Homicide Life on the Street – Saison 2

Créateur / Showrunner : Paul Attanasio

Scénario : David Simon, David Mills, Paul Attanasio, James Yoshimura, Noel Behn, Tom Fontana

Réalisation : Stephen Gyllenhaal, Chris Menaul, John McNaughton

Chef Opérateur : Jean De Segonzac

Montage : Cindy Mollo

Musique : Chris Tergessen

Chef Décorateur : Vincent Peranio

Direction Artistique : F.Dale Davis, Susan Kessel

Pays : USA

Durée : 4 x 45 mn

Diffusée sur NBC du 6 au 27 janvier 1994. En France sur Série Club à partir du 3 avril 1998. Disponible en dvd zone 2 UK depuis le 26 février 2007 (coffret saison 1)

Production : Barry Levinson, Tom Fontana, Jim Finnerty, Gail Mutrux, Debbie Sargent, Henry Bromell

Acteurs Principaux : Daniel Baldwin, Ned Beatty, Richard Belzer, Andre Braugher, Yaphet Kotto, Melissa Leo, Jon Polito, Kyle Secor, Robin William, Julianna Margulies, Zeljko Ivanek

Genre : Polar

Note : 8,5/10

4. En sursis

Le 6 janvier 1994, Homicide est de retour sur NBC, toujours en remplacement de mi-saison et plus que jamais en sursis. Les audiences très moyennes de la saison 1 ont poussé la chaîne à ne diffuser, pour cette saison 2, que les quatre épisodes supplémentaires commandés l’année précédente. Mais le PDG de NBC Entertainment Warren Littlefield est décidé à offrir à ces quatre épisodes les meilleures conditions de diffusion. Il déplace la série le mardi à 22h, derrière les deux locomotives de la chaînes, Seinfeld et Frasier. Homicide prend ainsi le créneau polar du jeudi 22h, qui était occupé par Hill Street Blues (Capitaine Furillo), puis repris son successeur L.A Law (La loi de Los Angeles) depuis 1987.

Homicide était partie pour changer régulièrement de réalisateur. De ce fait, Barry Levinson estima qu’un chef opérateur plus expérimenté que Wayne Ewing était nécessaire pour garantir une homogénéité des épisodes. Il engagea le chef opérateur Jean de Segonzac pour le remplacer. L’arrivée de la chaîne NBC à la production de la série pouvait la pousser dans le sens d’une réalisation moins stylisée. De Segonzac demanda au laboratoire de rendre les couleurs plus claires. De leur côté, Barry Levinson et Tom Fontana acceptèrent de bon gré de réduire le nombre d’histoire par épisodes pour être plus viewer friendly. Il ne s’agissait pas de fondre Homicide dans le moule des autres séries policières, mais de pouvoir mieux se concentrer sur l’histoire mise en avant. Fort de ces liftings, la série est fin prête pour affronter quatre semaines de vérité durant lesquels les nerfs des acteurs seraient mis à rude épreuve.

5. Bop Gun

Warren Littlefield a conservé un gros atout dans sa manche en décidant d’ouvrir la saison sur l’épisode Bop Gun qui devait originellement la conclure. La raison de ce changement est le nom de Robin Williams.

Cet épisode pour le moins singulier raconte le meurtre d’une touriste devant sa famille par un gang de jeunes de Baltimore. Aussitôt, l’affaire devient un red ball médiatique, comme le fut celle d’Adena Watson. Comme les huiles de Baltimore ont besoin de prouver qu’on ne tue pas une touriste impunément, Giardello doit mobiliser toute son unité sur le cas. Robin Williams interprète le mari de la victime, Robert Ellison, ballotté avec ses enfants de la salle des inspecteurs aux audiences du tribunal, au sein d’un système qui lui donne trop peu d’explications et de détectives qui semblent un peu trop oublier qu’il vit un drame. L’homme est visiblement perdu et poursuivi par sa culpabilité de ne pas avoir pu protéger sa femme. Il fallait un acteur de la stature du héros du Cercle des Poètes Disparus pour renverser le point de vue après une saison à suivre nos inspecteurs. Une tâche qu’il a accepté par égard envers Barry Levinson, qui l’a dirigé sur Good Morning Vietnam et Toys, mais aussi par attachement à la série. Williams est bouleversant dans un registre dramatique, entre nuance et explosions. Il est, il faut l’avouer, très bien servi par un scénario qui lui accorde de nombreux moments pour briller, signé de David Simon (le même qui a écrit Homicide : A year on the killing streets) et David Mills (futur collaborateur de Simon sur ses séries). Un autre nom au générique attire l’attention, celui du réalisateur Stephen Gyllenhaal, qui fit tourner pour l’occasion son fils Jake Gyllenhaal dans le rôle du fils de Robert Ellison, sept ans avant que Jake ne devienne Donnie Darko.

Robert Elisson (Robin Williams) et son fils (Jake Gyllenhaal)

Le point de vue de la détective Kay Howard rétablit la balance cotés criminelle dans la seconde partie de l’épisode. L’enquêtrice mène une quête un peu vaine pour prouver l’innocence du de Vaughn, le jeune accusé du meurtre, qu’elle pense condamné à tort. Nous y voyons l’environnement du jeune homme, que rien ne destinait à ce crime. Belle réflexion sur le pouvoir des armes, Bop Gun voit large et ratisse un peu sur les terres de Law and Order (New York : Police Criminelle), mais il ne trahit jamais le mantra de la première saison : l’immersion dans l’humain. Il se permet également un peu plus d’incursions pop, dont un titre de Seal en ouverture. En plus d’un Emmy Award à Robin William, l’épisode offre sa meilleure audience à Homicide : 33 millions de téléspectateurs, mais ne la met pas pour autant à l’abri de l’annulation.

Kay Howard, une femme dans un monde d’hommes

6. « Un Homicide redéfini »

Sans star pour les défendre, les trois autres épisodes de cette saison recherchent un équilibre qui puisse contenter à la fois les critiques qui ont loué les débuts de Homicide et les téléspectateurs décontenancés par la saison 1. L’épisode See No Evil marque la difficulté dans le traçage de cette ligne. Les enquêteurs se trouvent forcés de passer devant une psychologue spécialisée dans leur métier pour travailler leur sensibilité. Nous ne verrons qu’une poignée d’entre eux sur le divan, pour des scènes consensuelles qui ne font que répéter ce que nous savions déjà d’eux le mettre en perspective, probablement pour prendre ce nouveau public par la main et lui apporter une hauteur sur des personnages dont la noirceur peut gêner. La psychologie devient un facilitateur, au même titre que l’éditorialisation de sujets de société borne les épisodes, là où ils étaient plus insaisissables lors de la saison 1.

Si See No Evil peine à aborder le sujet de l’euthanasie sans certaines maladresses, le cas de Charles Cox, un jeune de Baltimore non armé, abattu dans le dos en pleine rue vraisemblablement par un policier sauve l’épisode. Une affaire qui se poursuivra sur l’épisode Black and Blue. Les discussions pour couvrir le policier auteur du crime – qui sont récurrentes dans l’épisode – ont provoqué la colère des vrais détectives de Baltimore. Vingt d’eux d’entre eux signèrent une lettre de protestation à destination de la production de la série, dénonçant le préjudice qu’elle leur faisait. Une attaque qui avait de quoi fait réfléchir Levinson et Fontana sur le fait de continuité à tourner dans la ville, alors que la presse avait déjà souligné la mauvaise pub que le « body-count » de leur série lui faisait. L’affaire est pourtant inspirée d’une des grandes affaires du livre duquel la série est tirée, une sorte d’épée de Damoclès sur le dos du détective Donald Worden. Le cas réel dépeint par David Simon était autrement plus froid et à charge des institutions que le traitement qu’en a tiré Homicide.

Pembleton, prêt à faire la leçon à Giardello

Loin du procès à charge, l’épisode met surtout à jour la difficulté de garder la raison lors d’une affaire en enjeux trop politiques. Entre les quartiers qui menacent de s’enflammer contre les policiers, la police qui veut sauver ses meubles et Giardello qui met en avant la solidarité entre flics, il devient quasiment impossible de faire du travail de détective. Alors que son soupçon envers les policiers qu’il a interrogé est plus fort, le détective Pembleton  – responsable de l’affaire- est tiraillé entre sa condition de noir et sa vocation de flic, deux allégeances en forte contradiction. Il les conciliera dans la douleur, dans une scène d’interrogatoire dont lui seul a le secret. En bon commercial, il vend la culpabilité à un suspect qui ne l’est pas pour montrer à son commandant le ridicule de la situation. L’épisode aurait pu s’arrêter là dans la saison précédente, mais les scénaristes choisissent de résoudre l’affaire avec un vrai coupable. Cette tiédeur n’amoindrit pourtant pas un épisode puissant qui révèle une fois de plus Andre Braugher et offre un petit rôle à Isaiah Washington. Il porte une forte résonnance avec le traitement médiatique passionné qui se développe actuellement sur la question sécuritaire en France .

Bolander / Munch : Une affaire d’équilibre….

La dynamique Bolander/Munch continue d’irriguer cette mini-saison pour offrir un sympathique clou du spectacle. Bolander pourrait bien avoir retrouvé l’amour avec une jeune serveuse (interprétée par Julianna Margulies, qui serait très bientôt l’infirmière Hattaway d’Urgences, et plus tard l’héroïne de The Good Wife), avec qui il forme un beau duo musical. C’est le moment où la relation en montagnes russes que Munch entretient avec la dénommée Felicia se termine. Dans le tandem, la dynamique s’inverse entre le misérable et l’enthousiaste. Munch est bien décidé à ne pas laisser passer cette période de bonheur dans la vie de son équipier, même si pour cela il doit demander au commandant d’intercéder ou gâcher un dîner décisif. A Many Splendor Things réalisé par John McNaughton (Henry, Portrait of a Serial Killer), conclut la saison sur cette note typique de la saison 1, et il réserve aux autres couples de détectives des affaires de meurtres liés à de curieux fétichismes, qui leur révèlent une fois de plus, beaucoup d’eux-mêmes.

Un peu en retrait sur cette saison, Crocetti et Lewis concluent sur une affaire de meurtre pour vol de crayon !

L’équilibre semble avoir été regagné, et Homicide a réussi à battre les audiences de La loi de los Angeles sur son créneau. Cette dernière se retrouve annulée dans la foulée. Mais la série de Barry Levinson et Tom Fontana ne conservera pas pour autant les jeudis soir. Elle reste sur des résultats moyennement convaincants et dans l’ombre de la nouvelle venue d’ABC, NYPD Blue, dont la liberté de ton et le côté plus trash ravissent à la fois les critiques et le public. Alors qu’Homicide est déplacée au vendredi, la tranche horaire qu’elle occupait voit arriver à une nouvelle série qui partage avec elle de nombreux points communs : E.R (Urgences).

Une nouvelle époque est bien lancée pour les séries tévés.

(à suivre…)

Homicide Life on the Street – Saison 1

Créateur/Showrunner : Paul Attanasio

Scénario : Paul Attanasio, David Simon, Tom Fontana, James Yoshimura, Jorge Zamacoma, Noel Behn

Réalisation : Barry Levinson, Alan Taylor, Nick Gomez, Martin Campbell, Wayne Ewing, Michael Lehman, Peter Markle, Bruce Paltrow

Chef Opérateur : Wayne Ewing

Montage : Tony Black, Cindy Mollo, Jay Rabinowitz

Chef Décorateur : Vincent Peranio

Direction Artistique : F. Dale Davis, Susan Kessel

Pays : USA

Durée : 9 x 45 mn

Diffusée sur NBC du 31 janvier au 31 mars 1993. En France sur Série Club à partir du 3 avril 1998. Disponible en dvd zone 2 UK depuis le 26 février 2007

Production : Barry Levinson, Tom Fontana, Jim Finnerty, Gail Mutrux, Lori Mozilo

Acteurs Principaux : Daniel Baldwin, Ned Beatty, Richard Belzer, Andre Braugher, Yaphet Kotto, Melissa Leo, Jon Polito, Kyle Secor, Lee Tergesen, Edie Falco, Wendy Hughes, Zeljko Ivanek

Genre : Polar

Note : 9,5/10

1. Baltimore. Un 31 janvier 1993…

L’année 1988 fut une année comme une autre pour les détectives de la brigade criminelle de Baltimore, plus ou moins déterminante pour les uns et les autres. Une année de routine dans une ville gangrénée par le crime ordinaire. A ceci près qu’un journaliste du Baltimore Sun nommé David Simon s’était donné pour mission de les suivre partout.

Au terme d’un long travail d’acclimatation, le futur showrunner de la série Sur Ecoute fut peu à peu accepté, jusqu’à faire suffisamment partie du décor pour que ces hommes habités par leur travail lui ouvrent les portes de leur univers, leurs règles, leurs quotidien. David Simon en tira un ouvrage Homicide : A year on the killing streets (rebaptisé Baltimore en France). Le journaliste avait déjà un talent certain pour dépeindre avec une grande humanité ces hommes imparfaits investis de la mission de faire parler les morts. L’ouvrage était aussi passionnant que les meilleurs polars, bien que peu spectaculaire. Il fut couronné dans la foulée d’un Edgar Award, la récompense attribué par l’association des auteurs de romans policiers (mystery writers of America). Si la France a longtemps attendu la sortie du livre, l’onction de David Simon quelques années après la diffusion de Sur Ecoute – aux tournant des années 2010 – fait qu’il peut désormais être aisément trouvable en nos terres. C’est même un français, Philippe Squarzoni, qui, en 2016, a franchi le pas d’en faire une adaptation en bédé, dépouillée et plutôt fidèle.

La carte de presse de David Simon au Baltimore Sun, « Homicide : A year on the killing streets » version américaine, et la première édition française (Sonatine)

Le début des années 90 était une période de vaches maigres pour la chaîne américaine NBC, qui perdait ou était sur le point de perdre tous ses gros succès des années 80 (The Cosby Show, Matlock, Cheers…). Il fallait de nouvelles séries pour tirer le network vers le haut. Après plusieurs essais infructueux sur des sitcoms, les exécutifs de la chaîne optèrent pour les dramas à haute valeur ajouté. La chaîne fit appel à Barry Levinson pour développer un de ces dramas. Un choix audacieux mais calculé, car le réalisateur était auréolé des succès de Rain Man et Good Morning Vietnam, et quelques passages de réalisateurs de cinéma sur le petit écran venaient de porter leurs fruits : NBC avait le précédent du Miami Vice (Deux flics à Miami) de Michael Mann et des Amazing Stories (Histoires Fantastiques) de Steven Spielberg. Sa rivale ABC venait de frapper juste avec le Twin Peaks (Mystères à Twin Peaks) de David Lynch. La câblée HBO regardait quand à elle grandir son anthologie Les Contes de la Crypte, qui serait le lieu de villégiature de nombreuses pointures du cinéma de genre. Levinson proposa aussitôt à la chaîne une adaptation de Homicide : Life on the Street.

L’idée d’un cop show basé sur le récit documentaire de David Simon était séduisante. Une série pouvait mieux retranscrire le quotidien de ces flics qu’un long métrage, et injecter ce shoot de réalité dans le genre de la série policière pouvait faire oeuvre de continuité sur la chaîne : La série Hill Street Blues (Capitaine Furillo) diffusée sur NBC avait durant sept ans posé de beaux jalons pour passer à la vitesse supérieure. Barry Levinson était destiné à être touché par l’ouvrage de David Simon. Natif de Baltimore, il avait baptisé sa boîte de production Baltimore Pictures et n’avait pas hésité à tourner plusieurs films sur place. Aussi lorsqu’il eut le feu vert de la chaîne, il n’hésita pas à tourner la série dans la ville de Baltimore, loin des lumières de la Californie qui abritait alors les tournages d’une grande partie des séries des grandes chaînes. Cette décision fut capitale pour l’authenticité de Homicide, au même titre que Montréal apporta le cachet visuel des X Files de Chris Carter (lancés sur la Fox la même année). Mais tourner sur place ne suffisait pas. Barry Levinson s’entoura d’une équipe à même d’apporter une touche nouvelle dans le paysage télévisuel, probablement le premier jalon d’une transformation des séries télévisées qu’entérinerait HBO au début des années 2000.

Tom Fontana, co-producteur exécutif de Homicide, est le symbole de ce nouveau souffle en ce qu’il deviendrait cinq années plus tard le showrunner de Oz, la première série du raz de marée HBO. En 1991, il était déjà auréolé du succès de St. Elsewhere, série médicale précurseure qui traça une voie en or pour nombre de ces acteurs, parmi lesquels figuraient Denzel Washington et David Morse. La lourde et passionnante tâche d’adapter le pavé de David Simon et de créer les pendants fictionnels de ces détectives réels incomberait à Paul Attanasio, scénariste du pilote et auteur de la « bible » qui servirait à tous les autres scénaristes de la série. Homicide : Life on the Killing Streets était entre les bonnes mains de celui qui scénariserait le Quizz Show de Robert Redford, le Donnie Brasco de Mike Newell et deviendrait par la suite le producteur exécutif de House M.D (Dr.House) et l’expertise des flics de la criminelle de Baltimore. Gary d’Addario, commandant de l’Unité décrite par David Simon, devint consultant sur Homicide, à l’instar d’autres de ses enquêteurs, et David Simon rejoignit lui-même un temps l’équipe des scénaristes, alternant avec l’écriture d’épisode pour sa série rivale NYPD Blue.

Le réalisateur/producteur Barry Levinson, le producteur Tom Fontana, le scénariste Paul Attanasio, le commandant Gary d’Addario et le chef opérateur Wayne Ewing

Un des derniers apports déterminants à Homicide fut le chef opérateur Wayne Ewing, que Barry Levinson avait rencontré sur le film Toys. Le directeur de la photographie est particulièrement important sur la création de l’atmosphère d’une série télé, en ce qu’il l’accompagne souvent sur sa durée alors que les réalisateurs changent. Mais c’est le choix conjoint de Levinson et Ewing de tourner avec une caméra super 16mn qui définit le style de Homicide. Plus maniable, elle permit d’alléger l’équipe de tournage et les jours de production, et surtout de capter sur le vif les performances des acteurs. La caméra portée de Wayne Ewing apportait dans la forme le dynamisme et l’action que la série ne fournissait pas au téléspectateur (à dessein) sur le fond. Ainsi il pouvait se concentrer sur les échanges et les interactions entre les personnages qui deviendraient la marque de la série.

La post-production apporta les deux éléments qui distinguèrent formellement Homicide des autres séries policières. Barry Levinson s’assura que le laboratoire du Maryland qui traitait le film lave le plus possible la pellicule de ses couleurs afin de la vider de ses contrastes, à l’exception des rouges. C’est ensuite dans la salle de montage de Tony Black qu’Homicide trouvait sa marque de fabrique : Le jump cut sauvage et les montages répétés (retour en arrière pour répéter le fragment qui a précédé). des techniques peu orthodoxes qui se firent plus discrètes dès la saison 2, mais donnèrent à cette première saison une atmosphère visuelle très particulière.

NBC avait programmée Homicide comme série de remplacement pour la mi-saison, prévue pour une diffusion à l’hiver 1993. Après le visionnage du pilote Gone For Goode , la première saison se vit prolongée à neuf épisodes et quatre nouveaux scénarios furent commandés, qui formeraient la courte deuxième saison. Très confiant dans les qualités de la série, le président de NBC Entertainment Warren Littlefield programma le pilote sur le meilleur créneau de la chaîne, après le Superbowl, un 31 janvier 1993…

2. Du rouge et du noir

La plaque commémorative de la série sur le Recreation Pier Bulding

Les téléspectateurs américains furent donc nombreux à découvrir ce commissariat reconstruit au sein du Recreation Pier Building de Fells Point. Un bâtiment investi par le chef décorateur Vince Peranio pour y créer des lieux qui seraient exploités durant les 7 ans de la série. Peranio créa un lieu de vie pour que les acteurs puissent évoluer à leur guise et s’approprier les lieux : la coffee room, l’aquarium qui serait le théâtre des interrogatoires des détectives Bayliss et Pembleton, la pièce 203 dans laquelle se regroupaient les bureaux des détectives de la Brigade Criminelle, sous la coupe du lieutenant Giardello.

C’est un tableau dans un coin de la pièce qui enregistrerait le record de gros plans : Une colonne pour chaque détective responsable de l’affaire (The Primary, celui ou celle qui répond le premier à l’appel à la découverte du corps), le nom de chaque nouvelle victime est noté en rouge sur sa colonne, puis il passe en noir quand le cas est résolu. Dès le pilote, les allers-retours sur le tableau permettent de se familiariser avec cette règle d’or qui accompagne la dure loi des statistiques qui régit le département de police de Baltimore, mais créé une certaine émulation.

Ces rouges et ces noirs sont autant de morts inspirés des homicides de 1988 relatés par David Simon, enrichis au fil des années. Pas de génie du crime à la Moriarty pour nos détectives, ni de poursuites à travers les rues de Baltimore. Ces meurtres sont crapuleux, souvent sous l’effet d’une impulsion et d’un contexte de vie délétère, parfois sans aucun mobile et exécutés de façon brouillone. Leur résolution sollicite un travail de fond de recueils de témoignages, de suivi de procédure (le coroner et le district attorney sont des personnages clés) et de réflexion.

Parfois un cas sort de l’ordinaire, souvent pour le pire. La saison 1 reprend et transforme une partie de ces cas pour les réduire un peu, alors que dans le livre de David Simon, ils s’étendent parfois sur des mois. Le meurtre d’un jeune flic qui hante la criminelle en 1988 devient le cas du flic Chris Thormann (Lee Tergesen, futur Tobia Beecher de Oz), attribué à Crocetti et Lewis. L’affaire de la tante Calpurnia, qui terrorise et tue ses maris et ses proches pour récupérer les primes d’assurance, sera un fil rouge sur deux épisodes. Et il y’a l’affaire Adena Watson, la première sous la responsabilité du nouveau venu Tim Bayliss (Kyle Secor), fraîchement débarqué des services de sécurité du maire de Baltimore. Lorsqu’il répond à l’appel, Bayliss est loin de réaliser à quel point cette affaire va le suivre. Lors de la scène de découverte du corps, le détective Tom Pellegrini le conseille sur le plateau. Il s’agit de son homologue dans la réalité, qui a enquêté le cas LaTonya Wallace qui a inspiré celui d’Adena Watson. Pellegrini a insisté pour être là. Sur le plateau, il ne quittait pas l’actrice qui jouait le corps d’Adena, toujours hanté par l’affaire qu’il n’a pas pu résoudre en 1988.

Réinterprété par Paul Attanasio, l’enquête sur le meurtre d’Adena Watson permet de mettre l’accent sur les red balls , ces cas hautement médiatiques qui ont un retentissement médiatico-politique tel qu’il conduit à en faire l’affaire de tous les détectives, mais qui refont psshitt une fois la pression retombée. Cette enquête nous offre des scènes aussi déchirantes que réelles avec la famille de la victime et l’implication troublée et habitée de Kyle Secor. Mais il nous offre surtout un chef d’œuvre de la télévision des années 90, l’épisode Three Men and Adena (1-06) qui reçut l’Emmy Award du meilleur scénario. Durant tout l’épisode, les détectives Bayliss et Pembleton (Andre Braugher, futur commissaire du Brooklyn 99) interrogent dans le bocal le principal suspect, un vendeur de fruits itinérants qui fut en contact avec la fillette (Moses Gunn). Le temps de la garde à vue est limité, la pression est forte et le suspect difficile. Ce huis clos sous tension voit constamment changer l’équilibre des forces et soutient son suspens jusqu’au bout. L’épisode construit la dynamique entre les Tim Bayliss et Frank Pembleton qui sera une des clés de voute de la série. Dans le pire des contexte, le duo entre le loup solitaire, mais néanmoins brillant Frank Pembleton et son très sage – mais torturé – collègue naît sous nos yeux avec une aisance d’écriture déconcertante.

Trois hommes et Adena

3- Du Jazz et du Blues

Les détectives Bayliss et Pembleton partagent la vedette à hauteur égale avec les autres couples improbables de la série. L’obsession pour le meurtre de Lincoln est un symptôme de la dépression du détective Crocetti (Jon Polito, peu après sa performance dans le Millers’s Crossing des frères Coen), mais elle sert de ciment aux chamailleries avec son coéquipier Lewis (Clark Johnson). Le respect quasi-fraternel qui lie Beau Felton (Daniel Baldwin) et Kay Howard (Melissa Leo) n’est pas exempt d’orages réguliers. Le détective Bolander (Ned Beatty, révélé dans le Délivrance de John Boorman), rigide et réservé, fait une curieuse équipe avec John Munch, progressiste affiché très rock n’roll (Richard Belzer retrouvera John Munch plus tard dans New-York Unité spéciale et en apparition dans de nombreuses séries). Au centre de ces tandems, l’impressionnant Yaphet Kotto (ex-mécano du Alien de Ridley Scott) campe un lieutenant Giardello charismatique et attachant, qui se bat contre une nostalgie rampante, les jeux politiques de sa hiérarchie et son dévouement à son unité.

« Gee » Giardello accueille le rookie Tim Bayliss

Les échanges de chacun donnent le ton de leur vie et rythment les épisodes. Tous talentueux, ces acteurs offrent une palette de jeu remarquable et rendent déjà Homicide imprévisible et passionnant. La série sait s’approprier quelques standards pop pour marquer le temps, mais c’est la musique jazz qui ponctue le plus souvent les épisodes de cette saison. Elle fait écho au montage désordonné et aux répliques qui peuvent paraître sortir de nulle part, mais expriment toujours ce que les personnages peinent à retenir en eux, comme si chacun de ces personnages était la note d’une partition. Le dernier épisode de la saison, le théatral Night of the Dead Living, porte à son paroxysme le jeu des échanges, au cœur d’un commissariat mis sous-pression par une chaleur rampante. Confrontés à l’absurdité de ces crimes, les détectives ont eux-mêmes des vie atypiques et une dévotion professionnelle qui bride leur capacité à mener une vie normale. Night of the Dead Living jongle entre ces vies en reléguant les enquêtes criminelles au second plan. Cette première saison de Homicide regorge de moments plus calmes, a priori anecdotiques, dans une mélancolie contemplative qui colle au ressenti de chacun des détectives. Le blues de ces héros ordinaires est magnifié par les instants silencieux qui concluent souvent les épisodes. Mais un épisode comme Three Men and Adena peut aussi être suivi de moments plus légers, comme cette enquête absurde sur le meurtre du chien policier Jake. L’équilibre se constitue entre moments de le drame et la convivialité. Barry Levinson et son équipe ont suivi le chemin inverse de David Simon. Ils ont donné à des personnages fictionnels une réalité et une épaisseur qui leur a donne vie. Après seulement quelques épisodes, il est déjà difficile de les abandonner à chaque fin d’épisode, et les retrouver est un plaisir toujours plus grand, même au re-visionnage.

Le détective Bolander face à un barman très à l’écoute (le réalisateur John Waters)

Déplacée très rapidement sur la case du mercredi, à 21h qui réunissait chez le rival ABC, les inconditionnels du show à succès de ABC Home Improvement, Homicide :Life On the Streets peine à faire décoller ses audiences, ce qui met déjà en danger son renouvellement.

(A suivre…)

Pour plus d’informations sur Homicide, la bible sur le sujet est Homicide : Life On The Street The Unofficial Companion de David P.Kalat.

Les Ailes de la Renommée – Wings of Fame

Réalisation : Otakar Votocek

Scénario : Otakar Votocek, Herman Koch

Directeur Photo : Alex Thomson

Montage : Hans Von Dongen

Musique : Paul M. Von Brugge

Chef Décorateur : Benedict Schillemans

Costumes : Yan Tax

Production : Dick Maas, Laurens Geels

Pays : Pays-Bas

Durée : 1h56

Sortie VOD et DVD le 6 août 2019. Sortie Bluray le 5 mai 2021

Acteurs Principaux : Colin Firth, Peter O’Toole, Marie Trintignant, Andréa Ferréol, Robert Stephens, Ellen Umlauf, Maria Becker

Genre : Fantastique, Drame, Comédie

Note : 8,5/10

Brian Smith est un écrivain qui n’a pas connu le succès. Par désespoir, il assassine l’acteur César Valentin, l’une des plus grandes stars de son temps. Mais la chute d’un projecteur met un terme à sa vie juste après qu’il ait commis son acte. César Valentin et son meurtrier sont conduits sur une île qui accueille les personnalités décédées encore dans la mémoire des vivants. Ses résidents, logés dans un grand Hôtel, bénéficient d’un plus grand confort en fonction de leur célébrité et leur oubli progressif entraîne une dégradation de leurs conditions de logement, jusqu’à l’expulsion de l’île lorsqu’ils sont totalement oubliés. La célébrité naissante de Brian Smith est désormais liée de façon inextricable à celle de l’homme qu’il a tué.

Les Ailes de la Renommée est un film rare et un cas à part qui fait mentir beaucoup de lieux communs sur la production d’un grand film. Il n’a lui-même pas bénéficié d’une grande renommée à sa sortie, si ce n’est de bonnes critiques louant son originalité et deux prix au Festival d’Avoriaz de 1991 (prix spécial de l’étrange et prix de la critique) . Dans le viseur d’un public cinéphile, il a été redécouvert quelques années plus tard, sans acquérir le statut qu’il méritait. Son réalisateur, le scénariste tchèque Otakar Votocek, n’a pas réalisé d’autre film qui soit sorti au cinéma.

Les Ailes de la Renommée est un film résolument européen. Produit par un habitué des festivals d’Avoriaz des 80’s, le néerlandais Dick Maas (réalisateur de l’Ascenseur et Amsterdamned), il rassemble un casting d’acteurs anglais, français et allemands, pour la plupart des stars dans leur pays (Peter O’Toole, Robert Stephens, Andréa Ferréol) ou en passe de le devenir (Colin Firth, Marie Trintignant). Son approche du fantastique est très minimaliste et anti-spectaculaire, sans élément visuel qui puisse distinguer le fantastique du réel. Un parti pris très difficile qui entraîne dans beaucoup de cas une ambigüité nuisible au film (ce qui se déroule devant nous est-il réel?). Les Ailes de la Renommée échappe à cette ambiguité grâce à un scénario qui intègre astucieusement ce doute et qui accentue le côté symbolique du moindre élément. La traversée du fleuve par le passeur donne le « la » : Nous sommes dans une allégorie pure qu’il faut accepter comme telle, sous peine de s’alliéner comme le personnage de Marie Trintignant. La réalisation nimbée d’onirisme et l’interprétation des hôtes achèvent de nous transporter dans un ailleurs mystérieux. Il n’est sans doute pas un hasard qu’Otakar Votocek ait collaboré au scénario du premier film d’Alex Van Warmerdam (Abel), autre réalisateur européen qui s’emploie à distiller le fantastique dans des cadres très réalistes en y faisant glisser des éléments d’étrangeté.

Etonnant sur la forme, le film est encore plus pertinent sur son fond aujourd’hui qu’à l’époque de sa sortie. La matérialisation de la mémoire des vivants est une transposition satirique à peine exagérée de l’attention qui est réservée à un individu en fonction du statut public. Ce constat déjà fort au début des années 90 s’est érigé en règle dans notre société alors que la célébrité est devenue aussi puissante qu’éphémère, et souvent terriblement arbitraire. Cette île pourrait bien être internet, où notre existence dépend en permanence de notre visibilité. La cérémonie de remise des prix dans la dernière partie du film est une représentation absurde de l’auto-congratulation des vainqueurs de ce régime de la popularité.

Profondément narcissique, César Valentin est un personnage tragique très moderne dont la critique ouverte n’exclue pas une certaine empathie. Cette empathie doit beaucoup au à l’interprétation de l’immense Peter O’Toole. Etait-ce totalement du jeu? La renommée de Peter O’Toole a cette époque équivalait celle de son personnage, mais la génération qui l’avait porté aux nues avait laissé la place à une autre. Nul doute qu’il devait se sentir proche de l’acteur qu’il incarnat. La bienveillance envers César Valentin est aussi soutenue par le changement de point de vue progressif de son meurtrier, pour culminer dans un final pudique et émouvant. Ainsi la célébrité est-elle reconnue comme une sorte de junkie, un dommage collatéral d’un système délétère qu’il est nécessaire d’aider, et le héros trouve le salut en pensant à quelqu’un d’autre que lui. Le tout jeune Colin Firth apporte à Brian Smith une cote de sympathie (pas gagnée pour un assassin) qui permet de faire ce voyage absurde en bonne compagnie et de ne pas se perdre en chemin. Après une diffusion récente sur TCM, les Ailes de la Renommée sort en BluRay ce 5 mai 2021 chez ESC Distribution. Voilà une nouvelle occasion de ne pas passer à côté de ce film atypique.

The Other Side – Andra sidan

Réalisation : Tord Danielsson & Oskar Mellander

Scénario : Tord Danielsson & Oskar Mellander

Directeurs Photo : Andres Rignell & Henrik Johansson

Montage : Joakim Ekström Tessert

Bande Originale : Jonas Wikstrand

Production : Gila Bergqvist Ulfung

Pays : Suède

Durée : 1h27

Compétition Officielle Festival du Film Fantastique de Gérardmer 2021.

Sortie VOD et DVD le 14 avril 2021

Acteurs Principaux : Dilan Gwyn, Eddie Eriksson Dominguez, Linus Wahlgren, Troy James, Sander Falk

Genre : Maison hantée, épouvante

Note : 6,5/10

Shirin, son mari et le fils de celui-ci, Lucas, né d’un précédent mariage emménagent dans une splendide maison mitoyenne. Le mari est contraint de s’absenter la semaine pour son travail, ce qui laisse notre belle-mère seule avec le beau-fils pour la semaine. Shirin prend à coeur ce rôle, mais elle peine à rivaliser avec la mère du gamin, décédée d’une maladie grave. Sa tâche sera bientôt compliqué par l’arrivée d’amis imaginaires et des manifestations qui commencent à mettre en danger la vie du petit Lucas. Incapable d’expliquer ces phénomènes, la belle-mère passe peu à peu pour la responsable. Pourra t’elle le protéger de ce mystérieux spectre qui rôde et qui semble bien décidé à s’approprier tout ce qui bouge et qui a moins de dix ans ?

Difficile de faire moins original que le synopsis de ce film qui serait inspiré de faits réels. Tord Danielsson et Oskar Mellander usent de tous les lieux communs rencontrés depuis que la maison du diable a fait entrer le film de maison hantée comme sous-genre incontournable du film d’horreur. La Suède est peu prolifique en terme d’horreur (exception faite du très bon Koko-Di Koko-Da de Johannes Nyholm), et on aurait pu s’attendre à ce qu’il y’ait une appropriation réelle du sujet, une patte venue du Nord comme pour le polar, ou bien une intégration du folklore local. The Other Side ne proposera rien d’autre que revisiter les classiques de la maison hantée, qui se sont déjà emparé de la place de la belle-mère dans un cadre similaire (Don’t be afraid of the dark n’est pas si loin). Le constant pillage du Shining de Kubrick devient aussi quelque peu énervant.

Passées ces déceptions, voyons le film pour ce qu’il est. The Other Side est tout entier construit sur l’angoisse. Il réserve quelques apparitions maléfiques, mais l’essentiel de son déroulement est dans cette attente qu’un événement, la disparition du fils, va se produire. Le duo de réalisateurs a réussi à poser son ambiance et à livrer un premier film soigné, (trop) épuré, parfaitement fini, dont certains plans parviennent à rester gravés dans l’esprit. Sa bande originale accompagne efficacement la montée de l’angoisse. Le film parvient à décrire avec acuité les enjeux de la position difficile dans laquelle se trouve Shirin et l’actrice Dilan Gwyn attire instantanément l’empathie. La dissolution prématurée du couple n’est plus une fin en soi à mesure que le film progresse, mais un obstacle à ce qu’elle puisse s’approprier son rôle de belle-mère. Le lien entre Shirin et Lucas est en apparence à sens unique, ce qui donnera une consistance importante à la poursuite qui conclut le film. Ce lien naissant permettra de hisser un peu tout ce qui précède vers le haut.

The Other Side pèche par son manque d’ambition, mais il est honnête et constitue un bon premier essai.

Possessor

Du 27 au 31 janvier, LA REVANCHE DU FILM se met à l’heure du 28e Festival international du film fantastique de Gérardmer, qui a lieu cette année en ligne.

Réalisateur : Brandon Cronenberg

Scénariste : Brandon Cronenberg

Directeur Photo : Karim Hussain

Montage : Matthew Hannam

Assistant Réalisateur : Rob Cotterill

Bande Originale : Jim Williams

Chef Décorateur : Rupert Lazarus

Directeur Artistique : Kent McIntyre

Production : Niv Fishman, Fraser Ash, Kevin Krikst & Andrew Starke

Pays : Canada, Royaume-Uni

Durée : 1h43

Compétition Officielle Festival du Film Fantastique de Gérardmer 2021

Sortie le 7 avril 2021 en VOD et DVD

Acteurs Principaux : Andrea Riseborough, Christopher Abott, Rossif Sutherland, Tuppence Middleton, Sean Bean, Jennifer Jason Leigh

Genre : Horreur

Note : 7/10

Le deuxième film de Brandon Cronenberg aurait pu se glisser dans les salles de cinéma, si celles-ci avait fini par ré-ouvrir. Neuf ans après la sortie d’Antiviral, il écumait encore les festivals avec un certain succès. Après l’Etrange Festival en septembre dernier, c’est Gérardmer qui accueillait cette nouvelle pelloche organique et sensorielle du fiston de David. Un film qui l’émancipe légèrement de l’ombre paternelle, mais finalement pas tant que ça. L’inquiétante Andrea Riseborough y incarne Tasya Vos, une sorte de parasite criminelle. Employée par une organisation qui lui permet d’habiter le cerveau de personnes, devenues de simples hôtes, elle les utilise pour commettre des crimes commandés par les clients de l’agence. Elle est le meilleur agent dans sa catégorie. L’exécution des scénarios se trouve compliquée par le lien émotionnel qu’elle entretient encore avec son ex-mari et son fils. Sa nouvelle mission se fera dans la peau de Colin, petit-ami de la fille d’un magnat cible de l’entreprise (Sean Bean) et pantin tout désigné. La résistance de l’hôte en fera une mission plus intense qu’elle n’aurait pu le soupçonner. Qui du parasite ou de son occupant réel aura finalement le contrôle de ce corps?

Brandon Cronenberg a gagné des galons sur la forme. Possessor est une belle bataille intérieure qui attaque les sens. Grâce à une utilisation remarquable du son, du montage et de l’image, il plonge dans les textures avec un aplomb vivifiant pour amplifier leur côté organique. Il soigne ses effets gores pour qu’on puisse les ressentir autant que les voir, donnant l’impression de vivre une véritable expérience du meurtre par procuration. Ainsi tout ce qui touche à l’expérience du nouveau corps (et par extension du corps étranger masculin) est une réussite. Il y’a aussi une zone d’ombre bienvenue sur l’organisation criminelle pour laquelle Tanya oeuvre et une amoralité assumée qui sied bien au film. Mais en dépit de l’expérience qu’il procure, Possessor réussit trop souvent à se perdre dans le symbolique et l’abstraction au travers d’images lourdement signifiantes. Ses explications de texte paralysent pas mal de bonnes scènes de la seconde partie et empêchent l’expérience d’être continue. Un film un peu moins autiste, qui se permette plus d’interaction avec son décor et de respiration avec ses personnages secondaires (ici tous plus ou moins figuratifs, malgré un beau casting) aurait aussi été préférable. Mais en l’état, Possessor est plein de belles promesses pour l’avenir.

Wonder Woman 1984

Réalisation : Patty Jenkins

Scénario : Patty Jenkins, Geoff Johns, Dave Callaham, d’après les personnages de William Moulton Marston

Directeur Photo : Matthew Jensen

Montage : Richard Pearson

Bande Originale : Hans Zimmer

Chef Décoratrice : Aline Bonetto

Direction Artistique : Alex Baily, Simon Elsley, Gavin Fitch, Conor Maclay, Charlotte Malynn, Rod McLean, Daniel Nussbaumer, Alan Payne, Peter Russell, James M. Spencer, Darren Tubby

Pays : USA

Durée : 2h31

Sortie française en VOD le 30 mars 2021 et en DVD/BluRay le 7 avril 2021

Production : Patty Jenkins, Charles Roven, Zach Snyder, Deborah Snyder, Stephen Jones, Gal Gadot

Acteurs Principaux : Gal Gadot, Chris Pine, Kristen Wiig, Pedro Pascal, Robin Wright, Connie Nielsen, Lilly Aspell

Genre : Film de super-héros, fantasy

Note : 6,5/10

L’affiche est mensongère. Nous ne verrons pas Wonder Woman 1984 au cinéma. Le 25 décembre dernier, les Etats-Uniens ont pu choisir entre les salles obscures et le streaming sur la chaîne HBO Max pour visionner le dernier film de super-héros DC en date. L’absence d’un horizon de ré-ouverture de nos salles condamnait petit à petit le film, dont la sortie vidéo US s’approchait de plus en plus. Warner Bros France a donc décidé de tabler sur une sortie VOD dans nos contrées le 30 mars, suivie du dvd et du bluray le 7 avril prochain,et le studio ne sera pas le seul à en sortir perdant.

Cette deuxième aventure de Wonderwoman / Gal Gadot en solo n’est pas la purge que beaucoup s’affairaient à dénoncer après l’avoir vu suite à sortie US. Comme beaucoup de films de super-héros DC de ces dernières années, il souffre de sa trop longue durée et d’ambitions visiblement trop grandes, mais il parvient à poser sa barre à seulement un niveau plus bas que le premier film. En 2017, le premier Wonder Woman avait réussi à fournir une intrigue classique et efficace, une bonne reconstitution historique de l’époque de la Première Guerre Mondiale et surtout à insérer un peu d’humour dans un univers DC très peu engageant. Wonder Woman 1984 nous fait retrouver Diana Prince en…1984, mais sans qu’aucune magie ne soit intervenue puisqu’elle est immortelle. La magie de l’Histoire est contenu dans une pierre, un artefact ancien qui a été confié au musée où elle travaille, aux bons soins de sa collègue, la timide et complexée Barbara Minerva (Kristen Wiig). La pierre magique exauce les voeux de quiconque la détient. Elle permettra à Diana et à Barbara de réaliser leur souhait le plus cher. Mais lorsque le businessman Maxwell Lord (Pedro Pascal) s’en empare et fait le voeu de devenir cette pierre, le prix à payer pourrait bien être la destruction de notre monde.

L’idée de départ n’est pas mauvaise. Il est plutôt astucieux de placer cette intrigue à l’époque où le « toujours plus » s’est véritablement installé. Le côté Bigger than Life et nostalgique des 80’s que l’on tend à voir depuis quelques années est peu présent ici. Patty Jenkins aurait plutôt tendance à tomber dans l’excès inverse, la représentation du passé avec le jugement de l’époque actuelle. Ce qui nous vaut beaucoup de situations traitées avec un grand premier degré et qui étaient déjà des stéréotypes à cette époque. Mais ce défaut ne gâche pas le plaisir du film. On ne peut pas en dire autant de la construction de(s) intrigue(s), entremêlées avec plus ou moins de bonheur et d’une manière qui défie tout sens du rythme. Wonder Woman 1984 est composé de trois arcs liées à l’intrigues principales. Diana fait le voeu de retrouver le pilote Steve Trevor (Chris Pine) et il s’incarne dans le corps d’un inconnu : Pourra t’elle sauver le monde, si cela signifie le perdre une nouvelle fois? Barbara fait le voeu de devenir comme Diana : Sauver le monde la ramènerait à sa condition de personnage insignifiant. Maxwell Lord a quand à lui tout à prouver à son jeune fils en dominant le pétrole, puis le monde. A la façon d’un film de super-héros classique (le Superman de Donner est souvent cité), ces trois noeuds s’entremêlent, avec un arrière plan très 80’s de comédie fantastique et un semblant d’intrigue politique.

Sur le papier, la recette pourrait fonctionner. Les ingrédients sont pourtant très vite plombés par une impossibilité de suivre les standards qu’imposent ces intentions. Une scène d’ouverture inutile et une exposition qui n’en finit pas jurent avec la concision des classiques de super-héros cités. Ils font prendre au film un très mauvais départ. La suite donne souvent l’impression de regarder plusieurs univers peu connectés. Aucune de ces intrigues ne parvient à réellement culminer. Pedro Pascal – survolté comme on ne l’a jamais vu- et Kristen Wiig en mode tragi-comique s’éclatent pourtant dans leur composition de vilains attachants et hauts en couleur qui n’auraient pas dépareillé dans les Spiderman de Sam Raimi. A ceci près que Raimi les aurait mieux mis en valeur et en moins de scènes. Wonder Woman 1984 est finalement peu original, prévisible et il ne rattrape jamais sa structure lourde, ni la léthargie causé par sa dilution. Mais il a pour lui un optimisme naïf étonnant pour le DCVerse cinématographique et il parvient à quelques moments à se hisser au niveau de ses inspirations. Avoir été piocher ailleurs que dans les Marvel de la dernière décennie est déjà une initiative à porter à son crédit.

Sputnik Espèce Inconnue – Спутник

Du 27 au 31 janvier, LA REVANCHE DU FILM se met à l’heure du 28e Festival international du film fantastique de Gérardmer, qui a lieu cette année en ligne.

Réalisateur : Egor Abramenko

Scénario : Oleg Malovichko & Andrei Zolotarev

Directeur Photo : Maxim Zhukov

Montage : Aleksandr Puzyryov & Egor Tarasenko

Bande Originale : Oleg Karpachev

Chef Décoratrice : Mariya Slavina

Production : Mikhail Vrubel, Alexander Andryushenko, Fedor Bondarchuk, Ilya Stewart, Murad Osmann, Pavel Burya & Vyacheslav Murugov

Pays : Russie

Durée : 1h53

Sélection Festival du Film Fantastique de Gérardmer 2021

Acteurs Principaux : Oksana Akinshina, Fedor Bondarchuk, Pyotr Fyodorov, Anton Vasiliev, Pavel Ustinov

Genre : Fantastique historique

Note : 7/10

Sortie en VOD et DVD le 24 février 2021

Sputnik fait partie des bonnes surprises du festival de Gérardmer 2021. On irait d’ordinaire plutôt chercher du côté des espagnols ce genre de films mixant aussi bien le fantastique avec une période noire de l’Histoire d’un pays. Egor Abramenko a pourtant réussi à trouver un bon équilibre pour mettre en relief le dernier pic de la Guerre Froide du point de vue de sa Russie natale tout en racontant une histoire qui pourrait se suivre pour elle-même. En 1984, deux cosmonautes reviennent de l’espace dans un sale état : L’un est mort, l’autre paraît avoir perdu la raison. Véritable héros national, Konstantin Veshniakov a été au contact d’un extra-terrestre qui a investi son corps et qu’une organisation secrète militaire entend bien transformer en arme pour conserver l’équilibre des forces. Mais le colonel Semiradov a commis l’erreur de recruter le docteur Tatiana Klimova pour extirper l’organisme étranger du corps de Konstantin. Opiniâtre et tenace, la camarade est connue pour ses méthodes musclées qui donnent des résultats. Elle ne tarde pas à comprendre que le cosmonaute dissimule un lourd passé et que le colonel et le brillant scientifique ne lui ont pas tout dit de leurs activités.

Ce Sputnik a des allures de thriller historique assaisonné d’une touche de X Files et de film d’alien des années 80. Il est résolument froid, scientifique, à l’image du régime qu’il décrit. Mais cette froideur n’est pas un obstacle au plaisir procuré par la découverte progressive, en même temps que les scientifiques, du lien créé entre le cosmonaute et ce parasite/symbiote. La reproduction réaliste de l’URSS du milieu des années 80 permet de se laisser glisser dans ce laboratoire humain aux ambitions diverses, comme on s’introduisait dans les sphères politiques secrètes de la célèbre série de Chris Carter. Avec cet élément étrange qui remet tout à plat et qui pourrait révolutionner l’équilibre des forces. Pour de nombreux films américains des 80’s, l’extra-terrestre est aussi la rencontre qui change tout, un fantasme collectif qui a traversé deux décennies sous des multitudes de formes. Sputnik n’adopte pas frontalement les codes américains, mais par des moyens détournés. La symbiose entre le cosmonaute perdu et la créature immonde, plus héritière d’Alien que d’E.T, n’est pas annonciatrice d’une relation fusionnelle (ç’aurait été trop d’émotion pour le russe), mais elle est décisive dans la résolution conjointe du conflit de Konstantin et de celui plus larvé de Tatiana Klimova . Une résolution bien plus slave (ou européenne) qu’américaine, mais qui porte pourtant ce charme des films de cette fin de guerre froide, cette touche qui gage que la rencontre avec cet élément extérieur a véritablement changé la protagoniste, à défaut de changer l’équilibre des forces. Plutôt convaincant.

Le Malin – Wise Blood

Aidé d’un Brad Dourif impressionnant en prédicateur de fortune d’une religion sans Dieu, John Huston décrit le vide existentiel de l’Amérique et du monde occidental moderne avec une rare acuité.

Réalisateur : John Huston

Scénario : Michael & Benedict Fritzgerald, d’après l’oeuvre de Flanney O’Connor

Directeur Photo : Gerry Fisher

Montage : Roberto Silvi

Assistant Réalisateur : Tom Shaw

Bande Originale : Alex North

Casting : Stratton Leopold

Décoratrice : Sally Fitzgerald

Pays : USA

Durée : 1h41

Sortie française le 24 octobre 1979. ressortie en version restaurée 4K le 7 octobre 2020 (Carlotta Films). Disponible en dvd.

Production : Michael Fitzgerald, Kathy Fitzgerald, Hans Brockmann, Wolfgang Limmer

Acteurs Principaux : Brad Dourif, Harry Dean Stanton, Amy Wright, Dan Shor, Ned Beatty, John Huston, Mary Nell Santacroce, William Hickey

Genre : Drame

Note : 8,5/10

Ce 7 octobre, Carlotta Films a mis les petits plats dans les grands en proposant la ressortie en 4K de deux grands films de la dernière partie de carrière de John Huston. Un grand merci au cinéma le Champo, toujours dans les bons coups et seul à répondre à l’appel. Plus heureusement, les spectateurs semblent suivre en dépit des restrictions sanitaires et de la suppression des séances de début de soirée. Le premier de ces films est le Malin, sorti en 1979 après la période de faible activité en tant que réalisateur qu’il connut suite à l’Homme qui voulut être roi. Wise Blood est une adaptation fidèle de la Sagesse dans le sang, premier roman de l’auteure Flannery O’Connor. Nous suivons Hazel Motes, combattant de la guerre du Viet Nam démobilisé qui retrouve son Tenessee natal. Ou plutôt ce qu’il en reste, des demeures laissés à l’abandon. Il décide de quitter les lieux, qui ont autrefois habité d’autres traumas liés à un grand-père prédicateur abusif. Hazel a décidé de faire ce qu’il n’a « jamais fait avant ». Débarquant en ville, il fait la connaissance d’un pasteur aveugle, en fait un escroc, et de sa fille, Sabbath Lilly, bien décidée à le séduire. Il se fait également tourner autour par Enoch Emory, jeune homme esseulé et naïf qui tente tout pour devenir son ami. Guidé par sa colère et sa haine du christianisme, il s’improvise lui même prédicateur pour une Eglise sans Christ, qui n’a d’autre chose à proposer que de montrer la vérité. le début d’un chemin semé de bien d’autres désillusions.

C’est un parcours d’auto-destruction que filme John Huston, une quête désespérée de la vérité au cours de laquelle Hazel se heurte constamment au chaos urbain et à l’absence de repère de la fin des 70’s propre à générer tout ce que l’Homme fait de plus vil pour survivre. Face à ces murs, le prédicateur s’enferme et combat ses moulins à vent, se condamnant à une vie de rejet des autres, de colère et de solitude profonde. A force de cotoyer ce monde vide de réponses, il pourrait bien devenir le martyr illuminé qu’il a tant cherché à combattre, l’unique défenseur d’une idée qui n’existe que pour être utilisée pour tromper le chaland. Le réalisateur est coutumier des paumés irrécupérables, mais le traitement fait toujours la différence. Etsi le Malin ne ressemble à aucun autre film – son déroulement imprévisible, presque littéraire, laisse une impression unique – il est bien un film de loser hustonien. Le réalisateur ne juge pas, se contente de regarder son personnage se débattre à mesure de ses rencontres, noyé dans ses propres contradictions et dans un déni certain. Il n’en fait pas pour autant un personnage antipathique. Il est difficile d’évoluer aux côtés de cet être froid et dont la colère menace d’exploser à chaque instant. Mais le magnétisme de Brad Dourif est tellement saisissant qu’on ne peut le quitter des yeux, et sa colère est souvent compréhensible. La galerie de losers présentée par Huston, tous à la recherche de quelque chose qu’ils ne pourront pas avoir, est aussi au diapason, haute en couleur et cynique à souhait. Le réalisateur choisit de distiller des éléments de comédie, un peu d’évasion et de décalage via le personnage d’Enoch, mais il s’intègre tellement au pathétique global qu’ils ne donneront pas plus d’échappatoire. Un bien triste constat qui réussit quand même à être emballé avec classe.

Lupin III The First – ルパン三世 THE FIRST

Lupin III the first ne révolutionnera rien des films d’aventures, mais il se place sans soucis dans une belle continuité. De l’action de de haute volée, un ton gentiment irrévérencieux et un dynamisme qui mérite amplement le déplacement dans les salles pour passer un bon moment

Réalisation : Takashi Yamazaki

Scénario : Takashi Yamazaki, d’après l’oeuvre de Monkey Punch et les personnages de Maurice Leblanc

Assistants réalisateur : Takuya Hada, Takashi Nakashima

Directeur Photo : Yosuke Sakai

Montage : Tomokazu Takahashi

Bande Originale : Huji Ono

Direction Artistique : Toshiya Umeda

Animateurs : Stéphane Dufournier, Mohammad Jafarian, Maria Dolores Paculan, Chalermphol Wattanawongtrakool

Effets Visuels : Harshad Bari, Alejandro Ghio, William Moten, Florian Perret

Pays : Japon

Durée : 1h33

Sortie en salles le 7 octobre 2020. En DVD/BluRay le 12 janvier 2021

Production : Tadashi Takezaki, Keiichi Sawa, Minami Ichikawa, Yoshiro Yasuoka, Takashi Kikukawa, Tatsuo Shimamura, Koji Nozaki, Naoaki Kitazima, Takeshi Ito, Myumi Tachikawa, Kyo Ito, Shuji Abe

Voix japonaises : Kanichi Kurita, Suzu Hirose, Kotaro Yoshida, Tatsuya Fujiwara, Koichi Yamadera, Kiyoshi Kobayashi, Daisuke Namikawa, Miyuki Sawashiro

Genre : Aventures, comédie

Note : 7/10

Lupin est un phénomène au Japon depuis sa création par le mangaka Monkey Punch en 1967. Ses origines sont illustres, puisqu’il n’est pas moins que le petit fils d’Arsène Lupin, le gentleman cambrioleur créé par le français Maurice Leblanc soixante et un an plus tôt. Un handicap pas si grand car le petit fiston a aussi su percer dans notre pays sous le nom de Edgar de la cambriole, soucis de droits obliges. Maintenant que l’oeuvre de Leblanc est tombé dans le domaine public, il peut retrouver son nom de Lupin dans cette première aventure en 3D, loin d’être sa première aventure au cinéma. Hayao Miyazaki, entre autres, s’y était collé au début de sa carrière, en 1979, avec le très bon Chateau de Cagliostro, resorti au cinéma au début de l’année 2019. Une ressortie qui permet d’avoir encore une idée fraîche de ces personnages haut en couleur, et de se rendre compte de la fidélité de cette nouvelle aventure à l’esprit qui animait les aventures de Lupin et ses acolytes quarante ans plus tôt. Cette nouvelle aventure est pourtant bien plus grandiose et rend un hommage particulier aux aventuriers de l’arche perdue de Steven Spielberg (Indiana Jones, quoi), entre nazis, occulte et archéologues en quête d’un graal particulier.

Ce graal est le journal de Bresson, un trésor renfermant un secret donnant accès au pouvoir d’une éclipse. Un journal que même Arsène Lupin n’avait pas pu subtiliser en son temps. Autant dire que le Lupin 3 va mettre du coeur à relever ce défi, et il sera talonné par une organisation qui veut fait revivre la gloire du troisième Reich, un archéologue vindicative et Laetitia, la fille adoptive de celui-ci. Mais Lupin ne serait pas Lupin sans Jigen, Goemon, l’intrépide voleuse Fujiko et surtout l’inspecteur Zanigata d’Interpol, qui le poursuit depuis toujours et qui sera amené une nouvelle fois à collaborer avec lui. Au milieu de cette bande, le Lupin est comme un poisson dans l’eau, espiègle, audacieux jusqu’à l’inconscience (ouch le saut d’avion sans parachute!) et élégant en toutes circonstances. Le passage à la 3D n’a rien fait perdre de l’expressivité des personnages, ni de leur dynamisme. Les scènes d’action sont très bien rendues, permettant à chacun des personnages d’avoir une place dans cette quête. La wannabe archéologue Laetitia est le personnage pivot et dispose d’un arc émouvant, véritable miroir du cambrioleur. Lupin III the first ne révolutionnera rien des films d’aventures, mais il se place sans soucis dans une belle continuité. Un divertissement de haute volée, au ton gentiment irrévérencieux et qui mérite amplement un déplacement dans les salles pour passer un bon moment…et donner une chance de revoir le personnage dans d’autres aventures en 3D.

The Fanatic

Insupportable, le simplet composé par John Travolta convertit le thriller paranoiaque en nanar d’un nouveau genre

Réalisation : Fred Durst

Scénaristes : Fred Durst, Dave Beckerman

Directeur Photo : Conrad W.Hall

Assistant réalisateurs : Jared Briley, Julie Johnsen, Maggie Ballard

Montage : Malcolm Crowe, Nik Voytas

Bande Originale : Blvck Ceiling, Gary Hickeson

Chef Décorateur : Joe Lemmon

Pays : USA

Durée : 1h28

Sortie DVD le 25 septembre 2020. Disponible sur OCS

Production : Oscar Generale, Daniel Grodnik

Acteurs Principaux : John Travolta, Devon Sawa, Ana Golja, Jacob Grodnik, James Paxton

Genre : Nanar inquiétant

Moose vit à Hollywood. Il est fan de Hunter Dunbar, un acteur de film d’horreur. Simple d’esprit, il prend un peu trop à coeur cette passion et se froisse lorsque l’acteur le sermonne après une demande d’autographe trop directe. Il se débrouille pour obtenir l’adresse de Dunbar et se met à rôder autour de chez lui. Un jeu dangereux commence sans que le simplet ne saisisse très bien qu’il pénètre de plus en plus l’intimité de son héros. Et lorsqu’il s’invite chez les gens, Moose n’aime pas qu’on l’empêche de faire ce qu’il veut. Il est plutôt rare depuis le début des années 2000 d’assister à la naissance en direct d’un nanar . Pas le faux nanar calibré produit par The Asylum et consorts, mais ce film sincère et premier degré qui donne un résultat omplètement en décalage avec l’intention première de son auteur. The Fanatic est à première vue un thriller mettant en exergue le potentiel destructeur de Los Angeles, plutôt bien réalisé et monté, auxquel viennent se greffer des nappes musicales souvent inquiétantes. Il permet même de revoir Devon Sawa, héros de la main qui tue et du premier Destination finale.

Le soucis est que l’ex leader de Limp Bizkit Fred Durst, dont c’est le troisième film en tant que réalisateur, a laissé carte blanche à John Travolta pour donner sa patte à Moose. La composition en craquage complet de l’acteur, que ce soit sur l’interprétation, la gestuelle et l’accoutrement, alliée à une caractérisation du personnage complètement branque suffisent à ressentir cette sensation de constant décalage, cette stupéfaction devant cet objet qu’on veut nous faire passer pour un nouveau « Misery » et qui nous présente ce type sur-excité se dandinant sur le fauteuil ou faire attention de ne pas réveiller son idole alors qu’il prend un selfie, alors qu’une musique inquiétante berce nos oreilles. Difficile de savoir quoi penser de ce qu’on nous montre dans ces conditions. Hors ce décalage constant entre la gravité et la comédie, le noeud du problème vient du fait que Moose est présenté tout à tour comme un être exceptionnel et comme une victime à protéger, sorte de Simple Jack dindon de la farce hollywoodienne, alors qu’il se pose très vite comme un sacré connard qui n’hésite pas à tancer sa meilleure amie et les gens qui l’aident et à exprimer son narcissisme en toute circonstance. Il n’y a pas une scène où on n’ait pas envie de le balancer sous une voiture. Aussi l’accès de violence final de la star sonne comme une libération. La note d’intention finale abrupte et ce « i’m not a stalker » comique comme mot de la fin ne fera que confirmer l’incompréhension et le sentiment d’avoir assisté à un autre film que celui qui a été tourné.