Nobody

Réalisation : Illya Naishuller

Scénario : Derek Kolstad

Directeur de la Photographie : Pawel Pogorzelski

Montage : William Yeh, Evan Schiff

Musique : David Buckley

Direction Artistique : Khali Wenaus

Chef Décorateur : Roger Fires

Production : Kelly McCormick, David Leitch, Braden Aftergood, Bob Odenkirk, Marc Provissiero

Pays : USA

Durée : 1h32

Sortie en salles le 02 juin 2021

Acteurs Principaux : Bob Odenkirk, Aleksey Serebryakov, Connie Nielsen, Christopher Lloyd, RZA, Michael Ironside, Colin Salmon, Billy MacLellan

Genre : Action

Note : 7/10

Après une saison 5 surprenante qui l’a portée au niveau de Breaking Bad, Better Call Saul s’est éclipsée jusqu’en 2022 pour préparer son bouquet final. Mais Bob Odenkirk a pu s’offrir une petite récréation en marge du tournage de sa série, ce qui devrait un peu atténuer cette longue attente. Révélé par les sketchs du Mr. Show with Bob & David qu’il partageait avec David Cross (le Tobias Funke de Arrested Development), Odenkirk avait pu confirmer ses talents comiques avec Saul Goodman et monter en gamme dans le drame grâce à Jimmy McGill (ou vice versa). Nobody en fait maintenant un héros d’actioner, et si la mayonnaise prend si bien, c’est probablement parcequ’il ne désapprend rien de ce qu’il a acquis. L’acteur s’est entraîné pendant un an et demie pour ne pas avoir a être doublé pendant les nombreuses scènes d’action qui ponctuent le film. Ajoutant à sa palette un jeu bien plus physique, il parvient à donner à son personnage une tonalité à la fois sombre et légère. Le pré-générique est du Odenkirk à 100%, et on retrouvera parfois, au tournant de deux scènes d’actions gonflées à la testostérone, quelques moments à l’air de rien, qui ne peuvent vous empêcher de sourir.

Si l’idée de Nobody vient de l’acteur, c’est Ilya Naishuller, réalisateur du nerveux Hardcore Henry qui se l’approprie et la tourne dans tous les sens, avec la complicité de Derek Kolstad, le scénariste des John Wick. le réalisateur y intègre la mafia russe et une joyeuse bande de vétérans, le plonge dans une bassine d’adrénaline, pas mal de violence gratuite assumée et lui retire toute contamination au premier degré. L’argument de départ et l’acteur principal pourraient en faire un sous Breaking Bad ou un Revenge movie basique, mais c’est là que nous sommes pris de revers. Dans l’esprit, Nobody est bien plus proche d’un film d’action coréen qu’on aurait mixé à du bon Jason Statham. Naishuller emprunte même par moments les allures stylistiques d’un Winding Refn, mais sans trop s’attarder. L’essentiel est de ne pas se prendre la tête et de passer un bon moment. Le contrat est plus que rempli. Il permet même d’offrir à Christopher Lloyd un rôle totalement improbable, qu’il s’approprie avec panache malgré ses 82 printemps. Une bonne friandise à déguster en salles, pour se dérider un peu entre deux drames à Oscars.

Nomadland

Réalisation : Chloé Zhao

Scénario : Chloé Zhao, d’après le roman de Jessica Bruder

Directeur Photo : Joshua James Richards

Montage : Chloé Zhao

Musique : Ludovico Einaudi

Direction Artistique : Elizabeth Godar, Tom Obed

Chef Décorateur : Joshua James Richards

Production : Frances McDormand, Peter Spears, Mollye Asher, Dan Janvey, Chloé Zhao, Geoff Linville, Emily Jade Foley

Pays : USA

Durée : 1h48

Acteurs Principaux : Frances McDormand, David Strathairn, Gay DeForest, Linda May, Charlene Swankie, Patricia Grier

Genre : Road-Movie, Drame social

Note : 7/10

Sortie en salles le 9 juin 2021

En 2011, Fern a perdu l’emploi qu’elle occupait dans l’usine américaine de plâtres où elle travaillait, à Empire, Nevada. L’usine a disparu, tout comme son mari quelques années auparavant. Fern a décidé de vendre la plupart de ses biens et d’acheter une camionnette pour vivre et parcourir le pays à la recherche d’un emploi. Une vie de nomade qu’elle partage avec de nombreuses victimes de la crise aux Etats-Unis, solidaires et fiers de subsister en marge des modes de vie classiques. Difficile de faire plus américain que ce Nomadland, de par le sentiment de liberté qu’il exalte et le parfum de road-movie qui l’enveloppe. Languissant, il suit le cours de la route et des rencontres de Fern sans véritable trame. Frances McDormand y’est splendide de naturelle, comme à son habitude. Ce film lui a apporté son troisième Oscar, la faisant talonner le record des 4 oscars de Katherine Hepburn. Mais on ne peut concevoir après une heure de film que la statuette ait pu être attribué à quelqu’un d’autre. S’il y’a un Oscar de mérité dans la fournée, c’est bien le sien.

Ce ne sont pas les paysages américains qui sont les véritables vedettes de ce road-movie. Il se risque à prendre son temps, pas forcément pour immortaliser les grandes étendues bordant les routes américaines, même si nous aurons quelques scènes bucoliques. Il le fait pour capter la mélancolie ou la joie de cette nomade des temps modernes et de ceux qu’elle croise, pour décrire les liens qui se tissent entre eux, attraper des moments comme s’ils n’avaient pas été mis en scène, qui posent ces femmes et ces hommes comme de véritables acteurs de leur vie, et non comme des victimes du système. Et au jeu de captation de la vie des laissés pour compte de l’Amérique, la réalisatrice Chloe Zhao a déjà de la bouteille. Il y’a cinq ans, elle suivait un Sioux dans une réserve indienne du Dakota. La voilà oscarisée et débauchée par Marvel (Eternals, sortie prévue en 2020). Un parcours trop rapide, mais de plus en plus classique au sein d’Hollywood, qui tend à empêcher les talents émergents de prendre leur temps pour mûrir et s’épanouir avant de franchir le pas du blockbuster. Nomadland est un film très sympathique, qui sait toucher et qui réussit à transmettre une réalité, mais ce n’est pas un chef d’oeuvre dans son genre. On sent que Chloe Zhao est capable d’encore mieux.

Sans un bruit 2 – A Quiet Place Part 2

Réalisation : John Krasinski

Scénario : John Krasinski, Brian Woods

Directeur de la Photographie : Polly Morgan

Montage : Michael P. Shawver

Musique : Marco Beltrami

Chef Décorateur : Jeff Gonchor

Directeur Artistique : Christopher J. Morris

Son : Michael Barosky, Ethan Van Der Ryn, Eric Aadahl

Pays : USA

Durée : 1h37

Sortie en salles le 16 juin 2021

Production : Michael Bay, Andrew Form, Bradley Fuller, John Krasinski

Acteurs Principaux : Emily Blunt, Millicent Simmonds, Noah Jupe, Cillian Murphy, John Krasinski, Djimon Hounsou, Scoot McNairy

Genre : Drame Horrifique, Survival

Note : 7,5/10

Sans un Bruit 2 est d’emblée sympathique pour nous avoir évité un embarrassant Sans 2 Bruit, et surtout pour ne pas avoir échoué sur une plateforme de VOD. Le film devait à l’origine sortir le 18 mars 2020 et fut plusieurs fois reporté, mais le voilà à point nommé pour accompagner la réouverture des salles. On peut remercier Paramount Pictures qui assure la distribution en France pour avoir fait preuve d’autant de patience car à la vision de ce second volet du survival silencieux de John Krasinski, il est d’une grande évidence qu’une salle de cinéma est le terrain naturel d’un film de cette trempe. On imagine que l’acteur-réalisateur a du prendre un grand plaisir à faire naître cette suite, de par le défi que le premier avait constitué. Il reprend la même formule d’un drame intimiste en quasi temps réel, traversé de scènes horrifiques et reposant sur plusieurs montées en puissance. Mais contrairement aux règles des suites, il n’y aura pas de surenchère. Tout au plus la scène d’ouverture, bien plus spectaculaire que la déjà très bonne scène d’ouverture du premier, offrira une mise en bouche punchy dans la veine de La Guerre des Mondes de Spielberg. A l’instar de la série des Destination Finale, un début percutant semble être une des marques de fabrique de cette nouvelle franchise, mais nous reviendrons aussitôt après au silence plombant et à la mélancolie post-apocalyptique du premier volet.

La véritable montée en puissance est dans le travail de développement effectué sur un synopsis très fin. Alors que dans le genre, on voit de plus en plus une succession de péripéties bavardes se succédant sans réels développements, cette suite repose encore bien plus que son prédécesseur sur sa maestria à étirer le temps, focaliser sur les détails, mettre en valeur le moindre son (le mixage sonore est partie intégrante de l’horreur), jouer sur l’espace, exploiter dans ses derniers retranchements chacune de ses situations. Nous aurons ainsi, en plus du gros morceau d’ouverture, deux climaxs parfaitement exécutés, reposant tous deux sur un montage alterné qui semble avoir été storyboardé, tant il est abouti. Alors qu’au bout du premier climax, le souffle semble tomber dans une intrigue annexe plus dispensable, la seconde montée nous prend à revers pour terminer le film de façon puissante et sans fioritures. Il n’y a pas de hasard dans cette efficacité, mais un travail visible. Sans un Bruit proposait de bonnes idées de réalisation pour tenir en haleine en préservant le silence. Sans un bruit 2 en prend acte et passe à la vitesse supérieure. Le score tantôt mélancolique, tantôt horrifique, de Marco Beltrami accompagne très bien cette deuxième aventure de notre famille de survivants, rejointe pour l’occasion par Cillian Murphy, qu’il est bon de revoir dans une atmosphère post-apocalyptique (sans 28 jours plus tard, le survival ne serait pas où il est aujourd’hui). Ce nouvel opus n’entend pas être un chef d’oeuvre du genre, mais il assied une franchise originale qui avance avec une grande assurance.

Promising Young Woman

Réalisation : Emerald Fennell

Scénario : Emerald Fennell

Directeur de la Photographie : Benjamin Kracun

Montage : Frédéric Thoraval

Assistant Réalisateur : Michael T. Meador

Musique : Anthony Willis

Chef Décorateur : Michael Perry

Direction Artistique : Liz Klokzkowski

Pays : USA

Durée : 1h48

Sortie en salles le 26 mai 2021

Production : Emerald Fennell, Ben Browning, Ashley Fox, Tom Ackerley, Josey McNamara, Margot Robbie

Acteurs Principaux : Carey Mulligan, Bo Burnham, Alison Brie, Laverne Cox, Alfred Molina

Genre : Drame

Note : 6,5/10

Suite au viol de sa meilleure amie, Cassie a quitté la fac de médecine pour s’occuper d’elle, mais elle n’a pas pu empêcher son suicide. Depuis, Cassie a perdu toute ambition et elle passe son temps à piéger les hommes dans les bars, feignant d’être ivre pour qu’ils la ramènent chez eux et se fassent prendre en train de fauter. La reconnexion avec ses années de médecine va démarrer une croisade vengeresse autrement plus personnelle.

Première réalisation de l’actrice Emerald Fennell (Scénariste sur Killing Eve), Promising Young Woman est un cas d’école de film qui joue sur tous les tableaux sans savoir vraiment où il va. Promising Young Woman est-il une comédie? Non. Il est traversé d’un humour satirique qu’on ne peut pas nier, d’un humour noir teinté du désespoir de son héroïne et d’un ton post-moderne pop à la « on me la fait pas ». Mais dès lors qu’on saisit l’enjeu du film, cet humour devient amer et chaque nouvelle incursion dans la comédie échoue. Est-ce un rape & revenge? Oui et non. La vengeance est abordée moins frontalement et de façon plus édulcorée que dans le genre. Nous serions plus dans une variation de Kill Bill (et de La mariée était en noir) sur le thème du viol, avec cette liste emprunté aux films de Tarantino et ces clins d’oeil adressés à la caméra. Comme pour la mariée incarnée par Uma Thurman, la vengeance n’est pas une fin en soi, mais le symptôme d’un vide psychologique qu’elle n’arrive plus à combler. Bien que Cassie ait l’impression de contrôler ses actes, son avancée est chaotique.

Est-ce un film qui dénonce la culture du viol? Oui, mais sur un point de vue biaisé, celui de la victime (par procuration). Il met plutôt en avant le ressenti d’une personne dépossédé de son contrôle sur sa vie. La première vengeance de Cassie, celle qui vise à piéger les hommes, lui permet de reprendre le contrôle et de se rassurer via une idée générale « Les hommes, c’est l’ennemi ». Ce n’est que l’irruption d’un nouvel élément qui brisera cette certitude et lui fera prendre conscience que son problème doit adopter une solution particulière. Dès lors, sa vengeance ciblera les acteurs du drame de son amie. Nous sommes alors sur un niveau « Tous contribuent à faire perdurer cette culture ». Un dernier retournement, lors d’une scène véritablement dramatique, l’amènera à sacrifier totalement sa personne à sa mission. Dès lors, le sujet est le désespoir de Cassie, qui n’a plus de certitude réelle et qui tente une dernière fois de regagner ce contrôle dont elle a été totalement dépossédée. La conclusion de l’histoire, de son point de vue, est donc ce qui peut le plus se rapprocher d’une victoire, mais les allures de happy end de ce final sont douteuses.

Promising Young Woman est un film sur la force de l’amitié et sur un traumatisme qui mène à l’auto-destruction. Vendu sur des formules qui en font un produit smart, malin ou tête de file du mouvement féministe, le scénario se perd lui même dans cette volonté de satisfaire tout le monde, partant dans toutes les directions comme s’il brandissait la perdition de Cassie comme un manifeste pour une génération de femmes. Les Oscars semblent avoir donné raison à Emerald Fennell puisqu’elle a reçu la statuette du meilleur scénario, mais ce scénario indécis reste le plus gros point faible du film. Un film qui n’est jamais meilleur que lorsqu’il parvient à prendre de la distance pour aborder frontalement le drame au centre de l’histoire de Cassie, sa relation à son amie et comment la force de cette amitié a gâché une vie qui commençait si bien. Carey Mulligan est touchante. Elle parvient à briller dans tous les registres de ce personnage caméléon et son jeu révèle qu’elle a très bien compris où était le centre de gravité du film.

The Father

Réalisation : Florian Zeller

Scénario : Florian Zeller, Christopher Hampton, d’après sa pièce « Le Père »

Directeur de la Photographie : Ben Smithard

Montage : Yorgos Lamprinos

Musique : Ludovico Einaudi

Chef Décorateur : Peter Francis

Direction Artistique : Amanda Dazely, Astrid Sieben

Production : Philippe Carcassonne, Simon Friend, Jean-Louis Livi, David Parfitt, Christophe Spadone, Victor Livi

Pays : Royaume-Uni, France

Durée : 1h38

Acteurs Principaux : Anthony Hopkins, Olivia Colman, Mark Gatiss, Imogen Poots, Rufus Sewell, Olivia Williams, Ayesha Dharker, Evie Wray

Genre : Drame

Note : 8/10

Sortie en salles le 25 mai 2021

Le hasard du calendrier des sorties françaises a rapprochés Falling de Viggo Mortensen et The Father, deux films très aboutis sur la dégénérescence mentale d’un père âgé. Il n’y a pourtant pas plus différent que ces deux films. Là où le premier reposait sur la mise en perspective d’une vie, The Father joue sur la perte de repères presque jusqu’à l’effacement. Le dramaturge français Florian Zeller adapte sa propre pièce Le Père (2012) , qui raconte l’obstination d’un vieil homme déclinant à rester dans la vie de sa fille, qui a pris sur elle de s’occuper de lui. Difficile d’en dire plus sans dévoiler le noeud du film sur lequel repose sa construction labyrinthique. Florian Zeller n’a pas volé son Oscar du meilleur scénario adapté car il a pris soin de ne rien laisser au hasard, distillant progressivement la paranoïa et le malaise dans l’esprit toujours affuté du vieil homme. Dans celui du spectateur tout aussi confus que le personnage, il semble se jouer une mise en scène dans laquelle chacun des proches devient un personnage à plusieurs visages. Sont-ils les auteurs d’une machination diabolique ou les victimes d’un marionnettiste pervers qu’il ne peuvent plus contenir ? Zeller ne cherche pas à masquer l’origine théâtrale The Father. Il exploite les différentes unités que sont les scènes pour créer des ellipses qui détruisent toujours plus le temps, même si le vieil homme cherche à le garder en son contrôle en conservant sa montre à tout prix. Puis c’est à l’intérieur des scènes que tout se déstructure, jusqu’à ce que le personnage cède lui-même. Cette progression rampante parle plus que n’importe quel dialogue du film, eux-mêmes sciemment placés pour entretenir le chaos communicationnel.

La perception des événements est portée par Anthony Hopkins, qui reprend le rôle que tenait Robert Hirsch sur les planches. Il en fait un homme sûr de lui, aussi bien capable de blesser que de réfléchir, loin d’une caricature de vieillard gâteux. Sa solidité permet d’abord d’adopter, en partie, son point de vue, avant d’en douter lorsqu’il disparaît de la scène. On ressent ses silences et la façon dont il lutte silencieusement, et intelligemment, contre les incohérences qui s’accumulent. Ce rôle lui valut aussi un Oscar, celui du meilleur acteur, qu’il n’avait plus reçu depuis son incarnation d’Hannibal Lecter dans le Silence des Agneaux (1991). Le vétéran mène la danse devant la crème des acteurs britanniques : L’émouvante Olivia Coleman (révélée par la série Broadchurch et consacrée par The Crown), le taciturne Rufus Sewell (Dark City, The Man in the High Castle), l’irrésistible Imogen Poots (Green Room), la mystérieuse Olivia Williams (récemment dans the Nevers) et Mark Gatiss (Co-créateur de Sherlock et membre de la League of Gentlemen), qui fait son chemin en tant qu’acteur. Lorsqu’il se révèle que personne de ce petit monde ne jouait, The Father prend un ton résolument dramatique. L’acceptation d’une totale et irrémédiable perte de contrôle est un choc difficilement descriptible pour un être humain atteint de folie, et encore bien plus lorsqu’il n’y a pas de remède . Florian Zeller et Anthony Hopkins sont parvenus à transcrire en quelques scènes cette onde de choc silencieuse qu’est l’écroulement d’une vie. On en ressort avec une profonde empathie pour ceux qui en sont victimes et l’envie de revoir le film, pour guetter toutes ses subtilités.

Falling

Réalisation : Viggo Mortensen

Scénario : Viggo Mortensen

Directeur de la photographie : Marcel Zysking

Montage : Ronald Sanders

Bande Originale : Viggo Mortensen

Cheffe Décoratrice : Carole Spier

Direction Artistique : Jason Clarke

Casting : Dierdre Bowen

Production : Daniel Bekermann, Viggo Mortensen, Chris Curling, Peder Pedersen

Pays : Canada, Royaume-Uni

Durée : 1h52

Sortie en salles le 19 mai 2021

Acteurs Principaux : Lance Henriksen, Viggo Mortensen, Sverrir Gudnasson, Laura Linney, Hannah Gross, Terry Chen, Etienne Kellici, David Cronenberg

Genre : Drame familial

Note : 8/10

John (Viggo Mortensen) a trouvé un équilibre, entre un mari aimant et une fille adoptive qu’il élève de façon très moderne. Mais on devine que son parcours n’a pas dû être sans obstacles lorsqu’on visite les flashbacks d’une vie dans laquelle le père a toujours été une ombre malveillante et destructive. Il a pourtant choisi d’accueillir ce père qui commence à souffrir de démence sénile. Si Willis (Lance Henriksen) a toujours été l’archétype du conservateur rural égocentrique, sa toxicité envers sa famille s’est encore amplifiée à mesure que le monde lui a échappé et qu’il n’a pas su accepter la différence de ses proches, et en particulier l’homosexualité de John. S’il veut le garder avec lui, ce dernier devra aussi composer avec l’agressivité déployée par un vieillard en totale perte de contrôle. Bien qu’il s’arme d’une grande patience, John va être mis à l’épreuve au-delà de ce qu’il aurait pu soupçonner.

A 62 ans, Viggo Mortensen réalise son premier film, une nouvelle corde à l’arc d’un artiste accompli et qui ressort visiblement comme l’assouvissement d’un besoin. Falling traite de sujets qu’il est très difficile d’aborder avec justesse, à moins qu’on les ait réellement connus ou fortement redoutés : la difficulté de vivre avec un parent toxique, la peur de la perte de contrôle (et de la mort) qu’implique la vieillesse et l’impossibilité de communiquer lorsque un gap est monumental entre deux générations (ici, la conception de la masculinité). L’acteur/scénariste/réalisateur parvient à trouver le ton juste sur chacun de ces positionnements. Ses flashbacks intégrés délicatement à la narration, parfois sous la forme d’impressions, embrassent les penchants masochistes du père sans jamais masquer le ressenti du fils et des autres membres de la famille. Ils ponctuent de longues scènes de provocations, signifiant que le présent porte toujours fatalement le passé, et que les difficultés rencontrées avec un parent sont très souvent amenés à s’amplifier avec le temps. La longue scène familiale au cours de laquelle Willis fait progressivement fuir tout ceux qui étaient à sa table, pour finir par acculer sa fille sous le regard circonspect de la petite-fille, résume assez bien ce qu’a été la vie de l’homme.

Au top de son jeu d’acteur, le redoutable Lance Henriksen (que Viggo Mortensen avait rencontré sur le tournage du western Appaloosa) perturbe ce petit monde. Pour servir ce personnage rare, il est secondé à merveille par sa version en plus jeune incarnée par l’acteur finlandais Sverrir Gudnasson. Ce dernier combine une ressemblance troublante avec Viggo Mortensen et une subtile incarnation du jeu d’Henriksen qui créent à eux-seuls le lien entre le passé et la filiation si peu présents dans le comportement du père. Grâce à ce casting, il y’a moins à faire pour que ressortent les émotions non exprimées lors des face à face entre Mortensen et Henriksen. Le réalisateur a néanmoins choisi l’angle le moins évident (mais probablement le plus intéressant) pour aborder son sujet. On peut comprendre la difficulté d’un fils à devoir composer avec un parent sénile, mais le défi de faire ressentir l’attachement pour un père avec qui il n’ y’a que des souvenirs toxiques est une autre affaire. C’est un beau jeu d’équilibriste que Viggo Mortensen a fait pour retranscrire avec autant de sincérité un dilemme intérieur aussi complexe. La pression de Falling monte constamment, et l’explosion sans cesse reculée par les mesures de tempérance du fils mènera à un soulagement résigné, peut-être la seule chance pour John de laisser aller et de vivre sa propre intériorité. Traînant le label d’un Festival de Cannes 2020 orphelin de projection, Falling aurait mérité une palme.

Mandibules

Réalisation : Quentin Dupieux

Scénariste : Quentin Dupieux

Directeur de la photographie : Quentin Dupieux

Montage : Quentin Dupieux

Bande Originale : Quentin Dupieux, Metronomy

Assistant Réalisateur : Christian Alzieu

Chef Décorateur : Joan Le Boru

Ingénieurs du son : Guillaume le Braz, Alexis Place, Gadou Naudin, Niels Barletta, Cyril Holtz

Pays : France

Durée : 1h17

Sortie en salles le 19 mai 2021

Production : Hugo Sélignac, Vincent Mazel, Christine Moarbes

Acteurs Principaux : David Marsais, Grégoire Ludig, Adèle Exarchopoulos, India Hair, Roméo Elvis, Coralie Russet, Bruno Lochet

Genre : Comédie absurde

Note : 7/10

Le Cinéma est de retour, et ça fait un bien fou ! Qui aurait cru au soir du 29 octobre qu’il aurait fallu attendre aussi longtemps pour revoir les salles obscures? Reporté à plusieurs reprises, le nouveau film de Quentin Dupieux sort à point nommé pour nous rappeler qu’une bonne comédie se savoure nettement mieux en public. On y retrouve l’absurde dans lequel le réalisateur excelle, un peu d’humour grinçant, mais jamais méchant puisque tout semble comme enveloppé dans une comptine, bercée par la ritournelle musicale du groupe Metronomy qui résonne dans la tête encore plusieurs heures après la séance. L’Histoire n’a pas de quoi révolutionner le genre : Deux losers crétins découvrent une mouche géante dans le coffre d’une voiture. Ils décident de la dresser pour qu’elle leur rapporte un max de thunes. Mais le réalisateur de Wrong Cops, Au Poste ! et Le Daim a besoin de peu de choses pour enclencher la mécanique. Peut-être seulement d’une bande d’acteurs inconséquents. Lui qui est plutôt fidèle à sa « famille cinématographique » semble avoir trouvé dans le duo du Palma Show un couple comique idéal pour qui écrire, comme ce fut le cas pour Eric et Ramzy dans le jusqu’au-boutiste Steak. Le tandem trouve instantanément le bon timing comique pour ne plus le lâcher, si bien qu’on se croit souvent dans une version à peine déviante du Palma Show. Ils ne se feront voler la vedette que par la prestation d’Adèle Exarchopoulos : D’abord discrète, sa véritable entrée en piste sera le moment le plus surprenant du film. Dès lors, le politiquement incorrect irrigue totalement Mandibules.

Quentin Dupieux n’a rien perdu de son côté homme-orchestre. Il est présent à tous les niveaux de la production du film : réalisation, scénario, photographie, montage, et bien sûr la musique puisque sa vocation d’origine est l’électro (Mr. Oizo, c’était lui). L’homme qui s’éclatait à filmer un pneu tueur avec son téléphone portable nous offre une mouche plus vraie que nature, animée avec amour. A l’instar du pneu de Rubber, aucune raison ne nous sera donnée à sa présence dans notre monde, et c’est bien mieux ainsi. Avec ses personnages oisifs dont il se moque gentiment, son côté nonchalant, les détours anecdotiques qu’il emprunte et sa durée de moins d’1h20, Mandibules respire l’absence de prétention et la légèreté. On y oppose certes une poignée de riches à deux paumés, mais tout est si schématique et volontairement typé qu’on peut difficilement y voir autre chose qu’un monde à part, sans véritable discours sur le nôtre. De quoi passer un bon moment avant de se poser à une terrasse.