Billie Holiday, une Affaire d’Etat – The United States vs. Billie Holiday

Réalisation : Lee Daniels

Scénario : Suzan-Lori Parks, d’après Johann Hari

Directeur de la photographie : Andrew Dunn

Montage : Jay Rabinowitz

Musique : Christopher Bowers, Lynn Fainchtein

Chef Décorateur : Daniel T. Dorrance

Direction Artistique : Félix Larivière Charron, Carolyne de Bellefeuille

Costumes : Paolo Nieddu

Pays : USA

Durée : 2h08

Sortie en salles le 02 juin 2021

Production : Jordan Fudge, Jeff Kirschenbaum, Joe Roth, Tucker Tooley, Pamela Oas Williams, Lee Daniels

Acteurs Principaux : Andra Day, Trevente Rhodes, Rob Morgan, Tone Bell, Garrett Hedlund, Miss Lawrence, Natasha Lyonne

Genre : Biopic, Thriller

Note : 7/10

La vie de la chanteuse Billie Holiday fut un véritable cauchemar. Née trop tôt pour vivre réellement l’émancipation des femmes et connaître le mouvement des droits civiques, elle se trouvait doublement du mauvais côté de la barrière lorsque sa carrière explosa, et même jusqu’à sa mort en 1959. Elle aurait pu faire profil bas, comme le fit par exemple Ella Fitzgerald, mais la chanteuse s’entêtait à interpréter Strange Fruit, chanson tirée d’un poème d’Abel Meeropol qui décrivait de façon crue les lynchages contre les noirs qui atteignaient alors leur pic aux Etats-Unis. La popularité de la chanteuse permet à la chanson de voyager et d’émouvoir, ce qui n’est pas du goût du gouvernement américain. Ayant conservé des traumatismes liés à son enfance, Billie est coutumière de l’usage des drogues, ce qui offre au chef du bureau des narcotiques du FBI Harry Anslinger une fenêtre en or pour la mettre hors d’état de nuire à l’image de l’Amérique. Il envoie le jeune agent Jimmy Fletcher en mission pour la détruire. Entre la surveillance de son gouvernement, les démons de la drogue et ses piètres choix de compagnons, la chanteuse est plus seule que jamais. Mais elle fait tout pour garder la tête haute et continuer de chanter.

S’il y’a une raison pour ne pas louper ce thriller inspiré d’une partie de la vie de Billie Holiday, c’est Billie Holiday elle-même. Un combat qui a ses partisans et qui a pu gagner des batailles peut-être mené avec détachement, mais celui qu’a menée la chanteuse (et qui fut repris de façon bien plus engagée par Nina Simone) ne pouvait alors que mettre en danger sa vie. Le réalisateur Lee Daniels (le Majordome) décrit très bien que les noirs qui réussissaient alors étaient ceux qui avaient intégré la soumission et que les WASPs utilisaient comme des outils pour servir leurs fins, ce qui fait d’elle une exception notable parmi eux, et une des figures qui rendit possible les progrès gagnés à la fin des années 60. S’il sait mettre en valeur le charisme de son héroïne, Daniels sait aussi montrer ses côtés sombres, qui sont nombreux. Ils sont aussi totalement assumés, car Billie Holiday refusait en tout point de se considérer comme une victime. Son rapport à la drogue est abordé frontalement, dans le même ton que pour Chet Baker (Ethan Hawke) dans le très bon Born to Be Blue. Mais Billy Holiday vs. The USA aurait gagné à avoir une conclusion aussi concise et suggestive que le film de Robert Budreau. Dans sa dernière partie, il vire un peu trop au biopic et prend un ton plus convenu.

La scène de la découverte d’un lynchage filmée en plan séquence qui enchaîne sur l’interprétation complète de Strange Fruit sur scène, avec les enjeux qu’on connaît, aura entre temps à elle-seule justifiée la vision de ce film, qui a révélé la chanteuse Andra Day en tant qu’actrice. Au-delà de ses luttes, espérons que ce film pourra faire re-découvrir au plus grand nombre le répertoire d’une chanteuse de jazz au talent exceptionnel.

Nomadland

Réalisation : Chloé Zhao

Scénario : Chloé Zhao, d’après le roman de Jessica Bruder

Directeur Photo : Joshua James Richards

Montage : Chloé Zhao

Musique : Ludovico Einaudi

Direction Artistique : Elizabeth Godar, Tom Obed

Chef Décorateur : Joshua James Richards

Production : Frances McDormand, Peter Spears, Mollye Asher, Dan Janvey, Chloé Zhao, Geoff Linville, Emily Jade Foley

Pays : USA

Durée : 1h48

Acteurs Principaux : Frances McDormand, David Strathairn, Gay DeForest, Linda May, Charlene Swankie, Patricia Grier

Genre : Road-Movie, Drame social

Note : 7/10

Sortie en salles le 9 juin 2021

En 2011, Fern a perdu l’emploi qu’elle occupait dans l’usine américaine de plâtres où elle travaillait, à Empire, Nevada. L’usine a disparu, tout comme son mari quelques années auparavant. Fern a décidé de vendre la plupart de ses biens et d’acheter une camionnette pour vivre et parcourir le pays à la recherche d’un emploi. Une vie de nomade qu’elle partage avec de nombreuses victimes de la crise aux Etats-Unis, solidaires et fiers de subsister en marge des modes de vie classiques. Difficile de faire plus américain que ce Nomadland, de par le sentiment de liberté qu’il exalte et le parfum de road-movie qui l’enveloppe. Languissant, il suit le cours de la route et des rencontres de Fern sans véritable trame. Frances McDormand y’est splendide de naturelle, comme à son habitude. Ce film lui a apporté son troisième Oscar, la faisant talonner le record des 4 oscars de Katherine Hepburn. Mais on ne peut concevoir après une heure de film que la statuette ait pu être attribué à quelqu’un d’autre. S’il y’a un Oscar de mérité dans la fournée, c’est bien le sien.

Ce ne sont pas les paysages américains qui sont les véritables vedettes de ce road-movie. Il se risque à prendre son temps, pas forcément pour immortaliser les grandes étendues bordant les routes américaines, même si nous aurons quelques scènes bucoliques. Il le fait pour capter la mélancolie ou la joie de cette nomade des temps modernes et de ceux qu’elle croise, pour décrire les liens qui se tissent entre eux, attraper des moments comme s’ils n’avaient pas été mis en scène, qui posent ces femmes et ces hommes comme de véritables acteurs de leur vie, et non comme des victimes du système. Et au jeu de captation de la vie des laissés pour compte de l’Amérique, la réalisatrice Chloe Zhao a déjà de la bouteille. Il y’a cinq ans, elle suivait un Sioux dans une réserve indienne du Dakota. La voilà oscarisée et débauchée par Marvel (Eternals, sortie prévue en 2020). Un parcours trop rapide, mais de plus en plus classique au sein d’Hollywood, qui tend à empêcher les talents émergents de prendre leur temps pour mûrir et s’épanouir avant de franchir le pas du blockbuster. Nomadland est un film très sympathique, qui sait toucher et qui réussit à transmettre une réalité, mais ce n’est pas un chef d’oeuvre dans son genre. On sent que Chloe Zhao est capable d’encore mieux.

The Father

Réalisation : Florian Zeller

Scénario : Florian Zeller, Christopher Hampton, d’après sa pièce « Le Père »

Directeur de la Photographie : Ben Smithard

Montage : Yorgos Lamprinos

Musique : Ludovico Einaudi

Chef Décorateur : Peter Francis

Direction Artistique : Amanda Dazely, Astrid Sieben

Production : Philippe Carcassonne, Simon Friend, Jean-Louis Livi, David Parfitt, Christophe Spadone, Victor Livi

Pays : Royaume-Uni, France

Durée : 1h38

Acteurs Principaux : Anthony Hopkins, Olivia Colman, Mark Gatiss, Imogen Poots, Rufus Sewell, Olivia Williams, Ayesha Dharker, Evie Wray

Genre : Drame

Note : 8/10

Sortie en salles le 25 mai 2021

Le hasard du calendrier des sorties françaises a rapprochés Falling de Viggo Mortensen et The Father, deux films très aboutis sur la dégénérescence mentale d’un père âgé. Il n’y a pourtant pas plus différent que ces deux films. Là où le premier reposait sur la mise en perspective d’une vie, The Father joue sur la perte de repères presque jusqu’à l’effacement. Le dramaturge français Florian Zeller adapte sa propre pièce Le Père (2012) , qui raconte l’obstination d’un vieil homme déclinant à rester dans la vie de sa fille, qui a pris sur elle de s’occuper de lui. Difficile d’en dire plus sans dévoiler le noeud du film sur lequel repose sa construction labyrinthique. Florian Zeller n’a pas volé son Oscar du meilleur scénario adapté car il a pris soin de ne rien laisser au hasard, distillant progressivement la paranoïa et le malaise dans l’esprit toujours affuté du vieil homme. Dans celui du spectateur tout aussi confus que le personnage, il semble se jouer une mise en scène dans laquelle chacun des proches devient un personnage à plusieurs visages. Sont-ils les auteurs d’une machination diabolique ou les victimes d’un marionnettiste pervers qu’il ne peuvent plus contenir ? Zeller ne cherche pas à masquer l’origine théâtrale The Father. Il exploite les différentes unités que sont les scènes pour créer des ellipses qui détruisent toujours plus le temps, même si le vieil homme cherche à le garder en son contrôle en conservant sa montre à tout prix. Puis c’est à l’intérieur des scènes que tout se déstructure, jusqu’à ce que le personnage cède lui-même. Cette progression rampante parle plus que n’importe quel dialogue du film, eux-mêmes sciemment placés pour entretenir le chaos communicationnel.

La perception des événements est portée par Anthony Hopkins, qui reprend le rôle que tenait Robert Hirsch sur les planches. Il en fait un homme sûr de lui, aussi bien capable de blesser que de réfléchir, loin d’une caricature de vieillard gâteux. Sa solidité permet d’abord d’adopter, en partie, son point de vue, avant d’en douter lorsqu’il disparaît de la scène. On ressent ses silences et la façon dont il lutte silencieusement, et intelligemment, contre les incohérences qui s’accumulent. Ce rôle lui valut aussi un Oscar, celui du meilleur acteur, qu’il n’avait plus reçu depuis son incarnation d’Hannibal Lecter dans le Silence des Agneaux (1991). Le vétéran mène la danse devant la crème des acteurs britanniques : L’émouvante Olivia Coleman (révélée par la série Broadchurch et consacrée par The Crown), le taciturne Rufus Sewell (Dark City, The Man in the High Castle), l’irrésistible Imogen Poots (Green Room), la mystérieuse Olivia Williams (récemment dans the Nevers) et Mark Gatiss (Co-créateur de Sherlock et membre de la League of Gentlemen), qui fait son chemin en tant qu’acteur. Lorsqu’il se révèle que personne de ce petit monde ne jouait, The Father prend un ton résolument dramatique. L’acceptation d’une totale et irrémédiable perte de contrôle est un choc difficilement descriptible pour un être humain atteint de folie, et encore bien plus lorsqu’il n’y a pas de remède . Florian Zeller et Anthony Hopkins sont parvenus à transcrire en quelques scènes cette onde de choc silencieuse qu’est l’écroulement d’une vie. On en ressort avec une profonde empathie pour ceux qui en sont victimes et l’envie de revoir le film, pour guetter toutes ses subtilités.

Ma Rainey’s Black Bottom – Le blues de Ma Rainey

George C. Wolf a un matériel dense, et il en fait un très bon film qui parvient à brasser un contexte très riche de façon intelligente et immersive, et à faire exister un groupe d’acteurs épatants.

Réalisateur : George C.Wolfe

Scénariste : Ruben Santiago-Hudson, d’après la pièce d’August Wilson

Directeur Photo : Tobias A. Schliessler

Montage : Andrew Mondshein

Bande Originale : Brandford Marsalis

Chef Décorateur : Mark Ricker

Décoratrices : Karen O’Hara, Diana Stoughton

Chef costumier : Ann Roth

Production : Todd Black, Constanza Romero, Denzel Washington, Dany Wolf

Pays : USA

Durée : 1h34

Diffusé sur Netflix à partir du 18 décembre 2020

Acteurs Principaux : Viola Davis, Chadwick Boseman, Glyn Turman, Colman Domingo, Michael Potts, Jeremy Shamos, Jonny Coyne, Taylor Paige, Dusan Brown

Genre : Drame historique, Huis-clos

Note : 8,5/10

Les années 1920 ont vu le blues prendre d’assaut les maisons de disque. C’était le début de la période des « Race Records » qui exploitait les styles de musiques développés par les noirs en Amérique. Des maisons de disques détenues par des blancs avaient eu pour stratégie (payante) d’immortaliser sur disque les plus grandes voix, souvent contre des sommes dérisoires. C’était aussi la période des grandes migrations afro-américaines du Sud vers le Nord, dues autant à la crise des plantations qu’à la promesse de trouver une meilleure vie dans des industries gonflées à bloc par les profits de la Première Guerre Mondiale. Adapté de la pièce du dramaturge August Wilson, Ma Rainey’s black bottom raconte ces deux versants des années 20 en mettant le projecteur sur « Ma » Rainey, une des premières chanteuses de blues à connaître une grande renommée. Surnommé la « mère du blues », elle précéda et inspira les chanteuses de la génération de Bessie Smith. En 1927, elle est au top de sa carrière, bénéficiant d’un contrat depuis quelques années avec la maison de disque Paramount Records à Chicago. Le film de George C. Wolf raconte la session d’enregistrement très tendue d’un de ses disques. Autour de cette figure qui est le centre de gravité de tout un système, il y’a un band composé de cinq musiciens, un manager sous pression, le directeur de la maison de disque, une protégée et le neveu de la chanteuse. Tous ces personnages interagissent et se livrent dans le climat de tension sociale de l’époque, au coeur d’un semi-huis clos (l’essentiel de l’intrigue se déroule dans le studio et ses extérieurs). George C. Wolf a visiblement un beau matériel, et il en fait un très bon film qui parvient à brasser un contexte très riche de façon intelligente et immersive, et à faire exister tous les personnages. Reproduisant l’atmosphère et du Chicago de 1927, le film possède juste la bonne durée et un rythme qui ne baisse pas. Il réserve aussi plusieurs progressions dramatiques à la hauteur dans ce qui est, à la base, un huis-clos intimiste et banal. L’origine théâtrale du scénario est très prégnante. Dans cet espace limité, les personnages se livrent, souvent soutenus par des plans fixes sur leur visage lorsqu’ils racontent leur histoire. Le choix de ne montrer que sporadiquement les réactions souligne avec bonheur l’apport d’un casting exceptionnel.

En tête de file, Viola Davis rend justice au personnage haut en couleur qu’était « Ma » Rainey, faisant ressortir ses côtés provoquant et frondeur ainsi qu’un charisme redoutable. La chanteuse n’incarnait pas un blues triste, mais un blues résistant et fort. Elle comprend que son manager Irvin (joué par le très expressif Jeremy Shamos) et la maison de disque cherchent avant tout à posséder sa voix, mais aussi que c’est eux qui construisent l’Histoire. Tant que le disque n’est pas enregistré et que rien n’est signé, elle détient quelques miettes de pouvoir grâce à sa voix. Un pouvoir qui, malgré sa renommée, reste limité, mais qu’elle entend exercer pleinement le temps de cette session. Mais parmi ses musiciens, il y’a une forte tête. Le jeune trompettiste Levee est de cette nouvelle génération persuadée que la grande migration lui apportera une revanche sur les blancs qui ont tragiquement marqué son enfance. Il a le talent, mais aussi une arrogance déplacée, tentant tout pour voler la vedette à sa chanteuse. Compte tenu du contexte, Levee est un personnage tragique qui est loin de se douter que ces certitudes le conduisent à un mur. C’est aussi le dernier rôle de Chadwick Boseman, l’acteur étant décédé au mois d’août dernier. Il mérite de passer à la postérité pour ce rôle puissant, à des coudées au dessus de Black Panther. Pourquoi pas un Oscar à titre posthume? Autour de ces opposés gravitent le toujours génial Glyn Turman (qui a illuminé une partie de la saison 4 de Fargo) et les très bon Colman Domingo et Michael Potts.

Mais le film parle avant tout de blues, et à quel point cette musique a permis à la communauté noire de transmettre son Histoire dans un monde qui ne lui donnait pas encore la parole, au point parfois de créer des frustrations les montant les uns contre les autres. Ce fut une de ses plus grandes victoires, et ce qui a permis à beaucoup de tenir en restant digne. C’est donc aussi un merveilleux film sur le pouvoir de la musique. En complément, jeter un coup d’oeil sur le making of « a legacy brought to screen », également sur Netflix, est vivement conseillé.

Soul

Autant le dire d’entrée de jeu, « Soul » consolide le retour de PIXAR en terre d’excellence. Ce nouvel opus jazzy saura inspirer positivement la plus jeune âme comme pour la plus blasée

Réalisateurs : Pete Docter, Kemp Powers

Scénario : Pete Docter, Mike Jones, Kemp Powers

Directeurs Photo : Matt Apsbury, Ian Megibben

Montage : Kevin Nolting

Bande Originale : Trent Reznor, Atticus Ross, Jon Batiste, Cody Chestnutt (interprète), Abi Bernadoth (interprète)

Chef Décorateur : Steve Pilcher

Direction Artistique : Paul Abadilla

Concepteur Storyboard : Kristen Lester

Superviseurs animation persos : Michael Comet, Junyi Ling

Pays : USA

Durée : 1h40

Diffusé sur Disney + à partir du 25 décembre 2020

Production : Jaclyn Simon, Dana Murray, Kiri Hart, Dan Scanlon, Michael Warch

Voix américaines : Jamie Foxx, Tina Fey, Graham Norton, Rachel House, Alice Braga, Richard Ayoade, Angela Bassett, Phylicia Rashad

Voix françaises : Omar Sy, Camille Cottin, Ramzy Bedia

Genre : Fantastique, Aventure, Comédie

Note : 8,5/10

Il semble s’être passé une éternité depuis que le dernier PIXAR « En avant » est sorti sur nos écrans. C’était pourtant bien en 2020, peu avant le premier confinement. « Soul » devait sortir en salles une poignée de mois plus tard, pour être reporté ensuite à novembre, et finalement se trouver relégué comme produit d’appel de Noël pour la plateforme Disney +. Les seuls chanceux à avoir pu le découvrir sur grand écran auront été les spectateurs du Festival Lumière, au sein duquel il fut diffusé en avant-première. Autant le dire d’entrée de jeu, « Soul » consolide le retour de PIXAR en terre d’excellence. Alors que les années 2010 n’avaient donné que peu de films originaux, le cap pour les années 2020 est de ne plus capitaliser sur les suites. Toy Story 4 fermait en beauté cette parenthèse moyenne (à l’exception de Coco et Vice Versa) et en ouvrait une autre avec le génial « En avant ». Ce nouvel opus parle aussi de la mort, mais d’une façon beaucoup plus fantaisiste, avec plus de groove et des vibrations qui vous donneront envie de vous lever et de danser. Car nous sommes dans le territoire du jazz.

Nous suivons Joe Gardner, professeur de musique passionné de piano qui va bientôt réaliser son rêve. Alors que le destin le confinait dans son poste ingrat, un ancien élève lui propose de venir jouer pour une pointure. La chanteuse de jazz est séduite par le talent d’improvisateur de Joe et elle l’engage à l’essai. Trop heureux, Joe ne voit pas la bouche d’égout ouverte à la sortie et…Il entre dans la deuxième dimension. Aussitôt, son âme est séparée de son corps, prête à voyager dans l’au-delà. Mais le musicien refuse de suivre le chemin et il atterrit dans une sorte de jardin d’enfant pour âmes en devenir. Il est bientôt flanqué d’une âme élève revêche qui a désespéré tous ses célèbres mentors et qu’il a été chargé d’inspirer. Le passeport pour la Terre de l’élève pourrait bien être le retour vers la vie du professeur, qui n’a pas une minute à perdre pour participer au concert de sa vie. Ce simple résumé suffit à se rendre compte que la boîte à idées est grande ouverte, et ce n’est encore que le premier acte. S’il met quelques temps à trouver sa magie, il ne se gêne pas pour nous envoyer dans toutes les directions, nous faire voyager entre les univers, de la Terre à un purgatoire en 2D (!), en passant par un entre-deux auquel accèdent les vivants connaissant des états de transe. Pete Docter (auteur de là-Haut, Monstres & Cie et accessoirement le meilleur réalisateur/scénariste PIXAR) et Kemp Powers s’éparpillent même un peu, mais il faut du temps pour tout introduire. Progressivement, l’histoire trouve son tempo et son âme. Elle arrive quelque part durant l’échange terrestre qui a lieu entre l’élève et le professeur, sans crier gare, car la dynamique de buddy movie, l’humour et la beauté des images (la ville est bluffante, au point que les personnages 2D introduits sur Terre ont l’air de se balader dans un film live) ont déjà acquis la complicité du spectateur.

Faut-il aimer la musique, et plus particulièrement le jazz pour aimer Soul? On peut dire que le rôle des animateurs est de vous faire aimer la musique comme l’aime Joe Gardner, même si c’est pas trop votre tasse de thé, un peu comme Ratatouille était parvenu à faire aimer la bonne cuisine. La bande originale est très diverse, portée tantôt par les ambiances de Trent Reznor et Atticus Ross, tantôt par le son jazzy de Jon Batiste. Mais ce sont surtout les scènes de transe qui transcendent le film, les instants durant lesquels les personnages sont inspirés par des détails, un geste, une musique. Faire ressentir ces moments est un peu le défi de « Soul » puisqu’il se donne pour mission de recentrer les perfectionnistes obsessionnels et les monomaniaques sur la vie. Il pourrait passer pour un éloge de la médiocrité s’il ne servait pas un propos plus complexe. Chacun trouve sa voie, mais ce n’est pas forcément être le meilleur dans une discipline. Si le plaisir ressenti en portant un art à sa perfection est réel, il ne faut pas s’en contenter au point de se couper du monde. C’est un peu aussi ce qui fait l’art de PIXAR, une forme de perfection formelle, mais qui ne fonctionne que grâce à ce rapport de proximité au monde qui donne l’âme de ses meilleurs films. Soul est autant un parcours de révélation pour Joe et le spectateur plus vieux, qu’un parcours d’initiation pour l’élève 22 et le jeune spectateur, l’un interagissant constamment pour nourrir l’autre. Les mots de la fin transportent comme de la magie pixarienne, pour retomber aussitôt dans une étrange frustration. On aurait tant aimé les entendre dans une salle de cinéma, puis en sortir pour profiter de chaque instant dans la rue, à l’air libre. En n’attendant pas quelques mois pour nous faire découvrir « Soul » dans les meilleurs conditions, Disney s’est totalement coupé du message de son film, et n’en a probablement rien à foutre. Ce petit jazz inspirant au goût post-COVID rate de peu le titre de meilleur film de l’année, qui échoue à « En avant ».

Borat, Nouvelle Mission Filmée – Borat Subsequent Movie Film

Un film exutoire aussi drôle et satirique que son prédécesseur, mené par un duo qui ne recule devant rien

Réalisation : Jason Woliner, Sasha Baron Cohen, Alex Daniels, Charles Grisham, Dale Stern

Scénario : Sasha Baron Cohen, Anthony Hines, Dan Swimer, Nina Pedrad, Peter Baynham, Erika Rivinoja, Dan Mazer, Jenna Friedman, Lee Kern

Directeur Photo : Luke Geissbuhler

Montage : Craig Alpert, Michael Giambra, James Thomas

Bande Originale : Erran Baron Cohen

Chef décorateur : David Saenz de Maturana

Direction Artistique : Vraciu Eduard Daniel, John Lavin, Sylvia Nancu

Pays : USA, Royaume-Uni

Durée : 1h35

Sortie en France le 23 octobre 2020 sur Amazon Prime

Production : Sasha Baron Cohen, Monica Levinson, Anthony Hines, Peter Baynham, Buddy Enright, Nicholas Hatton, Dan Mazer, Stuart Miller, Rachel Hein, Lee Kern

Acteurs Principaux : Sacha Baron Cohen, Maria Bakalova

Genre : Comédie satirique, Faux documentaire

Note : 8/10

En 2006, Borat innovait de par son ton jusqu’au-boutiste et sa forme : Un faux documentaire sous la forme d’une comédie satirique – un journaliste du kazakhstan débarque aux Etats-Unis, envoyé par le ministère de l’information pour tirer des leçons de la prospérité américaine – ponctué de scènes de caméra cachés guettant les réactions à vifs des américains embarqués malgré eux dans l’aventure. Sasha Baron Cohen saisissait avec pertinence les travers des états-uniens en leur exposant les pires clichés existants du barbare kazakhe, de quoi être censuré par de nombreux pays et fortement critiqué par le président du pays en question. Ce deuxième film démarre avec la punition du journaliste, condamné aux travaux forcés pour l’image qu’il a véhiculée de son pays. Borat est libéré par son gouvernement pour retourner aux Etats-Unis. Sa mission? Garantir les bonnes grâces du gouvernement Trump en offrant à son vice-président Mike Pence un singe très célèbre au Kazakhstan. Mais la fille de 15 ans de Borat, Tutar, s’est invitée en passagère clandestine dans la caisse du primate et elle l’a mangé. Menacé de finir écartelé dans son pays, le journaliste prend sur lui d’offrir sa fille en cadeau à la place du singe. L’éducation américaine de la gamine commence. Elle lui fera découvrir les nombreux mensonges de sa culture et un nouvel univers déstabilisant. Pendant ce temps, une épidémie nommée COVID 19 se propage à grande vitesse…ou bien ne serait-ce qu’un hoax colporté par les affreux démocrates menés par l’horrible Barack Obama ?

Après une décennie de montée en flèche du politiquement correct, retrouver Sasha Baron Cohen en forme comme aux premiers jours est vivifiant. Borat 2 va même plus loin dans l’offensant, réservant un lot de scènes des plus perturbantes (en tête une danse locale père/fille) ponctués des sorties antisémites, sexistes, homophobes (…) de Borat et sa progéniture. Les interlocuteurs filmés à leur insu participent de bon gré pourvu que quelques billets soient lâchés. La formule du ‘pris sur le vif’ fonctionne toujours autant. Elle est l’occasion de tâter la régression accélérée des Etats-Unis depuis le premier film. Il y’a toujours le côté « American Way of life » avec la chirurgie esthétique, les bimbos écervelées et le décalage toujours savoureux avec la coutume fantasmée du Kazakhstan, tout ce qui peut prêter à sourire avec une certaine distance. Mais il y’a aussi ces conspirationnistes avec qui Borat passe plusieurs jours et une succession de détails qui sont plus de l’ordre du drame, puisque décrivant une faillite rampante de la réflexion sur le plan mondial. Ce deuxième Borat est un tract démocrate revendiqué. Il s’attaque frontalement (mais de façon toujours drôle et astucieuse) à Donald Trump, Mike Pence et Rudy Giuliani. La charge envers les Trumpistes est également trop violente pour rallier l’électorat républicain. Elle se présente comme un exutoire de 4 ans de Trump et comme un coup de pied aux fesses pour l’électeur démocrate indécis (le film est sorti peu avant les élections américaines et enjoint de voter dans son générique). Le parcours de rédemption/libération de Tutar en tant que femme américaine occupe une grande place pour rendre Borat 2 plus fréquentable auprès de cette cible, également plus polarisée et moins encline à accepter le personnage. Il reste que cet arc de la fille de Borat – Cendrillon déviante rêvant d’être la nouvelle Melania Trump- est très bien mené et l’actrice Maria Bakalova est épatante. Je ne dirai rien de la partie COVID en toile de fond, sous peine de révéler un sacré twist. Ce nouveau Borat est en tout cas à ranger aux rayons des suites utiles et pertinentes.

Mank

David Fincher revient avec un film méticuleux sur le fond comme sur la forme, mordant et attachant. Un véritable hommage à Herman Mankiewicz et aux scénaristes en général.

Réalisation : David Fincher

Scénario : Jack Fincher

Assistants Réalisateurs : Richard Goodwin, Samantha Smith McGrady

Directeur Photo : Erik Messerschmidt

Monteur : Kirk Baxter

Bande Originale : Trent Reznor & Atticus Ross

Chef Décorateur : Donald Graham Burt

Direction Artistique : Chris Craine & Dan Webster

Coordinateurs des effets spéciaux : Frank Ceglia, Josh Hakian

Casting : Laray Mayfield

Pays : USA

Durée : 2h11

Diffusé sur Netflix depuis le 4 décembre 2020

Production : Cean Chaffin, William Doyle, Peter Mavromates, Andrea McKee, Eric Roth, Douglas Urbanski

Acteurs Principaux : Gary Oldman, Amanda Seyfried, Lily Collins, Tom Pelphrey, Tuppence Middleton, Charles Dance, Arliss Howard, Joseph Cross, Charles Troughton, Ferdinand Kingsley, Tom Burke

Genre : Biopic, Comédie Dramatique

Note : 8,5/10

David Fincher se fait rare ces dernières années, et cela risque de durer pour ceux qui n’ont pas Netflix. Depuis la sortie de Gone Girl en 2014, il a showrunné et réalisé quelques épisodes de la très bonne série Mindhunters et participé à la production de Love, Death and Robot. « Mank » est l’occasion de sceller sa relation de longue date avec la plateforme (c’est lui qui fourni « House of Cards », la première série Netflix) pour un contrat de 4 ans. Le bras de fer de Fincher avec les studios ne date pas d’hier. Ce dernier film, scénarisé par son père Jack Fincher, devait voir le jour à l’origine après la sortie de The Game avec Kévin Spacey et Jodie Foster. Mais la volonté de le tourner en noir et blanc avait fait reculer le studio Polygram. Il a donc fallu attendre 20 ans et la carte blanche de Netflix pour voir « Mank » sur le petit écran, avec Gary Oldman et Amanda Seyfried au générique et un crédit à titre posthume au père du cinéaste. Pour ce nouveau film, Fincher met la lumière sur Herman J. Mankiewicz, scénariste renommé dans le Hollywood des années 30 qui fut entre autres, à la tête du département scénario de la Paramount. L’homme est désormais moins connu que son plus jeune frère Joseph, mais c’est la renommée du grand frère qui permit au futur réalisateur de Cléopatre d’entrer dans le sérail des studios. Non crédité sur la plupart des scénarios qu’il a fourni et corrigé, comme c’était souvent le cas aux débuts du cinéma parlant, il peut compter notamment à son palmarès « le Magicien d’Oz » et « Citizen Kane ».

C’est au chef d’oeuvre d’Orson Welles que « Mank » s’intéresse puisque Fincher y décrit la maturation du scénario de « Citizen Kane » par Mank-iewicz alors qu’il était en isolement forcé. A travers une série de flashbacks, nous suivons une partie des pérégrinations de ce Mank (Gary Oldman), personnage atypique dans le Hollywood des années 30, alcoolique notoire sans aucun filtre vis à vis de son milieu et doué d’un humour ravageur. Les Fincher s’attardent en particulier sur ses relations avec la RKO sous David O’Selznick (Toby Leonard Moore), avec Louis B.Mayer (Arliss Howard) et Irving Thalberg (Ferdinand Kingsley), dirigeants de la Métro Goldwyn Mayer, mais aussi avec William Randolph Hearst (Charles Dance), grand magnat de la presse qui inspira officieusement le personnage de Charles Foster Kane ,et sur sa relation particulière avec l’actrice Marion Davies (Amanda Seyfried), qui fut la maîtresse de Hearst pendant de longues années. Tous ces éléments recollant peu à peu les pièces du puzzle que constitue Citizen Kane.

Si vous êtes perdus dans tous ces noms, Mank va vous demander une certaine exigence. Les Finchers s’abtiennent d’exposition pour entrer dans cette ère importante de l’Histoire du cinéma, celle où des palanqués de jeunes scénaristes et écrivains reconnus étaient autant de main d’oeuvre enfumant les studios hollywoodiens pour donner son mordant au nouveau cinéma parlant. Il passe peu de temps dans les présentations et sur le contexte. Il le rend même encore plus opaque en ajoutant une couche politique et des flashbacks en pagaille. Mais puisqu’on parle du scénario d’un film basé sur des flashbacks qui demandait une certaine exigence aux spectateurs des années 40, l’effort peut être fait et il en vaut la chandelle. La reconstitution de l’époque est effectuée dans le fond comme dans la forme. Fincher fait appliquer les procédés et les standards filmiques de l’époque, jusque dans les codes, l’image et le son avec la maniaquerie qui le caractérise. Il s’amuse à plaquer des indications de scénario pour flouter la réalité et le récit sorti de l’esprit du scénariste Mank, car la frontière est partout poreuse dans ce monde en représentation permanente. Vu comme un jeu, ce mimétisme ne vampirise jamais le film. Il lui confère même un cachet élégant et participe de son rythme interne.

Gary Oldman électrise ce petit ballet avec sa maestria habituelle. Il rend un bel hommage à Herman Mankiewicz, le présentant de façon entière et le rendant instantanément attachant. Il offre à Amanda Seyfried un rôle à la hauteur de son charisme, prouvant qu’elle est capable du meilleur avec un bon directeur d’acteurs. Mank est un bel hommage aux scénaristes par un réalisateur qui n’a jamais scénarisé lui-même ses films, et qui reconnaît la valeur de leur apport. Mais il décevra ceux qui attendent un match entre Orson Welles et Herman Mankiewicz. La controverse a toujours existé sur la paternité de « Citizen Kane », mais elle n’est pas le sujet du film. Tout au plus un bonus dans sa dernière partie, Orson Welles oeuvrant dans l’ombre et ne se voyant accorder qu’une seule scène (mais quelle scène!). « Mank » prouve que 2020 peut encore accoucher de grands films. On ne peut que regretter de ne pas pouvoir le voir en salles.

Eurovision Song Contest : The Story of Fire Saga

Une ode à l’eurovision qui laisse tomber la voie du pastiche au profit d’une comédie formatée.

Réalisation : David Dobkin

Scénario : Will Ferrell, Andrew Steele

Chef Opérateur : Danny Cohen

Assistant Réalisateur : Jonathan McGarry

Montage : David Dobkin

Bande Originale : Atli Örvarsson

Chef Décorateur : Paul Inglis

Direction Artistique : Nigel Evans, Ketan Waikar

Production : Will Ferrell, Jessica Elbaum, Chris Henchy, Adam McKay, Gary Sanchez Productions, Netflix

Pays : USA

Durée : 2h03

Sortie le 26 juin 2020 sur Netflix

Acteurs Principaux : Will Ferrell, Rachel McAdams, Pierce Brosnan, Dan Stevens, Melissanthi Mahut, Demi Lovato, Johannes Haukur Johannesson, Bjorn Hlynur Haraldsson

Film : Frat Pack Comedie

Note : 5/10

Curieuse ironie qu’un film à la gloire de l’Eurovision soit produit par des américains. Destiné à être diffusé sur Netflix ce 16 mai, soit le jour du concours de l’Eurovision de cette année, Story of Fire Saga a été repoussé, mais il sort un mois plus tard alors que la COVID nous a obligé faire le deuil de la compétition de cette année. Un tel sujet avait de bonnes chances d’être abordé dans une comédie poussée par Gary Sanchez Production (la boîte de Will Ferrell et Adam McKay). On ne compte plus les comédies de compétition sportives supportés par le duo dans le sillage du somptueux Ricky Bobby, roi du circuit. Alors pourquoi pas une compétition de chansons. Et disons le, le sujet est suffisamment kitsch pour que Ferrell puisse se laisser aller. C’est donc avec une certaine curiosité que nous pouvons accueillir cette pantalonnade, tout en sachant qu’elle s’inscrira dans un schéma usé jusqu’à l’os. Et c’est malheureusement le cas. Cet Eurovision Song Contest : Story of Fire Saga est la comédie la moins surprenante et la plus fainéante que Will Ferrell a pu porter. le film plaque le canevas habituel sur une histoire d’amour avec notre duo de chanteur, avec pour seule originalité de se placer dans un petit village d’Islande, l’occasion de voir quelques bonnes têtes d’islandais et un Pierce Brosnan qui se contente d’être lui-même. Le temps de trouver un prétexte, notre duo déménage à Edimbourg pour participer au fameux concours.

Puis le film se transforme en voyage magique au pays de l’eurovision, avec en point d’orgue une scène de comédie musicale rassemblant quelques anciens participants du concours. Vient ensuite le show, et la catastrophe qui va conduire à la remise en question du héros. Et à partir de là, le pilotage automatique ne s’embarrasse même plus de scénario. Toutes les scènes ne sont plus que fonctionnelles, la plus ridicule étant le retour au pays et départ en mer du personnage de Ferell orchestré pour faire durer plus longtemps le film (on est pas dans du Judd Appatow, mais c’est long). On aura compris en regardant l’ensemble des prestations scéniques que nous ne sommes pas dans le pastiche de l’Eurovision, et c’est bien dommage, car il y’avait matière à rire tout en gardant un peu de déférence envers cette compétition qui a su fédérer sur plusieurs générations. Au mieux nous aurons droit au cabotinage de Dan Stevens en russe pas encore sorti du placard. Au pire, au sempiternel personnage Ferrellien enfantin et fort en gueule, qui n’a ici rien à sauver. Même s’il est toujours à la production, Adam McKay a déserté le navire depuis trop longtemps pour voguer avec noblesse et verve politique vers les Oscars (The Big Short, Vice). David Dobkin est un bon réalisateur, mais il n’est responsable que du versant le moins drôle des films du Frat Pack, et il applique la formule Ferrell sans aucun génie. Rachel McAdams devient la variable d’ajustement pour refaire gagner son capital sympathie au film et la fin, bien que prévisible, possède ce petit quelque chose qui le fait remonter d’un coup pour passer du côté du film divertissant. Mais il aura fallu bien du remplissage.