Compañeros – La noche de 12 años

Compañeros donne à vivre plus qu’il ne les raconte les douze années de captivité de trois grandes figures de l’Uruguay. On peut être rebuté par la sécheresse du film, mais elle balance avec la sortie finale, progressive, éclatante dans un climax plein de lumière.

Réalisation : Alvaro Brechner

Scénario : Alvaro Brechner d’après Memorias del calabozo de Mauricio Rosencof et Eleuterio Fernàndez Huidobro

Directeur Photo : Carlos Catalàn

Monteurs: Irene Blecua & Nacho Ruiz Capillas

Bande Originale : Frederico Jusic & Silvia Perez Cruz

Son : Martin Touron

Directeurs artistiques : Daniela Calcagno & Laura Musso

Chefs décorateurs : Paula de Granvar & Palomares-Martinez

Durée : 2h02

Pays : Uruguay

Sortie le 27 mars 2019

Production : Alcaravan, Haddock Films, Hernandez y fernandez Producciones, Cinematograficas, Manny Films, Mondex&Cie, Movistar+, Salado Media, Tornasol Films et ZDF/Arte

Budget : Inconnu

Genre : Drame Carcéral Historique

Acteurs Principaux : Antonio de la Torre, Chino Darin, Alfonso Tort, Cesar Troncoso, Mirella Pascual

Note : 7/10


En 1973, la dictature militaire prend le pouvoir en Uruguay. Ses opposants sont emprisonnés. Considérés comme des otages par le pouvoir en place, Eleuterio Fernandez Huidobro (futur sénateur), Mauricio Rosencof (écrivain) et Jose ‘Pepe’ Mujica (élu président de l’Uruguay en 2010) sont isolés et torturés pendant douze ans. Compañeros donne à vivre ces douze années plus qu’il ne les raconte. Il est peu de dire que le réalisateur Alvaro Brechner passe un contrat avec le spectateur en l’immergeant dès les premières images et sur toute la première partie du film dans une succession de scènes dégradantes et brutes. Loin de la complaisance du torture porn, ce parti pris permet de ressentir la négation de l’humanité des trois otages. Mais il enjoint également de s’accrocher si l’on veut dépasser cette description clinique pour en savoir plus sur les personnages impliqués. Peu à peu, au travers de flashbacks, nous en découvrons un peu plus sur les protagonistes, sur leurs activités de l’ombre, sur leur famille, mais ces considérations passeront toujours après la véritable démonstration du film, la nécessité d’une résilience nécessaire pour survivre à cette horreur. Les difficultés de Jose Mujica à garder sa santé mentale sont d’ailleurs décrites en évitant toute complaisance, de l’intérieur, et dans un riche travail sur le son et la représentation des images.

On peut être rebuté par la sécheresse du film, mais elle balance avec la sortie finale, progressive, éclatante dans un climax plein de lumière, baigné par une relecture habitée de ‘The Sound of Silence’ de Simon & Garfunkel . Une fois n’est pas coutume, le titre original la noche de doce años, conservé pour l’exploitation anglaise (A twelve-year night), traduit à lui seul ce sentiment de soulagement de voir revenir pour de bon – et durablement – à la lumière ces trois hommes qui ont été exclu du monde une grande partie des années 70 et 80. Le pari du réalisateur est donc gagné, autant dans la démonstration de ce dont n’importe quel homme est capable de plus abject, en se cachant derrière un régime, que dans ce petit message d’espoir qu’aucune époque noire ne dure toujours.

The Twilight Zone 2019 – 1×02 Nightmare at 30 000 Feet

La première partie de l’épisode, claustrophobique et dérangeante, parvient à installer un climat de paranoïa efficace à travers l’omniprésence d’un podcast du futur. Mais l’épisode négocie très mal son dernier virage.

Créateur : Rod Serling

Créateurs version 2019 : Simon Kinberg, Jordan Peele, Marco Ramirez

Scénariste : Marco Ramirez d’après le scénario et l’histoire « Nightmare at 20 000 Feet » de Richard Matheson.

Réalisateur : Greg Yaitanes

Monteur : Scott Turner

Directeur photo : Craig Wrobleski

Compositeurs : Marco Beltrami, Brandon Roberts

Narrateur : Jordan Peele

Episode : 1x35mn

Origine : USA

Genre : Remake de série

Acteurs Principaux : Adam Scott, Chris Diamantopoulos, Dan Carlin, Katie Findlay, Nicholas Lea

Producteurs Exécutifs : Marco Ramirez, Jordan Peele, Simon Kinberg, Greg Yaitanes, Jessica Mecklenburg, Grace Gilroy, Glen Morgan, Carolyn Serling, Rick Berg, Audrey Chon, Win Rosenfeld

Chaîne : CBS

Où je vois ça en France? Nulle part

Note : 6/10

Deux remakes de la série d’anthologies de Rod Serling (1959) ont été produits avant celui-ci : la Cinquième dimension (1985) et la Treizième Dimension (2002). Bryan Singer devait à l’origine développer le troisième revival de la quatrième dès 2012. Simon Kinberg (scénariste et producteur de la franchise X Men) joignit la production en 2016. Fort du succès de Get out, Jordan Peele approcha CBS en 2017 pour relancer le projet sous la houlette de sa boîte de production, Monkeypaw Productions. Peu après, Marco Ramirez (la série Daredevil, Orange is the new black) rejoignit la production. Bien qu’il n’y ait pas de showrunner en titre sur la série, le réalisateur Greg Yaitanes est chargée de veiller sur la continuité du show. La série est lancée le 1er avril 2019 sur CBS.

Alors que le pilote de la série développait une histoire inédite, ce remake d’un épisode de la série originale permet de mieux déterminer les partis pris de la nouvelle série. A noter que « Nightmare at 20000 Feet », épisode signé Richard Matheson et interprété par William Shatner avait déjà été remaké en 1983 par George Miller comme segment du film « The twilight Zone », où il mettait en scène John Lithgow. Dans ces versions, la cause de la paranoia des deux hommes était une mystérieuse créature juchée sur l’aile de l’avion et qui était visiblement en train de le saboter. La nouvelle version choisit de baser la paranoia du personnage interprété par Adam Scott sur un podcast prédisant la disparition imminente de l’avion où il se trouve. Le journaliste décide d’enquêter, égrainant les pistes proposées par le podcast et passant pour un cinglé aux yeux des autres voyageurs. Seul un homme qu’il a rencontré avant le décollage, un ancien pilote, semble le croire.

L’amputation de vingt minutes est une bonne nouvelle. La première partie de l’épisode, claustrophobique et dérangeante, parvient à installer un climat de paranoïa efficace à travers de l’omniprésence de ce podcast du futur, faux narrateur omniscient qui challenge véritablement le héros. L’idée de préscience d’un accident d’avion n’est pas neuve : Elle renvoie à la scène d’ouverture du premier destination finale (Ce n’est peut-être pas un hasard si Glen Morgan, le co-scénariste de ce volet est aussi un des producteurs de la série), mais la variation est habile. Malheureusement, l’épisode négocie très mal son dernier virage en s’orientant vers un véritable crash, le twist étant téléphoné au possible et le final revenant rétrospectivement sur tout ce qui faisait l’intérêt du podcast, le mystère de la disparition des passagers. Ainsi ce dernier aura été un outil pratique pour balader le spectateur, et pas grand chose de plus. Si le problème de la dilution n’est plus, celui de la dispersion est patent et laisse entrevoir les failles d’un scénario qui se rend bancal à force de vouloir ajouter des strates au simplisme apparent de la série de Rod Serling .

The Twilight Zone 2019 – Pilote « The Comedian »

Maintenant que les séries se sont émancipées, il est difficile de les envisager comme quelque chose d’aussi simple, mais pourtant efficace, qu’une courte nouvelle de SF. Ainsi le twist de ce segment est-il noyé par tous les à-cotés de l’épisode et par la longueur du cheminement du point A au point B.

Créateur : Rod Serling

Créateurs de la version 2019 : Marco Ramirez, Jordan Peele, Simon Kinberg

Scénariste : Alex Rubens

Réalisateur : Owen Harris

Monteur : Scott Turner

Directeur photo : Mathias Herndl

Compositeurs : Marco Beltrami, Brandon Roberts

Narrateur : Jordan Peele

Episodes : 1x56mn, 1x35mn

Origine : USA

Genre : Remake de série

Acteurs Principaux : Kumail Nanjiani

Producteurs Exécutifs : Jordan Peele, Simon Kinberg, Marco Ramirez, Win Rosenfeld, Audrey Chon, Carol Serling, Rick Berginyon

Chaîne : CBS

Où je vois ça en France? Nulle part

Note : 6/10

Deux remakes de la série d’anthologies de Rod Serling (1959) ont été produits avant celui-ci : la Cinquième dimension (1985) et la Treizième Dimension (2002). Bryan Singer devait à l’origine développer le troisième revival de la quatrième dès 2012. Simon Kinberg (scénariste et producteur de la franchise X Men) joignit la production en 2016. Fort du succès de Get out, Jordan Peele approcha CBS en 2017 pour relancer le projet sous la houlette de sa boîte de production, Monkeypaw Productions. Peu après, Marco Ramirez (la série Daredevil, Orange is the new black) rejoignit la production. Bien qu’il n’y ait pas de showrunner en titre sur la série, le réalisateur Greg Yaitanes est chargée de veiller sur la continuité du show. La série est lancée le 1er avril 2019 sur CBS.

Il n’y a pas de formule pour détecter l’ADN d’une série, les éléments qui la constituent et qui feront qu’elle pourra être transposée à une autre époque sans perdre sa substance. Ou bien qu’elle ne puisse être transposée que comme un ersatz portant le même nom, cet ADN étant trop intiment lié à l’époque à laquelle elle a été diffusée. The Twilight zone a déjà été remakée et il a été prouvé que son concept peut très bien passer la barrière du temps, bien qu’il perde à chaque fois une partie de la saveur de l’original. Jordan Peele et ses compères ont visiblement choisi un compromis entre une certaine déférénce envers son créateur Rod Serling (la note d’intention est dans le générique) et une mise au goût du jour qui le rapproche des standards télévisuels de 2019. Ce compromis donne un résultat tiède.

Ce pilote raconte l’histoire d’un comédien de stand up sans succès, puisque tentant de faire rire avec des sujets sérieux. Après avoir rencontré un autre comédien, il applique ses conseils en se moquant de gens qu’il connaît. Le succès est immédiat. Mais les applaudissements du public ont pour effet de faire disparaître chacune des personnes dont il s’est moqué, comme si elles n’avaient jamais existé. Khumail Manjani, le Dinesh de Silicon Valley interprète solidement le rôle titre sur une durée de plus de 50 mn. Le narrateur Jordan Peele intervient au début et à la fin de l’épisode, le générique est joliment revisité en conservant les fondamentaux et nous nous attachons toujours à un personnage qui se retrouve malgré lui dans cette quatrième dimension, donc à un point de vue unique. A l’instar des films de Jordan Peele (Get out et Us), l’histoire de The Comedian est originale. Elle décrit un des maux de son temps – la moquerie comme forme d’humour la plus efficace – au travers du parcours de son personnage principal. La réalisation met en valeur l’action. Une grande partie de l’ADN de la quatrième dimension est donc bien là.

La grande nouveauté réside dans la proximité établie avec le comédien, un désir de connexion manifesté par les lenteurs volontaires du récit, l’effet de répétition des scènes et le retrait de la narration qui favorise que l’on se noie progressivement dans sa psychose. Pas de séparation en actes, pas de jugement du narrateur pour mettre en perspective que nous sommes dans une fable et pour cet épisode, une absence totale de concision. Or, la concision était un des éléments les plus importants de the Twilight Zone. Elle dérivait probablement de la parenté de la série avec les courtes nouvelles de SF – une histoire sans trop de personnages qui va d’un point A à un point B, un twist qui emporte le morceau. Maintenant que les séries se sont émancipées, il paraît difficile de les envisager comme quelque chose d’aussi simple, mais pourtant efficace. Ainsi le twist de ce segment est-il noyé par tous les à-cotés que nous offre l’épisode et par la longueur du cheminement du point A au point B. Malgré son originalité et le fait qu’elle se tienne pour elle-même, l’histoire apparaît bancale dans le contexte du show. Reste à voir si cette forme plus diluée se supportera mieux sur la longueur de la série.


Captive State

Il ne faudra pas longtemps pour se rendre compte que nous sommes dans un thriller politique plus que dans un film de SF. Les aliens législateurs ne feront que des apparitions dans l’ombre, alors que tout se joue entre les collabos haut-placés et la cellule de résistance de Chicago.

Réalisation : Rupert Wyatt

Scénario : Rupert Wyatt & Erica Beeney

1er assistant réalisateur : Jonas Spaccatorelli

Directeur photo : Alex Disenhof

Monteur : Andrew Groves

Bande originale : Rob Simonsen

Directeur artistique : Dawn Siderski

Chef décorateur : Douglas A. Mowat

Durée : 1h49

Pays : USA

Sortie le 3 avril 2019


Production : David Crockett, Rupert Wyatt, Participant Media, Amblin Partners, Metropolitan Filmexport (distributeur Fr)

Budget : 25 M$

Genre : Thriller politique SF

Acteurs principaux : Ashton Sanders, John Goodman, Vera Farmiga, Alan Ruck, James Ransone, Ben Daniels

Note : 7/10


Que se passerait-il si les aliens arrivaient à la tête du gouvernement mondial, en d’autres termes si les puissants de notre monde leur filaient les clés? Vendu sur une rebellion frontale contre un ennemi identifié et sur son héros juvénile, Captive State avance en trompe l’oeil. Mais il ne faudra pas longtemps pour se rendre compte que nous sommes dans un thriller politique plus que dans un film de SF, que Rupert Wyatt fait plus de l’oeil à l’Armée des Ombres de Jean-Pierre Melville qu’à la Guerre des mondes, ou même à la série V, dont le contexte est plus proche. On pourra sans problème remplacer ces méchants E.T par tout ce qui menacera la démocratie, y compris les menaces actuellement au pouvoir. Les aliens « législateurs » ne feront que des apparitions dans l’ombre, alors que tout se joue entre les collabos haut-placés et la cellule de résistance de Chicago.

Il était évident que Rupert Wyatt, réalisateur du premier volet du blockbuster le plus intelligent de la décennie (La planète des singes, le commencement) n’allait pas se vautrer dans une lutte pétaradante, mais son approche anti-spectaculaire au possible, naturaliste et privilégiant les lieux peu éclairés a de quoi surprendre au premier abord. Elle est au final très logique, puisque s’attachant à un réseau luttant dans l’ombre. Cette intention de minimalisme renvoie à la première saison de la série « The Man in the High Castle », le côté mélodramatique en moins. Captive State est austère (en surface), opératique comme le serait un film de casse et surtout, il ne prend pas les spectateurs pour des cons.

Le film n’est pourtant pas exempt de défauts. On peut reprocher à cette cellule un trop plein d’amateurisme malgré les années à combattre, ou bien quelques motifs un peu lourds qui rendent l’histoire prévisible, en dépit d’un twist parfaitement géré. Captive State a les qualités de ses défauts et se perd parfois dans ses propres zones d’ombre, ne laissant au spectateur que peu de moyens de souffler et des personnages pivots pas assez porteurs, un comble pour l’homme qui a créé César le singe. Seul opposant de taille face à une dizaine de résistants, John Goodman parvient sans trop de soucis à tenir son rôle, et même à porter toute la dernière partie du film. Il relègue Ashton Sanders à la position de wannabe héros qui attend son tour, peut-être dans un deuxième opus. A moins que l’étincelle qu’on nous a promis soit bel et bien une fin en soit. Si seulement…

The Unthinkable – Den blomstertid nu kommer

The Unthinkable réussit là où Roland Emmerich a souvent échoué, dans cette collusion entre le drame familial et le spectacle du film catastrophe, chacun se nourrissant mutuellement via des scènes émouvantes, le plus souvent amères, car témoin du pessimisme de leur temps.

Réalisation : Collectif Crazy Pictures = John Nordling, Christopher Nordenrot, Tormod Ringnes, Emil Wiklund, Lennart Wiklund

Scénario : Crazy Pictures

Directeur photo : Crazy Pictures

Chef Monteur : Crazy Pictures

Superviseur des effets visuels : Crazy Pictures

Bande Originale : Gustav Spetz

Directeur artistique : Crazy Pictures

Etalonneur : Ola Bäccman

Pays : Suède

Durée : 2h09

Sortie le 3 avril en DVD Bluray

Production : Crazy Pictures, John Nordling, Emil Wiklund, Henrik Eld, Bernhard Lebourne, Lennart Wiklund

Budget : 1,9 M€

Genre : Drame, film catastrophe intimiste

Acteurs principaux : Christopher Nordenrot, Jesper Barkselius, Lisa Henni, Pia Halvorsen, Karin Bertlin

Note : 8/10

Après un passage remarqué au PIFFF et au Festival international du film fantastique de Gérardmer, d’où il repart avec le Prix du jury, le prix de la critique et le prix du jury jeunes de la région Grand Est, The Unthinkable débarque en DVD et en VOD en nos contrées avec une sympathique réputation qui n’est pas volée. Voilà un film catastrophe singulier livré par cinq amis d’enfance qui cumulent collectivement et avec brio toutes les casquettes.

Suite à une attaque terroriste sur la Suède, Alex doit retourner dans son village natal pour y’ enterrer sa mère. Après le divorce de ses parents, le jeune pianiste avait quitté le village, coupé les ponts avec son père et laissé la femme qu’il aimait derrière lui. Mais l’attentat n’était qu’un prélude à un chaos plus global au sein duquel Alex devra survivre en affrontant les conflits qu’il fuit depuis tant d’années. Hors-champ sur le premier tiers du film, l’argument fantastique sert de catalyseur au rapprochement entre un père replié dans des obsessions complotistes et un fils replié dans son art, chacun des deux s’isolant à sa manière de la vie et des siens.

Cette relation filiale malsaine s’exprime par une première partie intimiste, introspectif, posant sous une forme empruntée au cinéma indépendant les fondations du drame. Le collectif d’auteurs conservera cette proximité aux sentiments des personnages lorsque les points de vue seront amenés à éclater pour livrer une vue exhaustive de la catastrophe. L’intention est louable, bien qu’elle génère des coïncidences et raccourcis dignes d’un Emmerich. Cependant, The Unthinkable réussit là où Roland Emmerich a souvent échoué, dans cette collusion entre le drame familial et le spectacle du film catastrophe (impressionnant pour seulement 1,9 M€ de budget), chacun se nourrissant mutuellement via des scènes émouvantes, le plus souvent amères, car témoin du pessimisme de leur temps.

What we do in the shadows – saison 1

Un « the office » fantastique ponctué de confessions face caméra, explorant progressivement un microcosme surnaturel niché dans le monde moderne et incorporant des fausses (et hilarantes) images d’archives sur la vie des immortels.

Producteurs exécutifs : Jemaine Clement, Taika Waititi, Paul Simms, Scott Rudin, Garrett Basch, Eli Bush
d’après le film « what we do in the shadows (vampires en toute intimité) de Jemaine Clement & Taika Waititi

Scénaristes : Jemaine Clement, Paul Simms, Josh Lieb, Tom Scharpling, Duncan Sarkles, Iain Morris

Réalisateurs : Taika Waititi (pilote), Jemaine Clement, Jackie van Beek

Compositeur : Mark Mothersbaugh

Origine : USA

Genre : Mockumentaire, comédie fantastique

Acteurs Principaux : Matt Berry, Kayvan Novak, Natasia Demetriou, Harvey Guillen, Mark Proksh

Episodes : 10

Chaîne : FX

Où je vois ça en France? Sur Canal + Series

Note : 8,5/10

En 2014 sortait « what we do in the shadows », faux documentaire néo-zélandais de Jemaine Clement (Flight of the Conchords) et Taika Waititi, tiré de leur court-métrage tourné en 2005. Dans un format proche de « the Office » et « Parks & recreation », le film parvenait à réunir les mythes vampiriques constitués à travers les âges pour les faire cohabiter (Un Nosferatu, un Dracula, un vampire dandy à la Anne Rice, un vampire moderne style « blade »). Le côté documentaire décalé fonctionnait parfaitement, les passages comiques étaient savoureux et les personnages très attachants. Le film sortait en France bien plus tard sous le titre « vampire en toute intimité », assorti d’un doublage volontairement potache qui évacuait le premier degré du documentaire. A défaut de succès mondial, le film se forgea un beau public de fans. Remarqué par Marvel, Taika Waititi est promu à la tête du sympathique « Thor Ragnarok ». Cinq ans plus tard, le duo Clement/Waiti rempile pour la série.

Episode 1 – Pilote 8,5/10

Les vampires du film ont été remplacés par Nandor, Laszlo, Nadja et Colin Robertson, flanqués du familier de Nandor, Guillermo. Ceux-ci auraient migré d’Europe vers les Etats-Unis, au lieu de la Nouvelle-Zélande. Ces changements n’empêchent pas ce pilote d’être dans l’esprit du film : un « the office » fantastique ponctué de confessions face caméra, explorant progressivement un microcosme surnaturel niché dans le monde moderne et incorporant des fausses (et hilarantes) images d’archives sur la vie des immortels. Le côté « pris sur le vif » fonctionne moins, les nouveaux personnages se mettant un peu trop en scène. On perd la partie la plus subtile du film qui confrontait tous les styles de vampire, ceux-ci étant nettement moins caractérisés. Néanmoins, l’ajout d’un élément féminin est bien vu, comme celle du familier Guillermo, qui fait office de lien humain dans cet univers inconnu. La meilleure idée est d’avoir incorporé un vampire psychique diurne, Colin Robinson, qui peut vampiriser l’énergie des humains et des vampires. Un type tellement chiant qu’il pompe votre énergie, et son terrain d’action est…un bureau.

La série propose une intrigue différente : Point de unholly masquerade, mais la visite d’un vampire ancien (interprété par Doug Jones) qui impose aux héros de conquérir les Etats-Unis (ou du moins Staten Island) avant son réveil. Tous ces nouveaux éléments augurent de bonnes idées encore dans les cartons, et une volonté d’aller plus loin que le film.

Episode 2 – City Council 8/10

Les trois vampires et Guillermo doivent préparer un plan pour conquérir Staten Island. Colin Robinson les conduit à une séance du conseil municipal lors de laquelle Nandor exige le pouvoir. Sa requête rejetée aimablement, il décide de se venger de la présidente. Pendant ce temps, Lazslo tente de séduire celle-ci et Nadja convertit une jeune vierge.

Quatre vampires au Conseil de Staten Island

Les bons points du pilote sont confirmés et la série se met sur ses rails. La grandiloquence des vampires trouve un parfait contre-terrain avec l’austérité des séances du conseil, lieu de villégiature d’un Colin Robinson on fire. Nous aurons en prime un beau pétage de cable de conseiller municipal sous emprise. Le jeu avec les codes continue, ici avec une étreinte suivie d’une transformation anticlimactique au possible. La parfaite intégration des propriétés magiques des vampires (vols, déplacements rapides) fait plaisir à voir.

Episode 3 – Werewolf Feud 8/10

Suite à un accrochage avec un loup-garou devant leur manoir, les trois vampires et Guillermo doivent se confronter à sa meute…en suivant les règles. Pendant ce temps, Colin Robinson rencontre Evie Russell, un vampire émotionnel qui a décidé de chasser sur son terrain. Les deux vampires émotionnels décident de chasser/sortir ensemble pour maximiser leur efficacité.

Difficile de jouer selon les règles…

La série n’est pas à court d’idées. Pour la partie The Office/Colin, l’arrivée d’un vampire émotionnel qui se nourrit de la pitié des gens est somme toute logique. Vanessa Bayer du Saturday Night Live joue bien son rôle, même si l’alchimie entre elle et Colin ne fonctionne pas toujours (la scène de battle est plutôt faible et il y’a une tendance à trop en faire). Nous avons enfin le plaisir de rencontrer les loups garous, qui sont aussi crétins et gouvernés par leurs instincts animaliers que dans le film, en plus de former des pack pluri-ethniques très pratiques pour les quotas télévisuels. On continue à ce niveau de détourner avec humour les codes du fantastique. L’affrontement avec les vampires ne se joue évidemment pas selon les règles et ses derniers gagnent la manche avec une idée de génie.

Episode 4 – Manhattan Night Club 8/10

Afin de gagner du terrain, les trois vampires décident de s’allier avec Simon le Perfide, qui contrôle Manhattan. Ils le retrouveront dans son club pour une négociation très déséquilibrée qui comprend le chapeau maudit de Laszlo. Pendant ce temps, Guillermo rencontre d’autres familiers et il se rend compte qu’il n’est pas aussi bien traité qu’il devrait l’être. L’étudiante converti par Nadja dans l’épisode 2 complète sa transformation.

Celui qui devra porter le chapeau

Nous quittons enfin Staten Island pour aller explorer d’autres territoires où les vampires règnent, au milieu d’un club de Manhattan qui révèle à la fois l’organisation du microcosme des familiers (qui ont leur propre newsletter!) et les bandes de vampires existant un peu partout. Le chapeau maudit de Laszlo est le fil rouge de l’épisode et nous permet de conclure sur une note de justice poétique. Un petit vol au dessus de New-York à l’issue …douloureuse est aussi programme. Même si on pouvait espérer que la prise de conscience de Guillermo fasse un peu avancer son statut, ce n’est probablement pas demain la veille qu’il sera transformé.

Episode 5 – Animal Control 7,5/10

Alors qu’il tente d’impressionner Nadja, Laszlo se fait assommer par les voisins dans son apparence de chauve souris. Il est aussitôt conduit à la fourrière. Nandor, Guillermo et Colin Robertson devront ruser pour le délivrer de cette prison. Pendant ce temps, Nadja retrouve Jeff (Episode 1), énième incarnation de son ancien amant Gregor. Elle découvre vite que ce dernier a bien changé et elle devra faire revenir les souvenirs de son ancienne vie pour réveiller le conquérant qui est en lui.

L’art de l’évasion chez les vampires

La série a trouvé son rythme de croisière et elle peut se permettre de temporiser avec des épisodes plus anecdotiques comme celui-ci, qui étofferont un peu plus les personnages. Les vampires n’y sont pas montrés sous leur meilleur jour, toutes leurs tentatives d’hypnose ou de changement de forme se soldant par des échecs. Si cette carte pourrait à l’avenir atteindre leur crédibilité (ils ont quand même traversé les siècles…), le côté absurde de la situation de cet épisode permet de faire passer la pilule. La partie sur Nadja, très sympathique, permet de vérifier que what we do in the shadows a un peu de mémoire. En espérant que ce Gregor revigoré revienne de temps à autre en tant que ce second rôle.

Episode 6 – Baron’s Night Out 7,5/10

Le baron se réveille de son sommeil et il est bien devenu un vieux con, lui qui était jadis si cool et libéral. Mais une sortie en ville dans le Nouveau Monde avec Nadja, Laszlo et Nandor va remettre les choses en place

La terreur du monde des vampires part en vadrouille

Confidences, sang alcoolisé et sang de drogué sont en programme, avec un final prévisible mais qui est tellement stupide qu’il valait le coup de se concentrer sur cette intrigue pour tout l’épisode, et de laisser encore un peu de côté Colin Robinson. Du coup, le fil rouge de la saison meurt prématurément, mais cela n’est pas un mal.

Episode 7 – The Trial 8,5/10

Suite au précédent épisode, nos trois vampires sont jugés par le Conseil vampirique qui regroupe des acteurs ayant incarné des vampires célèbres : Wesley Snipes (via skype) pour Blade, Evan Rachel Wood pour True Blood, Tilda Swinton pour only lovers left alive, Danny Trejo pour Une nuit en enfer et Paul Reubens  pour Buffy tueuse de vampires. Et bien évidémment les trois vampires du film « what we do in the shadows ». A côté, des apparitions de Dave Bautista et Kristen Schaal (Pour en savoir plus sur ce grand rassemblement vampirique). Bref, que du beau monde pour cet épisode spécial.

Le jugement des célébrités

Nous faisons connaissance avec un bébé vampirisé par Laszlo. Le rôle des familiers est de nouveau mis en avant et Nandor sauve in extremis Guillermo de sa sentence. Le regard caméra final de Colin Robinson est priceless. On dénote néanmoins un vrai problème sur la gestion de l’équipe de tournage, qui est mise en avant depuis l’épisode 6. Comment peuvent-ils être admis à une cérémonie secrète alors même que les familiers n’y ont pas accès, et pourquoi ne sont-ils pas appelés à témoigner lors du procès? Mais peu importe, ce détail ne gâche pas le plaisir.

Episode 8 – Citizenship 7,5/10

Nous retrouvons l’étudiante qui avait été transformée par Nadja. La pauvre ressent les changements, mais ignore qu’elle a été initiée. Nadja finit par vendre la mèche. Elles infiltrent une soirée étudiante pour que l’intiée boive du sang humain. Elle qui n’avait visiblement aucun don vampirique se découvre alors une faculté d’invisibilité.

Une nouvelle venue dans la Famille

C’est un coup bas de plus pour Guillermo puisqu’il découvre qu’ils peuvent transformer les gens par hasard et qu’il n’y a aucun besoin de servir en tant que familier (il a sans doute plus de chances de devenir un loup garou qu’un vampire). La deuxième intrigue sur l’acquisition de la nationalité américaine par Nandor est plus anecdotique. Mais même avec Colin Robinson un peu en retrait, la série reste toujours aussi drôle.

Episode 9 – The Orgy 7,5 /10

L’épisode suit l’organisation de l’orgie vampirique bi-annuelle au manoir de Staten Island. Un événement qui demande une grande exigence d’organisation et met nos vampires sous pression. Laszlo en profite pour se livrer sur sa carrière d’acteur au cours du siècle dernier.

Colin Robinson, toujours premier pour rendre la chair triste

Les pornos de Laszlo sont clairement les meilleurs moments de cet épisode sympathique, mais qui ne fait que revisiter la unholly masquerade du film en version plus trash. Le couple de Nadja et Laszlo prend du plomb dans l’aile. Poussé toujours plus loin par Nandor, Guillermo devra faire face au sacrifice d’un ami vierge pour conserver son statut de Familier.

Episode 10 – Ancestry 8 /10

Nous terminons cette très bonne première fournée par une révélation sur Guillermo, qui serait un descendant de…Van Helsing. Et le pauvre se rend compte qu’une grande partie de ses actions passées, dont le meurtre accidentel du baron, ont été guidées par la génétique. De quoi mener à un cliffhanger hilarant et très logique.

4 vampires, un enterrement et…un chasseur de vampires

Gregor/Jeff, la réincarnation de lu grand amour de Nadja, fait son grand retour en s’évadant de l’asile, mais il va rencontrer son grand exécuteur. Une fin de saison romantique, d’un point de vue vampirique, pour Nadja et Laszlo. Pendant ce temps, Nandor enterre dans la douleur une de ses descendantes. Le bilan de cette première saison est très bon. En prolongeant l’univers du film, What we do in the shadows version TV a donné un beau coup de pied dans le paysage ronflant des sitcoms.

Dumbo (2019)

Dumbo nous promet de la magie. Il nous donnera quelques moments sympathiques et une certaine fluidité due à l’expérience de réalisateur de Tim Burton. 6/10

Réalisation : Tim Disney

Scénario : Ehren Kruger d’après l’oeuvre de Helen Aberson

Directeur photo : Ben Davies

Chef monteur : Chris Lebenzon

Superviseur des effets visuels : Richard Stammers

Bande originale : Danny Elfman

Directeur Artistique : Andrew Bennet

Chef costumier : Colin Atwood

Durée : 1h52

Sortie le 27 mars 2019

Production : Walt Disney Company

Budget : 170 M$

Genre : Disney Live

Acteurs principaux : Colin Farrell, Danny De Vito, Michael Keaton, Eva Green, Nico Parker, Finley Hobbins, Alan Arkin

Note : 6/10

Dumbo nous promet de la magie. Il nous donnera quelques moments sympathiques et une certaine fluidité due à l’expérience de réalisateur de Tim Burton. Une fois plantés le décor des cirques et la thématique du manque créé par la disparition de la mère, le film s’accroche à ses héros humains, autant que l’éléphant sert souvent d’accessoire. Dommage, car la créature en CGI demeure ce que le film a réussi de mieux et la caractérisation schématique de ses personnages (scénaristiquement et par l’interprétation des acteurs, hormis les enfants qui sont irréprochables) est son plus gros défaut. On retrouve ça et là des restes des premiers films de Tim Burton : la gamine scientifique crée Dumbo comme le savant fou Vincent Price donnait vie à Edward, le groupe de freaks attire la sympathie lors d’une scène de sauvetage rappelant les virées des comparses d’Ed Wood. Mais tout est au final enrobé dans le pragmatisme et la tiédeur qui sont les siens depuis deux décennies. Son compositeur Danny Elfman est quand à lui, en pilote automatique et souvent à contretemps.

Calibré et politiquement correct, même dans le traitement infligé aux freaks, Dumbo ne produit que des envolées calculées et noie tous ses points de vue. Disney se paie le luxe d’un peu de cynisme post-moderne en incorporant sa propre satire de Disneyland via le parc Dreamland et le personnage interprété par Michael Keaton. Le studio pouvait bien se permettre un degré supplémentaire d’assimilation avec le concours de Tim Burton – dont le passé turbulent avec le studio a été bien souvent relayé – si ce concours avait encore un tant soit peu d’effet. Reste un spectacle attrayant pour les enfants et ceux qui ne connaissent par le dessin animé original, semblable aux précédentes adaptations live des classiques Disney.