Sleep – Schlaf

Réalisateur : Michael Venus

Scénario : Thomas Friedrich & Michael Venus

Directeur Photo : Marius von Felbert

Montage : Silke Olthoff

Effets Visuels : Andreas Hellmanzik

Son : Stephan Konken, Anders Wasserfall

Production : Verena Gräfe-Höft, Christian Cloos

Pays : Allemagne

Durée : 1h42

Compétition Officielle Festival du Film Fantastique de Gérardmer 2021. Sortie VOD le 14 mai 2021.

Acteurs Principaux : Gro Swantje Kohlhof, Sandra Hüller, August Schmölzer, Marion Kracht, Max Hubacher, Martina Schöne-Radunski

Genre : Fantastique, Etrange

Note : 7/10

Marlène souffre depuis toujours d’intenses cauchemars et de visions dont elle cherche la signification. Elle est conduite dans un village de montagne qui ressemble étrangement à celui de ces visions. Alors qu’elle séjourne dans l’hôtel local, elle est atteinte de stupeur et se trouve plongée dans une forme de catatonie. Sa fille Mona accourt à son chevet et décide de venir vivre dans cet hôtel le temps que sa mère revienne à elle. Elle apprend à connaître les propriétaires des lieux, Otto et Lore, et apprend que des suicides ont eu lieu parmi les anciens propriétaires de ces bâtiments. Bientôt, elle se rend compte que des détails se recoupent avec les visions décrites par sa mère. Elle décide d’enquêter. Mais les cauchemars ressentis par sa mère commencent à se manifester sur elle.

La paralysie du sommeil et les cauchemars à tiroir sont un terrain propice à l’horreur. Pourtant ils ont été peu exploité dans le genre, à l’exception notable de la série des Freddy. Michael Venus s’emploie à rectifier le tir en mâtinant ce thème d’une mystique des rêves employée à bon escient. Il ne s’agit pas de se perdre dans des couloirs incohérents ou d’onirisme lynchien (que personne ne peut manipuler aussi bien que David Lynch), mais au contraire de l’indistinction qui peut s’opérer entre le rêve et la réalité. En somme de retranscrire cet état intermédiaire où l’on n’est jamais sûr d’être réveillé. En ajoutant un décalage très fin et une dose de danger au sein des cauchemars, la cuisine horrifique prend plutôt bien. Schlaf est un film intéressant et original qui part d’un postulat simple pour s’enfoncer dans un développement plus labyrinthique. Les couloirs qu’il prend révèlent des personnages complexes que le réalisateur Michael Venus s’emploie à effleurer. Il n’y a pas d’effusions, ni de grands sentiments. Mais le surgissement progressif de la vérité se vit comme un train fantôme un peu claustro. Gro Swantje Kohlhof transmet une énergie juvénile au film qui contraste avec l’inquiétante présence d’August Schmölzer, dont le personnage est le spectre persistant d’un passé allemand pas encore enfoui. Le dénouement du film est bien moins surprenant que le chemin emprunté. Mais il se trouvait clairement dans le haut du panier du festival de Gérardmer 2021.

Les Ailes de la Renommée – Wings of Fame

Réalisation : Otakar Votocek

Scénario : Otakar Votocek, Herman Koch

Directeur Photo : Alex Thomson

Montage : Hans Von Dongen

Musique : Paul M. Von Brugge

Chef Décorateur : Benedict Schillemans

Costumes : Yan Tax

Production : Dick Maas, Laurens Geels

Pays : Pays-Bas

Durée : 1h56

Sortie VOD et DVD le 6 août 2019. Sortie Bluray le 5 mai 2021

Acteurs Principaux : Colin Firth, Peter O’Toole, Marie Trintignant, Andréa Ferréol, Robert Stephens, Ellen Umlauf, Maria Becker

Genre : Fantastique, Drame, Comédie

Note : 8,5/10

Brian Smith est un écrivain qui n’a pas connu le succès. Par désespoir, il assassine l’acteur César Valentin, l’une des plus grandes stars de son temps. Mais la chute d’un projecteur met un terme à sa vie juste après qu’il ait commis son acte. César Valentin et son meurtrier sont conduits sur une île qui accueille les personnalités décédées encore dans la mémoire des vivants. Ses résidents, logés dans un grand Hôtel, bénéficient d’un plus grand confort en fonction de leur célébrité et leur oubli progressif entraîne une dégradation de leurs conditions de logement, jusqu’à l’expulsion de l’île lorsqu’ils sont totalement oubliés. La célébrité naissante de Brian Smith est désormais liée de façon inextricable à celle de l’homme qu’il a tué.

Les Ailes de la Renommée est un film rare et un cas à part qui fait mentir beaucoup de lieux communs sur la production d’un grand film. Il n’a lui-même pas bénéficié d’une grande renommée à sa sortie, si ce n’est de bonnes critiques louant son originalité et deux prix au Festival d’Avoriaz de 1991 (prix spécial de l’étrange et prix de la critique) . Dans le viseur d’un public cinéphile, il a été redécouvert quelques années plus tard, sans acquérir le statut qu’il méritait. Son réalisateur, le scénariste tchèque Otakar Votocek, n’a pas réalisé d’autre film qui soit sorti au cinéma.

Les Ailes de la Renommée est un film résolument européen. Produit par un habitué des festivals d’Avoriaz des 80’s, le néerlandais Dick Maas (réalisateur de l’Ascenseur et Amsterdamned), il rassemble un casting d’acteurs anglais, français et allemands, pour la plupart des stars dans leur pays (Peter O’Toole, Robert Stephens, Andréa Ferréol) ou en passe de le devenir (Colin Firth, Marie Trintignant). Son approche du fantastique est très minimaliste et anti-spectaculaire, sans élément visuel qui puisse distinguer le fantastique du réel. Un parti pris très difficile qui entraîne dans beaucoup de cas une ambigüité nuisible au film (ce qui se déroule devant nous est-il réel?). Les Ailes de la Renommée échappe à cette ambiguité grâce à un scénario qui intègre astucieusement ce doute et qui accentue le côté symbolique du moindre élément. La traversée du fleuve par le passeur donne le « la » : Nous sommes dans une allégorie pure qu’il faut accepter comme telle, sous peine de s’alliéner comme le personnage de Marie Trintignant. La réalisation nimbée d’onirisme et l’interprétation des hôtes achèvent de nous transporter dans un ailleurs mystérieux. Il n’est sans doute pas un hasard qu’Otakar Votocek ait collaboré au scénario du premier film d’Alex Van Warmerdam (Abel), autre réalisateur européen qui s’emploie à distiller le fantastique dans des cadres très réalistes en y faisant glisser des éléments d’étrangeté.

Etonnant sur la forme, le film est encore plus pertinent sur son fond aujourd’hui qu’à l’époque de sa sortie. La matérialisation de la mémoire des vivants est une transposition satirique à peine exagérée de l’attention qui est réservée à un individu en fonction du statut public. Ce constat déjà fort au début des années 90 s’est érigé en règle dans notre société alors que la célébrité est devenue aussi puissante qu’éphémère, et souvent terriblement arbitraire. Cette île pourrait bien être internet, où notre existence dépend en permanence de notre visibilité. La cérémonie de remise des prix dans la dernière partie du film est une représentation absurde de l’auto-congratulation des vainqueurs de ce régime de la popularité.

Profondément narcissique, César Valentin est un personnage tragique très moderne dont la critique ouverte n’exclue pas une certaine empathie. Cette empathie doit beaucoup au à l’interprétation de l’immense Peter O’Toole. Etait-ce totalement du jeu? La renommée de Peter O’Toole a cette époque équivalait celle de son personnage, mais la génération qui l’avait porté aux nues avait laissé la place à une autre. Nul doute qu’il devait se sentir proche de l’acteur qu’il incarnat. La bienveillance envers César Valentin est aussi soutenue par le changement de point de vue progressif de son meurtrier, pour culminer dans un final pudique et émouvant. Ainsi la célébrité est-elle reconnue comme une sorte de junkie, un dommage collatéral d’un système délétère qu’il est nécessaire d’aider, et le héros trouve le salut en pensant à quelqu’un d’autre que lui. Le tout jeune Colin Firth apporte à Brian Smith une cote de sympathie (pas gagnée pour un assassin) qui permet de faire ce voyage absurde en bonne compagnie et de ne pas se perdre en chemin. Après une diffusion récente sur TCM, les Ailes de la Renommée sort en BluRay ce 5 mai 2021 chez ESC Distribution. Voilà une nouvelle occasion de ne pas passer à côté de ce film atypique.

The Other Side – Andra sidan

Réalisation : Tord Danielsson & Oskar Mellander

Scénario : Tord Danielsson & Oskar Mellander

Directeurs Photo : Andres Rignell & Henrik Johansson

Montage : Joakim Ekström Tessert

Bande Originale : Jonas Wikstrand

Production : Gila Bergqvist Ulfung

Pays : Suède

Durée : 1h27

Compétition Officielle Festival du Film Fantastique de Gérardmer 2021.

Sortie VOD et DVD le 14 avril 2021

Acteurs Principaux : Dilan Gwyn, Eddie Eriksson Dominguez, Linus Wahlgren, Troy James, Sander Falk

Genre : Maison hantée, épouvante

Note : 6,5/10

Shirin, son mari et le fils de celui-ci, Lucas, né d’un précédent mariage emménagent dans une splendide maison mitoyenne. Le mari est contraint de s’absenter la semaine pour son travail, ce qui laisse notre belle-mère seule avec le beau-fils pour la semaine. Shirin prend à coeur ce rôle, mais elle peine à rivaliser avec la mère du gamin, décédée d’une maladie grave. Sa tâche sera bientôt compliqué par l’arrivée d’amis imaginaires et des manifestations qui commencent à mettre en danger la vie du petit Lucas. Incapable d’expliquer ces phénomènes, la belle-mère passe peu à peu pour la responsable. Pourra t’elle le protéger de ce mystérieux spectre qui rôde et qui semble bien décidé à s’approprier tout ce qui bouge et qui a moins de dix ans ?

Difficile de faire moins original que le synopsis de ce film qui serait inspiré de faits réels. Tord Danielsson et Oskar Mellander usent de tous les lieux communs rencontrés depuis que la maison du diable a fait entrer le film de maison hantée comme sous-genre incontournable du film d’horreur. La Suède est peu prolifique en terme d’horreur (exception faite du très bon Koko-Di Koko-Da de Johannes Nyholm), et on aurait pu s’attendre à ce qu’il y’ait une appropriation réelle du sujet, une patte venue du Nord comme pour le polar, ou bien une intégration du folklore local. The Other Side ne proposera rien d’autre que revisiter les classiques de la maison hantée, qui se sont déjà emparé de la place de la belle-mère dans un cadre similaire (Don’t be afraid of the dark n’est pas si loin). Le constant pillage du Shining de Kubrick devient aussi quelque peu énervant.

Passées ces déceptions, voyons le film pour ce qu’il est. The Other Side est tout entier construit sur l’angoisse. Il réserve quelques apparitions maléfiques, mais l’essentiel de son déroulement est dans cette attente qu’un événement, la disparition du fils, va se produire. Le duo de réalisateurs a réussi à poser son ambiance et à livrer un premier film soigné, (trop) épuré, parfaitement fini, dont certains plans parviennent à rester gravés dans l’esprit. Sa bande originale accompagne efficacement la montée de l’angoisse. Le film parvient à décrire avec acuité les enjeux de la position difficile dans laquelle se trouve Shirin et l’actrice Dilan Gwyn attire instantanément l’empathie. La dissolution prématurée du couple n’est plus une fin en soi à mesure que le film progresse, mais un obstacle à ce qu’elle puisse s’approprier son rôle de belle-mère. Le lien entre Shirin et Lucas est en apparence à sens unique, ce qui donnera une consistance importante à la poursuite qui conclut le film. Ce lien naissant permettra de hisser un peu tout ce qui précède vers le haut.

The Other Side pèche par son manque d’ambition, mais il est honnête et constitue un bon premier essai.

Possessor

Du 27 au 31 janvier, LA REVANCHE DU FILM se met à l’heure du 28e Festival international du film fantastique de Gérardmer, qui a lieu cette année en ligne.

Réalisateur : Brandon Cronenberg

Scénariste : Brandon Cronenberg

Directeur Photo : Karim Hussain

Montage : Matthew Hannam

Assistant Réalisateur : Rob Cotterill

Bande Originale : Jim Williams

Chef Décorateur : Rupert Lazarus

Directeur Artistique : Kent McIntyre

Production : Niv Fishman, Fraser Ash, Kevin Krikst & Andrew Starke

Pays : Canada, Royaume-Uni

Durée : 1h43

Compétition Officielle Festival du Film Fantastique de Gérardmer 2021

Sortie le 7 avril 2021 en VOD et DVD

Acteurs Principaux : Andrea Riseborough, Christopher Abott, Rossif Sutherland, Tuppence Middleton, Sean Bean, Jennifer Jason Leigh

Genre : Horreur

Note : 7/10

Le deuxième film de Brandon Cronenberg aurait pu se glisser dans les salles de cinéma, si celles-ci avait fini par ré-ouvrir. Neuf ans après la sortie d’Antiviral, il écumait encore les festivals avec un certain succès. Après l’Etrange Festival en septembre dernier, c’est Gérardmer qui accueillait cette nouvelle pelloche organique et sensorielle du fiston de David. Un film qui l’émancipe légèrement de l’ombre paternelle, mais finalement pas tant que ça. L’inquiétante Andrea Riseborough y incarne Tasya Vos, une sorte de parasite criminelle. Employée par une organisation qui lui permet d’habiter le cerveau de personnes, devenues de simples hôtes, elle les utilise pour commettre des crimes commandés par les clients de l’agence. Elle est le meilleur agent dans sa catégorie. L’exécution des scénarios se trouve compliquée par le lien émotionnel qu’elle entretient encore avec son ex-mari et son fils. Sa nouvelle mission se fera dans la peau de Colin, petit-ami de la fille d’un magnat cible de l’entreprise (Sean Bean) et pantin tout désigné. La résistance de l’hôte en fera une mission plus intense qu’elle n’aurait pu le soupçonner. Qui du parasite ou de son occupant réel aura finalement le contrôle de ce corps?

Brandon Cronenberg a gagné des galons sur la forme. Possessor est une belle bataille intérieure qui attaque les sens. Grâce à une utilisation remarquable du son, du montage et de l’image, il plonge dans les textures avec un aplomb vivifiant pour amplifier leur côté organique. Il soigne ses effets gores pour qu’on puisse les ressentir autant que les voir, donnant l’impression de vivre une véritable expérience du meurtre par procuration. Ainsi tout ce qui touche à l’expérience du nouveau corps (et par extension du corps étranger masculin) est une réussite. Il y’a aussi une zone d’ombre bienvenue sur l’organisation criminelle pour laquelle Tanya oeuvre et une amoralité assumée qui sied bien au film. Mais en dépit de l’expérience qu’il procure, Possessor réussit trop souvent à se perdre dans le symbolique et l’abstraction au travers d’images lourdement signifiantes. Ses explications de texte paralysent pas mal de bonnes scènes de la seconde partie et empêchent l’expérience d’être continue. Un film un peu moins autiste, qui se permette plus d’interaction avec son décor et de respiration avec ses personnages secondaires (ici tous plus ou moins figuratifs, malgré un beau casting) aurait aussi été préférable. Mais en l’état, Possessor est plein de belles promesses pour l’avenir.

Wonder Woman 1984

Réalisation : Patty Jenkins

Scénario : Patty Jenkins, Geoff Johns, Dave Callaham, d’après les personnages de William Moulton Marston

Directeur Photo : Matthew Jensen

Montage : Richard Pearson

Bande Originale : Hans Zimmer

Chef Décoratrice : Aline Bonetto

Direction Artistique : Alex Baily, Simon Elsley, Gavin Fitch, Conor Maclay, Charlotte Malynn, Rod McLean, Daniel Nussbaumer, Alan Payne, Peter Russell, James M. Spencer, Darren Tubby

Pays : USA

Durée : 2h31

Sortie française en VOD le 30 mars 2021 et en DVD/BluRay le 7 avril 2021

Production : Patty Jenkins, Charles Roven, Zach Snyder, Deborah Snyder, Stephen Jones, Gal Gadot

Acteurs Principaux : Gal Gadot, Chris Pine, Kristen Wiig, Pedro Pascal, Robin Wright, Connie Nielsen, Lilly Aspell

Genre : Film de super-héros, fantasy

Note : 6,5/10

L’affiche est mensongère. Nous ne verrons pas Wonder Woman 1984 au cinéma. Le 25 décembre dernier, les Etats-Uniens ont pu choisir entre les salles obscures et le streaming sur la chaîne HBO Max pour visionner le dernier film de super-héros DC en date. L’absence d’un horizon de ré-ouverture de nos salles condamnait petit à petit le film, dont la sortie vidéo US s’approchait de plus en plus. Warner Bros France a donc décidé de tabler sur une sortie VOD dans nos contrées le 30 mars, suivie du dvd et du bluray le 7 avril prochain,et le studio ne sera pas le seul à en sortir perdant.

Cette deuxième aventure de Wonderwoman / Gal Gadot en solo n’est pas la purge que beaucoup s’affairaient à dénoncer après l’avoir vu suite à sortie US. Comme beaucoup de films de super-héros DC de ces dernières années, il souffre de sa trop longue durée et d’ambitions visiblement trop grandes, mais il parvient à poser sa barre à seulement un niveau plus bas que le premier film. En 2017, le premier Wonder Woman avait réussi à fournir une intrigue classique et efficace, une bonne reconstitution historique de l’époque de la Première Guerre Mondiale et surtout à insérer un peu d’humour dans un univers DC très peu engageant. Wonder Woman 1984 nous fait retrouver Diana Prince en…1984, mais sans qu’aucune magie ne soit intervenue puisqu’elle est immortelle. La magie de l’Histoire est contenu dans une pierre, un artefact ancien qui a été confié au musée où elle travaille, aux bons soins de sa collègue, la timide et complexée Barbara Minerva (Kristen Wiig). La pierre magique exauce les voeux de quiconque la détient. Elle permettra à Diana et à Barbara de réaliser leur souhait le plus cher. Mais lorsque le businessman Maxwell Lord (Pedro Pascal) s’en empare et fait le voeu de devenir cette pierre, le prix à payer pourrait bien être la destruction de notre monde.

L’idée de départ n’est pas mauvaise. Il est plutôt astucieux de placer cette intrigue à l’époque où le « toujours plus » s’est véritablement installé. Le côté Bigger than Life et nostalgique des 80’s que l’on tend à voir depuis quelques années est peu présent ici. Patty Jenkins aurait plutôt tendance à tomber dans l’excès inverse, la représentation du passé avec le jugement de l’époque actuelle. Ce qui nous vaut beaucoup de situations traitées avec un grand premier degré et qui étaient déjà des stéréotypes à cette époque. Mais ce défaut ne gâche pas le plaisir du film. On ne peut pas en dire autant de la construction de(s) intrigue(s), entremêlées avec plus ou moins de bonheur et d’une manière qui défie tout sens du rythme. Wonder Woman 1984 est composé de trois arcs liées à l’intrigues principales. Diana fait le voeu de retrouver le pilote Steve Trevor (Chris Pine) et il s’incarne dans le corps d’un inconnu : Pourra t’elle sauver le monde, si cela signifie le perdre une nouvelle fois? Barbara fait le voeu de devenir comme Diana : Sauver le monde la ramènerait à sa condition de personnage insignifiant. Maxwell Lord a quand à lui tout à prouver à son jeune fils en dominant le pétrole, puis le monde. A la façon d’un film de super-héros classique (le Superman de Donner est souvent cité), ces trois noeuds s’entremêlent, avec un arrière plan très 80’s de comédie fantastique et un semblant d’intrigue politique.

Sur le papier, la recette pourrait fonctionner. Les ingrédients sont pourtant très vite plombés par une impossibilité de suivre les standards qu’imposent ces intentions. Une scène d’ouverture inutile et une exposition qui n’en finit pas jurent avec la concision des classiques de super-héros cités. Ils font prendre au film un très mauvais départ. La suite donne souvent l’impression de regarder plusieurs univers peu connectés. Aucune de ces intrigues ne parvient à réellement culminer. Pedro Pascal – survolté comme on ne l’a jamais vu- et Kristen Wiig en mode tragi-comique s’éclatent pourtant dans leur composition de vilains attachants et hauts en couleur qui n’auraient pas dépareillé dans les Spiderman de Sam Raimi. A ceci près que Raimi les aurait mieux mis en valeur et en moins de scènes. Wonder Woman 1984 est finalement peu original, prévisible et il ne rattrape jamais sa structure lourde, ni la léthargie causé par sa dilution. Mais il a pour lui un optimisme naïf étonnant pour le DCVerse cinématographique et il parvient à quelques moments à se hisser au niveau de ses inspirations. Avoir été piocher ailleurs que dans les Marvel de la dernière décennie est déjà une initiative à porter à son crédit.

Sputnik Espèce Inconnue – Спутник

Du 27 au 31 janvier, LA REVANCHE DU FILM se met à l’heure du 28e Festival international du film fantastique de Gérardmer, qui a lieu cette année en ligne.

Réalisateur : Egor Abramenko

Scénario : Oleg Malovichko & Andrei Zolotarev

Directeur Photo : Maxim Zhukov

Montage : Aleksandr Puzyryov & Egor Tarasenko

Bande Originale : Oleg Karpachev

Chef Décoratrice : Mariya Slavina

Production : Mikhail Vrubel, Alexander Andryushenko, Fedor Bondarchuk, Ilya Stewart, Murad Osmann, Pavel Burya & Vyacheslav Murugov

Pays : Russie

Durée : 1h53

Sélection Festival du Film Fantastique de Gérardmer 2021

Acteurs Principaux : Oksana Akinshina, Fedor Bondarchuk, Pyotr Fyodorov, Anton Vasiliev, Pavel Ustinov

Genre : Fantastique historique

Note : 7/10

Sortie en VOD et DVD le 24 février 2021

Sputnik fait partie des bonnes surprises du festival de Gérardmer 2021. On irait d’ordinaire plutôt chercher du côté des espagnols ce genre de films mixant aussi bien le fantastique avec une période noire de l’Histoire d’un pays. Egor Abramenko a pourtant réussi à trouver un bon équilibre pour mettre en relief le dernier pic de la Guerre Froide du point de vue de sa Russie natale tout en racontant une histoire qui pourrait se suivre pour elle-même. En 1984, deux cosmonautes reviennent de l’espace dans un sale état : L’un est mort, l’autre paraît avoir perdu la raison. Véritable héros national, Konstantin Veshniakov a été au contact d’un extra-terrestre qui a investi son corps et qu’une organisation secrète militaire entend bien transformer en arme pour conserver l’équilibre des forces. Mais le colonel Semiradov a commis l’erreur de recruter le docteur Tatiana Klimova pour extirper l’organisme étranger du corps de Konstantin. Opiniâtre et tenace, la camarade est connue pour ses méthodes musclées qui donnent des résultats. Elle ne tarde pas à comprendre que le cosmonaute dissimule un lourd passé et que le colonel et le brillant scientifique ne lui ont pas tout dit de leurs activités.

Ce Sputnik a des allures de thriller historique assaisonné d’une touche de X Files et de film d’alien des années 80. Il est résolument froid, scientifique, à l’image du régime qu’il décrit. Mais cette froideur n’est pas un obstacle au plaisir procuré par la découverte progressive, en même temps que les scientifiques, du lien créé entre le cosmonaute et ce parasite/symbiote. La reproduction réaliste de l’URSS du milieu des années 80 permet de se laisser glisser dans ce laboratoire humain aux ambitions diverses, comme on s’introduisait dans les sphères politiques secrètes de la célèbre série de Chris Carter. Avec cet élément étrange qui remet tout à plat et qui pourrait révolutionner l’équilibre des forces. Pour de nombreux films américains des 80’s, l’extra-terrestre est aussi la rencontre qui change tout, un fantasme collectif qui a traversé deux décennies sous des multitudes de formes. Sputnik n’adopte pas frontalement les codes américains, mais par des moyens détournés. La symbiose entre le cosmonaute perdu et la créature immonde, plus héritière d’Alien que d’E.T, n’est pas annonciatrice d’une relation fusionnelle (ç’aurait été trop d’émotion pour le russe), mais elle est décisive dans la résolution conjointe du conflit de Konstantin et de celui plus larvé de Tatiana Klimova . Une résolution bien plus slave (ou européenne) qu’américaine, mais qui porte pourtant ce charme des films de cette fin de guerre froide, cette touche qui gage que la rencontre avec cet élément extérieur a véritablement changé la protagoniste, à défaut de changer l’équilibre des forces. Plutôt convaincant.

1BR : The Appartment

Un thriller paranoiaque dénué de l’aspect insidieux et graduel qui fait le succès de ce genre de thriller.

Réalisation : David Marmor

Scénario : David Marmor

Assistants réalisateurs : Harry Katz, Patrick Scahill

Directeur Photo : Julien Poupard

Bande Originale : Ronen Landa

Monteurs : Rich Fox, David Marmor, Anna Rothke

Directeur Artistique : Ni Ni Than

Chef Décorateur : Ricardo Jattan

Budget : Inconnu

Pays : USA

Durée : 1h30

Compétition Festival de Gérardmer 2020

Sortie en VOD le 11 février 2021

Production : Jake Alden Falconer, Allard Cantor, Nic Izzi, Alok Mishra, Jarod Murray, Sam Sandweiss, Epicenter, Malevolent Films

Genre : Thriller Paranoiaque, Horreur

Acteurs Principaux : Nicole Brydon Bloom, Alan Blumenfeld, Susan Davies, Naomi Grossmann

Note : 6/10

Symptôme d’un individualisme rampant, prise de conscience plus ténue du contrôle social ou bien d’un monde qui promeut l’individualisme en jetant des oppressions plus insidieuses? L’enfermement social est plus que jamais présent à Gérardmer 2020, et également au programme  du film de l’américain David Marmor. Une gamine toutafé normale en conflit avec son père trouve un bel appartement avec de sympathiques voisins qui l’entourent de leur affection. Un paradis de voisinage ? Bien sûr que non, car nous sommes bien dans un thriller paranoiaque type Rosemary’s baby ou le locataire, mais sans le côté Polanskien. Un BR traite d’expérimentation, présentant un idéal collectif face à l’individualisme de l’héroïne.

Le problème est qu’il est trop mécanique et grandiloquent dans son déroulement, dénué de l’aspect insidieux et graduel qui fait le succès de ce genre de thriller. Il se montre même parfois complaisant dans le processus de torture, trahissant l’impatience du réalisateur. Au final, on ne ressent pas de tension croissante, mais quelques moments chocs au milieu de passages obligés. L’héroïne incarnée par Nicole Brydon Bloom est sympathique, mais trop polissée pour attirer la sympathie et les voisins bien trop caricaturaux. L’intrigue ne brille pas non plus par son originalité, se contentant de dérouler mathématiquement le plan des géoliers. Un film très binaire en somme, mais qui se laisse regarder.

The Fanatic

Insupportable, le simplet composé par John Travolta convertit le thriller paranoiaque en nanar d’un nouveau genre

Réalisation : Fred Durst

Scénaristes : Fred Durst, Dave Beckerman

Directeur Photo : Conrad W.Hall

Assistant réalisateurs : Jared Briley, Julie Johnsen, Maggie Ballard

Montage : Malcolm Crowe, Nik Voytas

Bande Originale : Blvck Ceiling, Gary Hickeson

Chef Décorateur : Joe Lemmon

Pays : USA

Durée : 1h28

Sortie DVD le 25 septembre 2020. Disponible sur OCS

Production : Oscar Generale, Daniel Grodnik

Acteurs Principaux : John Travolta, Devon Sawa, Ana Golja, Jacob Grodnik, James Paxton

Genre : Nanar inquiétant

Moose vit à Hollywood. Il est fan de Hunter Dunbar, un acteur de film d’horreur. Simple d’esprit, il prend un peu trop à coeur cette passion et se froisse lorsque l’acteur le sermonne après une demande d’autographe trop directe. Il se débrouille pour obtenir l’adresse de Dunbar et se met à rôder autour de chez lui. Un jeu dangereux commence sans que le simplet ne saisisse très bien qu’il pénètre de plus en plus l’intimité de son héros. Et lorsqu’il s’invite chez les gens, Moose n’aime pas qu’on l’empêche de faire ce qu’il veut. Il est plutôt rare depuis le début des années 2000 d’assister à la naissance en direct d’un nanar . Pas le faux nanar calibré produit par The Asylum et consorts, mais ce film sincère et premier degré qui donne un résultat omplètement en décalage avec l’intention première de son auteur. The Fanatic est à première vue un thriller mettant en exergue le potentiel destructeur de Los Angeles, plutôt bien réalisé et monté, auxquel viennent se greffer des nappes musicales souvent inquiétantes. Il permet même de revoir Devon Sawa, héros de la main qui tue et du premier Destination finale.

Le soucis est que l’ex leader de Limp Bizkit Fred Durst, dont c’est le troisième film en tant que réalisateur, a laissé carte blanche à John Travolta pour donner sa patte à Moose. La composition en craquage complet de l’acteur, que ce soit sur l’interprétation, la gestuelle et l’accoutrement, alliée à une caractérisation du personnage complètement branque suffisent à ressentir cette sensation de constant décalage, cette stupéfaction devant cet objet qu’on veut nous faire passer pour un nouveau « Misery » et qui nous présente ce type sur-excité se dandinant sur le fauteuil ou faire attention de ne pas réveiller son idole alors qu’il prend un selfie, alors qu’une musique inquiétante berce nos oreilles. Difficile de savoir quoi penser de ce qu’on nous montre dans ces conditions. Hors ce décalage constant entre la gravité et la comédie, le noeud du problème vient du fait que Moose est présenté tout à tour comme un être exceptionnel et comme une victime à protéger, sorte de Simple Jack dindon de la farce hollywoodienne, alors qu’il se pose très vite comme un sacré connard qui n’hésite pas à tancer sa meilleure amie et les gens qui l’aident et à exprimer son narcissisme en toute circonstance. Il n’y a pas une scène où on n’ait pas envie de le balancer sous une voiture. Aussi l’accès de violence final de la star sonne comme une libération. La note d’intention finale abrupte et ce « i’m not a stalker » comique comme mot de la fin ne fera que confirmer l’incompréhension et le sentiment d’avoir assisté à un autre film que celui qui a été tourné.

The Lodge

Un beau sentiment de remplissage, d’incohérence et de fainéantise scénaristique suit le visionnage de ce film. Il est d’autant plus dommageable qu’il s’appuie sur le charisme d’une belle brochette d’acteurs

Réalisation : Severin Fiala, Veronika Franz

Scénario : Sergio Casci, Severin Fiala, Veronika Franz

Directeur Photo : Thimios Bakatakis

Bande Originale : Danny Bensi, Saunder Jurriaans

Montage : Michael Palm

Chef Décorateur : Sylvain Lemaitre

Casting : Dixie Chassay

Budget : Inconnu

Pays : Royaume-Uni, Canada, USA

Durée : 1h48

Compétition Festival de Gérardmer 2020

Sortie VOD le 15 juillet 2020

Production : Simon Oakes, Aliza James, Aaron Ryder, FilmNation Entertainment, Hammer Films

Genre : Drame psychologique, Horreur

Acteurs Principaux : Riley Keough, Jaeden Martell, Lia McHugh, Richard Armitage, Alicia Silverstone

Note : 3,5/10

Le festival de Gérardmer a toujours eu ses films qui jouent sur la torpeur et les névroses sous couvert d’installer une ambiance. Digne successeur du Goodnight Mommy du duo Veronika Franz et Severin Fiala, The Lodge est également centré sur des enfants : un frère et une sœur qui doivent faire face au suicide brutale de leur mère. Le père leur impose une belle-mère dérangée psychologiquement (pour cause, elle a grandi dans une secte religieuse) et propose à tout ce petit monde un séjour dans un chalet, juste avant de se carapater et de laisser la nouvelle femme avec ses deux gosses.

Fidèle à la sélection de cette année, the Lodge est donc un faux huis clos qui réserve de beaux extérieurs, mais se trouve coupé du monde et de son contexte. Dans l’enfermement familial et de la maison, les névroses et les petits coups bas peuvent se développer. Le problème est que le film joue sur l’ambiguité de sa nature fantastique, et ce jusqu’au bout, et il joue même toutes ses cartes uniquement sur cette ambiguité. Le meilleur moment du film est à ce titre un des seuls qui soit clair et direct, au tout début. De ce fait, un twist est attendu au tournant et il ne sera guère surprenant que les réalisateurs ne s’en contentent pas, probablement conscients que le boulot qu’ils ont fait sur la montée de la tension est très loin de ce dont étaient capable un Shyamalan ou un Amenabar. Un beau sentiment de remplissage, d’incohérence et de fainéantise scénaristique suit le visionnage de ce film. Il est d’autant plus dommageable qu’il s’appuie sur le charisme de Riley Keough, de Richard Armitage et surtout d’une Alicia Silverstone transfigurée qui n’a heureusement pas cédé aux sirènes de la chirurgie. Avec des productions plutôt rares, on attend beaucoup mieux de la nouvelle Hammer.

Warning : Do not Play – 암전

Cette parabole du voyeurisme moderne et de sa contagion rate quelque peu sa cible en échouant sur toutes ses tentatives d’impliquer le spectateur

Réalisation : Kim Jin-Won

Scénariste : Kim Jin-Won

Directeur Photo : Young-soo Yoon

Bande Originale : Laxman Singh Dhami

Production : Jung-sim Won, Lee Yoon-Jin, Won Jeong-shim

Pays : Corée du Sud

Durée : 1h26

Genre : Thriller horrifique, Fantastique

Sélection Festival de Gérardmer 2020. Sortie française le 5 mai 2020 en VOD et DVD/Bluray

Acteurs Principaux :Ye-Ji Seho, Seon-kyu Jin, Bo-ra Kim, Cha Yub, Yoon Ho Ji

Note : 4/10

Mi-Jung est réalisatrice de films d’horreur, et elle lutte pour boucler le scénario de son prochain long. Aussi lorsqu’un de ses amis lui raconte la légende d’un film tourné par un fantôme qui aurait provoqué un arrêt cardiaque dans la salle où il était projeté, elle s’improvise enquêtrice pour mettre la main sur l’objet. Sa quête la conduira vers une école de cinéma et le fera rencontrer le réalisateur de ce « Warning ». Mais ce dernier, hanté par la courte exploitation du film, fera tout pour empêcher Mi-Jung d’accéder au secret du film maudit et aux coulisses de sa conception. Film de clôture du dernier festival de Gérardmer, le nouveau film du réalisateur du torture porn « Butcher » nous amène donc dans un territoire déjà pas mal ratissé : celui de l’image maudite. Warning croise à la fois cette thématique développée dans les Ring et celle du snuff movie, portée par des films comme 8 mm, Sinister ou Tesis d’Amenabar. Mais nous sommes loin des sociétés secrètes prenant plaisir à échanger des images de meurtres rituels. C’est par la présence d’un élément fantastique (le fantôme) que les mises à mort deviennent contagieuses, forçant les faibles réalisateurs à les diffuser et à perpétuer l’oeuvre, eux-mêmes se condamnant à devenir des victimes. En ce sens, Warning : Do not Play est plus un état des lieux du voyeurisme moderne, plus diffus et ordinaire, avec son héroïne qui ne se prive jamais de sortir son téléphone portable au moindre événement inhabituel. Il pointe ce besoin incontrôlé de filmer l’horreur plutôt que de le prévenir, ce qui invite à le perpétuer.

L’argument du scénario inabouti n’est qu’un prétexte à envoyer la prochaine victime consentante du lot sur les lieux de la précédente tuerie. L’enquête, lente et fastidieuse (l’utilisation des ellipses est parfois un luxe), ne présente que peu d’intérêt. L’angoisse est peu habilement distillé et l’héroïne trop antipathique pour provoquer l’empathie. Sa réaction face aux mises en garde du réalisateur de « Warning » donne envie qu’il lui arrive du mal. Il n’y a que la deuxième partie, dès la découverte du film, qui décollera, en ce qu’elle amorce un jeu de miroir entre les différentes réalités (le film dans le film, le remake des événements passés). Mais Warning : Do not Play restera à l’état de film théorique, aucune des images proposées, et encore moins la fin, ne parvenant à faire entrer dans le propos du réalisateur, ni à susciter de grandes réactions. Le comble est que le spectateur ne quitte jamais sa position d’observateur passif des événements alors que Kim-Jin Won use des plus gros artifices pour l’inclure, quitte à lui jouer le coup de la mise en abime dans une salle de cinéma.