Nomadland

Réalisation : Chloé Zhao

Scénario : Chloé Zhao, d’après le roman de Jessica Bruder

Directeur Photo : Joshua James Richards

Montage : Chloé Zhao

Musique : Ludovico Einaudi

Direction Artistique : Elizabeth Godar, Tom Obed

Chef Décorateur : Joshua James Richards

Production : Frances McDormand, Peter Spears, Mollye Asher, Dan Janvey, Chloé Zhao, Geoff Linville, Emily Jade Foley

Pays : USA

Durée : 1h48

Acteurs Principaux : Frances McDormand, David Strathairn, Gay DeForest, Linda May, Charlene Swankie, Patricia Grier

Genre : Road-Movie, Drame social

Note : 7/10

Sortie en salles le 9 juin 2021

En 2011, Fern a perdu l’emploi qu’elle occupait dans l’usine américaine de plâtres où elle travaillait, à Empire, Nevada. L’usine a disparu, tout comme son mari quelques années auparavant. Fern a décidé de vendre la plupart de ses biens et d’acheter une camionnette pour vivre et parcourir le pays à la recherche d’un emploi. Une vie de nomade qu’elle partage avec de nombreuses victimes de la crise aux Etats-Unis, solidaires et fiers de subsister en marge des modes de vie classiques. Difficile de faire plus américain que ce Nomadland, de par le sentiment de liberté qu’il exalte et le parfum de road-movie qui l’enveloppe. Languissant, il suit le cours de la route et des rencontres de Fern sans véritable trame. Frances McDormand y’est splendide de naturelle, comme à son habitude. Ce film lui a apporté son troisième Oscar, la faisant talonner le record des 4 oscars de Katherine Hepburn. Mais on ne peut concevoir après une heure de film que la statuette ait pu être attribué à quelqu’un d’autre. S’il y’a un Oscar de mérité dans la fournée, c’est bien le sien.

Ce ne sont pas les paysages américains qui sont les véritables vedettes de ce road-movie. Il se risque à prendre son temps, pas forcément pour immortaliser les grandes étendues bordant les routes américaines, même si nous aurons quelques scènes bucoliques. Il le fait pour capter la mélancolie ou la joie de cette nomade des temps modernes et de ceux qu’elle croise, pour décrire les liens qui se tissent entre eux, attraper des moments comme s’ils n’avaient pas été mis en scène, qui posent ces femmes et ces hommes comme de véritables acteurs de leur vie, et non comme des victimes du système. Et au jeu de captation de la vie des laissés pour compte de l’Amérique, la réalisatrice Chloe Zhao a déjà de la bouteille. Il y’a cinq ans, elle suivait un Sioux dans une réserve indienne du Dakota. La voilà oscarisée et débauchée par Marvel (Eternals, sortie prévue en 2020). Un parcours trop rapide, mais de plus en plus classique au sein d’Hollywood, qui tend à empêcher les talents émergents de prendre leur temps pour mûrir et s’épanouir avant de franchir le pas du blockbuster. Nomadland est un film très sympathique, qui sait toucher et qui réussit à transmettre une réalité, mais ce n’est pas un chef d’oeuvre dans son genre. On sent que Chloe Zhao est capable d’encore mieux.

La Mission – News of the World

Réalisation : Paul Greengrass

Scénario : Paul Greengrass & Luke Davies d’après le roman éponyme de Paulette Jiles (2016)

Directeur Photo : Dariusz Wolski

Montage : William Goldenberg

Bande Originale : James Newton Howard

Chef Décorateur : David Crank

Direction Artistique : Natasha Gerasimova, Billy W.Ray, Lauren Slatten

Concepteur de Production : David Crank

Pays : USA

Durée : 1h58

Diffusé sur Netflix à partir du 10 février 2021

Production : Gary Goetzman, Gregory Goodman, Gail Mutrux, Steven Sharedian, Tore Schmidt, Tom Hanks

Acteurs Principaux : Tom Hanks, Helena Zengel, Elizabeth Marvel, Bill Camp, Mare Winningham

Genre : Western

Note : 7/10

Paul Greengrass est connu pour ses films à haute teneur politique (Bloody Sunday, Vol 93), et surtout pour avoir longtemps accompagné Jason Bourne dans ses aventures, shaky cam portée, au plus près des acteurs qui fit école par la suite dans les films d’action. News of the World est sa première incursion dans le western, et il a choisi Tom Hanks, qu’il avait déjà dirigé dans « Captain Phillips » pour négocier ce virage. Hanks est le Capitaine Kidd, ancien combattant de la Guerre de Sécession qui arpente le Sud de l’Amérique des années 1870 pour lire les nouvelles aux populations précaires et travailleuses. Au hasard de sa route, il croise une fillette de 10 ans. Enlevée par des indiens qui ont massacré sa famille des années plus tôt, la gamine se retrouve de nouveau seule après que ces indiens aient été tués à leur tour. Devant l’inaction des autorités, le Capitaine décide de la conduire chez la seule famille qui lui reste. Mais la fillette élevée par les indiens ne parle que leur langue et semble avoir perdu tout souvenir de sa vie d’avant. La modernité du réalisateur face au classicisme du sujet et la curiosité de voir Tom Hanks se fondre dans ce décor de western suffisent à attiser la curiosité. Elle

Le réalisateur a choisi de se conformer au genre qu’il visite, probablement à raison. News of the World traîne le lourd héritage de La Prisonnière du Désert de John Ford. Il ne se départit pas d’un beau cinémascope qui se savourera avec plaisir sur un écran géant, des vignettes Fordiennes et de cette thématique consacrée de l’innocente victime de l’Ouest sauvage. Mais il y’ajoute l’humanisme et la langueur mélancolique typiques des western et néo-westerns Eastwoodiens/Costneriens des années 90. Son thème, la résilience et l’union dans une époque particulièrement hostile, prendra un écho particulier dans l’Amérique divisée et le contexte actuel. News of the World ne dissimule pas la dureté de l’Ouest et la difficulté de la vie des pionniers, mais il apporte de la lumière. Protagoniste qui se suffit à lui-même pour évoluer tel un électron libre dans n’importe quel univers qui n’est pas le sien, Tom Hanks incarne cette lumière qui jure avec le décor, comme il le fait très bien depuis maintenant quatre décennies. Son personnage est en proie au doute et possède son propre parcours de rédemption, mais il ne fléchit que peu. La véritable héroïne est la fillette qui partage la vedette, incarnée par l’allemande Helena Zengel. Entre mutisme et défiance, elle brille toute en retenue, accompagnant le rythme balisé et posé du voyage avec une assurance étonnante pour une actrice de son âge. Sa présence parvient à en dire plus sur le peuple qui l’a éduquée que ne l’auraient faites de nombreuses scènes. Les indiens seront d’ailleurs toujours dans l’ombre, comme une histoire qui fait peur, spectre prolongeant la haine du Nordiste pour les américains Sudistes. News of The World ne surprendra guère, mais c’est un western solide et incarné qui raconte très bien son histoire. Le Capitaine Kidd approuverait.

Minuit dans l’Univers – The Midnight Sky

La nouvelle réalisation de George Clooney est un post-apo light, pudique et mélancolique teinté d’aventure spatiale, dont la portée se trouve involontairement grandie du fait des événements de 2020.

Réalisateur : George Clooney

Scénario : Mark L. Smith, d’après le roman de Lily Brooks-Dalton « Good morning, Midnight »

Directeur Photo : Martin Ruhe

Assistant Réalisateur : Lee Grumett

Montage : Stephen Mirrione

Bande Originale : Alexandre Desplat

Chef Décorateur : Jim Bissell

Direction Artistique : Tim Browning, Gregory Fangeaux, Claire Fleming, Helen Jarvis, Jonathan Opgenhaffen, Nic Pallace, Gunnar Palsson

Costumes : Jenie Eagan

Pays : USA

Durée : 2h02

Diffusé sur Netflix à partir du 23 décembre 2020

Production : George Clooney, Grant Heslov, Keith Redmon, Cliff Roberts, Greg Baxter, Barbara A.Hall, Todd Shuster

Acteurs Principaux : George Clooney, Felicity Jones, David Oyelowo, Tiffany Boone, Demian Bichir, Kyle Chandler, Caoilinn Springall

Genre : Anticipation, survival, film spatial

Note : 7/10

Trois ans après « Bienvenue à Suburbicon », George Clooney est de retour derrière et devant la caméra pour cette adaptation du roman « Good morning Mindnight » de Lilly Brooks-Dalton. Un post-apo light, pudique et mélancolique teinté d’aventure spatiale, dont la portée se trouve involontairement grandie du fait des événements de 2020. Il y incarne Augustin Lofthouse, brillant scientifique qui a consacré sa vie à chercher une planète habitable. En 2049, année où se déroule le film, la Terre a été victime d’une catastrophe nucléaire et ses habitants fuient les radiations. Gravement malade, Augustin choisit de rester sur Terre dans un observatoire de l’Arctique pour garder le contact avec des astronautes de retour sur Terre. Il y rencontre une gamine muette, Iris, abandonnée dans la station et qui lui tiendra compagnie. Dans l’espace, le vaisseau spatial Aether revient d’une mission sur un satellite de Jupiter qui pourrait être habitable, avec cinq astronautes à son bord, dont une femme enceinte (la sympathique Felicity Jones, héroine de « Rogue One »). L’équipage n’est pas au courant que la Terre est désormais inhabitable. Mais le contact pourrait bien ne pas se faire entre eux et le vieil astronome. Augustin et la gamine sont contraints de rejoindre une autre base pour trouver une meilleure antenne de liaison, alors que dans l’espace, le Aether est sur le point de perdre la communication avec le sol (et on parie que personne ne les entendra crier).

Minuit dans l’Univers a été tourné en 65 mm. Il a donc été pensé pour le cinéma, et s’il est produit par Netflix, il est bien sorti au cinéma aux Etats-Unis. On peut difficilement en douter : Qu’on convoque l’un ou l’autre des deux versants du film, dans la neige de l’Arctique ou dans l’espace, la réalisation est ample et met très bien en valeur ces deux milieux, à la fois beaux et dangereux. La partition d’Alexandre Desplat est aussi (et sans surprise) à la hauteur. La partie sur Terre bénéficie d’un George Clooney approchant la soixantaine, et qui peut parfaitement être crédible dans le rôle du vieil homme agonisant sous dialyse. Les regrets et la fatigue de l’homme passent très bien, tout comme la relation peu loquace qu’il entretient avec la petite Iris. Le retour du Aether met un peu plus de temps à prendre ses marques. On voit que Clooney a pris des leçons de son ami Alfonso Cuaron, car l’espace rendu est bien ce vide silencieux dépourvu de point d’ancrage que Gravity a célébré. Le réalisateur le remplit en prenant (trop) son temps avec les lieux communs du genre, jusqu’à ce que tout vienne enfin à décoller lors d’une sortie d’urgence qui débouche sur une scène réussie de complicité entre les membres de l’équipage. Dès lors, tout est lancé.

Ces deux parties auraient très bien pu chacune faire un film. Leur alternance paraît souvent hasardeuse, comme si l’aventure des uns empêchait de suivre pleinement celle des autres. La révélation finale qui achève de les lier n’est guère surprenante, puisque fondée sur un effet usé jusqu’à la corde (qui est aussi présent dans le bouquin). Ce nouvel opus de Clooney reste pourtant un beau film sur la précarité de notre planète, et sur l’inversion des dangers entre l’espace et la Terre. Il réserve quelques beaux moments de vie et confirme que le réalisateur de l’immense « Goodnight, and Goodluck » reste un bon créateur d’atmosphère, même quand il vole vers d’autres sphères que la politique.

Ma Rainey’s Black Bottom – Le blues de Ma Rainey

George C. Wolf a un matériel dense, et il en fait un très bon film qui parvient à brasser un contexte très riche de façon intelligente et immersive, et à faire exister un groupe d’acteurs épatants.

Réalisateur : George C.Wolfe

Scénariste : Ruben Santiago-Hudson, d’après la pièce d’August Wilson

Directeur Photo : Tobias A. Schliessler

Montage : Andrew Mondshein

Bande Originale : Brandford Marsalis

Chef Décorateur : Mark Ricker

Décoratrices : Karen O’Hara, Diana Stoughton

Chef costumier : Ann Roth

Production : Todd Black, Constanza Romero, Denzel Washington, Dany Wolf

Pays : USA

Durée : 1h34

Diffusé sur Netflix à partir du 18 décembre 2020

Acteurs Principaux : Viola Davis, Chadwick Boseman, Glyn Turman, Colman Domingo, Michael Potts, Jeremy Shamos, Jonny Coyne, Taylor Paige, Dusan Brown

Genre : Drame historique, Huis-clos

Note : 8,5/10

Les années 1920 ont vu le blues prendre d’assaut les maisons de disque. C’était le début de la période des « Race Records » qui exploitait les styles de musiques développés par les noirs en Amérique. Des maisons de disques détenues par des blancs avaient eu pour stratégie (payante) d’immortaliser sur disque les plus grandes voix, souvent contre des sommes dérisoires. C’était aussi la période des grandes migrations afro-américaines du Sud vers le Nord, dues autant à la crise des plantations qu’à la promesse de trouver une meilleure vie dans des industries gonflées à bloc par les profits de la Première Guerre Mondiale. Adapté de la pièce du dramaturge August Wilson, Ma Rainey’s black bottom raconte ces deux versants des années 20 en mettant le projecteur sur « Ma » Rainey, une des premières chanteuses de blues à connaître une grande renommée. Surnommé la « mère du blues », elle précéda et inspira les chanteuses de la génération de Bessie Smith. En 1927, elle est au top de sa carrière, bénéficiant d’un contrat depuis quelques années avec la maison de disque Paramount Records à Chicago. Le film de George C. Wolf raconte la session d’enregistrement très tendue d’un de ses disques. Autour de cette figure qui est le centre de gravité de tout un système, il y’a un band composé de cinq musiciens, un manager sous pression, le directeur de la maison de disque, une protégée et le neveu de la chanteuse. Tous ces personnages interagissent et se livrent dans le climat de tension sociale de l’époque, au coeur d’un semi-huis clos (l’essentiel de l’intrigue se déroule dans le studio et ses extérieurs). George C. Wolf a visiblement un beau matériel, et il en fait un très bon film qui parvient à brasser un contexte très riche de façon intelligente et immersive, et à faire exister tous les personnages. Reproduisant l’atmosphère et du Chicago de 1927, le film possède juste la bonne durée et un rythme qui ne baisse pas. Il réserve aussi plusieurs progressions dramatiques à la hauteur dans ce qui est, à la base, un huis-clos intimiste et banal. L’origine théâtrale du scénario est très prégnante. Dans cet espace limité, les personnages se livrent, souvent soutenus par des plans fixes sur leur visage lorsqu’ils racontent leur histoire. Le choix de ne montrer que sporadiquement les réactions souligne avec bonheur l’apport d’un casting exceptionnel.

En tête de file, Viola Davis rend justice au personnage haut en couleur qu’était « Ma » Rainey, faisant ressortir ses côtés provoquant et frondeur ainsi qu’un charisme redoutable. La chanteuse n’incarnait pas un blues triste, mais un blues résistant et fort. Elle comprend que son manager Irvin (joué par le très expressif Jeremy Shamos) et la maison de disque cherchent avant tout à posséder sa voix, mais aussi que c’est eux qui construisent l’Histoire. Tant que le disque n’est pas enregistré et que rien n’est signé, elle détient quelques miettes de pouvoir grâce à sa voix. Un pouvoir qui, malgré sa renommée, reste limité, mais qu’elle entend exercer pleinement le temps de cette session. Mais parmi ses musiciens, il y’a une forte tête. Le jeune trompettiste Levee est de cette nouvelle génération persuadée que la grande migration lui apportera une revanche sur les blancs qui ont tragiquement marqué son enfance. Il a le talent, mais aussi une arrogance déplacée, tentant tout pour voler la vedette à sa chanteuse. Compte tenu du contexte, Levee est un personnage tragique qui est loin de se douter que ces certitudes le conduisent à un mur. C’est aussi le dernier rôle de Chadwick Boseman, l’acteur étant décédé au mois d’août dernier. Il mérite de passer à la postérité pour ce rôle puissant, à des coudées au dessus de Black Panther. Pourquoi pas un Oscar à titre posthume? Autour de ces opposés gravitent le toujours génial Glyn Turman (qui a illuminé une partie de la saison 4 de Fargo) et les très bon Colman Domingo et Michael Potts.

Mais le film parle avant tout de blues, et à quel point cette musique a permis à la communauté noire de transmettre son Histoire dans un monde qui ne lui donnait pas encore la parole, au point parfois de créer des frustrations les montant les uns contre les autres. Ce fut une de ses plus grandes victoires, et ce qui a permis à beaucoup de tenir en restant digne. C’est donc aussi un merveilleux film sur le pouvoir de la musique. En complément, jeter un coup d’oeil sur le making of « a legacy brought to screen », également sur Netflix, est vivement conseillé.

Soul

Autant le dire d’entrée de jeu, « Soul » consolide le retour de PIXAR en terre d’excellence. Ce nouvel opus jazzy saura inspirer positivement la plus jeune âme comme pour la plus blasée

Réalisateurs : Pete Docter, Kemp Powers

Scénario : Pete Docter, Mike Jones, Kemp Powers

Directeurs Photo : Matt Apsbury, Ian Megibben

Montage : Kevin Nolting

Bande Originale : Trent Reznor, Atticus Ross, Jon Batiste, Cody Chestnutt (interprète), Abi Bernadoth (interprète)

Chef Décorateur : Steve Pilcher

Direction Artistique : Paul Abadilla

Concepteur Storyboard : Kristen Lester

Superviseurs animation persos : Michael Comet, Junyi Ling

Pays : USA

Durée : 1h40

Diffusé sur Disney + à partir du 25 décembre 2020

Production : Jaclyn Simon, Dana Murray, Kiri Hart, Dan Scanlon, Michael Warch

Voix américaines : Jamie Foxx, Tina Fey, Graham Norton, Rachel House, Alice Braga, Richard Ayoade, Angela Bassett, Phylicia Rashad

Voix françaises : Omar Sy, Camille Cottin, Ramzy Bedia

Genre : Fantastique, Aventure, Comédie

Note : 8,5/10

Il semble s’être passé une éternité depuis que le dernier PIXAR « En avant » est sorti sur nos écrans. C’était pourtant bien en 2020, peu avant le premier confinement. « Soul » devait sortir en salles une poignée de mois plus tard, pour être reporté ensuite à novembre, et finalement se trouver relégué comme produit d’appel de Noël pour la plateforme Disney +. Les seuls chanceux à avoir pu le découvrir sur grand écran auront été les spectateurs du Festival Lumière, au sein duquel il fut diffusé en avant-première. Autant le dire d’entrée de jeu, « Soul » consolide le retour de PIXAR en terre d’excellence. Alors que les années 2010 n’avaient donné que peu de films originaux, le cap pour les années 2020 est de ne plus capitaliser sur les suites. Toy Story 4 fermait en beauté cette parenthèse moyenne (à l’exception de Coco et Vice Versa) et en ouvrait une autre avec le génial « En avant ». Ce nouvel opus parle aussi de la mort, mais d’une façon beaucoup plus fantaisiste, avec plus de groove et des vibrations qui vous donneront envie de vous lever et de danser. Car nous sommes dans le territoire du jazz.

Nous suivons Joe Gardner, professeur de musique passionné de piano qui va bientôt réaliser son rêve. Alors que le destin le confinait dans son poste ingrat, un ancien élève lui propose de venir jouer pour une pointure. La chanteuse de jazz est séduite par le talent d’improvisateur de Joe et elle l’engage à l’essai. Trop heureux, Joe ne voit pas la bouche d’égout ouverte à la sortie et…Il entre dans la deuxième dimension. Aussitôt, son âme est séparée de son corps, prête à voyager dans l’au-delà. Mais le musicien refuse de suivre le chemin et il atterrit dans une sorte de jardin d’enfant pour âmes en devenir. Il est bientôt flanqué d’une âme élève revêche qui a désespéré tous ses célèbres mentors et qu’il a été chargé d’inspirer. Le passeport pour la Terre de l’élève pourrait bien être le retour vers la vie du professeur, qui n’a pas une minute à perdre pour participer au concert de sa vie. Ce simple résumé suffit à se rendre compte que la boîte à idées est grande ouverte, et ce n’est encore que le premier acte. S’il met quelques temps à trouver sa magie, il ne se gêne pas pour nous envoyer dans toutes les directions, nous faire voyager entre les univers, de la Terre à un purgatoire en 2D (!), en passant par un entre-deux auquel accèdent les vivants connaissant des états de transe. Pete Docter (auteur de là-Haut, Monstres & Cie et accessoirement le meilleur réalisateur/scénariste PIXAR) et Kemp Powers s’éparpillent même un peu, mais il faut du temps pour tout introduire. Progressivement, l’histoire trouve son tempo et son âme. Elle arrive quelque part durant l’échange terrestre qui a lieu entre l’élève et le professeur, sans crier gare, car la dynamique de buddy movie, l’humour et la beauté des images (la ville est bluffante, au point que les personnages 2D introduits sur Terre ont l’air de se balader dans un film live) ont déjà acquis la complicité du spectateur.

Faut-il aimer la musique, et plus particulièrement le jazz pour aimer Soul? On peut dire que le rôle des animateurs est de vous faire aimer la musique comme l’aime Joe Gardner, même si c’est pas trop votre tasse de thé, un peu comme Ratatouille était parvenu à faire aimer la bonne cuisine. La bande originale est très diverse, portée tantôt par les ambiances de Trent Reznor et Atticus Ross, tantôt par le son jazzy de Jon Batiste. Mais ce sont surtout les scènes de transe qui transcendent le film, les instants durant lesquels les personnages sont inspirés par des détails, un geste, une musique. Faire ressentir ces moments est un peu le défi de « Soul » puisqu’il se donne pour mission de recentrer les perfectionnistes obsessionnels et les monomaniaques sur la vie. Il pourrait passer pour un éloge de la médiocrité s’il ne servait pas un propos plus complexe. Chacun trouve sa voie, mais ce n’est pas forcément être le meilleur dans une discipline. Si le plaisir ressenti en portant un art à sa perfection est réel, il ne faut pas s’en contenter au point de se couper du monde. C’est un peu aussi ce qui fait l’art de PIXAR, une forme de perfection formelle, mais qui ne fonctionne que grâce à ce rapport de proximité au monde qui donne l’âme de ses meilleurs films. Soul est autant un parcours de révélation pour Joe et le spectateur plus vieux, qu’un parcours d’initiation pour l’élève 22 et le jeune spectateur, l’un interagissant constamment pour nourrir l’autre. Les mots de la fin transportent comme de la magie pixarienne, pour retomber aussitôt dans une étrange frustration. On aurait tant aimé les entendre dans une salle de cinéma, puis en sortir pour profiter de chaque instant dans la rue, à l’air libre. En n’attendant pas quelques mois pour nous faire découvrir « Soul » dans les meilleurs conditions, Disney s’est totalement coupé du message de son film, et n’en a probablement rien à foutre. Ce petit jazz inspirant au goût post-COVID rate de peu le titre de meilleur film de l’année, qui échoue à « En avant ».

The Mandalorian – Saison 2

Une très belle saison riche en action qui place le Mandalorien dans le sillage de la trilogie classique Star Wars, de Clone Wars et de Rogue One.

Showrunner / Créateur : Jon Favreau

Scénario : Jon Favreau, George Lucas, Rick Famuyiwa, Dave Filoni

Réalisation : Rick Famuyiwa, Dave Filoni, Bryce Dallas Howard, Peyton Reed, Jon Favreau, Robert Rodriguez, Carl Weathers

Directeur Photo : Barry Baz Idoine, Matthew Jensen, David Klein

Montage : Andrew S. Eisen, Jeff Seibenick, Adam Gerstel, Dylan Firshein

Bande Originale : Ludwig Göransson

Chef Décorateur : Andrew L. Jones, Doug Chiang

Direction Artistique : Vlad Bina, John B. Josselyn, Bradley Rubin

Pays : USA

Durée : 8 x 40 mn

Diffusé sur Disney + à partir du 30 octobre 2020

Production : Jon Favreau, John Bartnicki, Carrie Beck, Dave Filoni, Karen Gilchrist, Kathleen Kennedy, Janet Lewin, Jason D. McGatlin, Colin Wilson, David S. Grant, John Hampian

Acteurs Principaux : Pedro Pascal, Gina Carano, Giancarlo Esposito, Rosario Dawson, Amy Sedaris, Temuera Morrison, Ming-Na, Timothy Oliphant, Katee Sackhoff

Genre : Space Opera, Western, Action

Note : 8/10

Disney a eu le nez fin en lançant le Mandolarien comme produit d’appel de sa nouvelle plateforme. Les aventures du Mandalorien Din Djarin et du mystérieux bébé Yoda n’ont pas fait que résuscitter l’effet gizmo dans le monde du merchandising. En une saison, Jon Favreau (qui avait déjà lancé le Marvel Cinematic Universe avec Iron Man en 2008) a réussi à renouer avec l’esprit de la trilogie classique : un peu de western, une pointe de space opera, de l’émotion bien calibrée, des personnages attachants et une série tournée vers l’action. Un habillage splendide au niveau des génériques et une bande originale épique à souhait composait la cerise sur le gâteau. Le côté solennel que Georges Lucas avait apporté à son mythe était reproduit, mais avec la pointe d’originalité qu’il fallait. La première série de Disney + représentait bien un nouvel espoir pour une galaxie de personnages de l’univers étendu Star Wars, et une occasion de donner une suite directe au retour du Jedi. Cet espoir est confirmé par la saison 2. L’apport de Dave Filoni, qui a travaillé sur les animés Clone Wars et le récent Star Wars Rebel, est d’ailleurs la première chose qui ressort de ces huit épisodes. En point d’orgue l’épisode 5, festival de coup de coudes qui voit le retour de la jedi Ahsoka Tano qui participa à Clone Wars, sous les traits de l’irrésistible Rosario Dawson. Nous retrouverons également Bo-Katan Kryze, que les fans des animés Star Wars connaissent bien, et qui retrouve une seconde vie avec Kathee Sackhoff. Nous avons dans la foulée la promesse d’une venue future du grand amiral Thrawn, vilain en chef de l’univers étendu déjà apparu dans Star Wars Rebel. De quoi exciter les inconditionnels de romans qui avaient été expulsés du canon de Star Wars avec la sortie de la trilogie de 2015.

Outre ces apparitions surprises et ces belles promesses, cette saison 2 réserve son lot d’action cinématographique, recrutant des valeurs sûres comme Robert Rodriguez et Peyton Reed (réalisateur de Ant-Man) pour visiter de nouveaux mondes et des plus familiers. L’ouverture nous conduit sur Tatooine capturer un gigantesque ver des sables pour un épisode de près d’une heure qui remet instantanément la série en orbite. L’action est lisible, les panoramas sont superbes, les échanges musclés. Mais la relation qui unit le héros et le bébé jedi est toujours le centre de gravité de la série. Alors que nous découvrons peu à peu qui est ce petit être et quelle sera sa destinée, le mandalorien s’ouvre de plus en plus, s’autorisant quelques touches d’humour bienvenues. Les péripéties ne sont pas des plus originales, et parfois répétitives. On nous refait le coup de l’enlèvement et de la prise d’assaut d’un croiseur de l'(ex) empire. Mais il y’a toujours un grand soin pour faire monter la tension, une science du découpage qui sait maintenir l’intérêt et faire tomber la garde du téléspectateur. Le dernier épisode de la saison est un bel exemple de jeu entre le suspens et l’attente. Alors que nous nous attendons à une fin qui va marquer un gros bodycount (les dark troopers brrr), Jon Favreau fait débarquer la surprise qui va mettre fin à l’arc du bébé Yoda. Une surprise superbement introduite et exécutée qui saura réchauffer le coeur du StarWarsphile.

Il faut profiter de cette très belle saison 2 et la savourer comme elle le mérite. Car on sent déjà que le ver est dans la pomme. Alors que la saison 1 introduisait des personnages originaux, celle-ci joue avec la nostalgie dès que l’occasion se présente. L’arrivée de Bobba Fett, plutôt inopportune, ne sera qu’un prétexte à introduire une des nouvelles séries Star Wars annoncées par Disney le 10 décembre dernier. Cette même série s’annonçant en post-générique du dernier épisode, comme un coup de coude aux Marvels cinématographiques. Il n’y a qu’un pas à franchir pour voir le retour du syndrome spin-off qui a tant appauvri les blockbuster de la décennie 2010 (chacun des films d’un superhéros était une vitrine au Marvelverse). Ces apparitions ne seraient pas trop graves si elles ne volaient pas le temps nécessaire à faire exister les personnages de l’univers du Mandalorien, mais c’est effectivement le cas. On regrettera par exemple le peu de temps pour développer le personnage de Gina Carano et l’absence de dialogues savoureux pour donner des pauses à l’action. Un autre moins concerne le personnage titre, qui perd de sa superbe à mesure qu’il retire son masque. Il n’est pas très rassurant que la production de la série ait cédé à deux reprises à cette facilité, alors même que le second héros tire sa révérence.

Borat, Nouvelle Mission Filmée – Borat Subsequent Movie Film

Un film exutoire aussi drôle et satirique que son prédécesseur, mené par un duo qui ne recule devant rien

Réalisation : Jason Woliner, Sasha Baron Cohen, Alex Daniels, Charles Grisham, Dale Stern

Scénario : Sasha Baron Cohen, Anthony Hines, Dan Swimer, Nina Pedrad, Peter Baynham, Erika Rivinoja, Dan Mazer, Jenna Friedman, Lee Kern

Directeur Photo : Luke Geissbuhler

Montage : Craig Alpert, Michael Giambra, James Thomas

Bande Originale : Erran Baron Cohen

Chef décorateur : David Saenz de Maturana

Direction Artistique : Vraciu Eduard Daniel, John Lavin, Sylvia Nancu

Pays : USA, Royaume-Uni

Durée : 1h35

Sortie en France le 23 octobre 2020 sur Amazon Prime

Production : Sasha Baron Cohen, Monica Levinson, Anthony Hines, Peter Baynham, Buddy Enright, Nicholas Hatton, Dan Mazer, Stuart Miller, Rachel Hein, Lee Kern

Acteurs Principaux : Sacha Baron Cohen, Maria Bakalova

Genre : Comédie satirique, Faux documentaire

Note : 8/10

En 2006, Borat innovait de par son ton jusqu’au-boutiste et sa forme : Un faux documentaire sous la forme d’une comédie satirique – un journaliste du kazakhstan débarque aux Etats-Unis, envoyé par le ministère de l’information pour tirer des leçons de la prospérité américaine – ponctué de scènes de caméra cachés guettant les réactions à vifs des américains embarqués malgré eux dans l’aventure. Sasha Baron Cohen saisissait avec pertinence les travers des états-uniens en leur exposant les pires clichés existants du barbare kazakhe, de quoi être censuré par de nombreux pays et fortement critiqué par le président du pays en question. Ce deuxième film démarre avec la punition du journaliste, condamné aux travaux forcés pour l’image qu’il a véhiculée de son pays. Borat est libéré par son gouvernement pour retourner aux Etats-Unis. Sa mission? Garantir les bonnes grâces du gouvernement Trump en offrant à son vice-président Mike Pence un singe très célèbre au Kazakhstan. Mais la fille de 15 ans de Borat, Tutar, s’est invitée en passagère clandestine dans la caisse du primate et elle l’a mangé. Menacé de finir écartelé dans son pays, le journaliste prend sur lui d’offrir sa fille en cadeau à la place du singe. L’éducation américaine de la gamine commence. Elle lui fera découvrir les nombreux mensonges de sa culture et un nouvel univers déstabilisant. Pendant ce temps, une épidémie nommée COVID 19 se propage à grande vitesse…ou bien ne serait-ce qu’un hoax colporté par les affreux démocrates menés par l’horrible Barack Obama ?

Après une décennie de montée en flèche du politiquement correct, retrouver Sasha Baron Cohen en forme comme aux premiers jours est vivifiant. Borat 2 va même plus loin dans l’offensant, réservant un lot de scènes des plus perturbantes (en tête une danse locale père/fille) ponctués des sorties antisémites, sexistes, homophobes (…) de Borat et sa progéniture. Les interlocuteurs filmés à leur insu participent de bon gré pourvu que quelques billets soient lâchés. La formule du ‘pris sur le vif’ fonctionne toujours autant. Elle est l’occasion de tâter la régression accélérée des Etats-Unis depuis le premier film. Il y’a toujours le côté « American Way of life » avec la chirurgie esthétique, les bimbos écervelées et le décalage toujours savoureux avec la coutume fantasmée du Kazakhstan, tout ce qui peut prêter à sourire avec une certaine distance. Mais il y’a aussi ces conspirationnistes avec qui Borat passe plusieurs jours et une succession de détails qui sont plus de l’ordre du drame, puisque décrivant une faillite rampante de la réflexion sur le plan mondial. Ce deuxième Borat est un tract démocrate revendiqué. Il s’attaque frontalement (mais de façon toujours drôle et astucieuse) à Donald Trump, Mike Pence et Rudy Giuliani. La charge envers les Trumpistes est également trop violente pour rallier l’électorat républicain. Elle se présente comme un exutoire de 4 ans de Trump et comme un coup de pied aux fesses pour l’électeur démocrate indécis (le film est sorti peu avant les élections américaines et enjoint de voter dans son générique). Le parcours de rédemption/libération de Tutar en tant que femme américaine occupe une grande place pour rendre Borat 2 plus fréquentable auprès de cette cible, également plus polarisée et moins encline à accepter le personnage. Il reste que cet arc de la fille de Borat – Cendrillon déviante rêvant d’être la nouvelle Melania Trump- est très bien mené et l’actrice Maria Bakalova est épatante. Je ne dirai rien de la partie COVID en toile de fond, sous peine de révéler un sacré twist. Ce nouveau Borat est en tout cas à ranger aux rayons des suites utiles et pertinentes.

Mank

David Fincher revient avec un film méticuleux sur le fond comme sur la forme, mordant et attachant. Un véritable hommage à Herman Mankiewicz et aux scénaristes en général.

Réalisation : David Fincher

Scénario : Jack Fincher

Assistants Réalisateurs : Richard Goodwin, Samantha Smith McGrady

Directeur Photo : Erik Messerschmidt

Monteur : Kirk Baxter

Bande Originale : Trent Reznor & Atticus Ross

Chef Décorateur : Donald Graham Burt

Direction Artistique : Chris Craine & Dan Webster

Coordinateurs des effets spéciaux : Frank Ceglia, Josh Hakian

Casting : Laray Mayfield

Pays : USA

Durée : 2h11

Diffusé sur Netflix depuis le 4 décembre 2020

Production : Cean Chaffin, William Doyle, Peter Mavromates, Andrea McKee, Eric Roth, Douglas Urbanski

Acteurs Principaux : Gary Oldman, Amanda Seyfried, Lily Collins, Tom Pelphrey, Tuppence Middleton, Charles Dance, Arliss Howard, Joseph Cross, Charles Troughton, Ferdinand Kingsley, Tom Burke

Genre : Biopic, Comédie Dramatique

Note : 8,5/10

David Fincher se fait rare ces dernières années, et cela risque de durer pour ceux qui n’ont pas Netflix. Depuis la sortie de Gone Girl en 2014, il a showrunné et réalisé quelques épisodes de la très bonne série Mindhunters et participé à la production de Love, Death and Robot. « Mank » est l’occasion de sceller sa relation de longue date avec la plateforme (c’est lui qui fourni « House of Cards », la première série Netflix) pour un contrat de 4 ans. Le bras de fer de Fincher avec les studios ne date pas d’hier. Ce dernier film, scénarisé par son père Jack Fincher, devait voir le jour à l’origine après la sortie de The Game avec Kévin Spacey et Jodie Foster. Mais la volonté de le tourner en noir et blanc avait fait reculer le studio Polygram. Il a donc fallu attendre 20 ans et la carte blanche de Netflix pour voir « Mank » sur le petit écran, avec Gary Oldman et Amanda Seyfried au générique et un crédit à titre posthume au père du cinéaste. Pour ce nouveau film, Fincher met la lumière sur Herman J. Mankiewicz, scénariste renommé dans le Hollywood des années 30 qui fut entre autres, à la tête du département scénario de la Paramount. L’homme est désormais moins connu que son plus jeune frère Joseph, mais c’est la renommée du grand frère qui permit au futur réalisateur de Cléopatre d’entrer dans le sérail des studios. Non crédité sur la plupart des scénarios qu’il a fourni et corrigé, comme c’était souvent le cas aux débuts du cinéma parlant, il peut compter notamment à son palmarès « le Magicien d’Oz » et « Citizen Kane ».

C’est au chef d’oeuvre d’Orson Welles que « Mank » s’intéresse puisque Fincher y décrit la maturation du scénario de « Citizen Kane » par Mank-iewicz alors qu’il était en isolement forcé. A travers une série de flashbacks, nous suivons une partie des pérégrinations de ce Mank (Gary Oldman), personnage atypique dans le Hollywood des années 30, alcoolique notoire sans aucun filtre vis à vis de son milieu et doué d’un humour ravageur. Les Fincher s’attardent en particulier sur ses relations avec la RKO sous David O’Selznick (Toby Leonard Moore), avec Louis B.Mayer (Arliss Howard) et Irving Thalberg (Ferdinand Kingsley), dirigeants de la Métro Goldwyn Mayer, mais aussi avec William Randolph Hearst (Charles Dance), grand magnat de la presse qui inspira officieusement le personnage de Charles Foster Kane ,et sur sa relation particulière avec l’actrice Marion Davies (Amanda Seyfried), qui fut la maîtresse de Hearst pendant de longues années. Tous ces éléments recollant peu à peu les pièces du puzzle que constitue Citizen Kane.

Si vous êtes perdus dans tous ces noms, Mank va vous demander une certaine exigence. Les Finchers s’abtiennent d’exposition pour entrer dans cette ère importante de l’Histoire du cinéma, celle où des palanqués de jeunes scénaristes et écrivains reconnus étaient autant de main d’oeuvre enfumant les studios hollywoodiens pour donner son mordant au nouveau cinéma parlant. Il passe peu de temps dans les présentations et sur le contexte. Il le rend même encore plus opaque en ajoutant une couche politique et des flashbacks en pagaille. Mais puisqu’on parle du scénario d’un film basé sur des flashbacks qui demandait une certaine exigence aux spectateurs des années 40, l’effort peut être fait et il en vaut la chandelle. La reconstitution de l’époque est effectuée dans le fond comme dans la forme. Fincher fait appliquer les procédés et les standards filmiques de l’époque, jusque dans les codes, l’image et le son avec la maniaquerie qui le caractérise. Il s’amuse à plaquer des indications de scénario pour flouter la réalité et le récit sorti de l’esprit du scénariste Mank, car la frontière est partout poreuse dans ce monde en représentation permanente. Vu comme un jeu, ce mimétisme ne vampirise jamais le film. Il lui confère même un cachet élégant et participe de son rythme interne.

Gary Oldman électrise ce petit ballet avec sa maestria habituelle. Il rend un bel hommage à Herman Mankiewicz, le présentant de façon entière et le rendant instantanément attachant. Il offre à Amanda Seyfried un rôle à la hauteur de son charisme, prouvant qu’elle est capable du meilleur avec un bon directeur d’acteurs. Mank est un bel hommage aux scénaristes par un réalisateur qui n’a jamais scénarisé lui-même ses films, et qui reconnaît la valeur de leur apport. Mais il décevra ceux qui attendent un match entre Orson Welles et Herman Mankiewicz. La controverse a toujours existé sur la paternité de « Citizen Kane », mais elle n’est pas le sujet du film. Tout au plus un bonus dans sa dernière partie, Orson Welles oeuvrant dans l’ombre et ne se voyant accorder qu’une seule scène (mais quelle scène!). « Mank » prouve que 2020 peut encore accoucher de grands films. On ne peut que regretter de ne pas pouvoir le voir en salles.

Ratched

Ratched est une série élégante, bien réalisée et interprétée, mais qui finit par se perdre dans le dédale de surenchère habituel de Ryan Murphy

Créateur/ Showrunner : Evan Romansky, Ryan Murphy

Scénario : Ian Brennan, Evan Romansky, Jennifer Salt

Réalisation : Michael Uppendahl, Ryan Murphy, Jennifer Lynch, Jessica Yu, Daniel Minahan, Nelson Cragg

Directeur Photo : Simon Dennis, Nelson Cragg, Blake McClure, Andrew Mitchell

Bande Originale : Mac Quayle

Montage : Shelly Westerman, Peggy Tashdjian, Ken Ramos, Daniel Wang

Chef Décoratrice : Judy Becker

Direction Artistique : Mark Robert Taylor, Alexander Wayle

Costumes : Lou Eyrich, Rebecca Guzzi

Pays : USA

Durée : 8 x 50 mn

Disponible sur Netflix depuis le 18 septembre 2020

Production : Evan Romansky, Sarah Paulson, Aleen Keshishian, Paul Zaentz, Margaret Riley, Jacob Epstein, Ryan Murphy, Michael Douglas, Robert Mitas

Réalisation : Sarah Paulson, Finn Wittrock, Cynthia Nixon, Jon Jon Briones, Sharon Stone, Judy Davis, Charlie Carver, Amanda Plummer, Vincent d’Onofrio, Corey Stoll, Sophie Okonedo, Alice Englert

Genre : Horreur, drama

Note : 7/10

Ryan Murphy est-il un stakhanoviste ou un des créateurs les plus puissants de Hollywood? Un peu des deux, semble t’il, du moins sur le créneau des séries trash à tendance historique. Le créateur de Nip/Tuck, Glee, American horror/Crime story (…) est de retour au développement de cette série créée par Evan Romansky, et qui revient aux origines de la carrière de l’horrible infirmière Mildred Ratched, qui valut un oscar à Louise Fletcher dans le « Vol au dessus d’un nid de coucou » de Milos Forman. Nous remontons en 1947, alors que Mildred débarque à Lucia pour obtenir un poste dans l’hôpital psychiatrique dirigé par le docteur Hanover. Puis nous suivons les intrigues qui lui permettront de se faire recruter, d’abord à titre de renfort, puis de se rendre indispensable en manipulant un monde de personnages haut en couleurs, qui ont plus d’une chose à cacher. La fidélité de Ryan Murphy pour ses actrices et acteurs n’est plus à prouver. Il offre enfin un rôle de lead à Sarah Paulson, la plus talentueuse de son écurie ‘American Horror Story » (qui en doute devrait voir la saison 4 d’AHS où elle interprète avec talent deux soeurs siamoises). L’actrice fait honneur à cette position, donnant l’occasion au créateur d’imposer un personnage fort d’anti-héros au milieu d’autres personnages satellites non moins tarés, un personnage certes moins percutant que son homologue du film, mais en construction permanente. Elle se délecte de ce rôle et parvient à mi-saison, à faire passer un revirement difficile et pas très bien écrit. Ratched est également à ce jour la série la plus élégante de Ryan Murphy, celle où la réalisation est la mieux maîtrisée et où le côté tape à l’oeil – du moins dans la première partie – n’évacue pas l’histoire. Le showrunner parvient à se poser suffisamment longtemps pour installer son anto-héroïne et son ambiance, chose à laquelle il ne nous avait guère habitués et il magnifie particulièrement les paysages côtiers de la Californie du Nord. On comprend, notamment à la vue de sa nouvelle série Hollywood, qu’il a décidé de franchir un cap au niveau de la réalisation et de la mise en scène.

La médiane se situe au basculement dans l’imprévu d’un des plans de l’infirmière, et à partir de ce moment le naturel du showrunner revient au chaos. Le gros défaut (ou la qualité, selon ce qu’on est venu chercher) que traîne Ryan Murphy depuis la saison 4 de Nip/Tuck est une tendance à la surenchère ininterrompue, dans laquelle le rebondissement bouffe littéralement les personnages. Prometteurs, ceux-ci se retrouvent vite incohérents et parfois même vidés de leur psychologie pour servir les intrigues et retournements. La série tourne à vide à peu près à cette médiane, au moment même où l’empathie pour l’infirmière doit naître. A partir de là, Sarah Paulson parvient à sauver les meubles, mais l’impression d’avoir vu une série de qualité cède peu à peu devant l’accumulation, jusqu’à un final inintéressant. Dans cet entremêlement d’intrigues, il reste l’histoire touchante de deux orphelins, un beau quatuor d’acteurs (Sarah Paulson/Jon Jon Briones/Cynthia Nixon et Judy Davies) et les beaux retours de Sharon Stone, Rosanna Arquette et Amanda Plummer qui valident la maestria du showrunner pour offrir de beaux rôles aux actrices d’âge mûr. On pourra aussi se réjouir de quelques opérations sanglantes à ne pas mettre devant tous les yeux et d’un sympathique jeu de massacre où les hommes ne sortent généralement pas gagnants. Distrayant, à défaut de plus.

I know this much is true

Hors la performance de Mark Ruffalo, il faut louer l’immersion que cette mini-série impose. Le tempo et le sentiment d’étouffement ne faiblissent sur aucun des épisodes.

Créateur / Showrunner : Derek Cianfrance

Scénario : Derek Cianfrance, Anya Epstein d’après Wally Lamb

Réalisation : Derek Cianfrance

Directeur Photo : Jody Lee Lipes

Montage : Jim Helton, Malcolm Jamieson, Nico Leunen, Dean Palisch, Ron Patane

Bande Originale : Harold Budd

Production : HBO Films

Durée : 6 x 55 mn

Diffusé sur HBO à partir du 10 mai 2020

Visible en France sur OCS à partir du 11 mai 2020

Acteurs Principaux : Mark Ruffalo, Phillip Ettinger, Melissa Leo, Kathryn Hahn, Rosie O’Donnell, Archie Panjabi, John Procaccino, Rob Huebel, Imogen Poots

Genre : Drame

Note : 8,5/10

Tiré de l’ouvrage de Wally Lamb « la puissance des vaincus »,  I know this much is true conte le calvaire de deux frères jumeaux, l’un est schyzophrène, l’autre est condamné à prendre soin de lui depuis leur adolescence. Les deux sont Mark Ruffalo. Le meilleur des acteurs Marvel a trouvé le parfait véhicule télévisuel dans cette mini-série qu’il a produit et porté à bout de bras, bien aidé par la permissivité de HBO et le concours au scénario et à la réalisation de Derek Cianfrance, réalisateur de Blue Valentine et The Place Beyond the Pines. Dès son pilote, I know this much is true coche toutes les cases de Sharp Objects, petite merveille de drama policier que HBO nous avait déjà livré à l’été 2018. La patte d’un réalisateur/scénariste de cinéma – Cianfrance a aussi bien réussi que Jean-Marc Vallée à transformer un matériel littéraire en une pure expérience sensorielle de plusieurs heures – la performance oscarisable de Ruffalo et de Phillip Etinger – c’était aussi le cas d’Amy Addams et de ses camarades féminines de Sharp Objects – version présente et passé de jumeaux aux caractères opposés, une portion retirée des Etats-Unis, des flashbacks et une noirceur peu commune même pour du HBO. A ce jeu, la seconde enterre la série de Jean-Marc Vallée. Il n’y a pas de genre comme le polar pour servir de balises dans la noirceur. On pourrait arguer que la figure du proche courage face aux institutions renvoie à nombre de téléfilms de M6. Il n’y aura pourtant ici aucun indice qui pave la route pour prédire où elle nous mènera, ni le luxe d’une position d’observateur/juge d’un combat manichéen. Nous sommes contraint de vivre le calvaire de Dominick Birdsey et la pression croissante qu’il subit, partant de l’acte de trop qui mettra en danger la liberté de son frère.

I know this much is true prend racine dans l’internement forcé de Thomas suite à son auto-mutilation, mais le présent ouvre régulièrement des portes sur la jeunesse des deux frères, révélant la sensibilité encombrante du premier tandis que le second tente envers et contre tout de faire sa vie.  Ces flashbacks ponctuent harmonieusement l’histoire. Jamais superflus, ils servent dans la plupart des cas à fournir un contexte pour restituer l’état d’esprit de Dominick (la malédiction familiale) ou le lien construit avec son frère sans avoir recours aux dialogues. L’aspect le plus réussi de la série est l’immersion qu’elle impose en dépit d’un scénario cumulatif de malheur qui pourrait sombrer dans le pathos à tout moment. Bien que chaque épisode dure près d’une heure et présente de longues scènes, le tempo ne faiblit jamais. On trouve la même montée en puissance dans la confrontation larvée avec une psychiatre perspicace que dans les événements plus physiques. Puis le récit nous amène dans le passé, avec l’arrivée du grand-père aux Etats-Unis, pour nous guider vers un final en forme de réconciliation. Le ton est toujours juste, le rythme est toujours étudié. L’utilisation d’une chouette brochette de seconds rôles pour donner la réplique à Ruffalo (Imogen Poots, Archie Panjabi, Rosie O’Donnell, Juliet Lewis, Melissa Leo), le montage, mais aussi un talent certain pour enfermer le spectateur, à la fois dans l’intériorité des personnages et dans le décor enveloppe ces six épisodes. Cela n’a rien de glamour,  d’autant moins quand on a subi plus de deux mois de confinement. Mais il y’a peu de séries qui peuvent se targuer de nous embarquer du début à la fin d’un épisode en se coupant d’autant de facilités.