalement – du Hellboy sur papier glacé, mais il ne possède à peu près rien de l’esprit et de l’atmosphère gothique de l’oeuvre, et surtout il ne possède aucune âme.

Ce Hellboy 2019 peut se résumer à un maxi best of du bestiaire de Mignola. Budget limité oblige, ce bestiaire est coupé au CGI datant du milieu des années 2000 et ne présente au final pas de plus grand intérêt plastique que pouvait procurer un Hansel et Gretel, Witch Hunters. La bande originale est à l’avenant, sans véritable univers. L’histoire propose la résurrection de Nimue, qui prend donc le rôle que Raspoutine avait dans la première adaptation. La sorcière des légendes arturiennes et son lieutenant, l’amusant Gruagach, sont bien le plus grand intérêt du spectacle. Pour le reste, nous revisiterons Anung Un Rama et la destinée de Hellboy, mais dans une version expurgée de toute implication, où le rapport filial entre Bruttenholm et son fils se résume à une foire d’empoigne aux limites de la beauferie. David Harbour assume très bien son rôle de diable rouge, ce qui n’était pas une mince affaire, mais il ne parvient pas à créer du liant dans ces diverses parties si disharmonieusement imbriqués. Le but était visiblement d’en mettre plein les yeux, peu importe le fond et la forme. Malheureusement Hellboy, c’est un peu plus que ça.

Extremely Wicked, Shockingly Evil and Vile

Porté par un Zac Efron convaincant, le film reconstruit les éléments auxquels on aurait pu s’attendre en voyant un documentaire un peu fouillé sur le procès Ted Bundy, mais il est trop prudent pour être vraiment à la hauteur de son sujet.

Réalisation : Joe Berlinger

Scénario : Michael Werwie, d’après l’oeuvre d’Elizabeth Kendall

Directeur Photo : Brandon Trost

Monteur : Josh Schaeffer

Bande Originale : Marco Beltrami & Dennis Smith

Direction Artistique : Matt Hyland

Décors : Brandon Tonner-Connolly

Pays : USA

Durée : 1h48

Sorti le 3 mai 2019 sur Netflix

Production : Voltage Pictures, Cota Films, Ninja Runnin’ wild productions, Michael Costigan, Nicolas Chartier, Ara Keshishian, Zac Efron

Genre : Biopic de tueur en série

Acteurs Principaux : Zac Efron, Lily Collins, Kaya Scodelario, John Malkovitch, Jim Parsons, Haley Joel Osment, James Hetfield

Note : 5/10

Après Bonnie & Clyde, Netflix continue de visiter l’histoire criminelle des Etats-Unis dans ce film qui relate la capture et le procès de Ted Bundy. Accusé d’une trentaine d’homicides entre 1974 et 1978 – le nombre pourrait être bien plus élevé – sur des femmes qu’il a enlevées et violées, pour certaines à de nombreuses reprises après leur mort, Ted Bundy fut le tueur en série américain le plus médiatisé. Après sa capture, le « tueur de femmes » s’est évadé deux fois, il a mené lui même sa défense et a montré une connivence calculée avec les medias. Comme son charme a aidé à baisser la garde de ses victimes, il provoqua une fascination malsaine chez les américains et les américaines. Incarner Ted Bundy est un beau cadeau pour Zac Efron, qui a la possibilité de jouer sur l’apparente normalité, le plus grand atout du tueur. Depuis son succès avec High School Musical, Efron n’a jamais eu l’occasion d’incarner un personnage qui fasse virer sa carrière vers des rôles plus sombres, qui ne s’appuient pas en premier lieu sur son physique. L’ambiguité fonctionne très bien. Efron saisit très vite le côté petit ami attentionné et confiant, mais il se montre aussi à l’aise dans la deuxième partie du film pour qu’on puisse sentir l’intelligence derrière la carapace et entretenir les doutes sur sa sincérité. Il est le seul vrai bon point du film.

Face à l’ambiguité de Ted Bundy, le seul point de vue entretenu est celui de Liz Kloepfer, comme le film démarre au moment de sa rencontre avec Ted Bundy et sur leur vie commune jusqu’à son arrestation. La participation de la jeune femme n’est dévoilée que tardivement. Extremely Wicked joue donc sur le doute de celle-ci et le jeu de nerfs de Bundy à son égard. Cette partie est peu convaincante, frisant parfois le téléfilm de M6 dans la victimisation de celle-ci. Le choix est fait de peu évoquer les crimes du monstre, ce qui créé une véritable distance et une implication sommaire, pour qui n’est pas fasciné par la personne du tueur et son côté catalyseur dans une société obsédée par sa propre noirceur. Extremely Wicked est principalement illustratif. Il reconstruit les éléments auxquels on aurait pu s’attendre en voyant un documentaire un peu fouillé sur le procès Ted Bundy, mais il est trop prudent, à la fois dans sa mise en scène et dans ses choix pour être vraiment à la hauteur de son sujet.

Avengers : Endgame

Endgame réussit à conclure correctement ces dix années, mais d’une façon simpliste et sans gloire, en se bornant à récolter ce qui a été semé. Avec une telle première partie, on pouvait s’attendre à mieux.

Réalisation : Anthony & Joe Russo

Scénario : Christopher Markus & Stephen McFeely

Directeur Photo : Trent Opaloch

Montage : Jeffrey Ford & Matthew Smith

Bande Originale : Alan Silvestri

Direction Artistique : Ray Chan

Chef Décorateur : Charles Wood

Superviseur des effets spéciaux : Dan Sudik

Budget : 356 M$

Pays : USA

Durée : 3h01

Sortie le 24 avril 2019

Production : Marvel Studios, Kevin Feige, Victoria Alonso, Louis d’Esposito, John Favreau, Alan Fine, Stan Lee, Mitchell Bell

Genre : Réunion de super Marvel

Acteurs Principaux : Robert Downey Jr., Chris Evans, Josh Brolin, Scarlett Johansson, Chris Hemsworth, Bradley Cooper, Don Cheadle, Jeremy Renner, Paul Rudd, Brie Larson, Karen Gillan, Gwynneth Paltrow

Note : 7/10

11 ans après le coup d’envoi du Marvelverse avec le premier Iron Man, on peut dire que Marvel a réussi son coup. L’idée de récupérer plusieurs générations biberonnées aux super héros des comic books n’était pas un risque puissant et il fut calculé à sa juste valeur lorsque Disney racheta la firme un an plus tard. Arrosé de dix années de blockbusters, à raison de trois ou quatre par an et d’un budget promo colossal, un public beaucoup plus large était tout à fait négociable. D.C Comics n’a pourtant pas tenu la route, en dépit de la renommée de Batman et de Superman. Alors y’a t’il un ingrédient magique? Une qualité supérieure qui a fait que cet opus s’est hissé au rang de film le plus vendeur de tous les temps? S’il y’a une recette, il faut la chercher du côté de Kevin Feige, qui a lancé et « showrunné » dans le sens sériel du terme, ces dix années d’univers cinématographique (et télévisé) Marvel dont Avengers : Endgame est le point culminant. Car le gros point fort de cet opus est la continuité. Une continuité qu’on pouvait déjà observer dans les blockbusters super-héros Marvel depuis l’apparition de Tony Stark au post-générique de l’incroyable Hulk et qui subit ici son apogée dans une visite temporelle de l’univers, véritable coup de coude au spectateur et télespectateur fidèle. Cette continuité se mesure également au placement des derniers films Marvel, AntMan et la Guêpe et Captain Marvel, qui offrent chacun des éléments qui relancent l’intrigue de Endgame. Ainsi dans le sens macro, en le plaçant dans la globalité, le scénario de ce dernier Avengers est plutôt bon. Mais c’est aussi un trompe l’oeil.

L’opus en lui-même n’existe que par ses prédécesseurs et l’univers qui a été installé, ce qui en fait une curiosité qui oscille entre un series finale (l’obligation de clôturer tous les actes héros, le boss, un peu plus de mise en danger) et un film en deux parties. A ce jeu, il perd face à son prédécesseurs, qui avait réussi à lier avec brio l’univers des gardiens de la galaxie aux autres héros et à faire de Thanos un anti-héros puissant qui procurait au film toute son unité. Après un raid punitif envers Thanos, Endgame reprend cinq ans après la disparition de la moitié de la population. Nous voyons les conséquences du monde créé par Thanos et le rôle que les survivants ont pu se créer. Cette première partie qui reprend l’idée de la série Leftovers est la plus réussie du film. Elle dévoile un peu plus les premiers vengeurs (pas les plus intéressants) tout en explorant l’intimité des super-héros dans des situations humaines. Elle permet aussi des HS savoureux, comme ce Hulk serein qui assume son rôle sans colère – Nouvelle preuve que Hulk a toujours été le mieux utilisé dans les films Avengers, la tragédie d’oeil de faucon ou la débâcle du grand Thor. Mais l’entre-soi permanent mène à penser que ce n’est pas 50% mais 90% de la population humaine qui a disparu, ce qui diminue déjà l’enjeu.

La deuxième partie voit revenir Ant-Man et fournit le prétexte à un voyage temporel qui pourra résoudre tous les problèmes. Idéale pour revisiter dix ans de film mais très fainéante, cette option n’a rien d’une idée géniale. Il s’ensuit une préparation et le saut vers l’inconnu (ou le connu) du groupe pour récupérer les précieuses pierres qui annuleront l’acte de Thanos. Arythmique et sans surprise, cette partie paraît extrêmement longue, d’autant plus que la voie du paradoxe temporelle est écartée. Dépouillé de cet aspect ludique trop lourd à gérer, le film se perd dans l’exploration de son propre univers pour préparer la sortie (ou la renaissance) de ses personnages. On en viendrait à penser que l’intrigue n’est qu’un MacGuffin pour conclure. Seule une idée surnage dans ce grand tout : L’utilisation de Nebula, personnage sous-exploité dans les gardiens de la galaxie et qui trouve ici un traitement à la hauteur. C’est la fille délaissée de Thanos qui provoquera la dernière partie, une bataille géante revanche de celle d’Infinity Wars, aussi grandiloquente que bordélique et presque dénuée de tout enjeu. La guerre des dieux se joue loin des humains (qui ont peut-être reconstruit leurs vies, on ne le sait pas…) et on connaît déjà la fin. Reste un sacrifice somme toute logique, mais dont l’impact est noyé par les multiples conclusions du film. Endgame réussit à conclure correctement ces dix années, mais d’une façon simpliste et sans gloire, en se bornant à récolter ce qui a été semé. Avec une telle première partie, on pouvait s’attendre à mieux.

90’s – Mid90s

C’est un vrai bonheur de suivre les errances de ce groupe et d’apprendre à les connaître par petites touches dans cette rue qui ne donne que peu la place aux sentiments. Le voyage est d’autant plus grisant qu’il ne s’agit pas que d’impressions, mais de véritables ressentis.

Réalisation : Jonah Hill

Scénario : Jonah Hill

Directeur Photo : Christopher Blauvelt

Montage : Nick Houy

Bande Originale : Trent Reznor & Atticus Ross

Direction artistique : Justin Allen

Chef Décorateur : Jahmin Assa

Casting : Allison Jones

Budget : 16 M$

Pays : USA

Durée : 1h24

Sortie le 24 avril 2019

Production : Eli Bush, Jonah Hill, Ken Kao, Scott Rubin, Lila Yacoub, A24 Film,Waypoint Entertainment

Genre : Chronique adolescente

Acteurs Principaux : Sunny Suljic, Katherine Waterston, Lucas Hedges, Na-Kel Smith, Olan Prenatt, Gio Galicia, Ryder McLaughlin

Note : 8/10

Le premier film de Jonah Hill en tant que réalisateur n’est pas tout à fait un film nostalgique des années 90, comme son titre semblerait l’indiquer. Certes, il tire sur la bonne corde pour qui a vécu son adolescence au milieu des années 90, et il le fait très bien. Baignée d’une bande son mêlant le Wu Tang Clan, TuPac, A Tribe Called Quest, les Pixies, le « Kiss From a Rose » de Seal ou l’Unplugged de Nirvana (un anti-Captain Marvel en somme), cerné par les skateurs et les couleurs ternes, cette chronique pourrait se dérouler à d’autres époques, en faisant changer le décor. Plus que les 90’s, elle transmet la nostalgie des premières années de l’adolescence alors même qu’elle ne cache pas l’environnement terrible dans lequel évolue le « gang ». Stevie a 13 ans lorsqu’il devient « SunBurn », le plus jeune membre d’un groupe de skater qui l’ont pris sous leur aile, compensant une famille peu présente. Accompagné de ces nouveaux potes, il se sent enfin vivre et expérimente à tout va, passant bien souvent la ligne qui met en danger sa vie.

Egalement auteur du scénario, Jonah Hill choisit de s’effacer derrière ses jeunes acteurs, les laissant évoluer comme dans un milieu naturel. Il aurait eu tort de brider ce casting étonnant d’authenticité qui gravite autour de l’attachant et (déjà) charismatique Sunny Suljic. C’est un vrai bonheur de suivre les errances de ce groupe et d’apprendre à les connaître par petites touches dans cette rue qui ne donne que peu la place aux sentiments. Le voyage est d’autant plus grisant qu’il ne s’agit pas que d’impressions, mais de véritables ressentis, passant principalement par le héros, mais s’attardant plus ou moins sur chacun d’entre eux. On ressent l’oppression du code, le bonheur de l’intégration, l’excitation de la nouveauté, et encore plus fort les chocs et les accidents. A cet égard, 90’s ne ménagera pas ceux qui pensaient se reposer devant un film pépère. Ce premier film est un réservoir d’émotions à l’état brut, qui prend les coups comme il les donne, et une réussite indéniable. La conclusion qui montre les meilleurs moments de cet été, ceux qui resteront pour l’avenir, ne sera qu’un rapide survol d’un film court (et tant mieux!), qui pose un contraste humain sur une jeunesse qu’on tend à idéaliser.

Ne coupez pas ! – One Cut of the Dead – カメラを止めるな!

Rétrospectivement, les secrets du long plan séquence zombiesque vont se dévoiler et laisser voir un film attachant et inventif, et nous faire revoir nos impressions sur cette équipe de tournage dépassée.

Réalisation : Schin’ichirô Ueda

Scénario : Schin’ichirô Ueda

Assistant Réalisateur : Yûya Nakaizumi

Directeur photo : Takeshi Sone

Montage : Schin’ichirô Ueda

Bande Originale : Schôma Ito, Kyle Nagai, Nobuhiro Suzuki

Maquillage / Effets Spéciaux : Junko Hirabayashi, Kazuhide Shimohata, Kasumi Nakamura

Budget : 27000 $ (3M Yen)

Durée : 1h36

Pays : Japon

Sortie en salles le 24 avril 2019

Production : Koji Ishihashi, Kentarô Kodama, Kôji Muta

Genre : Comédie horrifique

Acteurs Principaux : Takayuki Hamatsu, Yuzuki Akiyama, Arumi Shuhama, Kazuaki Nagaya, Hiroshi Ichihara, Takura Fujimura

Note : 8/10

One Cut of the Dead (titre américain du film) a connu un destin inattendu au Japon. Tourné pour un équivalent de moins de 25000 euros en huit jours par une bande d’étudiants d’une Ecole d’Arts dramatiques de Tokyo, le long métrage fut diffusé en novembre 2017 dans une salle d’art et d’essai et devint un tel phénomène qu’un distributeur en acheta les droits pour une diffusion dans 300 salles. Jackpot. Le film a même le privilège de sortir cette semaine dans une poignée de cinémas français, ce qui n’est pas une mince affaire pour un film de genre nippon, tout film de zombie soit-il. Nous suivons une petite équipe de cinéma en tournage d’un film de morts vivants à petit budget dans un entrepôt. Le réalisateur tyran engueule l’actrice pour ne pas être suffisamment authentique, puis la scène se prolonge dans un long plan séquence qui durera la totalité du film. Les acteurs ne tarderont pas à être attaqués par de vrais zombies, sous la caméra complice d’un réalisateur qui semble prêt à tout pour terminer son plan séquence dans cet idéal d’authenticité.

Amateurisme, acteurs dépassés, plans fixes interminables, irruptions hasardeuses de personnages et du réalisateur, au revoir au quatrième mur, caméra en roue libre et effets spéciaux limites. La vision des trente sept premières minutes pourrait au mieux provoquer des rires, au pire faire quitter la salle, ce qui serait une ENORME erreur. Ne coupez pas! va bientôt apporter une lumière sur ce que nous avons vu/cru voir. Rétrospectivement, les secrets du long plan séquence vont se dévoiler et laisser voir un film attachant et inventif, et nous faire revoir nos impressions sur cette équipe de tournage dépassée. Mais comme ce dernier fonctionne en partie sur la surprise, il est difficile de dévoiler l’astuce qui nous fait passer du zombie flick fauché à l’opération commando filmique la plus attachante depuis le « soyez sympas rembobinez » de Michel Gondry, et à un film qui grandira sûrement lors des visions successives.

Pour éviter le spoiler, ne lisez pas plus loin !

A l’issue du générique de fin, nous découvrons que l’irruption des zombies faisait partie du film. Quelques semaines plus tôt, pour inaugurer leur nouvelle chaîne, des producteurs avaient commandé un film de zombie en un plan séquence diffusé en direct (Rien de neuf, ceci a notamment été fait il y’a plus de vingt ans sur un épisode de la saison 4 d’Urgences). Le réalisateur fictionnel que nous voyons hurler dans le film est le véritable réalisateur, à ceci près qu’il est effacé et (trop) gentil. Il se retrouve malgré lui au centre d’une préparation chaotique, mais encore une partie de plaisir face au tournage qu’il devra affronter. Nous reverrons le film du point de vue de ce qui se passe hors champ, c’est à dire des astuces mobilisées pour que le plan séquence ne s’arrête pas . Omniscient, le spectateur revoit les nombreux défauts du film comme des éléments inévitables liées aux contraintes de production. Schin’ichirõ Ueda et sa troupe nous font passer de spectateur à complice de l’équipe de tournage, créant une valeur affective certaine pour le même objet qui nous laissait perplexe peu de temps auparavant. Cette valeur affective est encore grandie par la deuxième partie du film qui nous a fait pénétrer dans la vie du réalisateur interprété avec par Takayuki Hamatsu, nourrissant des enjeux personnels qui seront développés au coeur du tournage.

The Endless

The Endless s’attache en premier lieu à confronter deux mondes : le libre arbitre dans la précarité du réel et une vie « cocooné » régie par une entité supérieure. Dans un purgatoire étrange, les deux héros errent dans ces deux mondes, ne sachant trop quoi faire.

Réalisation : Justin Benson & Aaron Moorhead

Scénario : Justin Benson

Directeur Photo : Aaron Moorhead

Montage : Michael Felker, Justin Benson, Aaron Moorhead

Bande Originale : Jimmy LaValle

Chef Décorateur : Ariel Vida

Directeur Artistique : Kati Simon

Effets visuels : Aaron Moorhead, Michael Matzur

Budget : Inconnu

Pays : USA

Durée : 1h51

Sortie VOD et DVD/Bluray (Koba Films) le 24 avril 2019

Production : Thomas R. Burke, Leal Naim, Justin Benson, Aaron Moorhead, David Clark Lawson Jr., Snowfort Pictures,Love & Death Productions, Pfaff & Pfaff Prod

Genre : Horreur Lovecraftienne indé

Acteurs : Justin Benson, Aaron Moorhead, Callie Hernandez, Tate Ellington, Lew Temple

Note : 7/10

Présenté au PIFFF en décembre 2017, The Endless ne pointe son nez dans nos contrées que maintenant et seulement en VOD et en Direct To Video, sous l’égide de Koba Films. Une belle occasion pour découvrir ce film doté d’un budget modeste, mais aux grandes ambitions, accompagné de bonus qui mettent en lumière le système D qui a guidé ses vaillants réalisateurs, déjà auteurs des sympathiques Resolution (2012) et Spring (2014). Aaron et Justin (les deux réals), deux frangins qui avaient quitté une communauté en autarcie dix en auparavant et en avaient dénoncé les pratiques, reçoivent une mystérieuse vidéo. Elle influence le plus jeune, qui convainc son frère d’y retourner pour une visite. Bien accueillis, ils sont bientôt confrontés à des phénomènes étranges qu’ils n’avaient pas su entrevoir pleinement dans leur jeunesse. Nul ne sait leur expliquer à quoi sont liés ces phénomènes, mais le temps est compté avant l’intervention irréversible d’une entité invisible qui veille sur le camp. Il n’est pas spoiler que de dévoiler que l’influence de H.P Lovecraft surplombe the Endless (le film s’ouvre sur une citation du Maître de Providence). Mais ne partez pas, gens allergiques aux tentacules et poulpes géants car ici, presque tout est suggéré. La présence de ce « Dieu » omniprésent qui se tapit hors champ sans qu’on ne puisse la nommer est palpable, autant dans la torture de ces voisins du culte prisonniers des boucles que dans cette tension de voir peu à peu le destin des deux héros leur échapper. The Endless s’attache en premier lieu à confronter deux mondes : le libre arbitre dans la précarité du monde réel et une vie « cocooné » par une entité supérieure. Dans un purgatoire étrange, les deux héros errent dans ces deux mondes, ne sachant trop quoi faire. Pour celui qui a vécu tout son enfance dans la communauté, la sortie de ce purgatoire est aussi garantie au choix que son frère ne lui a pas donné lorsqu’ils l’ont quitté. Il devra surmonter à la fois sa nostalgie et l’emprise de sa famille afin de décider en tout état de cause s’il souhaite s’abandonner à cet étrange culte. Moorhead et Benson interprètent avec justesse les deux frères. Pour peu qu’on suspende notre incrédulité sur ce retour aux sources peu responsable et sur les raisons de ce séjour prolongé, le film se suit surtout pour ces deux-là. Les éléments fantastiques périphériques fonctionnent en dépit du faible budget, mais au prix de répétitions et d’une dispersion qui entraîne une baisse d’intérêt sur la seconde moitié. Heureusement l’ossature du scénario veille à garder à l’esprit les enjeux. On ressort globalement grisé par l’atmosphère du film, qui offre une expérience plus qu’un spectacle. Parvenir à transmettre quelque chose d’aussi original et dense avec aussi peu de moyen donne de beaux espoirs dans la carrière de ces deux-là.

Les Oiseaux de passage – Pájaros de verano

Les oiseaux de passage joue de la frontière poreuse entre film de gangster et tragédie d’un peuple sacrifié sur le grand autel de l’argent, superposant imagerie des films de narcotrafiquants, onirisme et étendues mystiques des anciens peuples d’Amérique.

Réalisation : Ciro Guerra, Cristina Gallego

Scénario : Maria Camilla Arias, Jacques Toulemonde, Vidal & Ciro Guerra, sur une idée de Cristina Gallego

Directeur Photo : David Gallego

Monteur : Miguel Schwerdfinger

Bande Originale : Leonardo Heiblum

Chef décorateur : Angelica Perea

Pays: Colombie

Budget : Inconnu

Sortie le 17 avril 2019

Production : Cristina Gallego, Katrin Pors, Blonde Indian Films, Bord Cadre Films, Ciudad Lunar Producciones, Pimenta Films, Films Boutique, Snowglobe Films

Genre : Drame, Gangster

Acteurs : José Acosta, Carmiña Martinez, Natalia Reyes, José Vincente, Jhon Narvaez

Note : 7,5/10

Les oiseaux de passage débute au coeur d’une tribu amérindienne Wayuu, lors d’une cérémonie à l’issue de laquelle Zaida deviendra une femme. Les traditions Wayuu sont décrites comme le ferait un ethnologue, observées dans ce qu’elles ont de plus purs et lointaines. Mais le ver est déjà dans la pomme. le jeune Rapayet est de retour dans sa tribu et bien décidé à épouser Zaida. Afin de payer la dot, il décide avec son associé Moises de troquer sa vente de café contre celle de la majijuana, à des hippies américains, puis à un gros exportateur. Des alliances vont se former entre les clans et l’argent va couler à flot, amenant les drames qu’on connaît.

Marier les coutumes des Wayuu et le film de gangster n’est pas qu’une idée déconnectée de toute réalité car les années 70 n’ont pas été qu’un grand boom pour la constitution de l’empire d’export de cocaine de Pablo Escobar. Dans cet époque pré-cartels, le commerce de la drogue aux gringos a déjà innervé toute la Colombie, et probablement impacté beaucoup de populations indigènes. Ces oiseaux de passage du titre contiennent l’esprit des ancêtres et ils se présentent quand la parole, l’honneur ou le prestige de la tribu ont été bafoués, exigeant une réparation pour éviter la guerre et le sang. Le film joue de la frontière poreuse entre film de gangster et tragédie d’un peuple sacrifié sur le grand autel de l’argent, superposant imagerie des films de narcotrafiquants, onirisme et étendues mystiques des anciens peuples d’Amérique. Le plus troublant de ces mélanges est ce palais apparaissant à l’issue d’une ellipse de dix ans tel un artéfact de magie noire, et dont la chute sera aussi celle de la tribu.

Si les plus vieux des chefs de clan veillent et se méfient, leurs coutumes ancestrales ne sont pas construites pour accueillir le capitalisme. Dans ce contexte d’opulence et de recherche du pouvoir par l’argent, la fierté de leur peuple est une arme à double tranchant. Ainsi l’esprit de commerçant de Rapayet allié à son respect pour les traditions construiront un pragmatisme plus adapté à la survie des différentes parties tandis que la matriarche Ursula défendra bec et ongles la famille, quitte à excuser ses torts. Naturellement et comme tout bon film du genre, la tragédie sera inévitable . Mais l’enfermement presque exclusif sur le territoire Wayuu et ses clans cousins permet de mettre l’accent sur le pourrissement et l’implosion de l’intérieur plus que sur les effets de la drogue et son commerce (ce que la série Narcos fait très bien), portant la grandeur et la chute du gangster vers la tragédie antique. Une sorte de malédiction lancée par les esprits sur une grande famille qui a fauté. Même s’il ne parvient pas toujours à acquérir le souffle narratif de certains fleurons du genre qu’il cite ouvertement (on pense à Gangs of Wasseypur ou La cité de Dieu) le film de Ciro Guerra et Cristina Gallego a pour lui ce côté hybride qui le place d’entrée de jeu hors compétition. Un OVNI esseulé dans un paysage de films de gangsters, comme les restes de folklore de ces tribus dans une globalisation rampante.