Nobody

Réalisation : Illya Naishuller

Scénario : Derek Kolstad

Directeur de la Photographie : Pawel Pogorzelski

Montage : William Yeh, Evan Schiff

Musique : David Buckley

Direction Artistique : Khali Wenaus

Chef Décorateur : Roger Fires

Production : Kelly McCormick, David Leitch, Braden Aftergood, Bob Odenkirk, Marc Provissiero

Pays : USA

Durée : 1h32

Sortie en salles le 02 juin 2021

Acteurs Principaux : Bob Odenkirk, Aleksey Serebryakov, Connie Nielsen, Christopher Lloyd, RZA, Michael Ironside, Colin Salmon, Billy MacLellan

Genre : Action

Note : 7/10

Après une saison 5 surprenante qui l’a portée au niveau de Breaking Bad, Better Call Saul s’est éclipsée jusqu’en 2022 pour préparer son bouquet final. Mais Bob Odenkirk a pu s’offrir une petite récréation en marge du tournage de sa série, ce qui devrait un peu atténuer cette longue attente. Révélé par les sketchs du Mr. Show with Bob & David qu’il partageait avec David Cross (le Tobias Funke de Arrested Development), Odenkirk avait pu confirmer ses talents comiques avec Saul Goodman et monter en gamme dans le drame grâce à Jimmy McGill (ou vice versa). Nobody en fait maintenant un héros d’actioner, et si la mayonnaise prend si bien, c’est probablement parcequ’il ne désapprend rien de ce qu’il a acquis. L’acteur s’est entraîné pendant un an et demie pour ne pas avoir a être doublé pendant les nombreuses scènes d’action qui ponctuent le film. Ajoutant à sa palette un jeu bien plus physique, il parvient à donner à son personnage une tonalité à la fois sombre et légère. Le pré-générique est du Odenkirk à 100%, et on retrouvera parfois, au tournant de deux scènes d’actions gonflées à la testostérone, quelques moments à l’air de rien, qui ne peuvent vous empêcher de sourir.

Si l’idée de Nobody vient de l’acteur, c’est Ilya Naishuller, réalisateur du nerveux Hardcore Henry qui se l’approprie et la tourne dans tous les sens, avec la complicité de Derek Kolstad, le scénariste des John Wick. le réalisateur y intègre la mafia russe et une joyeuse bande de vétérans, le plonge dans une bassine d’adrénaline, pas mal de violence gratuite assumée et lui retire toute contamination au premier degré. L’argument de départ et l’acteur principal pourraient en faire un sous Breaking Bad ou un Revenge movie basique, mais c’est là que nous sommes pris de revers. Dans l’esprit, Nobody est bien plus proche d’un film d’action coréen qu’on aurait mixé à du bon Jason Statham. Naishuller emprunte même par moments les allures stylistiques d’un Winding Refn, mais sans trop s’attarder. L’essentiel est de ne pas se prendre la tête et de passer un bon moment. Le contrat est plus que rempli. Il permet même d’offrir à Christopher Lloyd un rôle totalement improbable, qu’il s’approprie avec panache malgré ses 82 printemps. Une bonne friandise à déguster en salles, pour se dérider un peu entre deux drames à Oscars.

Billie Holiday, une Affaire d’Etat – The United States vs. Billie Holiday

Réalisation : Lee Daniels

Scénario : Suzan-Lori Parks, d’après Johann Hari

Directeur de la photographie : Andrew Dunn

Montage : Jay Rabinowitz

Musique : Christopher Bowers, Lynn Fainchtein

Chef Décorateur : Daniel T. Dorrance

Direction Artistique : Félix Larivière Charron, Carolyne de Bellefeuille

Costumes : Paolo Nieddu

Pays : USA

Durée : 2h08

Sortie en salles le 02 juin 2021

Production : Jordan Fudge, Jeff Kirschenbaum, Joe Roth, Tucker Tooley, Pamela Oas Williams, Lee Daniels

Acteurs Principaux : Andra Day, Trevente Rhodes, Rob Morgan, Tone Bell, Garrett Hedlund, Miss Lawrence, Natasha Lyonne

Genre : Biopic, Thriller

Note : 7/10

La vie de la chanteuse Billie Holiday fut un véritable cauchemar. Née trop tôt pour vivre réellement l’émancipation des femmes et connaître le mouvement des droits civiques, elle se trouvait doublement du mauvais côté de la barrière lorsque sa carrière explosa, et même jusqu’à sa mort en 1959. Elle aurait pu faire profil bas, comme le fit par exemple Ella Fitzgerald, mais la chanteuse s’entêtait à interpréter Strange Fruit, chanson tirée d’un poème d’Abel Meeropol qui décrivait de façon crue les lynchages contre les noirs qui atteignaient alors leur pic aux Etats-Unis. La popularité de la chanteuse permet à la chanson de voyager et d’émouvoir, ce qui n’est pas du goût du gouvernement américain. Ayant conservé des traumatismes liés à son enfance, Billie est coutumière de l’usage des drogues, ce qui offre au chef du bureau des narcotiques du FBI Harry Anslinger une fenêtre en or pour la mettre hors d’état de nuire à l’image de l’Amérique. Il envoie le jeune agent Jimmy Fletcher en mission pour la détruire. Entre la surveillance de son gouvernement, les démons de la drogue et ses piètres choix de compagnons, la chanteuse est plus seule que jamais. Mais elle fait tout pour garder la tête haute et continuer de chanter.

S’il y’a une raison pour ne pas louper ce thriller inspiré d’une partie de la vie de Billie Holiday, c’est Billie Holiday elle-même. Un combat qui a ses partisans et qui a pu gagner des batailles peut-être mené avec détachement, mais celui qu’a menée la chanteuse (et qui fut repris de façon bien plus engagée par Nina Simone) ne pouvait alors que mettre en danger sa vie. Le réalisateur Lee Daniels (le Majordome) décrit très bien que les noirs qui réussissaient alors étaient ceux qui avaient intégré la soumission et que les WASPs utilisaient comme des outils pour servir leurs fins, ce qui fait d’elle une exception notable parmi eux, et une des figures qui rendit possible les progrès gagnés à la fin des années 60. S’il sait mettre en valeur le charisme de son héroïne, Daniels sait aussi montrer ses côtés sombres, qui sont nombreux. Ils sont aussi totalement assumés, car Billie Holiday refusait en tout point de se considérer comme une victime. Son rapport à la drogue est abordé frontalement, dans le même ton que pour Chet Baker (Ethan Hawke) dans le très bon Born to Be Blue. Mais Billy Holiday vs. The USA aurait gagné à avoir une conclusion aussi concise et suggestive que le film de Robert Budreau. Dans sa dernière partie, il vire un peu trop au biopic et prend un ton plus convenu.

La scène de la découverte d’un lynchage filmée en plan séquence qui enchaîne sur l’interprétation complète de Strange Fruit sur scène, avec les enjeux qu’on connaît, aura entre temps à elle-seule justifiée la vision de ce film, qui a révélé la chanteuse Andra Day en tant qu’actrice. Au-delà de ses luttes, espérons que ce film pourra faire re-découvrir au plus grand nombre le répertoire d’une chanteuse de jazz au talent exceptionnel.

Promising Young Woman

Réalisation : Emerald Fennell

Scénario : Emerald Fennell

Directeur de la Photographie : Benjamin Kracun

Montage : Frédéric Thoraval

Assistant Réalisateur : Michael T. Meador

Musique : Anthony Willis

Chef Décorateur : Michael Perry

Direction Artistique : Liz Klokzkowski

Pays : USA

Durée : 1h48

Sortie en salles le 26 mai 2021

Production : Emerald Fennell, Ben Browning, Ashley Fox, Tom Ackerley, Josey McNamara, Margot Robbie

Acteurs Principaux : Carey Mulligan, Bo Burnham, Alison Brie, Laverne Cox, Alfred Molina

Genre : Drame

Note : 6,5/10

Suite au viol de sa meilleure amie, Cassie a quitté la fac de médecine pour s’occuper d’elle, mais elle n’a pas pu empêcher son suicide. Depuis, Cassie a perdu toute ambition et elle passe son temps à piéger les hommes dans les bars, feignant d’être ivre pour qu’ils la ramènent chez eux et se fassent prendre en train de fauter. La reconnexion avec ses années de médecine va démarrer une croisade vengeresse autrement plus personnelle.

Première réalisation de l’actrice Emerald Fennell (Scénariste sur Killing Eve), Promising Young Woman est un cas d’école de film qui joue sur tous les tableaux sans savoir vraiment où il va. Promising Young Woman est-il une comédie? Non. Il est traversé d’un humour satirique qu’on ne peut pas nier, d’un humour noir teinté du désespoir de son héroïne et d’un ton post-moderne pop à la « on me la fait pas ». Mais dès lors qu’on saisit l’enjeu du film, cet humour devient amer et chaque nouvelle incursion dans la comédie échoue. Est-ce un rape & revenge? Oui et non. La vengeance est abordée moins frontalement et de façon plus édulcorée que dans le genre. Nous serions plus dans une variation de Kill Bill (et de La mariée était en noir) sur le thème du viol, avec cette liste emprunté aux films de Tarantino et ces clins d’oeil adressés à la caméra. Comme pour la mariée incarnée par Uma Thurman, la vengeance n’est pas une fin en soi, mais le symptôme d’un vide psychologique qu’elle n’arrive plus à combler. Bien que Cassie ait l’impression de contrôler ses actes, son avancée est chaotique.

Est-ce un film qui dénonce la culture du viol? Oui, mais sur un point de vue biaisé, celui de la victime (par procuration). Il met plutôt en avant le ressenti d’une personne dépossédé de son contrôle sur sa vie. La première vengeance de Cassie, celle qui vise à piéger les hommes, lui permet de reprendre le contrôle et de se rassurer via une idée générale « Les hommes, c’est l’ennemi ». Ce n’est que l’irruption d’un nouvel élément qui brisera cette certitude et lui fera prendre conscience que son problème doit adopter une solution particulière. Dès lors, sa vengeance ciblera les acteurs du drame de son amie. Nous sommes alors sur un niveau « Tous contribuent à faire perdurer cette culture ». Un dernier retournement, lors d’une scène véritablement dramatique, l’amènera à sacrifier totalement sa personne à sa mission. Dès lors, le sujet est le désespoir de Cassie, qui n’a plus de certitude réelle et qui tente une dernière fois de regagner ce contrôle dont elle a été totalement dépossédée. La conclusion de l’histoire, de son point de vue, est donc ce qui peut le plus se rapprocher d’une victoire, mais les allures de happy end de ce final sont douteuses.

Promising Young Woman est un film sur la force de l’amitié et sur un traumatisme qui mène à l’auto-destruction. Vendu sur des formules qui en font un produit smart, malin ou tête de file du mouvement féministe, le scénario se perd lui même dans cette volonté de satisfaire tout le monde, partant dans toutes les directions comme s’il brandissait la perdition de Cassie comme un manifeste pour une génération de femmes. Les Oscars semblent avoir donné raison à Emerald Fennell puisqu’elle a reçu la statuette du meilleur scénario, mais ce scénario indécis reste le plus gros point faible du film. Un film qui n’est jamais meilleur que lorsqu’il parvient à prendre de la distance pour aborder frontalement le drame au centre de l’histoire de Cassie, sa relation à son amie et comment la force de cette amitié a gâché une vie qui commençait si bien. Carey Mulligan est touchante. Elle parvient à briller dans tous les registres de ce personnage caméléon et son jeu révèle qu’elle a très bien compris où était le centre de gravité du film.

The Father

Réalisation : Florian Zeller

Scénario : Florian Zeller, Christopher Hampton, d’après sa pièce « Le Père »

Directeur de la Photographie : Ben Smithard

Montage : Yorgos Lamprinos

Musique : Ludovico Einaudi

Chef Décorateur : Peter Francis

Direction Artistique : Amanda Dazely, Astrid Sieben

Production : Philippe Carcassonne, Simon Friend, Jean-Louis Livi, David Parfitt, Christophe Spadone, Victor Livi

Pays : Royaume-Uni, France

Durée : 1h38

Acteurs Principaux : Anthony Hopkins, Olivia Colman, Mark Gatiss, Imogen Poots, Rufus Sewell, Olivia Williams, Ayesha Dharker, Evie Wray

Genre : Drame

Note : 8/10

Sortie en salles le 25 mai 2021

Le hasard du calendrier des sorties françaises a rapprochés Falling de Viggo Mortensen et The Father, deux films très aboutis sur la dégénérescence mentale d’un père âgé. Il n’y a pourtant pas plus différent que ces deux films. Là où le premier reposait sur la mise en perspective d’une vie, The Father joue sur la perte de repères presque jusqu’à l’effacement. Le dramaturge français Florian Zeller adapte sa propre pièce Le Père (2012) , qui raconte l’obstination d’un vieil homme déclinant à rester dans la vie de sa fille, qui a pris sur elle de s’occuper de lui. Difficile d’en dire plus sans dévoiler le noeud du film sur lequel repose sa construction labyrinthique. Florian Zeller n’a pas volé son Oscar du meilleur scénario adapté car il a pris soin de ne rien laisser au hasard, distillant progressivement la paranoïa et le malaise dans l’esprit toujours affuté du vieil homme. Dans celui du spectateur tout aussi confus que le personnage, il semble se jouer une mise en scène dans laquelle chacun des proches devient un personnage à plusieurs visages. Sont-ils les auteurs d’une machination diabolique ou les victimes d’un marionnettiste pervers qu’il ne peuvent plus contenir ? Zeller ne cherche pas à masquer l’origine théâtrale The Father. Il exploite les différentes unités que sont les scènes pour créer des ellipses qui détruisent toujours plus le temps, même si le vieil homme cherche à le garder en son contrôle en conservant sa montre à tout prix. Puis c’est à l’intérieur des scènes que tout se déstructure, jusqu’à ce que le personnage cède lui-même. Cette progression rampante parle plus que n’importe quel dialogue du film, eux-mêmes sciemment placés pour entretenir le chaos communicationnel.

La perception des événements est portée par Anthony Hopkins, qui reprend le rôle que tenait Robert Hirsch sur les planches. Il en fait un homme sûr de lui, aussi bien capable de blesser que de réfléchir, loin d’une caricature de vieillard gâteux. Sa solidité permet d’abord d’adopter, en partie, son point de vue, avant d’en douter lorsqu’il disparaît de la scène. On ressent ses silences et la façon dont il lutte silencieusement, et intelligemment, contre les incohérences qui s’accumulent. Ce rôle lui valut aussi un Oscar, celui du meilleur acteur, qu’il n’avait plus reçu depuis son incarnation d’Hannibal Lecter dans le Silence des Agneaux (1991). Le vétéran mène la danse devant la crème des acteurs britanniques : L’émouvante Olivia Coleman (révélée par la série Broadchurch et consacrée par The Crown), le taciturne Rufus Sewell (Dark City, The Man in the High Castle), l’irrésistible Imogen Poots (Green Room), la mystérieuse Olivia Williams (récemment dans the Nevers) et Mark Gatiss (Co-créateur de Sherlock et membre de la League of Gentlemen), qui fait son chemin en tant qu’acteur. Lorsqu’il se révèle que personne de ce petit monde ne jouait, The Father prend un ton résolument dramatique. L’acceptation d’une totale et irrémédiable perte de contrôle est un choc difficilement descriptible pour un être humain atteint de folie, et encore bien plus lorsqu’il n’y a pas de remède . Florian Zeller et Anthony Hopkins sont parvenus à transcrire en quelques scènes cette onde de choc silencieuse qu’est l’écroulement d’une vie. On en ressort avec une profonde empathie pour ceux qui en sont victimes et l’envie de revoir le film, pour guetter toutes ses subtilités.

Falling

Réalisation : Viggo Mortensen

Scénario : Viggo Mortensen

Directeur de la photographie : Marcel Zysking

Montage : Ronald Sanders

Bande Originale : Viggo Mortensen

Cheffe Décoratrice : Carole Spier

Direction Artistique : Jason Clarke

Casting : Dierdre Bowen

Production : Daniel Bekermann, Viggo Mortensen, Chris Curling, Peder Pedersen

Pays : Canada, Royaume-Uni

Durée : 1h52

Sortie en salles le 19 mai 2021

Acteurs Principaux : Lance Henriksen, Viggo Mortensen, Sverrir Gudnasson, Laura Linney, Hannah Gross, Terry Chen, Etienne Kellici, David Cronenberg

Genre : Drame familial

Note : 8/10

John (Viggo Mortensen) a trouvé un équilibre, entre un mari aimant et une fille adoptive qu’il élève de façon très moderne. Mais on devine que son parcours n’a pas dû être sans obstacles lorsqu’on visite les flashbacks d’une vie dans laquelle le père a toujours été une ombre malveillante et destructive. Il a pourtant choisi d’accueillir ce père qui commence à souffrir de démence sénile. Si Willis (Lance Henriksen) a toujours été l’archétype du conservateur rural égocentrique, sa toxicité envers sa famille s’est encore amplifiée à mesure que le monde lui a échappé et qu’il n’a pas su accepter la différence de ses proches, et en particulier l’homosexualité de John. S’il veut le garder avec lui, ce dernier devra aussi composer avec l’agressivité déployée par un vieillard en totale perte de contrôle. Bien qu’il s’arme d’une grande patience, John va être mis à l’épreuve au-delà de ce qu’il aurait pu soupçonner.

A 62 ans, Viggo Mortensen réalise son premier film, une nouvelle corde à l’arc d’un artiste accompli et qui ressort visiblement comme l’assouvissement d’un besoin. Falling traite de sujets qu’il est très difficile d’aborder avec justesse, à moins qu’on les ait réellement connus ou fortement redoutés : la difficulté de vivre avec un parent toxique, la peur de la perte de contrôle (et de la mort) qu’implique la vieillesse et l’impossibilité de communiquer lorsque un gap est monumental entre deux générations (ici, la conception de la masculinité). L’acteur/scénariste/réalisateur parvient à trouver le ton juste sur chacun de ces positionnements. Ses flashbacks intégrés délicatement à la narration, parfois sous la forme d’impressions, embrassent les penchants masochistes du père sans jamais masquer le ressenti du fils et des autres membres de la famille. Ils ponctuent de longues scènes de provocations, signifiant que le présent porte toujours fatalement le passé, et que les difficultés rencontrées avec un parent sont très souvent amenés à s’amplifier avec le temps. La longue scène familiale au cours de laquelle Willis fait progressivement fuir tout ceux qui étaient à sa table, pour finir par acculer sa fille sous le regard circonspect de la petite-fille, résume assez bien ce qu’a été la vie de l’homme.

Au top de son jeu d’acteur, le redoutable Lance Henriksen (que Viggo Mortensen avait rencontré sur le tournage du western Appaloosa) perturbe ce petit monde. Pour servir ce personnage rare, il est secondé à merveille par sa version en plus jeune incarnée par l’acteur finlandais Sverrir Gudnasson. Ce dernier combine une ressemblance troublante avec Viggo Mortensen et une subtile incarnation du jeu d’Henriksen qui créent à eux-seuls le lien entre le passé et la filiation si peu présents dans le comportement du père. Grâce à ce casting, il y’a moins à faire pour que ressortent les émotions non exprimées lors des face à face entre Mortensen et Henriksen. Le réalisateur a néanmoins choisi l’angle le moins évident (mais probablement le plus intéressant) pour aborder son sujet. On peut comprendre la difficulté d’un fils à devoir composer avec un parent sénile, mais le défi de faire ressentir l’attachement pour un père avec qui il n’ y’a que des souvenirs toxiques est une autre affaire. C’est un beau jeu d’équilibriste que Viggo Mortensen a fait pour retranscrire avec autant de sincérité un dilemme intérieur aussi complexe. La pression de Falling monte constamment, et l’explosion sans cesse reculée par les mesures de tempérance du fils mènera à un soulagement résigné, peut-être la seule chance pour John de laisser aller et de vivre sa propre intériorité. Traînant le label d’un Festival de Cannes 2020 orphelin de projection, Falling aurait mérité une palme.

Mandibules

Réalisation : Quentin Dupieux

Scénariste : Quentin Dupieux

Directeur de la photographie : Quentin Dupieux

Montage : Quentin Dupieux

Bande Originale : Quentin Dupieux, Metronomy

Assistant Réalisateur : Christian Alzieu

Chef Décorateur : Joan Le Boru

Ingénieurs du son : Guillaume le Braz, Alexis Place, Gadou Naudin, Niels Barletta, Cyril Holtz

Pays : France

Durée : 1h17

Sortie en salles le 19 mai 2021

Production : Hugo Sélignac, Vincent Mazel, Christine Moarbes

Acteurs Principaux : David Marsais, Grégoire Ludig, Adèle Exarchopoulos, India Hair, Roméo Elvis, Coralie Russet, Bruno Lochet

Genre : Comédie absurde

Note : 7/10

Le Cinéma est de retour, et ça fait un bien fou ! Qui aurait cru au soir du 29 octobre qu’il aurait fallu attendre aussi longtemps pour revoir les salles obscures? Reporté à plusieurs reprises, le nouveau film de Quentin Dupieux sort à point nommé pour nous rappeler qu’une bonne comédie se savoure nettement mieux en public. On y retrouve l’absurde dans lequel le réalisateur excelle, un peu d’humour grinçant, mais jamais méchant puisque tout semble comme enveloppé dans une comptine, bercée par la ritournelle musicale du groupe Metronomy qui résonne dans la tête encore plusieurs heures après la séance. L’Histoire n’a pas de quoi révolutionner le genre : Deux losers crétins découvrent une mouche géante dans le coffre d’une voiture. Ils décident de la dresser pour qu’elle leur rapporte un max de thunes. Mais le réalisateur de Wrong Cops, Au Poste ! et Le Daim a besoin de peu de choses pour enclencher la mécanique. Peut-être seulement d’une bande d’acteurs inconséquents. Lui qui est plutôt fidèle à sa « famille cinématographique » semble avoir trouvé dans le duo du Palma Show un couple comique idéal pour qui écrire, comme ce fut le cas pour Eric et Ramzy dans le jusqu’au-boutiste Steak. Le tandem trouve instantanément le bon timing comique pour ne plus le lâcher, si bien qu’on se croit souvent dans une version à peine déviante du Palma Show. Ils ne se feront voler la vedette que par la prestation d’Adèle Exarchopoulos : D’abord discrète, sa véritable entrée en piste sera le moment le plus surprenant du film. Dès lors, le politiquement incorrect irrigue totalement Mandibules.

Quentin Dupieux n’a rien perdu de son côté homme-orchestre. Il est présent à tous les niveaux de la production du film : réalisation, scénario, photographie, montage, et bien sûr la musique puisque sa vocation d’origine est l’électro (Mr. Oizo, c’était lui). L’homme qui s’éclatait à filmer un pneu tueur avec son téléphone portable nous offre une mouche plus vraie que nature, animée avec amour. A l’instar du pneu de Rubber, aucune raison ne nous sera donnée à sa présence dans notre monde, et c’est bien mieux ainsi. Avec ses personnages oisifs dont il se moque gentiment, son côté nonchalant, les détours anecdotiques qu’il emprunte et sa durée de moins d’1h20, Mandibules respire l’absence de prétention et la légèreté. On y oppose certes une poignée de riches à deux paumés, mais tout est si schématique et volontairement typé qu’on peut difficilement y voir autre chose qu’un monde à part, sans véritable discours sur le nôtre. De quoi passer un bon moment avant de se poser à une terrasse.

Sleep – Schlaf

Réalisateur : Michael Venus

Scénario : Thomas Friedrich & Michael Venus

Directeur Photo : Marius von Felbert

Montage : Silke Olthoff

Effets Visuels : Andreas Hellmanzik

Son : Stephan Konken, Anders Wasserfall

Production : Verena Gräfe-Höft, Christian Cloos

Pays : Allemagne

Durée : 1h42

Compétition Officielle Festival du Film Fantastique de Gérardmer 2021. Sortie VOD le 14 mai 2021.

Acteurs Principaux : Gro Swantje Kohlhof, Sandra Hüller, August Schmölzer, Marion Kracht, Max Hubacher, Martina Schöne-Radunski

Genre : Fantastique, Etrange

Note : 7/10

Marlène souffre depuis toujours d’intenses cauchemars et de visions dont elle cherche la signification. Elle est conduite dans un village de montagne qui ressemble étrangement à celui de ces visions. Alors qu’elle séjourne dans l’hôtel local, elle est atteinte de stupeur et se trouve plongée dans une forme de catatonie. Sa fille Mona accourt à son chevet et décide de venir vivre dans cet hôtel le temps que sa mère revienne à elle. Elle apprend à connaître les propriétaires des lieux, Otto et Lore, et apprend que des suicides ont eu lieu parmi les anciens propriétaires de ces bâtiments. Bientôt, elle se rend compte que des détails se recoupent avec les visions décrites par sa mère. Elle décide d’enquêter. Mais les cauchemars ressentis par sa mère commencent à se manifester sur elle.

La paralysie du sommeil et les cauchemars à tiroir sont un terrain propice à l’horreur. Pourtant ils ont été peu exploité dans le genre, à l’exception notable de la série des Freddy. Michael Venus s’emploie à rectifier le tir en mâtinant ce thème d’une mystique des rêves employée à bon escient. Il ne s’agit pas de se perdre dans des couloirs incohérents ou d’onirisme lynchien (que personne ne peut manipuler aussi bien que David Lynch), mais au contraire de l’indistinction qui peut s’opérer entre le rêve et la réalité. En somme de retranscrire cet état intermédiaire où l’on n’est jamais sûr d’être réveillé. En ajoutant un décalage très fin et une dose de danger au sein des cauchemars, la cuisine horrifique prend plutôt bien. Schlaf est un film intéressant et original qui part d’un postulat simple pour s’enfoncer dans un développement plus labyrinthique. Les couloirs qu’il prend révèlent des personnages complexes que le réalisateur Michael Venus s’emploie à effleurer. Il n’y a pas d’effusions, ni de grands sentiments. Mais le surgissement progressif de la vérité se vit comme un train fantôme un peu claustro. Gro Swantje Kohlhof transmet une énergie juvénile au film qui contraste avec l’inquiétante présence d’August Schmölzer, dont le personnage est le spectre persistant d’un passé allemand pas encore enfoui. Le dénouement du film est bien moins surprenant que le chemin emprunté. Mais il se trouvait clairement dans le haut du panier du festival de Gérardmer 2021.

Oxygène – O2

Réalisateur : Alexandre Aja

Scénario : Christie LeBlanc

Directeur de la Photographie : Maxime Alexandre

Réalisateur seconde équipe : Grégory Levasseur

Montage : Stéphane Roche

Chef Décorateur : Jean Rabasse

Ingénieur du Son : Ken Yasumoto

Production : Alexandre Aja, Brahim Chioua, Noémie Devide, Grégory Levasseur, Vincent Maraval

Pays : France, USA

Durée : 1h40

Sortie sur Netflix le 12 mai 2021

Acteurs Principaux : Mélanie Laurent, Matthieu Amalric, Malik Zidi, Marc Saez, Laura Boujenah, Cathy Cerda, Eric Herson-Macarel

Genre : Science-Fiction, Thriller, Drame

Note : 7,5/10

Deux ans après Crawl, Alexandre Aja est de retour avec un thriller qui enferme Mélanie Laurent dans un mystérieux caisson cryogénique. Réveillée par erreur, l’héroïne se rend bientôt compte qu’un compte à rebours est enclenché avant que toute la réserve d’oxygène ne s’épuise, ce qui entraînerait inévitablement sa mort. Le réalisateur des traumatisants Haute Tension et La Colline a des Yeux aurait-il choisi la facilité en nous envoyant le film de confinement ultime, concentré sur 2 mètre carré des peurs ressentis ces derniers mois ? Point trop d’effort nécessaire pour s’identifier à son seul personnage, avec l’isolement qui nous tenaille encore et cette menace d’hypoxie que la COVID rend si proche. Réponse négative. Aja lorgnait déjà sur ce scénario de Christie LeBlanc avant 2020. Repêché dans la black list 2016 (liste des meilleurs scénarios américains non produits), O2 aurait du être une production américaine menée par Noomi Rapace. La COVID obligea le réalisateur à revenir à Paris pour tourner son film avec un casting français et le financement de Netflix. Le résultat est tout sauf un film roublard. Oxygène sait rigoureusement où il va et quels chemins emprunter pour embarquer le téléspectateur.

Les premières minutes peuvent laisser circonspect. La phase de réveil est plutôt banale et la voix doucement monocorde de Matthieu Amalric en intelligence artificielle contrôlant le caisson tend à désamorcer la tension. Cette voix deviendra par la suite menaçante, comique, énervante, rassurante sans même changer de ton, juste de par l’évolution des informations connues par l’héroïne. Une preuve parmi d’autres de cette capacité qu’a Oxygène d’utiliser les stimulations extérieures pour sans cesse renouveler les ressentis, alors qu’on regarde basiquement quelqu’un se débattre dans un caisson pendant 1h40. Ce quelqu’un est pourtant loin d’être immobile. Elle a une histoire à découvrir (elle est amnésique), un contexte spatial et temporel à préciser (où est elle enterrée? A quelle époque?) et une issue à trouver. Le scénario intrique habilement toutes ces questions en les faisant devenir les buts d’une course contre la montre mentale, une sorte d’escape game sous adrénaline. Il dévoile les indices avec parcimonie et une certaine habileté, dans une série de climax qui ont tous leur importance dans la résolution finale. Aja se rapproche de Mélanie Laurent jusqu’à coller à son visage, à la fois pour montrer sa suffocation et le fait qu’elle soit toujours plus proche de reconstitution du puzzle…et de la bombe qu’elle s’apprête à recevoir. Il ne poussera sa caméra hors de la capsule qu’au moment propice, à l’occasion d’une envolée tardive aux allures de chant du cygne.

Oxygène n’est pas aussi bon qu’un Buried (qui enfermait Ryan Reynolds sous la direction de Rodrigo Cortes) dans sa gestion du suspens, ni dans le sentiment d’enfermement qu’il provoque. Il se repose aussi parfois sur des lieux communs de la science fiction et étire son temps plus que de raison. Mais il est d’une densité étonnante pour son pitch. Il donne un grand impact à ses révélations et exploite à merveille les non-dits de l’univers qui enveloppe l’héroïne, qui est à peine effleuré. Il ne se limite pas qu’à son concept et sait se montrer d’une grande constance dans son avancée, à l’image de cet honnête artisan du genre qu’est Alexandre Aja. Un des meilleurs réalisateurs français en activité, autant à son aise chez lui qu’Outre-Atlantique.

The Other Side – Andra sidan

Réalisation : Tord Danielsson & Oskar Mellander

Scénario : Tord Danielsson & Oskar Mellander

Directeurs Photo : Andres Rignell & Henrik Johansson

Montage : Joakim Ekström Tessert

Bande Originale : Jonas Wikstrand

Production : Gila Bergqvist Ulfung

Pays : Suède

Durée : 1h27

Compétition Officielle Festival du Film Fantastique de Gérardmer 2021.

Sortie VOD et DVD le 14 avril 2021

Acteurs Principaux : Dilan Gwyn, Eddie Eriksson Dominguez, Linus Wahlgren, Troy James, Sander Falk

Genre : Maison hantée, épouvante

Note : 6,5/10

Shirin, son mari et le fils de celui-ci, Lucas, né d’un précédent mariage emménagent dans une splendide maison mitoyenne. Le mari est contraint de s’absenter la semaine pour son travail, ce qui laisse notre belle-mère seule avec le beau-fils pour la semaine. Shirin prend à coeur ce rôle, mais elle peine à rivaliser avec la mère du gamin, décédée d’une maladie grave. Sa tâche sera bientôt compliqué par l’arrivée d’amis imaginaires et des manifestations qui commencent à mettre en danger la vie du petit Lucas. Incapable d’expliquer ces phénomènes, la belle-mère passe peu à peu pour la responsable. Pourra t’elle le protéger de ce mystérieux spectre qui rôde et qui semble bien décidé à s’approprier tout ce qui bouge et qui a moins de dix ans ?

Difficile de faire moins original que le synopsis de ce film qui serait inspiré de faits réels. Tord Danielsson et Oskar Mellander usent de tous les lieux communs rencontrés depuis que la maison du diable a fait entrer le film de maison hantée comme sous-genre incontournable du film d’horreur. La Suède est peu prolifique en terme d’horreur (exception faite du très bon Koko-Di Koko-Da de Johannes Nyholm), et on aurait pu s’attendre à ce qu’il y’ait une appropriation réelle du sujet, une patte venue du Nord comme pour le polar, ou bien une intégration du folklore local. The Other Side ne proposera rien d’autre que revisiter les classiques de la maison hantée, qui se sont déjà emparé de la place de la belle-mère dans un cadre similaire (Don’t be afraid of the dark n’est pas si loin). Le constant pillage du Shining de Kubrick devient aussi quelque peu énervant.

Passées ces déceptions, voyons le film pour ce qu’il est. The Other Side est tout entier construit sur l’angoisse. Il réserve quelques apparitions maléfiques, mais l’essentiel de son déroulement est dans cette attente qu’un événement, la disparition du fils, va se produire. Le duo de réalisateurs a réussi à poser son ambiance et à livrer un premier film soigné, (trop) épuré, parfaitement fini, dont certains plans parviennent à rester gravés dans l’esprit. Sa bande originale accompagne efficacement la montée de l’angoisse. Le film parvient à décrire avec acuité les enjeux de la position difficile dans laquelle se trouve Shirin et l’actrice Dilan Gwyn attire instantanément l’empathie. La dissolution prématurée du couple n’est plus une fin en soi à mesure que le film progresse, mais un obstacle à ce qu’elle puisse s’approprier son rôle de belle-mère. Le lien entre Shirin et Lucas est en apparence à sens unique, ce qui donnera une consistance importante à la poursuite qui conclut le film. Ce lien naissant permettra de hisser un peu tout ce qui précède vers le haut.

The Other Side pèche par son manque d’ambition, mais il est honnête et constitue un bon premier essai.

Possessor

Du 27 au 31 janvier, LA REVANCHE DU FILM se met à l’heure du 28e Festival international du film fantastique de Gérardmer, qui a lieu cette année en ligne.

Réalisateur : Brandon Cronenberg

Scénariste : Brandon Cronenberg

Directeur Photo : Karim Hussain

Montage : Matthew Hannam

Assistant Réalisateur : Rob Cotterill

Bande Originale : Jim Williams

Chef Décorateur : Rupert Lazarus

Directeur Artistique : Kent McIntyre

Production : Niv Fishman, Fraser Ash, Kevin Krikst & Andrew Starke

Pays : Canada, Royaume-Uni

Durée : 1h43

Compétition Officielle Festival du Film Fantastique de Gérardmer 2021

Sortie le 7 avril 2021 en VOD et DVD

Acteurs Principaux : Andrea Riseborough, Christopher Abott, Rossif Sutherland, Tuppence Middleton, Sean Bean, Jennifer Jason Leigh

Genre : Horreur

Note : 7/10

Le deuxième film de Brandon Cronenberg aurait pu se glisser dans les salles de cinéma, si celles-ci avait fini par ré-ouvrir. Neuf ans après la sortie d’Antiviral, il écumait encore les festivals avec un certain succès. Après l’Etrange Festival en septembre dernier, c’est Gérardmer qui accueillait cette nouvelle pelloche organique et sensorielle du fiston de David. Un film qui l’émancipe légèrement de l’ombre paternelle, mais finalement pas tant que ça. L’inquiétante Andrea Riseborough y incarne Tasya Vos, une sorte de parasite criminelle. Employée par une organisation qui lui permet d’habiter le cerveau de personnes, devenues de simples hôtes, elle les utilise pour commettre des crimes commandés par les clients de l’agence. Elle est le meilleur agent dans sa catégorie. L’exécution des scénarios se trouve compliquée par le lien émotionnel qu’elle entretient encore avec son ex-mari et son fils. Sa nouvelle mission se fera dans la peau de Colin, petit-ami de la fille d’un magnat cible de l’entreprise (Sean Bean) et pantin tout désigné. La résistance de l’hôte en fera une mission plus intense qu’elle n’aurait pu le soupçonner. Qui du parasite ou de son occupant réel aura finalement le contrôle de ce corps?

Brandon Cronenberg a gagné des galons sur la forme. Possessor est une belle bataille intérieure qui attaque les sens. Grâce à une utilisation remarquable du son, du montage et de l’image, il plonge dans les textures avec un aplomb vivifiant pour amplifier leur côté organique. Il soigne ses effets gores pour qu’on puisse les ressentir autant que les voir, donnant l’impression de vivre une véritable expérience du meurtre par procuration. Ainsi tout ce qui touche à l’expérience du nouveau corps (et par extension du corps étranger masculin) est une réussite. Il y’a aussi une zone d’ombre bienvenue sur l’organisation criminelle pour laquelle Tanya oeuvre et une amoralité assumée qui sied bien au film. Mais en dépit de l’expérience qu’il procure, Possessor réussit trop souvent à se perdre dans le symbolique et l’abstraction au travers d’images lourdement signifiantes. Ses explications de texte paralysent pas mal de bonnes scènes de la seconde partie et empêchent l’expérience d’être continue. Un film un peu moins autiste, qui se permette plus d’interaction avec son décor et de respiration avec ses personnages secondaires (ici tous plus ou moins figuratifs, malgré un beau casting) aurait aussi été préférable. Mais en l’état, Possessor est plein de belles promesses pour l’avenir.