The Nevers

Créateur / Showrunner : Joss Whedon

Scénario : Joss Whedon, Melissa Iqbal, Madhuri Shekar, Jane Espenson, Kevin Lau, Douglas Petrie, Laurie Penny

Réalisation : Joss Whedon, David Semel, Zetna Fuentes

Directeur Photo : Seamus McGarvey, Ben Smithard, Richard Donnelly, Kate Reid

Bande Originale : Mark Isham

Direction Artistique : Rachel Aulton, John Martyn, Hazel Keane, Glenn Marsh, Clint Whelan

Cheffe Décoratrice : Gemma Jackson

Pays : USA

Durée : 6 x 52 mn

Diffusée sur HBO depuis le 11/04/2021 et en H+24 sur OCS

Production : Bernadette Caulfield, Jane Espenson, Philippa Gosslett, Douglas Petrie, Joss Whedon, Ilene S. Andress

Acteurs Principaux : Laura Donnelly, Ann Skelly, Ben Chaplin, Olivia Williams, James Norton, Tom Riley, Amy Manson, Nick Frost, Eleanor Tomlinson, Pip Torrens

Genre : Fantastique, Comédie, Drame

17 ans après la fin de la série Angel, je n’attends plus grand chose de Joss Whedon, et j’en suis le premier attristé. Mais The Nevers est un projet sous la bannière Mutant Enemy, en collaboration avec Jane Espenson et Douglas Petrie – des anciens de Buffy contre les vampires – et diffusé sur HBO, ce qui est assez neuf pour le créateur de la Tueuse. Et suffisant pour ma part, pour tenter l’aventure. Le sujet est l’apparition de super-capacités chez des femmes (et très peu d’hommes) de l’époque victorienne. »Les touchées », qui ont hérité leur don d’un événement surnaturel suscitent la défiance des notables, qui voient en elles une menace pour l’empire britannique. Whedon n’a clairement plus à prouver qu’il peut parler de ces sujets avec originalité. Mais peut-on encore faire original sur ces sujets en 2021?

Le Pilote de The Nevers pioche bien dans les lieux communs de l’époque victorienne et nous balance une directrice d’orphelinat courage pour aider les « touchées ». Cependant, les décors victoriens sont bien mis en valeur et l’action y’est bien filmée. Puis il y’a une volonté de mêler les genres : de la comédie (légèrement décalée, à la Whedon), du drame social, du film historique, de la SF, et une pointe de lyrisme. Le tout peut faire un peu gloubiboulga, mais la sauce finit par prendre dès le deuxième épisode. La meilleure surprise vient de l’adaptation au format feuilleton HBO. Whedon a pris de la bouteille à la réal et il s’attarde sur des choses a priori superflues, mais qui parviennent à installer une ambiance et développer une empathie réelle pour les personnages. C’est aussi parceque la saison ne compte que six épisodes. Lorsque les événements se seront emballés, nous n’aurons plus trop le loisir de souffler.

The Nevers se pose dans un mélange savant de l’Univers victorien de Dr Who (l’héroïne aurait pu être écrite par Steven Moffat), de Beaucoup de bruit pour rien (l’adaptation de Whedon), de Damon The Leftovers Lindelof (un côté choral et lyrique), de la série Ripper Street et de comics (Hors l’argument S-F, c’est un X Men à l’ère victorienne). La poésie et l’humour qui se dégagent de certaines scènes apportent une grande fraîcheur au thème du féminisme, trop souvent traité avec une gravité guerrière. C’est un peu comme si les choses reprenaient à l’extension du pouvoir de Buffy, mais dans une autre époque. Dans un contexte historique aussi rigide, comment ces femmes pourraient-elles apprendre à appréhender ces pouvoirs absurdes dont elles ne savent rien et protéger leur vie, sans devenir à leur tour des puissances destructrices ? Certaines choisissent, souvent contraintes par le destin, la voie de la haine et du crime, d’autres cherchent un équilibre quotidien avec les « normaux » tout en vivant en marge, bien que cet équilibre soit très fragile. A l’issue du troisième épisode qui fait particulièrement bien avancer l’intrigue, les enjeux grandissent. Les deux derniers épisodes de la saison réservent même un éclatement narratif plutôt audacieux, et répond avec élégance aux questions laissées en suspens.

Le seul gros défaut de cette première saison est qu’elle est au final trop dense, taillée pour une bonne quinzaine d’épisodes au moins. Whedon et ses scénaristes s’en sortent malgré tout très bien. Les personnages sont bien dessinés, l’univers est bien installé et les enjeux sont maintenant plus clairs. Le maestro quitte déjà le poste de showrunner pour céder les clés à Philippa Gosslett (co-scénariste de How to talk to girls at parties). Il n’y a plus qu’à espérer que cette qualité d’écriture persiste après la passation.

Adopt a Highway

Variation sur la liberté précaire d’un ancien taulard, Adopt a highway est une juxtaposition de moments, de rencontres, d’échanges qui sonnent tous justes.

Réalisation : Logan Marshall Green

Scénario : Logan Marshall Green

Directeur de la Photographie : Pepe Avila del Pino

Musique : Jason Isbell

Montage : Claudia Castello

Chef Décorateur : Emma Rose Mead

Production : Ethan Hawke, Jason Blum, Beatriz Sequeira, Couper Samuelson, Adam Hendricks, John H. Lang, Ryan Hawke, Zac Locke, David Grove, Churchill Viste, Donald Tang, Greg Gilreath

Pays : USA

Durée : 1h21

Sortie VOD en France le 16 mars 2020. Disponible sur OCS

Acteurs Principaux : Ethan Hawke, Elaine Hendricks, Chris Sullivan, Christopher Heyerdahl, Anne-Marie Johnson

Genre : Drame social

Note : 7,5/10

Russell Millings a plongé pour 21 ans pour possession de marijuana, la faute à une loi aberrante condamnant fortement les multi-récidivistes. Depuis, la loi a été abrogée, mais le temps passé derrière les barreaux l’a coupé de ses meilleurs années. A sa sortie, il découvre un monde où internet s’est généralisé et où un grand nombre de choses a changé. Il parvient à conserver un emploi de plongeur en attendant de mettre totalement une croix sur son passé. Un soir, il trouve un bébé dans une poubelle et il décide de le ramener chez lui pour s’en occuper. A partir de là, un enchainement d’événements vont mettre en danger le cocon qu’il s’est créé pour résister à ce monde hostile. Adopt a Highway est un film Blumhouse atypique, qui s’aventure très loin du cinéma d’horreur qui fait encore les beaux jours de la célèbre société de production. Il aborde le sujet bien peu glamour de la réinsertion des anciens détenus, et il le fait avec une originalité et une finesse qui forcent le respect. Il est une juxtaposition de moments, de rencontres, d’échanges qui sonnent tous justes au sein d’un chemin qui n’est jamais vraiment tracé. Le chemin d’un anti-héros dans sa solitude amené à faire des choix de moins en moins rationnels à mesure qu’il se trouve confronté à des codes qu’il ne maîtrise pas.

L’acteur Logan Marshall-Green (la très bonne série Quarry, The Invitation) a eu beaucoup de chance d’avoir le parrainage d’Ethan Hawke pour ses débuts derrière la caméra. Plutôt discret, Hawke peut s’enorgueillir d’une carrière qui présente un sans-faute, dans des genres très différents et loin des blockbusters que beaucoup d’acteurs plus chevronnés considèrent comme un passage obligé. Il apporte à ce quadra renfermé une proximité immédiate avec le spectateur. Nous connaîtrons quelques miettes de son histoire, mais ses réactions face au nouveau né et son attachement à son père disparu alors qu’il purgeait sa peine suffiront à ressentir une empathie profonde qui ne se tarira pas sur les quatre vingts minutes du film. Le choix de ne pas l’opposer systématiquement à ses interlocuteurs apporte une nuance bienvenue qui place avant tout l’absurdité dans le système, et moins dans ses pions. Adopt a Highway est un film mélancolique qui possède une bienveillance qui sait dénoncer sans caricaturer, qui sait jouer sur le décalage des époques sans tomber dans la franche comédie, qui sait aussi amener hors des sentiers battus alors qu’on pensait le destin de Russell scellé. Il est surtout traversé par ce sentiment de précarité constante de celui pour qui la liberté ne tiendra toujours qu’à un fil, un concours de circonstances ou une incompréhension. L’acte de désintéressement final n’en est que plus poignant. Un premier essai plein de promesses.

Succession – saisons 1 & 2

Une série familiale où les personnages n’ont pas de face, servent uniquement leur intérêt et ne perdent même plus de temps à dissimuler leur cynisme face à un monde qu’ils dominent, mais qui réussit malgré tout à être passionnante.

Créateur / Showrunner : Jesse Armstrong

Scénario : Jesse Armstrong, Susan Soon He Stanton, Alice Birtch, John Brown, Jonathan Glatzer, Georgia Pritchett, Tony Roche, Anna Jordan, Lucy Prebble, Mary Laws, Will Tracy

Réalisation : Adam McKay, Mark Mylod, Andrij Parekh, Adam Arkin, Miguel Arteta, S.J Clarkson, Shari Springer Berman, Kevin Bray, Becky Martin, Robert Pulcini, Matt Shakman

Directeur Photo : Patrick Capone, Christopher Norr, Andrij Parekh

Montage : Ken Eluto, William Henry, Anne McCabe, Jane Rizzo, Joe Giganti, Mark Yoshikawa, Suzy Elmiger, Ellen Tam

Bande Originale : Nicolas Britell

Chef Décorateur : Stephen H. Carter

Direction Artistique : Kim Jennings, Carmen Cardenas, Andrew Bennett, Mark Harris, Deborah Jensen, Martin Kelly

Pays : USA

Durée : 20 x 60 mn

Diffusé sur HBO depuis le 4 juin 2018 et en H+24 sur OCS, saisons 1 & 2 disponibles sur OCS

Production : Jesse Armstrong, Ilene S. Landress, Will Ferrell, Adam McKay, Kevin J.Messick, Frank Rich, Jane Tranter, Mark Mylod, Tony Roche

Acteurs Principaux : Brian Cox, Jeremy Strong, Sarah Snook, Kieran Culkin, Alan Ruck, Matthew Macfadyen, Nicholas Braun, Hiam Abbass, Peter Friedman, J. Smith-Cameron, Justine Lupe, Arian Moayed, James Cromwell, Holly Hunter, David Rasche, Natalie Gold, Danny Huston, Fisher Stevens, Eric Bogosian, Caitlin Fitzgerald, Rob Yang, Dagmara Dominczyk, Juliana Canfield

Genre : Drama familial

Note : 8,5/10

Succession conte l’histoire de la famille Roy, dont le patriarche Logan (Brian Cox) règne en maître sur Waystar Royco, l’empire médiatique qu’il a fondé. Mais cette histoire démarre à un point crucial de l’avenir du conglomérat. Logan vieillit et l’heure de la succession est imminente. Qui de ses quatre enfants saura empocher le pactole? Le bon fils Kendall (Jeremy Strong) qui a fait son chemin près des sphères de la direction, le fantasque Roman (Kieran Culkin), le très peu impliqué Connor (Alan Ruck), ou la prometteuse Shiv (Sarah Snook) qui semble plus intéressée par la politique ? Le créateur Jesse Armstrong ne dissimule pas s’être inspiré du magnat Rupert Murdoch, sur qui il avait écrit un scénario qui n’a pas abouti. Mais la famille Roy est un peu un condensé des grandes familles qui ont traversé l’histoire des medias americains. La série a rafflé 7 Emmy Awards en 2020 (sur un nombre encore plus impressionnant de nominations), dont celui de la meilleure série dramatique, titre également remporté la même année aux Golden Globes. Il y’a de quoi susciter la curiosité, même si l’idée de départ a tout pour nous embarquer dans un prime time soap opera dans le style de Dallas ou Dynastie. Une curiosité encore accrue par la présence au générique du réalisateur Adam McKay (The Big Short, Vice) sur le pilote de la série et à travers sa société Gary Sanchez Productions.

Il suffit de lancer le générique pour pénétrer dans un autre monde. Nicholas Britell a composé un thème qui accroche aussitôt, à la croisée du passé et de la modernité, de la gravité et de la flamboyance, qui promet du grand dès les premières secondes. Ce thème se marie parfaitement avec les images et le montage du générique. Britell avait déjà fait du beau travail sur The Big Short et Vice, mais on peut dire ici que sa bande son hante chaque épisode de la série. S’il y’a beaucoup de séries qui ne tiennent pas les promesses de leur entrée en matière, Succession valide une à une toutes ces impressions. Jesse Armstrong a pris le parti de dé-glamoriser au maximum la famille Roy. Nous sommes bien face à un requin et à des enfants gâtés, ainsi qu’une cour qui entoure Logan Roy de ses faveurs. Tous ces personnages n’ont globalement pas de face, servent leur propre intérêt et ne perdent même plus de temps à dissimuler leur cynisme ou leur lâcheté face à un monde qu’ils dominent. Il ne faudra donc pas chercher parmi les premiers rôles la bouée de sauvetage de l’identification, ni une quelconque morale. Le référent désigné du spectateur, nouvellement intégré à la famille, se révèle être un condensé de stupidité et d’arrivisme. Tout au plus Kendall Roy parviendra à susciter un peu de sympathie, étant le plus torturé et le plus attachant du groupe.

Pour autant, chaque épisode de succession est passionnant, et ce même s’il reproduit souvent le même schéma : Une réunion familiale au coeur d’une crise. L’écriture est clairement en cause, savant mélange de réalisme cru et d’humour un peu tordu. Un humour qui ne se déclare jamais comme tel, mais qui vient de l’absurdité des comportements et des situations. Adam McKay, qui a donné le « la » en réalisant le pilote n’y est probablement pas non plus pour rien. Comme dans The Big Short, le décalage naît de la décomplexion, du naturel avec lequel chacun a adopté les codes. C’est un univers de gamins inconscients qui possèdent le monde, mais un univers malheureusement crédible. La réalisation se contente de capter (faussement) au vif pour accentuer cet effet de réalité des relations. Mais il y’a aussi derrière pas mal d’improvisation du casting, chose que McKay connaît bien, lui qui a porté des trublions comme Will Ferell et John C. Reilly. Chaque membre du casting a composé un personnage qui apporte quelque chose de savoureux à la série, dans une interprétation qui n’apparaît jamais factice. Lorsque Matthew MacFadyen surjoue le faux hypocrite un peu lourd (le total inverse de son personnage de la série « Ripper Street »), il ne présente rien de plus qu’une pièce rapportée qui reproduit des règles qu’il ne maîtrise pas, ce qui le rend d’autant plus ridicule. Mais si chaque personnage a son attrait, c’est bien Brian Cox qui dévore le plus l’écran (juste en étant là) et Jeremy Strong qui fait figure de révélation, du moins sur la première saison, plus grave et dense psychologiquement. La seconde, toute aussi riche en qualités mais plus grotesque, donne la part belle à sa soeur Shiv Roy, la talentueuse Sarah Snook qui avait déjà démontré ses talents protéiformes sur le film de SF Prédestination, aux côtés d’Ethan Hawke. Succession est une belle réussite qui mérite ses récompenses, et sa saison 3, repoussée pour cause de COVID, sera guettée avec impatience.

Industry – Saison 1

Très tiède dans sa représentation du milieu de la finance et dans la caractérisation de ses personnages, Industry emporte le morceau grâce à une belle brochette de jeunes acteurs anglais.

Créateurs/Showrunners : Mickey Down, Conrad Kay

Scénario : Mickey Fown, Konrad Kay, Sam H. Freeman, Kate Verghese

Réalisation : Lena Dunham, Tinge Krishnan, Ed Lilly, Mary Nighy

Directeur Photo : Milos Moore, Catherine Derry, Daniel Stafford- Clark

Montage : Peter Christelis, Dan Robinson, Christopher Watson, Sarah Louise Bates, Maya Maffioli

Bande Originale : Nathan Micay

Chef Décorateur : Steve Summersgill

Direction Artistique : Anthony Cartlidge, Tanya Miller, Tarnia Nicol

Pays : Royaume Uni, USA

Durée : 8 x 60mn

Diffusée sur HBO à partir du 10 novembre 2020 et sur OCS à partir du 11 novembre 2020

Production : Lee Thomas, Joel Collins, Lena Dunham, Lachlan McKinnon, Ryan Rasmussen, Mickey Down, Konrad Kay, Jane Tranter, Ben Irving, David P.Davis

Acteurs Principaux : Miha’la Herrold, Marisa Abela, David Jonsson, Harry Lawtey, Ken Leung, Freya Mavor, Connor MacNeill, Derek Riddell

Genre : Drama

Note : 7/10

Des jeunes diplômés intègrent la banque d’investissement Pierpoint, très renommée dans la City de Londres. A l’issue de cette année dans l’établissement, seulement la moitié d’entre eux pourront poursuivre leur carrière dans ses murs. Partant de ce pitch, les approches ne manquent pas et on pourrait raisonnablement penser qu’Industry va caler son pas sur Billions ou Devils qui attaquent à bâtons rompus ce milieu de requins. L’occasion est belle de pouvoir s’appuyer sur cinq jeunes anglais nés à l’aube de l’an 2000 pour mettre les pieds dans le plat. Industry emprunte une voie différente, plutôt tiède, ni dans l’arrogance totale, ni dans la condamnation totale. C’est cette semi-assimilation qui fait à la fois sa limite et son charme. Dès les premiers épisodes, l’identité de la série est bien définie et on comprend que les produits financiers, comme les relations avec les clients seront des prétextes à dévoiler le potentiel et la personnalité des nouveaux. La description du milieu est rudimentaire, inscrite dans une routine et un jargon qui s’intègre bien aux moments de décompressions, essentiellement des fêtes dans le cadre du travail ou dans le cercle plus restreint du groupe. Industry va développer cette routine sur toute cette première saison dans la veine d’autres séries de « bureau ». Sans rendre justice à la série, on pourrait la catégoriser comme un Grey’s Anatomy dans le milieu de la finance. Ce serait oublier son côté anglais, la filiation avec des séries comme Queer as folk ou Skins étant évidente de par dé-dramatisation et l’absence de complexe sur les questions liées au sexe et à la drogue.

Ce serait également occulter les non-dits et la froideur dans la description du milieu et des émotions des nouveaux. Dans Industry, tout est rentré et anti-spectaculaire. Le scénario donne peu d’occasion de vraiment saisir qui sont ces jeunes recrues, en dehors de ce qui les définit dans l’action, dans leur milieu social ou leur sexe. On comprend les conflits qui les minent, mais à part quelques indices dans des dialogues isolés, on peine à saisir quelle est vraiment leur position dans ce monde, pourquoi ils ont choisi la finance et quel est l’enjeu de leur réussite ou de leur échec. Cette distance fait partie intégrante du monde dans lequel ils évoluent, et elle pourrait s’interpréter comme du professionnalisme si elle n’était pas constamment balancée par des choix irrationnels, des instants présentant les pulsions et les contradictions des jeunôts comme s’ils n’étaient jamais vraiment en possession de leurs moyens. Dans ces moments, on revient sur du Grey’s Anatomy en version trash. La mayonnaise prend pourtant bien, à 75% grâce aux acteurs, une belle galerie de jeunes anglais prometteurs. Harper Stern (Miha’la Herrold), placée au premier plan, est certainement la plus gâtée sur le background. Elle a aussi le droit au meilleur épisode de la saison (l’épisode 4). Une journée marathon qui teste son endurance à l’épreuve alors qu’elle a tout à perdre, elle qui a dû mentir sur ses diplômes pour accéder à ce milieu. Harper entérine une relation de travail ambigüe avec son boss Eric Tao, campé par le très affable Ken Leung, qui en fera l’enjeu de la tension entre les sexes au bureau. Bien qu’ils soient moins gâtés, Marisa Abela, David Jonsson et Harry Lautey parviennent sans problème à capter le spectateur sur chacune de leurs scènes et on aimerait mieux les connaître. L’intérêt pour le dernier épisode, qui annonce la sélection à l’issue de l’année, ne serait pas si grand si ces quatre acteurs n’avaient pas aussi bien occupé la place.

Warrior – saison 2

Une saison qui confirme le niveau sur les scènes d’arts martiaux et qui distille un faux confort avant l’explosion finale

Créateur / Showrunner : Jonathan Tropper

Scénario : Jonathan Tropper, Bruce Lee, Evan Endicott, Josh Stoddard, Brad Kane, Kenneth Lin

Réalisation : Loni Peristere, David Petrarca, Dennie Gordon, Mar Madha, Dustin Nguyen, Jonathan Tropper

Directeur Photo : Giulio Biccari

Bande Originale : H.Scott Salinas

Montage : Andy Keir, Tessa Verfuss

Chef Décorateur : James Foster

Direction Artistique : Moray McGregor, Ulf Suhrmuller, Gary Middlewick

Costumes : Moira Ann Meyer

Casting : Bonnie Lee Bouman, Elaine Granger

Pays : USA

Durée : 10 x 60 mn

Diffusée sur Cinemax, puis sur OCS depuis le 3 octobre 2020

Producteurs : Richard Sharkey, Jessica Lewis, Kenneth Lin, Evan Endicott, Assaf Bernstein, Brad Kane, Josh Stoddard, Danielle Woodrow, Shannon Lee, Justin Lee, Jonathan Tropper, Andrew Schneider

Acteurs Principaux : Andrew Koji, Olivia Cheng, Jason Tobin, Dianne Doan, Kieran Bew, Dean Jagger, Joanna Vanderham, Tom Weston-Jones, Hoon Lee, Langley Kirkwood, Joe Taslim, Christian McKay, Perry Yung, Chen Tang, Dustin N’Guyen, Celine Buckens, Miranda Raison

Genre : Arts Martiaux, Action, Drama historique

Note : 7/10

Développée à l’origine par Bruce Lee en 1971 , la série Warrior se déroule pendant la guerre des Tongs dans le San Francisco des années 1870, peu après la Guerre de Sécession. Mais elle ne vit le jour qu’en 2019 sur l’initiative de sa fille Shannon Lee, avec le support de Cinemax, Justin Lin (réalisateur de pas mal de Fast & Furious) et Jonathan Tropper (showrunner de Banshee). Ah-Sahm est arrivé de Chine pour venir en aide à sa soeur dans le quartier de Chinatown. Il découvre que Mai Ling a gagné de l’influence dans un tong ennemi de celui qui l’a recueilli. Peu à peu, le frère et la soeur s’éloignent jusqu’à devenir ennemis. Entre les guerres de clans, les problèmes sociaux des ouvriers irlandais, les intrigues politiques et la vie de la police locale, Jonathan Tropper n’a pas perdu de temps pour hisser le concept au niveau de Banshee, soit un mic-mac d’affrontements conduits par plusieurs groupes aux leaders charismatiques. La première saison est une bonne introduction qui met en place les pièces de l’échiquier, satellise des seconds rôles prometteurs et offre des scènes d’arts martiaux encore peu vues dans une série TV. La première saison souffrait pourtant de ses situations un peu trop archétypales et d’une intrigue globale qui tendait trop à faire du surplace. Des défauts normaux pour une première saison. Restait à voir ce que Jonathan Tropper avait dans sa manche pour la suite. A hauteur de cette saison 2, le bilan est plutôt encourageant.

La fin de la saison dernière a laissé une configuration incertaine. Ah-Sahm est dans une situation qui le rend ambivalent, ce qui provoque un repli vers les personnages secondaires. Il y’a de quoi faire à ce niveau, mais cet entre-deux handicape néanmoins la première partie de la saison. D’autant plus que les trois nouveaux personnages n’apportent pas l’effet de reboost escompté. Jonathan Tropper nous gratifie pourtant de scènes d’action encore plus enlevées que pour la saison 1 et il nous fait même profiter d’un loner au Mexique. Ce procédé d’isolement du héros dans un autre milieu avait été utilisé dans Banshee et il permet d’apporter une bouffée d’air frais à mi-saison. Le showrunner avait assuré ses arrières car il y’avait une vraie montée des tensions dans tous les camps depuis le début de la série. Il ne fallait qu’un événement pour tout embraser. Il nous prend alors à revers en faisant exploser ces tensions de la façon la plus banale possible (et probablement la plus réaliste), pour amener la série à un autre niveau. L’épisode « Enter the Dragon », avant dernier de la saison, est aussi inattendu que percutant. Il valide rétrospectivement tout ce sur quoi nous nous sommes attardés depuis la saison 1. Les personnages ne peuvent alors plus rester sur le statu quo et semblent avoir pris acte de la situation : prise de conscience, changement de rôles, renversement inattendues ponctuent la fin de cette saison qui reconfigure un peu l’échiquier. On a le sentiment que la véritable introduction vient de se terminer et que les personnages en place ont de beaux jours devant eux. Prometteur.

The Fanatic

Insupportable, le simplet composé par John Travolta convertit le thriller paranoiaque en nanar d’un nouveau genre

Réalisation : Fred Durst

Scénaristes : Fred Durst, Dave Beckerman

Directeur Photo : Conrad W.Hall

Assistant réalisateurs : Jared Briley, Julie Johnsen, Maggie Ballard

Montage : Malcolm Crowe, Nik Voytas

Bande Originale : Blvck Ceiling, Gary Hickeson

Chef Décorateur : Joe Lemmon

Pays : USA

Durée : 1h28

Sortie DVD le 25 septembre 2020. Disponible sur OCS

Production : Oscar Generale, Daniel Grodnik

Acteurs Principaux : John Travolta, Devon Sawa, Ana Golja, Jacob Grodnik, James Paxton

Genre : Nanar inquiétant

Moose vit à Hollywood. Il est fan de Hunter Dunbar, un acteur de film d’horreur. Simple d’esprit, il prend un peu trop à coeur cette passion et se froisse lorsque l’acteur le sermonne après une demande d’autographe trop directe. Il se débrouille pour obtenir l’adresse de Dunbar et se met à rôder autour de chez lui. Un jeu dangereux commence sans que le simplet ne saisisse très bien qu’il pénètre de plus en plus l’intimité de son héros. Et lorsqu’il s’invite chez les gens, Moose n’aime pas qu’on l’empêche de faire ce qu’il veut. Il est plutôt rare depuis le début des années 2000 d’assister à la naissance en direct d’un nanar . Pas le faux nanar calibré produit par The Asylum et consorts, mais ce film sincère et premier degré qui donne un résultat omplètement en décalage avec l’intention première de son auteur. The Fanatic est à première vue un thriller mettant en exergue le potentiel destructeur de Los Angeles, plutôt bien réalisé et monté, auxquel viennent se greffer des nappes musicales souvent inquiétantes. Il permet même de revoir Devon Sawa, héros de la main qui tue et du premier Destination finale.

Le soucis est que l’ex leader de Limp Bizkit Fred Durst, dont c’est le troisième film en tant que réalisateur, a laissé carte blanche à John Travolta pour donner sa patte à Moose. La composition en craquage complet de l’acteur, que ce soit sur l’interprétation, la gestuelle et l’accoutrement, alliée à une caractérisation du personnage complètement branque suffisent à ressentir cette sensation de constant décalage, cette stupéfaction devant cet objet qu’on veut nous faire passer pour un nouveau « Misery » et qui nous présente ce type sur-excité se dandinant sur le fauteuil ou faire attention de ne pas réveiller son idole alors qu’il prend un selfie, alors qu’une musique inquiétante berce nos oreilles. Difficile de savoir quoi penser de ce qu’on nous montre dans ces conditions. Hors ce décalage constant entre la gravité et la comédie, le noeud du problème vient du fait que Moose est présenté tout à tour comme un être exceptionnel et comme une victime à protéger, sorte de Simple Jack dindon de la farce hollywoodienne, alors qu’il se pose très vite comme un sacré connard qui n’hésite pas à tancer sa meilleure amie et les gens qui l’aident et à exprimer son narcissisme en toute circonstance. Il n’y a pas une scène où on n’ait pas envie de le balancer sous une voiture. Aussi l’accès de violence final de la star sonne comme une libération. La note d’intention finale abrupte et ce « i’m not a stalker » comique comme mot de la fin ne fera que confirmer l’incompréhension et le sentiment d’avoir assisté à un autre film que celui qui a été tourné.

I know this much is true

Hors la performance de Mark Ruffalo, il faut louer l’immersion que cette mini-série impose. Le tempo et le sentiment d’étouffement ne faiblissent sur aucun des épisodes.

Créateur / Showrunner : Derek Cianfrance

Scénario : Derek Cianfrance, Anya Epstein d’après Wally Lamb

Réalisation : Derek Cianfrance

Directeur Photo : Jody Lee Lipes

Montage : Jim Helton, Malcolm Jamieson, Nico Leunen, Dean Palisch, Ron Patane

Bande Originale : Harold Budd

Production : HBO Films

Durée : 6 x 55 mn

Diffusé sur HBO à partir du 10 mai 2020

Visible en France sur OCS à partir du 11 mai 2020

Acteurs Principaux : Mark Ruffalo, Phillip Ettinger, Melissa Leo, Kathryn Hahn, Rosie O’Donnell, Archie Panjabi, John Procaccino, Rob Huebel, Imogen Poots

Genre : Drame

Note : 8,5/10

Tiré de l’ouvrage de Wally Lamb « la puissance des vaincus »,  I know this much is true conte le calvaire de deux frères jumeaux, l’un est schyzophrène, l’autre est condamné à prendre soin de lui depuis leur adolescence. Les deux sont Mark Ruffalo. Le meilleur des acteurs Marvel a trouvé le parfait véhicule télévisuel dans cette mini-série qu’il a produit et porté à bout de bras, bien aidé par la permissivité de HBO et le concours au scénario et à la réalisation de Derek Cianfrance, réalisateur de Blue Valentine et The Place Beyond the Pines. Dès son pilote, I know this much is true coche toutes les cases de Sharp Objects, petite merveille de drama policier que HBO nous avait déjà livré à l’été 2018. La patte d’un réalisateur/scénariste de cinéma – Cianfrance a aussi bien réussi que Jean-Marc Vallée à transformer un matériel littéraire en une pure expérience sensorielle de plusieurs heures – la performance oscarisable de Ruffalo et de Phillip Etinger – c’était aussi le cas d’Amy Addams et de ses camarades féminines de Sharp Objects – version présente et passé de jumeaux aux caractères opposés, une portion retirée des Etats-Unis, des flashbacks et une noirceur peu commune même pour du HBO. A ce jeu, la seconde enterre la série de Jean-Marc Vallée. Il n’y a pas de genre comme le polar pour servir de balises dans la noirceur. On pourrait arguer que la figure du proche courage face aux institutions renvoie à nombre de téléfilms de M6. Il n’y aura pourtant ici aucun indice qui pave la route pour prédire où elle nous mènera, ni le luxe d’une position d’observateur/juge d’un combat manichéen. Nous sommes contraint de vivre le calvaire de Dominick Birdsey et la pression croissante qu’il subit, partant de l’acte de trop qui mettra en danger la liberté de son frère.

I know this much is true prend racine dans l’internement forcé de Thomas suite à son auto-mutilation, mais le présent ouvre régulièrement des portes sur la jeunesse des deux frères, révélant la sensibilité encombrante du premier tandis que le second tente envers et contre tout de faire sa vie.  Ces flashbacks ponctuent harmonieusement l’histoire. Jamais superflus, ils servent dans la plupart des cas à fournir un contexte pour restituer l’état d’esprit de Dominick (la malédiction familiale) ou le lien construit avec son frère sans avoir recours aux dialogues. L’aspect le plus réussi de la série est l’immersion qu’elle impose en dépit d’un scénario cumulatif de malheur qui pourrait sombrer dans le pathos à tout moment. Bien que chaque épisode dure près d’une heure et présente de longues scènes, le tempo ne faiblit jamais. On trouve la même montée en puissance dans la confrontation larvée avec une psychiatre perspicace que dans les événements plus physiques. Puis le récit nous amène dans le passé, avec l’arrivée du grand-père aux Etats-Unis, pour nous guider vers un final en forme de réconciliation. Le ton est toujours juste, le rythme est toujours étudié. L’utilisation d’une chouette brochette de seconds rôles pour donner la réplique à Ruffalo (Imogen Poots, Archie Panjabi, Rosie O’Donnell, Juliet Lewis, Melissa Leo), le montage, mais aussi un talent certain pour enfermer le spectateur, à la fois dans l’intériorité des personnages et dans le décor enveloppe ces six épisodes. Cela n’a rien de glamour,  d’autant moins quand on a subi plus de deux mois de confinement. Mais il y’a peu de séries qui peuvent se targuer de nous embarquer du début à la fin d’un épisode en se coupant d’autant de facilités.

Rabid

Honnête série B horrifique sur la mode et les apparences, Rabid se réserve quelques scènes de transformation efficaces et malsaines qui font honneur à l’oeuvre adaptée

Réalisatrices : Sylvia & Jen Soska

Scénario : John Serge, Sylvia & Jen Soska d’après Rage de David Cronenberg

Directeur Photo : Kim Derko

Assistant Réalisateur : Karl Jason

Bande Originale : Claude Foisy

Chef Monteur : Erin Deck

Directeur Artistique : Sean Moore

Chef Décorateur : Peter Mihaichuk

Budget : 5 M €

Pays : Canada

Durée : 1h47

Sélection Festival de Gérardmer 2020

Sortie VOD le 12 février 2020

Production : Paul Lalonde, John Vidette, Michael Walker, Back 40 Pictures, Media Finance Capital

Genre : Horreur, Fantastique

Acteurs Principaux : Laura Vandervoort, Ben Hollingsworth, Lily Gao, Ted Atherton, Stephen McHattie

Note : 7/10

Une styliste renfermée a un accident de voiture qui la défigure complètement. Orientée vers une clinique qui expérimente de nouvelles cellules souches immortelles, elle retrouve son visage et en ressort transformée. Des cauchemars et une épidémie rampante se propagent autour d’elle alors que son appétit sexuel et son goût pour le sang se développent. Remake du Rage de David Cronenberg, Rabid est un beau retour des sœurs Soska (American Mary) a le mérite d’être une série B stimulante et dynamique au sein d’une sélection du festival de Gérardmer 2020 majoritairement atone. Un parti pris qui le place aussitôt en marge du film qu’il remake.

Cela laisse aux réalisatrices une certaine largeur pour nous immerger dans le milieu de la mode et des apparences, milieu idéal pour traiter de l’immortalité. Le tape à l’œil dissimule une certaine déliquescence intérieure semblable à celle qui ronge l’héroïne et se propage sans crier gare. Le forçage du trait place parfois Rabid sous l’égide d’un Verhoeven plus que d’un Cronenberg, en dépit de scènes de transformation efficaces et parfois malsaines qui font honneur à l’oeuvre adaptée. Il ne faudra néanmoins pas en attendre plus que ce qu’il a à proposer en façade, à savoir un bon divertissement dont le final, assez grand guignol, ne fait pas vraiment de bien à ce qui a précédé.

Blood Quantum

Derrière ce zombie flick pro-Indiens d’Amérique, le propos est de décrire une révolte de la nature contre ceux qui l’ont détruite. Mais tout cela s’efface derrière l’efficacité de l’action.

Réalisation : Jeff Barnaby

Scénario : Jeff Barnaby

Directeur Photo : Michel St Martin

Assistants réalisateur : Gabriel Teller, Esteban Sanchez

Bande Originale : Jeff Barnaby, Jaff Barrucco

Montage : Jeff Barnaby

Chef Décorateur : Sylvain Lemaitre, Louisa Schabas

Production : John Christou, Robert Vroom, Prospector Films

Pays : Canada

Durée : 1h36

Compétition du festival de Gérardmer 2020. Sortie VOD le 25 septembre 2020. Disponible sur OCS le 29 avril 2021

Acteurs Principaux: Michael Greyeyes, Forrest Goodluck, Kiowa Gordon, Elle-Maija Tailfeathers, Olivia Scriven

Genre : Horreur

Note : 7/10

Un film de zombie au festival de Gérardmer, on en peut plus de ces films interchangeables qui fleurissent comme les found-footages quelques années plus tôt ! Heureusement celui de cette année sort du lot, et il est même le meilleur de la sélection. Première originalité : la contamination n’infecte que les blancs et épargne les indiens d’Amérique. Mettant à part les limites d’un tel concept, qui ne prend pas en compte les métissages, ni les autres types de population, l’angle est intéressant et égratigne ouvertement l’Histoire du pays. Le réalisateur canadien d’origine amérindienne Jeff Barnaby nous invite à suivre une famille indienne dysfonctionnelle. Ils traversent une crise particulière avec le fils aîné, un écorché vif, et le second fils va avoir un enfant avec une blanche. L’origine du réalisateur et les acteurs, tous amérindiens, apportent une authenticité au film. Le propos est de décrire une révolte de la nature contre ceux qui l’ont détruite et de renverser les forces en Amérique.

Mais le discours s’imprime d’autant mieux qu’il est discret. Le but de Jeff Barnaby est avant tout de fournir un film d’action efficace. Toute mesure gardée, Blood Quantum est ce qui se rapprocherait le plus d’un film de zombie réalisé par John Carpenter : Les nappes musicales prenantes, l’action musclée, des personnages au caractère bien trempé qui flirtent souvent avec les figures du western, autant d’éléments qui nous aventurent sur le terrain de Big John. Il y’a également une bonne balance entre le drame, l’action et l’humour et un soin particulier apporté à la réalisation. La seconde partie est certes moins efficace et plus balisée, mais Blood Quantum a entre temps réussi l’exploit improbable de relancer mon intérêt pour le film de zombies.

Avenue 5

Si ce n’est ce pitch prometteur, on ne trouve que du cynisme tiède et des échanges fonctionnels dans cette première livraison, bien loin de la satire féroce de Veep.

Créateur / Showrunner : Armando Iannucci

Scénario : Armando Iannucci, Simon Blackwell, Tony Roche

Réalisation : Armando Iannucci

Directeur Photo : Eben Bolter

Montage : Gary Dollner

Bande Originale : Adhem Ilham

Production : Dundee Production, HBO

Durée : 8 x 30 mn

Diffusé sur HBO à partir du 20 janvier 2020

Visible en France sur OCS à partir du 20 janvier 2020

Acteurs Principaux : Hugh Laurie, Josh Gad, Zach Woods, Rebecca Front, Nikki Amuka-Bird, Suzy Nakamura

Genre : SF, comédie

Note : 6,5/10

Ceux que la fin de Veep a rendu orphelins peuvent se réjouir. Armando Iannucci est de retour avec une série…de SF. Et il se paie le luxe de recruter Hugh « House » Laurie en lead. L’acteur est en terrain connu avec le réalisateur / scénariste puisqu’il avait donné la réplique à Julia Louis Dreyfus pendant plusieurs saisons dans le rôle de Tom James. Le revoir en lead dans une autre série que « House » est un risque, comme il est devenu, quelque soit son registre, indissociable du docteur misanthrope qu’il a campé pendant tant d’années. Le capitaine Ryan Clark en est pourtant à 100 lieux. Image de marque d’un vaisseau de croisière intergalactique, cet imposteur qui passe pour un héros aux yeux du public est un descendant direct de Sélina Meyer, même s’il n’arrive jamais dans ce pilote à bouffer l’écran comme le faisait Julia Louis Dreyfus dans sa série politique. Il est pourtant lui aussi entouré d’une équipe de bras cassés et aura bien des problèmes à résoudre. Alors que nous démarrons sur un ton proche de la Croisière s’amuse, l’équipage et les invités ne tarderont pas à se retrouver dans une situation délicate : Ayant quitté sa trajectoire, l’Avenue 5 ne pourra pas retourner sur Terre avant 3 ans. Ce qui nous laissera pas mal de temps pour apprendre à connaitre la galerie de personnages présentée dans le pilote.

Si ce n’est ce pitch original et prometteur (on a pas vu mieux depuis ‘the Good Place’), on ne trouve au départ que du cynisme tiède et des échanges fonctionnels. Et malgré la présence du remarquable Zach Woods (The Office, Silicon Valley), aucun des seconds rôles ne parvient à surnager. Méfiance. Des sitcoms comme the Office ou Parks & Recreations nous ont bien démontré qu’en terme de comédie télévisuelle, les personnages peuvent mettre du temps à infuser. Et en quelques épisodes, un petit groupe de passagers fait peu à peu son nid. Pour avoir du Iannucci bien féroce sans la politique, nous devrons attendre la deuxième partie de la saison. Chaque épisode devient vite une avalanche de situations aussi dingues que foncièrement pessimistes envers l’incompétence et la stupidité des humains : vaisseau entouré de merde devenant un spectacle, personnages stupides qui se précipitent dans l’espace et autres joyeusetés font sortir la série de sa zone de confort et créent une attente certaine pour la saison 2, malgré une fin de saison décevante. Reste à bichonner un peu plus les personnages et on peut tenir une série qui vaudra sur la durée.