Oxygène – O2

Réalisateur : Alexandre Aja

Scénario : Christie LeBlanc

Directeur de la Photographie : Maxime Alexandre

Réalisateur seconde équipe : Grégory Levasseur

Montage : Stéphane Roche

Chef Décorateur : Jean Rabasse

Ingénieur du Son : Ken Yasumoto

Production : Alexandre Aja, Brahim Chioua, Noémie Devide, Grégory Levasseur, Vincent Maraval

Pays : France, USA

Durée : 1h40

Sortie sur Netflix le 12 mai 2021

Acteurs Principaux : Mélanie Laurent, Matthieu Amalric, Malik Zidi, Marc Saez, Laura Boujenah, Cathy Cerda, Eric Herson-Macarel

Genre : Science-Fiction, Thriller, Drame

Note : 7,5/10

Deux ans après Crawl, Alexandre Aja est de retour avec un thriller qui enferme Mélanie Laurent dans un mystérieux caisson cryogénique. Réveillée par erreur, l’héroïne se rend bientôt compte qu’un compte à rebours est enclenché avant que toute la réserve d’oxygène ne s’épuise, ce qui entraînerait inévitablement sa mort. Le réalisateur des traumatisants Haute Tension et La Colline a des Yeux aurait-il choisi la facilité en nous envoyant le film de confinement ultime, concentré sur 2 mètre carré des peurs ressentis ces derniers mois ? Point trop d’effort nécessaire pour s’identifier à son seul personnage, avec l’isolement qui nous tenaille encore et cette menace d’hypoxie que la COVID rend si proche. Réponse négative. Aja lorgnait déjà sur ce scénario de Christie LeBlanc avant 2020. Repêché dans la black list 2016 (liste des meilleurs scénarios américains non produits), O2 aurait du être une production américaine menée par Noomi Rapace. La COVID obligea le réalisateur à revenir à Paris pour tourner son film avec un casting français et le financement de Netflix. Le résultat est tout sauf un film roublard. Oxygène sait rigoureusement où il va et quels chemins emprunter pour embarquer le téléspectateur.

Les premières minutes peuvent laisser circonspect. La phase de réveil est plutôt banale et la voix doucement monocorde de Matthieu Amalric en intelligence artificielle contrôlant le caisson tend à désamorcer la tension. Cette voix deviendra par la suite menaçante, comique, énervante, rassurante sans même changer de ton, juste de par l’évolution des informations connues par l’héroïne. Une preuve parmi d’autres de cette capacité qu’a Oxygène d’utiliser les stimulations extérieures pour sans cesse renouveler les ressentis, alors qu’on regarde basiquement quelqu’un se débattre dans un caisson pendant 1h40. Ce quelqu’un est pourtant loin d’être immobile. Elle a une histoire à découvrir (elle est amnésique), un contexte spatial et temporel à préciser (où est elle enterrée? A quelle époque?) et une issue à trouver. Le scénario intrique habilement toutes ces questions en les faisant devenir les buts d’une course contre la montre mentale, une sorte d’escape game sous adrénaline. Il dévoile les indices avec parcimonie et une certaine habileté, dans une série de climax qui ont tous leur importance dans la résolution finale. Aja se rapproche de Mélanie Laurent jusqu’à coller à son visage, à la fois pour montrer sa suffocation et le fait qu’elle soit toujours plus proche de reconstitution du puzzle…et de la bombe qu’elle s’apprête à recevoir. Il ne poussera sa caméra hors de la capsule qu’au moment propice, à l’occasion d’une envolée tardive aux allures de chant du cygne.

Oxygène n’est pas aussi bon qu’un Buried (qui enfermait Ryan Reynolds sous la direction de Rodrigo Cortes) dans sa gestion du suspens, ni dans le sentiment d’enfermement qu’il provoque. Il se repose aussi parfois sur des lieux communs de la science fiction et étire son temps plus que de raison. Mais il est d’une densité étonnante pour son pitch. Il donne un grand impact à ses révélations et exploite à merveille les non-dits de l’univers qui enveloppe l’héroïne, qui est à peine effleuré. Il ne se limite pas qu’à son concept et sait se montrer d’une grande constance dans son avancée, à l’image de cet honnête artisan du genre qu’est Alexandre Aja. Un des meilleurs réalisateurs français en activité, autant à son aise chez lui qu’Outre-Atlantique.

La Mission – News of the World

Réalisation : Paul Greengrass

Scénario : Paul Greengrass & Luke Davies d’après le roman éponyme de Paulette Jiles (2016)

Directeur Photo : Dariusz Wolski

Montage : William Goldenberg

Bande Originale : James Newton Howard

Chef Décorateur : David Crank

Direction Artistique : Natasha Gerasimova, Billy W.Ray, Lauren Slatten

Concepteur de Production : David Crank

Pays : USA

Durée : 1h58

Diffusé sur Netflix à partir du 10 février 2021

Production : Gary Goetzman, Gregory Goodman, Gail Mutrux, Steven Sharedian, Tore Schmidt, Tom Hanks

Acteurs Principaux : Tom Hanks, Helena Zengel, Elizabeth Marvel, Bill Camp, Mare Winningham

Genre : Western

Note : 7/10

Paul Greengrass est connu pour ses films à haute teneur politique (Bloody Sunday, Vol 93), et surtout pour avoir longtemps accompagné Jason Bourne dans ses aventures, shaky cam portée, au plus près des acteurs qui fit école par la suite dans les films d’action. News of the World est sa première incursion dans le western, et il a choisi Tom Hanks, qu’il avait déjà dirigé dans « Captain Phillips » pour négocier ce virage. Hanks est le Capitaine Kidd, ancien combattant de la Guerre de Sécession qui arpente le Sud de l’Amérique des années 1870 pour lire les nouvelles aux populations précaires et travailleuses. Au hasard de sa route, il croise une fillette de 10 ans. Enlevée par des indiens qui ont massacré sa famille des années plus tôt, la gamine se retrouve de nouveau seule après que ces indiens aient été tués à leur tour. Devant l’inaction des autorités, le Capitaine décide de la conduire chez la seule famille qui lui reste. Mais la fillette élevée par les indiens ne parle que leur langue et semble avoir perdu tout souvenir de sa vie d’avant. La modernité du réalisateur face au classicisme du sujet et la curiosité de voir Tom Hanks se fondre dans ce décor de western suffisent à attiser la curiosité. Elle

Le réalisateur a choisi de se conformer au genre qu’il visite, probablement à raison. News of the World traîne le lourd héritage de La Prisonnière du Désert de John Ford. Il ne se départit pas d’un beau cinémascope qui se savourera avec plaisir sur un écran géant, des vignettes Fordiennes et de cette thématique consacrée de l’innocente victime de l’Ouest sauvage. Mais il y’ajoute l’humanisme et la langueur mélancolique typiques des western et néo-westerns Eastwoodiens/Costneriens des années 90. Son thème, la résilience et l’union dans une époque particulièrement hostile, prendra un écho particulier dans l’Amérique divisée et le contexte actuel. News of the World ne dissimule pas la dureté de l’Ouest et la difficulté de la vie des pionniers, mais il apporte de la lumière. Protagoniste qui se suffit à lui-même pour évoluer tel un électron libre dans n’importe quel univers qui n’est pas le sien, Tom Hanks incarne cette lumière qui jure avec le décor, comme il le fait très bien depuis maintenant quatre décennies. Son personnage est en proie au doute et possède son propre parcours de rédemption, mais il ne fléchit que peu. La véritable héroïne est la fillette qui partage la vedette, incarnée par l’allemande Helena Zengel. Entre mutisme et défiance, elle brille toute en retenue, accompagnant le rythme balisé et posé du voyage avec une assurance étonnante pour une actrice de son âge. Sa présence parvient à en dire plus sur le peuple qui l’a éduquée que ne l’auraient faites de nombreuses scènes. Les indiens seront d’ailleurs toujours dans l’ombre, comme une histoire qui fait peur, spectre prolongeant la haine du Nordiste pour les américains Sudistes. News of The World ne surprendra guère, mais c’est un western solide et incarné qui raconte très bien son histoire. Le Capitaine Kidd approuverait.

Minuit dans l’Univers – The Midnight Sky

La nouvelle réalisation de George Clooney est un post-apo light, pudique et mélancolique teinté d’aventure spatiale, dont la portée se trouve involontairement grandie du fait des événements de 2020.

Réalisateur : George Clooney

Scénario : Mark L. Smith, d’après le roman de Lily Brooks-Dalton « Good morning, Midnight »

Directeur Photo : Martin Ruhe

Assistant Réalisateur : Lee Grumett

Montage : Stephen Mirrione

Bande Originale : Alexandre Desplat

Chef Décorateur : Jim Bissell

Direction Artistique : Tim Browning, Gregory Fangeaux, Claire Fleming, Helen Jarvis, Jonathan Opgenhaffen, Nic Pallace, Gunnar Palsson

Costumes : Jenie Eagan

Pays : USA

Durée : 2h02

Diffusé sur Netflix à partir du 23 décembre 2020

Production : George Clooney, Grant Heslov, Keith Redmon, Cliff Roberts, Greg Baxter, Barbara A.Hall, Todd Shuster

Acteurs Principaux : George Clooney, Felicity Jones, David Oyelowo, Tiffany Boone, Demian Bichir, Kyle Chandler, Caoilinn Springall

Genre : Anticipation, survival, film spatial

Note : 7/10

Trois ans après « Bienvenue à Suburbicon », George Clooney est de retour derrière et devant la caméra pour cette adaptation du roman « Good morning Mindnight » de Lilly Brooks-Dalton. Un post-apo light, pudique et mélancolique teinté d’aventure spatiale, dont la portée se trouve involontairement grandie du fait des événements de 2020. Il y incarne Augustin Lofthouse, brillant scientifique qui a consacré sa vie à chercher une planète habitable. En 2049, année où se déroule le film, la Terre a été victime d’une catastrophe nucléaire et ses habitants fuient les radiations. Gravement malade, Augustin choisit de rester sur Terre dans un observatoire de l’Arctique pour garder le contact avec des astronautes de retour sur Terre. Il y rencontre une gamine muette, Iris, abandonnée dans la station et qui lui tiendra compagnie. Dans l’espace, le vaisseau spatial Aether revient d’une mission sur un satellite de Jupiter qui pourrait être habitable, avec cinq astronautes à son bord, dont une femme enceinte (la sympathique Felicity Jones, héroine de « Rogue One »). L’équipage n’est pas au courant que la Terre est désormais inhabitable. Mais le contact pourrait bien ne pas se faire entre eux et le vieil astronome. Augustin et la gamine sont contraints de rejoindre une autre base pour trouver une meilleure antenne de liaison, alors que dans l’espace, le Aether est sur le point de perdre la communication avec le sol (et on parie que personne ne les entendra crier).

Minuit dans l’Univers a été tourné en 65 mm. Il a donc été pensé pour le cinéma, et s’il est produit par Netflix, il est bien sorti au cinéma aux Etats-Unis. On peut difficilement en douter : Qu’on convoque l’un ou l’autre des deux versants du film, dans la neige de l’Arctique ou dans l’espace, la réalisation est ample et met très bien en valeur ces deux milieux, à la fois beaux et dangereux. La partition d’Alexandre Desplat est aussi (et sans surprise) à la hauteur. La partie sur Terre bénéficie d’un George Clooney approchant la soixantaine, et qui peut parfaitement être crédible dans le rôle du vieil homme agonisant sous dialyse. Les regrets et la fatigue de l’homme passent très bien, tout comme la relation peu loquace qu’il entretient avec la petite Iris. Le retour du Aether met un peu plus de temps à prendre ses marques. On voit que Clooney a pris des leçons de son ami Alfonso Cuaron, car l’espace rendu est bien ce vide silencieux dépourvu de point d’ancrage que Gravity a célébré. Le réalisateur le remplit en prenant (trop) son temps avec les lieux communs du genre, jusqu’à ce que tout vienne enfin à décoller lors d’une sortie d’urgence qui débouche sur une scène réussie de complicité entre les membres de l’équipage. Dès lors, tout est lancé.

Ces deux parties auraient très bien pu chacune faire un film. Leur alternance paraît souvent hasardeuse, comme si l’aventure des uns empêchait de suivre pleinement celle des autres. La révélation finale qui achève de les lier n’est guère surprenante, puisque fondée sur un effet usé jusqu’à la corde (qui est aussi présent dans le bouquin). Ce nouvel opus de Clooney reste pourtant un beau film sur la précarité de notre planète, et sur l’inversion des dangers entre l’espace et la Terre. Il réserve quelques beaux moments de vie et confirme que le réalisateur de l’immense « Goodnight, and Goodluck » reste un bon créateur d’atmosphère, même quand il vole vers d’autres sphères que la politique.

Ma Rainey’s Black Bottom – Le blues de Ma Rainey

George C. Wolf a un matériel dense, et il en fait un très bon film qui parvient à brasser un contexte très riche de façon intelligente et immersive, et à faire exister un groupe d’acteurs épatants.

Réalisateur : George C.Wolfe

Scénariste : Ruben Santiago-Hudson, d’après la pièce d’August Wilson

Directeur Photo : Tobias A. Schliessler

Montage : Andrew Mondshein

Bande Originale : Brandford Marsalis

Chef Décorateur : Mark Ricker

Décoratrices : Karen O’Hara, Diana Stoughton

Chef costumier : Ann Roth

Production : Todd Black, Constanza Romero, Denzel Washington, Dany Wolf

Pays : USA

Durée : 1h34

Diffusé sur Netflix à partir du 18 décembre 2020

Acteurs Principaux : Viola Davis, Chadwick Boseman, Glyn Turman, Colman Domingo, Michael Potts, Jeremy Shamos, Jonny Coyne, Taylor Paige, Dusan Brown

Genre : Drame historique, Huis-clos

Note : 8,5/10

Les années 1920 ont vu le blues prendre d’assaut les maisons de disque. C’était le début de la période des « Race Records » qui exploitait les styles de musiques développés par les noirs en Amérique. Des maisons de disques détenues par des blancs avaient eu pour stratégie (payante) d’immortaliser sur disque les plus grandes voix, souvent contre des sommes dérisoires. C’était aussi la période des grandes migrations afro-américaines du Sud vers le Nord, dues autant à la crise des plantations qu’à la promesse de trouver une meilleure vie dans des industries gonflées à bloc par les profits de la Première Guerre Mondiale. Adapté de la pièce du dramaturge August Wilson, Ma Rainey’s black bottom raconte ces deux versants des années 20 en mettant le projecteur sur « Ma » Rainey, une des premières chanteuses de blues à connaître une grande renommée. Surnommé la « mère du blues », elle précéda et inspira les chanteuses de la génération de Bessie Smith. En 1927, elle est au top de sa carrière, bénéficiant d’un contrat depuis quelques années avec la maison de disque Paramount Records à Chicago. Le film de George C. Wolf raconte la session d’enregistrement très tendue d’un de ses disques. Autour de cette figure qui est le centre de gravité de tout un système, il y’a un band composé de cinq musiciens, un manager sous pression, le directeur de la maison de disque, une protégée et le neveu de la chanteuse. Tous ces personnages interagissent et se livrent dans le climat de tension sociale de l’époque, au coeur d’un semi-huis clos (l’essentiel de l’intrigue se déroule dans le studio et ses extérieurs). George C. Wolf a visiblement un beau matériel, et il en fait un très bon film qui parvient à brasser un contexte très riche de façon intelligente et immersive, et à faire exister tous les personnages. Reproduisant l’atmosphère et du Chicago de 1927, le film possède juste la bonne durée et un rythme qui ne baisse pas. Il réserve aussi plusieurs progressions dramatiques à la hauteur dans ce qui est, à la base, un huis-clos intimiste et banal. L’origine théâtrale du scénario est très prégnante. Dans cet espace limité, les personnages se livrent, souvent soutenus par des plans fixes sur leur visage lorsqu’ils racontent leur histoire. Le choix de ne montrer que sporadiquement les réactions souligne avec bonheur l’apport d’un casting exceptionnel.

En tête de file, Viola Davis rend justice au personnage haut en couleur qu’était « Ma » Rainey, faisant ressortir ses côtés provoquant et frondeur ainsi qu’un charisme redoutable. La chanteuse n’incarnait pas un blues triste, mais un blues résistant et fort. Elle comprend que son manager Irvin (joué par le très expressif Jeremy Shamos) et la maison de disque cherchent avant tout à posséder sa voix, mais aussi que c’est eux qui construisent l’Histoire. Tant que le disque n’est pas enregistré et que rien n’est signé, elle détient quelques miettes de pouvoir grâce à sa voix. Un pouvoir qui, malgré sa renommée, reste limité, mais qu’elle entend exercer pleinement le temps de cette session. Mais parmi ses musiciens, il y’a une forte tête. Le jeune trompettiste Levee est de cette nouvelle génération persuadée que la grande migration lui apportera une revanche sur les blancs qui ont tragiquement marqué son enfance. Il a le talent, mais aussi une arrogance déplacée, tentant tout pour voler la vedette à sa chanteuse. Compte tenu du contexte, Levee est un personnage tragique qui est loin de se douter que ces certitudes le conduisent à un mur. C’est aussi le dernier rôle de Chadwick Boseman, l’acteur étant décédé au mois d’août dernier. Il mérite de passer à la postérité pour ce rôle puissant, à des coudées au dessus de Black Panther. Pourquoi pas un Oscar à titre posthume? Autour de ces opposés gravitent le toujours génial Glyn Turman (qui a illuminé une partie de la saison 4 de Fargo) et les très bon Colman Domingo et Michael Potts.

Mais le film parle avant tout de blues, et à quel point cette musique a permis à la communauté noire de transmettre son Histoire dans un monde qui ne lui donnait pas encore la parole, au point parfois de créer des frustrations les montant les uns contre les autres. Ce fut une de ses plus grandes victoires, et ce qui a permis à beaucoup de tenir en restant digne. C’est donc aussi un merveilleux film sur le pouvoir de la musique. En complément, jeter un coup d’oeil sur le making of « a legacy brought to screen », également sur Netflix, est vivement conseillé.

AK vs AK

Rien de sérieux dans cet affrontement méta-fictionnel entre une star de Bollywood et un réalisateur controversé, qui se révèle être une haletante comédie noire jouant de l’image de l’un et de l’autre

Réalisateur : Vikramaditya Motwane

Scénariste : Avinash Sampath, Vikramaditya Motwane, Anurag Kashyap

Directeur photo : Swapnil Sonawane

Montage : Bunty Bhansali

Bande Originale : Alokananda Dasgupta

Décorateur : Prashi Deshpande

Producteurs : Anurag Kashyap, David Taghioff

Pays : Inde

Durée : 1h48

Diffusé en France le 24 décembre 2020 sur Netflix

Acteurs Principaux : Anil Kapoor, Anurag Kashyap, Yogita Bihani, Sonam Kapoor, Harshvardhan Kapoor, Boney Kapoor

Genre : Comédie noire, Film méta

Note : 7,5/10

Produit par Netflix India, AK vs AK oppose deux personnalités très différentes du cinéma indien. Le premier AK est Anil Kapoor, star du Bollywood des années 80 et 90 qui fut le présentateur du « Qui veut gagner des millions? » de Slumdog Millionaire et a joué dans Mission Impossible : Protocole Fantôme. Kapoor a réussi à imposer sa dynastie au coeur du cinéma indien. Le second AK est Anurag Kashyap, réalisateur des excellents Gangs of Wasseypur et du très bon Ugly, réalisateur outsider qui oeuvre aux marges du cinéma classique bollywoodien, dans un registre noir et violent plus proche du polar américain. Un clash a lieu dans un talk show où ils sont tous deux invités. Lorsque le réalisateur jette son verre d’eau sur l’acteur, l’industrie de Bollywood prend parti contre lui et censure ses projets. Désespéré, Kashyap décide de kidnapper Sonam Kapoor, la célèbre fille d’Anil, dans un film réalité dans lequel Anil sera le héros. Suivi par le réalisateur et une assistante caméraman dans la confidence, l’acteur est engagé dans une course contre la montre pour sauver sa fille, que le réalisateur fera exécuter à l’aube.

En 2020, un film méta comme ce AK vs AK n’est plus une surprise. Vikramaditya Motwane ne joue d’ailleurs pas sur le premier degré en clamant la réalité des faits. Il convoque l’effort du spectateur pour accepter cette fiction comme une réalité. Il profite clairement de la célébrité de ses deux protagonistes, mais pour les transformer en deux archétypes à mi-chemin entre l’image que chacun d’entre eux transmet aux médias/spectateurs indiens et des personnages façonnés pour les besoins dramatiques du film. Le Anil Kapoor du film joue un père aux abois qui se rend peu à peu compte de sa responsabilité dans l’enlèvement de sa fille. Anurag Kashyap joue le réalisateur sadique avec d’autant plus de délectation qu’il a produit le film, et participé à son écriture.

La question centrale, lancée dans le talk show qui ouvre les hostilités, est : qui de l’acteur ou du réalisateur porte vraiment un film? Elle est légitime dans le contexte indien actuel. Si Hollywood a en partie quitté le système de l’acteur star, il est toujours très prégnant dans le cinéma indien (le film le montre d’ailleurs très bien). La première partie de AK vs AK joue sur l’humiliation que le réalisateur raté inflige à l’acteur roi. S’il se laisse aller à jouer le rôle de héros qu’il a joué pendant toutes ces années pour les spectateurs, Anil Kapoor obéit au script à la « Taken »de Kashyap et avoue la suprématie du réalisateur. Sa célébrité est à double tranchant. Tantôt il n’est pas cru lorsqu’il clame que l’homme qui le suit est un kidnappeur. Tantôt il joue d’elle pour obtenir des informations. Mais nous ne serions pas dans un film d’Anurag Kashyap (même fictivement) s’il n’y avait pas quelque chose de plus complexe, un retournement de situation qui fait dévier le film vers quelque chose de plus noir et glauque. Au final, pas tant que ça. Car il faut prendre cet affrontement pour ce qu’il est : une pochade faite pour divertir, et qui le fait plutôt bien. Rien de sérieusement métaphysique dans ce jeu méta, juste près de deux heures haletantes dans Bombay, dans le territoire d’un cinéma qui représente beaucoup pour la population indienne, en compagnie deux acteurs/réalisateurs qui prennent à un grand plaisir à jouer de leur image. Le néophyte pourra participer à ce jeu sans trop être largué, le contexte étant suffisamment clarifié dès les premières minutes du film.

Mank

David Fincher revient avec un film méticuleux sur le fond comme sur la forme, mordant et attachant. Un véritable hommage à Herman Mankiewicz et aux scénaristes en général.

Réalisation : David Fincher

Scénario : Jack Fincher

Assistants Réalisateurs : Richard Goodwin, Samantha Smith McGrady

Directeur Photo : Erik Messerschmidt

Monteur : Kirk Baxter

Bande Originale : Trent Reznor & Atticus Ross

Chef Décorateur : Donald Graham Burt

Direction Artistique : Chris Craine & Dan Webster

Coordinateurs des effets spéciaux : Frank Ceglia, Josh Hakian

Casting : Laray Mayfield

Pays : USA

Durée : 2h11

Diffusé sur Netflix depuis le 4 décembre 2020

Production : Cean Chaffin, William Doyle, Peter Mavromates, Andrea McKee, Eric Roth, Douglas Urbanski

Acteurs Principaux : Gary Oldman, Amanda Seyfried, Lily Collins, Tom Pelphrey, Tuppence Middleton, Charles Dance, Arliss Howard, Joseph Cross, Charles Troughton, Ferdinand Kingsley, Tom Burke

Genre : Biopic, Comédie Dramatique

Note : 8,5/10

David Fincher se fait rare ces dernières années, et cela risque de durer pour ceux qui n’ont pas Netflix. Depuis la sortie de Gone Girl en 2014, il a showrunné et réalisé quelques épisodes de la très bonne série Mindhunters et participé à la production de Love, Death and Robot. « Mank » est l’occasion de sceller sa relation de longue date avec la plateforme (c’est lui qui fourni « House of Cards », la première série Netflix) pour un contrat de 4 ans. Le bras de fer de Fincher avec les studios ne date pas d’hier. Ce dernier film, scénarisé par son père Jack Fincher, devait voir le jour à l’origine après la sortie de The Game avec Kévin Spacey et Jodie Foster. Mais la volonté de le tourner en noir et blanc avait fait reculer le studio Polygram. Il a donc fallu attendre 20 ans et la carte blanche de Netflix pour voir « Mank » sur le petit écran, avec Gary Oldman et Amanda Seyfried au générique et un crédit à titre posthume au père du cinéaste. Pour ce nouveau film, Fincher met la lumière sur Herman J. Mankiewicz, scénariste renommé dans le Hollywood des années 30 qui fut entre autres, à la tête du département scénario de la Paramount. L’homme est désormais moins connu que son plus jeune frère Joseph, mais c’est la renommée du grand frère qui permit au futur réalisateur de Cléopatre d’entrer dans le sérail des studios. Non crédité sur la plupart des scénarios qu’il a fourni et corrigé, comme c’était souvent le cas aux débuts du cinéma parlant, il peut compter notamment à son palmarès « le Magicien d’Oz » et « Citizen Kane ».

C’est au chef d’oeuvre d’Orson Welles que « Mank » s’intéresse puisque Fincher y décrit la maturation du scénario de « Citizen Kane » par Mank-iewicz alors qu’il était en isolement forcé. A travers une série de flashbacks, nous suivons une partie des pérégrinations de ce Mank (Gary Oldman), personnage atypique dans le Hollywood des années 30, alcoolique notoire sans aucun filtre vis à vis de son milieu et doué d’un humour ravageur. Les Fincher s’attardent en particulier sur ses relations avec la RKO sous David O’Selznick (Toby Leonard Moore), avec Louis B.Mayer (Arliss Howard) et Irving Thalberg (Ferdinand Kingsley), dirigeants de la Métro Goldwyn Mayer, mais aussi avec William Randolph Hearst (Charles Dance), grand magnat de la presse qui inspira officieusement le personnage de Charles Foster Kane ,et sur sa relation particulière avec l’actrice Marion Davies (Amanda Seyfried), qui fut la maîtresse de Hearst pendant de longues années. Tous ces éléments recollant peu à peu les pièces du puzzle que constitue Citizen Kane.

Si vous êtes perdus dans tous ces noms, Mank va vous demander une certaine exigence. Les Finchers s’abtiennent d’exposition pour entrer dans cette ère importante de l’Histoire du cinéma, celle où des palanqués de jeunes scénaristes et écrivains reconnus étaient autant de main d’oeuvre enfumant les studios hollywoodiens pour donner son mordant au nouveau cinéma parlant. Il passe peu de temps dans les présentations et sur le contexte. Il le rend même encore plus opaque en ajoutant une couche politique et des flashbacks en pagaille. Mais puisqu’on parle du scénario d’un film basé sur des flashbacks qui demandait une certaine exigence aux spectateurs des années 40, l’effort peut être fait et il en vaut la chandelle. La reconstitution de l’époque est effectuée dans le fond comme dans la forme. Fincher fait appliquer les procédés et les standards filmiques de l’époque, jusque dans les codes, l’image et le son avec la maniaquerie qui le caractérise. Il s’amuse à plaquer des indications de scénario pour flouter la réalité et le récit sorti de l’esprit du scénariste Mank, car la frontière est partout poreuse dans ce monde en représentation permanente. Vu comme un jeu, ce mimétisme ne vampirise jamais le film. Il lui confère même un cachet élégant et participe de son rythme interne.

Gary Oldman électrise ce petit ballet avec sa maestria habituelle. Il rend un bel hommage à Herman Mankiewicz, le présentant de façon entière et le rendant instantanément attachant. Il offre à Amanda Seyfried un rôle à la hauteur de son charisme, prouvant qu’elle est capable du meilleur avec un bon directeur d’acteurs. Mank est un bel hommage aux scénaristes par un réalisateur qui n’a jamais scénarisé lui-même ses films, et qui reconnaît la valeur de leur apport. Mais il décevra ceux qui attendent un match entre Orson Welles et Herman Mankiewicz. La controverse a toujours existé sur la paternité de « Citizen Kane », mais elle n’est pas le sujet du film. Tout au plus un bonus dans sa dernière partie, Orson Welles oeuvrant dans l’ombre et ne se voyant accorder qu’une seule scène (mais quelle scène!). « Mank » prouve que 2020 peut encore accoucher de grands films. On ne peut que regretter de ne pas pouvoir le voir en salles.

Hubie Halloween

Une comédie qui ne sait jamais sur quel pied danser et échoue au final à porter son message, autant qu’à faire rire

Réalisation : Steven Brill

Scénario : Adam Sandler & Tim Herlihy

Assistants Réalisateur : Jeff Hubbard, Darin Rivetti, Leo Bauer

Directeur Photo : Seamus Tierney

Monteur : Tom Costain, Brian M. Robinson, J.J. Titone

Bande Originale : Rupert Gregson-Williams

Direction Artistique : Jim Wallis

Production : Kevin Barnett, Barry Bernadi, Dan Bulla, Allen Covert, Kevin Grady, Tim Tim Herlihy, Judit Maul, Chris Pappas, Adam Sandler, Rob Schneider, Eli Thomas, Joseph Vecsey

Pays : USA

Durée : 1h42

Diffusé sur Netflix à partir du 7 octobre 2020

Acteurs Principaux : Adam Sandler, Kevin James, Julie Bowen, Steve Buscemi, Ray Liotta, Rob Schneider, Maya Rudolph, Tim Meadows, Michael Chiklis, Kenan Thompson, Ben Stiller, Shaquille O’Neal, June Squibb, Jackie Sandler, Sunny Sandler, Karan Brar, Noah Schnapp

Genre : Comédie, faux-slasher

Note : 3/10

Vu l’état des sorties américaines en salles, les films d’Halloween feraient vaches maigres si des plateformes comme Netflix ne récupéraient pas le filon. Voici donc venir le nouveau film d’Adam Sandler, improvisé gentil benêt parti sauver Halloween dans sa ville de Salem. Proche de la cinquantaine, le pauvre Hubie n’a cessé d’être martyrisé par les ‘bullies’ de son célèbre patelin depuis qu’il est gamin, mais son caractère facile fait qu’il laisse tout glisser et passe son temps à rendre service, comme à s’imposer tous les ans comme bénévole pour garder les gens en sécurité pour Halloween. Lorsqu’un taré s’échappe de l’asile du coin et qu’un voisin étrange fait son apparition, sa tâche promet d’être plus difficile que les autres années. Boudé aux Oscars 2020 pour « Uncut Gems », Sandler s’est mis en mode automatique dans cette comédie, composant un sempiternel loser attachant face à une meute de loups (et quelques gentilles personnes). Si ses mimiques peuvent faire rire durant le premier quart d’heure, elles deviennent vite en complet décalage avec le but plutôt premier degré du film : faire l’éloge de la gentillesse et du désintéressement face au cynisme. Trop souvent, l’interprétation très premier degré de Hubie vire dans la même scène au Sandler-show conscient de lui-même, ce qui retire aussitôt l’intégrité du personnage principal.

Le pilote automatique est également activé sur la qualité du scénario, inversement proportionnel aux nombre de stars américaines invitées pour l’occasion, comprenant étonnamment Steve Buscemi et Ray Liotta, dans un univers très éloigné du leur et particulièrement mal employés. On se doute que le tournage a dû être une fête entre potes (et de famille, si on compte la familia Sandler), mais il n’y a qu’un mince fil rouge prétexte à lier toutes ces apparitions. Si Hubie Halloween démarre comme le Halloween de John Carpenter et laisse à penser que le fantastique sera également de la partie, il se désintéresse très vite de ces pistes, pour au final les renier complètement dans une pirouette peu inspirée. A force de multiplier les personnages, de ne plus savoir où il va ou de vouloir tromper le spectateur, la deuxième moitié du film paraît interminable. Au final, il ne reste plus que la fable et le parcours d’apprentissage de l’anti-héros, eux-même dévoyés par le sur-jeu d’Adam Sandler. On pourra également sauver quelques vignettes de l’air du temps, comme toutes ces gamines déguisées en Harley Quinn. Mais rien de bien effrayant, ni distrayant.

Enola Holmes

Pas surprenant pour deux sous, ce petit écart avec le canon holmésien est pourtant l’un des plus agréables et rafraichissants qu’on ait pu voir depuis longtemps.

Réalisation : Harry Bradbeer

Scénario : Jack Thorne, d’après « Les enquêtes d’Enola Holmes : la Double Disparition » de Nancy Springer

Directeur Photo : Giles Nuttgens

Bande Originale : Daniel Pemberton

Montage : Adam Bosman

Chef Décorateur : Michael Carlin

Direction Artistique : Andrew Munro & Ashley Winter

Costumes : Consolata Boyle

Pays : USA, Royaume-Uni

Durée : 2h03

Sortie le 23 septembre 2020 sur Netflix

Production : Axel Garcia, Ali Mendes, Mary Parent, Paige Brown, Millie Bobbie Brown

Acteurs Principaux : Millie Bobbie Brown, Henry Cavill, Sam Claflin, Helena Bonham Carter, Louis Partridge

Genre : Film de détective, Comédie

Note : 7/10

Sherlock Holmes inspire, mais à l’exception du Sherlock de Steven Moffat et Mark Gatiss, peu sont les fictions holmésiennes qui cherchent encore à capter la substance des écrits de Conan Doyle. Enola Holmes n’a pas cette ambition. On pourrait la mettre dans la case des films de Guy Ritchie ou d’Elementary si l’étalon de l’absence de qualité n’était que la simplification de l’univers de Sherlock Holmes : Pas de Watson, un Mycroft idiot et un Sherlock lissé à l’extrême. Mais ces infidélités ne sont pas gênantes ici puisque destinés à un public très jeune (à ce niveau, on pourrait aussi taper sur le splendide Sherlock Holmes de Miyazaki), et le but n’est pas de suivre le détective de Baker Street, mais sa petite soeur, héroïne de sa propre série de bouquins depuis 2007. La jeune soeur de Sherlock et Mycroft Holmes a grandi avec sa mère après la mort de son père et le départ de ses frères pour Londres. Madame Holmes s’est assuré de l’éduquer de façon à ce qu’elle devienne une femme instruite, indépendante et libre, ce qui n’est pas une mince affaire dans l’Angleterre victorienne. Lorsque sa mère disparait, Enola Holmes fait aussitôt venir ses frères Sherlock et Mycroft pour l’aider, mais le premier veut la faire enfermer dans une école pour jeunes filles à marier et le second se tient à distance. La gamine s’échappe et rencontre sur son chemin le vicomte de Tewksberry, futur Lord, qui cherche à fuguer. Il est attaqué par un mystérieux tueur, mais Enola parvient à le sauver. Elle devra mener de front l’enquête sur sa mère et lever le voile sur la menace qui pèse sur son nouvel ami.

Avec ce pitch, on pourrait s’attendre à Nancy Drew qui croise « le secret de la pyramide ». Ce qui n’est pas le cas. Le rendu d’Enola Holmes est plutôt original et pas du tout vintage. Sa réalisation est dynamique et parfaite pour le jeune public. L’enquête est typiquement anglaise, remplie des figures habituelles du polar d’Outre-Manche dans sa veine victorienne, relevé du fort message féministe obligatoire et servie par une actrice qui vole la vedette au reste du casting. Millie Bobbie Brown entraîne le spectateur comme un confident, brisant constamment le quatrième mur, et il est difficile de résister à son enthousiasme. L’interprète d’Eleven dans Stranger Things possède un naturel et une bonne humeur communicative, parfaitement en phase avec la réalisation énergique de Harry Bradbeer. A ses côtés, Henry Cavill rejoint la longue liste des acteurs anglais à avoir incarné le grand Sherlock Holmes. Son interprétation est mesurée, calibrée pour ne pas faire de tort à l’héroïne, mais le détective a tout de même deux ou trois bons moments. On retrouvera également Lestrade dans plusieurs apparitions pour la forme et la ganache de Burn Gorman qui squatte les rôles de brute depuis qu’il est sorti de la série Torchwood. Pas surprenant pour deux sous, ce petit écart avec le canon holmésien est pourtant l’un des plus agréables et rafraichissants qu’on ait pu voir depuis longtemps.

Eurovision Song Contest : The Story of Fire Saga

Une ode à l’eurovision qui laisse tomber la voie du pastiche au profit d’une comédie formatée.

Réalisation : David Dobkin

Scénario : Will Ferrell, Andrew Steele

Chef Opérateur : Danny Cohen

Assistant Réalisateur : Jonathan McGarry

Montage : David Dobkin

Bande Originale : Atli Örvarsson

Chef Décorateur : Paul Inglis

Direction Artistique : Nigel Evans, Ketan Waikar

Production : Will Ferrell, Jessica Elbaum, Chris Henchy, Adam McKay, Gary Sanchez Productions, Netflix

Pays : USA

Durée : 2h03

Sortie le 26 juin 2020 sur Netflix

Acteurs Principaux : Will Ferrell, Rachel McAdams, Pierce Brosnan, Dan Stevens, Melissanthi Mahut, Demi Lovato, Johannes Haukur Johannesson, Bjorn Hlynur Haraldsson

Film : Frat Pack Comedie

Note : 5/10

Curieuse ironie qu’un film à la gloire de l’Eurovision soit produit par des américains. Destiné à être diffusé sur Netflix ce 16 mai, soit le jour du concours de l’Eurovision de cette année, Story of Fire Saga a été repoussé, mais il sort un mois plus tard alors que la COVID nous a obligé faire le deuil de la compétition de cette année. Un tel sujet avait de bonnes chances d’être abordé dans une comédie poussée par Gary Sanchez Production (la boîte de Will Ferrell et Adam McKay). On ne compte plus les comédies de compétition sportives supportés par le duo dans le sillage du somptueux Ricky Bobby, roi du circuit. Alors pourquoi pas une compétition de chansons. Et disons le, le sujet est suffisamment kitsch pour que Ferrell puisse se laisser aller. C’est donc avec une certaine curiosité que nous pouvons accueillir cette pantalonnade, tout en sachant qu’elle s’inscrira dans un schéma usé jusqu’à l’os. Et c’est malheureusement le cas. Cet Eurovision Song Contest : Story of Fire Saga est la comédie la moins surprenante et la plus fainéante que Will Ferrell a pu porter. le film plaque le canevas habituel sur une histoire d’amour avec notre duo de chanteur, avec pour seule originalité de se placer dans un petit village d’Islande, l’occasion de voir quelques bonnes têtes d’islandais et un Pierce Brosnan qui se contente d’être lui-même. Le temps de trouver un prétexte, notre duo déménage à Edimbourg pour participer au fameux concours.

Puis le film se transforme en voyage magique au pays de l’eurovision, avec en point d’orgue une scène de comédie musicale rassemblant quelques anciens participants du concours. Vient ensuite le show, et la catastrophe qui va conduire à la remise en question du héros. Et à partir de là, le pilotage automatique ne s’embarrasse même plus de scénario. Toutes les scènes ne sont plus que fonctionnelles, la plus ridicule étant le retour au pays et départ en mer du personnage de Ferell orchestré pour faire durer plus longtemps le film (on est pas dans du Judd Appatow, mais c’est long). On aura compris en regardant l’ensemble des prestations scéniques que nous ne sommes pas dans le pastiche de l’Eurovision, et c’est bien dommage, car il y’avait matière à rire tout en gardant un peu de déférence envers cette compétition qui a su fédérer sur plusieurs générations. Au mieux nous aurons droit au cabotinage de Dan Stevens en russe pas encore sorti du placard. Au pire, au sempiternel personnage Ferrellien enfantin et fort en gueule, qui n’a ici rien à sauver. Même s’il est toujours à la production, Adam McKay a déserté le navire depuis trop longtemps pour voguer avec noblesse et verve politique vers les Oscars (The Big Short, Vice). David Dobkin est un bon réalisateur, mais il n’est responsable que du versant le moins drôle des films du Frat Pack, et il applique la formule Ferrell sans aucun génie. Rachel McAdams devient la variable d’ajustement pour refaire gagner son capital sympathie au film et la fin, bien que prévisible, possède ce petit quelque chose qui le fait remonter d’un coup pour passer du côté du film divertissant. Mais il aura fallu bien du remplissage.

The Platform

L’idée de départ originale est astucieuse est à la fois la qualité et le défaut d’un film qui ploie sous son symbolisme et se révèle sans grande surprise.

Réalisation : Galdez Gaztelu-Urrutia

Scénario : David Desola, Pedro Rivero

Chef Opérateur : John D. Dominguez

Bande Originale : Aranzazu Calleja

Montage : Elena Ruiz, Haritz Zubillaga

Chef Décorateur : Azegine Urigoitia

Direction Artistique : Azegine Urigoitia

Effets visuels : Raul Campos, Inaki Madariaga

Pays : Espagne

Durée : 1h34

Diffusé sur Netflix depuis le 20 mars 2020

Production : Basque Films, Mr Miyagi Films, Plataforma La Pellicula AIE

Genre : Horreur, Anticipation

Acteurs Principaux : Ivan Massagué, Zorion Eguileor, Emilio Buale, Antonia San Juan, Alexandra Masankay

Note : 6,5/10

Dans un futur indéterminé et après avoir accepté de participer à une expérimentation, Goreng se réveille dans une prison verticale décomposée en étage. Au centre de chaque étage, une plateforme couverte de nourriture se vide à mesure qu’elle descend, laissant les étages inférieurs lutter pour survivre alors que les premiers se nourrissent comme des porcs. Altruiste et idéaliste – il n’a emporté avec lui qu’un livre de Don Quichotte, le héros voit peu à peu ces certitudes vaciller, entre la tentation de sur-consommer dans la peur de se réveiller à cent étages plus bas ou celle du cannibalisme lorsque la situation se produit. Il partagera tour à tour la route de trois colocs d’infortune, trois visions du monde : celle de l’homme cynique, celle du fonctionnaire partie du système et celle de l’homme de foi qui le conduiront à prendre une décision capitale. Voilà un synopsis bien alléchant pour ce film qui mixe les prémisses de Snowpiercer et de Cube dans une fable trash à forte connotation sociale. On ne peut même plus parler de métaphore tant les concepts d’ascenseur social et de classes supérieurs sont intégrés à ce concept ingénieux.

Cette idée de départ originale est à la fois la qualité et le défaut du film. La réalisation parvient à bien exploiter la topographie du huis-clos sans trop enfermer le spectateur, mais il se dégage un sentiment de confort sitôt passée la surprise de la métaphore. Non pas que le concept ne soit pas brillamment illustré et bourré de trouvailles. Il dépasse juste rarement son statut de démonstration que la solidarité entre les classes a ses limites. Une démonstration souvent habile, mais The Platform est trop souvent écrasé par ce sous-texte au détriment d’une caractérisation des personnages, au final tous fonctionnels. Seul le héros incarné par Ivan Massagué tire vraiment son épingle du jeu. The Platform a néanmoins pour lui de ne pas ménager son discours, ni le spectateur, en osant montrer du gore là où il est nécessaire. Cette violence appuie le discours et contre-balance salutairement les scènes de dialogue. Le final, pessimiste, nous laissera sur notre faim en choisissant un unique voie de salut dans les générations futures.